‹ Histoire d'Alexandre ier, empereur de RussieChapitre 5 sur 26 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

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Le 12 24 Mars, c'est-à-dire le jour de la mort de Panly Fempefeur publia un manifeste disant qu'il avait plu au Très^Haut d abréger les jours de son père bien-aimé qui était mort subitement d'un eoup d'apoplexie. Le nouveau tzar promettait de marcher sur les traces, non de son père, mais de sa grandmère l'Impératrice Catherine. En effet, il ne tarda pas à défaire ce qu'avait fidt son père; les prisonniers politiques furent nus en liberté, les exQés re^ curent l'autorisation de rentrer dans leur patrie, les marins anglais furent relâchés, et l'embargo sur les vaisseaux anglais fut levé; les lois sur la contrebande postérieures à 1782 furent abolies; les ordres de St Vladimir et de St (reorges institués par la tzarine et proscrits par Paul P' forent rétablis et celui de Malte aboli. En 1 799, l'empereur Paul en acceptant le titre de grand-maître de cet ord*e et de celui de Jérusalem avait prescrit de ne pas recevoir les do-

cuments qui ne feraient pas mention de ce titre, mais lorsque la France et le Piémont eurent confisqué les revenus de*cet ordre et que l'Angleterre eut pris possession de l'île de Malte, l'ordre tomba de lui-même.

Les ordonnances de Paul réglant les costumes fiirent nécessairement abolies, et tout le monde put s'habiller comme il lui plaisait, sauf à ne pas blesser la décence publique.

Les régiments reprirent les noms qu'ils avaient portés avant Paul, et les officiers rentrant dans les cadres, le mécontentement cessa tout-à-coup. Le seul acte qui survécut à Paul fut la régularisation de la succession au trône, et quoique celui-ci eût détesté sa mèr«, il n'avait pas exclu la ligne féminine du droit de régner.

On eût dit que, frappé de la monstruosité d'un chef de police secrète, qui venait de diriger le complot contre Paul et de lui ravir la vie, le jeune empereur voulût abolir une institution indigne d'un régne éclairé et libéral. Ce fut donc le douzième jour de son régne qu'il se rendit au Sénat et lut , en personne, le décret suivant:

Par la Grâce de Dieu, Nous, Alexandre Premier

Empereur Autocrate de toutes les Russies, etc. etc. etc.

y,L'esprit des temps et des raisons spéciales, dans les siècles passés, ont porté les souverains, nos pré* décesseurs^ entre autres mesures, à établir la chancel"

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lerie secrète des Investigations qui, sous difiPérents noms et sous diflFérents principes, a existé jusqu'aux jours de' notre bien aimée grand'-mère ^Impératrice Catherine. Comme elle trouva que cette cour ne répondait pas à la forme du gouvernement établie et était opposée à ses propres principes, elle l'abolit solennellement par un manifeste publié en Tannée 1762. Ainsi le nom de cette chancellerie disparut des ordonnances légales; mais, en considération de certaines circonstances, on crut néanmoins dévoir la maintenir sous le nom SExpédition secrète, avec tous les ménagements provenant de ses principes et de -sa sagesse personnels et découlant du fait qu'elle se réserva, à elle-même, l'investigation de tous les cas. Comme cependant, le temps rendit manifeste que des principes personnels étant par leur nature même sujets aux changements, ne peuvent brider les abus, et comme la force des lois doit donner de la stabilité à de telles mesures; d'autre part, considérant que dans< un État bien organisé, l'investigation de tous les crimes revient aux lois générales, nous avons trouvé bon d'annuler non seulement le nom, mais aussi le pouvoir de l'expédition secrète, et nous ordonnons de vouer dans les archives de l'État, à l'oubli étemel tous les cas pendants; à l'avenir, ces sortes d'affaires devant ressortir des troisième et cinquième départements du Sénat. C'est pour nous un objet de douce assurance, qu'en unissant nos intérêts

avec ceux de nos sujets, et en confiant aux lois seules l'honneur de notre nom et la sécurité de l'État, contre tous les attentats de la malice et de l'ignorance^ nous donnerons à nos sujets une nouvelle preuve de la force de notre foi en leur fidélité envers nous et notre trône, et de la conviction que nous ne séparerons jamais nos intérêts de leur bien-être, qui constituera toujours l'imique objet de nos pensées et de nos vœux. Nous laissons néanmoins au Sénat le soin de déterminer l'ordre dans lequel ces sortes de cas doivent être examinés par les tribunaux auxquels ils appartiennent respectivement.

„Donhé à St. Pétersbourg, le 2 Avril (a. st.) 1801, et de notre règne le premier

Signé Alexandre.

La chancellerie de l'Inquisition politique a été instituée par le tzar Alexis Mikhaïlowitch qui, vu la douceur de son caractère, n'en fit pas mauvais usage. Les nobles russes encouraient souvent la peine du knout pour brigandage (le prince LabanoflF Rostovsky la subit, sous Alexis, pour avoir arrêté et pillé la poste (Voy. Kochikhine) et le baron SchafirofiF, ministre des affaires étrangères sous Pierre P' pour' malversation). Mais on faisait aussi usage de cette peine conome d'un moyen de torture; sous l'Impératrice Elisabeth, les dénonciations ne cessèrent jamais; et les mots de iabednik, naoushnik (espion, dénoncia-

teur) reçurent une terrible signification. Les employés du plus haut rang s'accusaient mutuellement de prévarications. Sous Anne, les procès pour „parole8 et actions" {slovo et delo) répandirent la consternation dans le sein des familles. La postérité est saisie d'horreur en parcourant les détails du procès de Volhynsky, et le professeur d'histoire auprès du grand-duc héritier aujourd'hui l'Empereur, Mr. Arsenieflf, ayant eu accès aux archives, ne voulut pas croire à ses yeux en découvrant les atrocités 'auxquelles on s'est porté contre ce ministre. L'Impératrice Catherine II y avait cependant ajouté de sa main la recommandation à ses héritiers d'éviter de pareilles injustices. On le vit marcher au supplice la bouche bandée, non pour étouffer ses soupirs, mais pour cacher au peuple qu'on lui avait arraché la langue, malgré que l'Impératrice Elisabeth lui eût fait remise de cette partie de sa peine. Moussine Pouchkine, son complice, subit la même mutilation. Le ministre Ëichler, son ami, eut le knout et fut transporté aux travaux forcés à perpétuité.

Pierre III, qui fut humain, abolit l'Inquisition, mais il ne régna pas assez longtemps pom* assurer la durée de cette mesure, et Nicolas I" la rétablit sous le nom de „nP Section de la chancellerie Impériale".

Parmi d'autres victimes de l'Expédition secrète se trouve aussi un certain Drosd Boniazerski, qui, pendant son séjour à Pise, fut dénoncé pour entretenir des rapports avec la France, constituant la haute

trahison; il fat amené eu Russie, privé de tous ses droits et exilé à Irkoutsk sous le nom de Vassilieff. Le nouvel Empereur ayant acquis la persuasion qu'on l'avait calomnié, lui permit de résider où bon lui semblerait et lui assura une pension de 400 roubles par an, qui avait été destinée à son entretien à Irkoutsk.

Dans un rescrit adressé au comte Zavadovsky placé à la tête de la commission pour la composition des lois, Alexandre parla en vrai législateur: „Je place dans la loi seule, dit-il, la source et le principe de la prospérité nationale. Le codé du tzar Alexis Mikhaïlowitch a été plutôt fait pour Moscou que pour la Eussie". En prenant Uhistructimi de Catherine II pour base, la nouvelle commission devait revoir les lois des prédécesseurs et présenter à l'Empereur le plan d'une nouvelle législation.

Le 26 mars, l'Empereur dissout le Conseil privé de la cour, qui avait été établi lors de la dernière gueiTe, et nomma un conseil pennanent qui fut composé du feld-maréchal comte Soltikoff, du prince Zouboff , du comrte Zouboff, du prince Kourakine, Lamb, Beklecheff, Vassilieff, von der Pahlen, Lopoukhine, prince Gagarine, comte Koucheleff et le conseiller privé Trotchinsky.

Le' 8 avril, l'Emperem' abolit les poteaux d'infamie dans les villes, sur lesquels on inscrivait les noms des condamnés. Le 23, dans un ordre au gouverneur- civil de Kalouga, Lopoukhine, Alexandre dé-

fendit de juger et de punir les aliénés et prescrivit de les renfermer dans les maisons de fous. Le 5 Mai, il remit en vigueur la charte de la noblesse, et surtout l'article disant que la peine corporelle ne doit pas atteindre le noble. Le 22 mai, il délivra le clergé, c'est-à-dire les prêtres et les diacres, de la peine corporelle.

Le 5 juin, le Tzar invita le Sénat à déteraiiner ses propres devoirs.

Le 5/1 1 juin fut signé un traité de paix avec l'Angleterre réglant la question des neutres et le droit de les visiter.

Le 11/24 septembre 1801, la Géorgie fut annexée à la Russie.

Depuis 1492 jusqu'à loSO, quarante-quatre ambassades avaient été envoyées de la Géorgie en Russie ou de la Russie en Géorgie, offrant de la part de la dernière de devenir une province russe, et toutes refusant de la part de la première d'étendre la protection au delà des questions religieuses. Depuis la chute du Bas-£mpire, la religion grecque y -fut constamment, persécutée par les Musulmans. Alexandre I" Roi de Kachetie (une des trois subdivisions de ribérie) écrivit au tzar Théodore: „Nous qui avons une foi commune avec les Russes, nous souffrons des infidèles. Toi seul, le portercouronne de l'orthodoxie, tu peux sauver nps vies et nos âmes* Je demande avec tout mon peuple à devenir le tien

d'aL£XANDR£ 1»*. 27

jusqu'à la fin des siècles". Son fils Georges dit à l'envoyé russe TatistcheflF: ,,Jamais Flbérie n'a souffert autant qu'aujourd'hui. Nous sommes placés entre les couteaux du Sultan et du Schah. Nous nous sommes livrés à la Russie; qu'elle nous prenne non en paroles mais de fait".

Les atrocités commises par Schah-Abas vivent encore dans la mémoire des habitants dont les aïeux ont été brûlés par milliers dans les églises, où les enfermaient les fanatiques Persans, ou bien conduits en esclavage. Le tzar Michel prit la Géorgie sous sa protection, et les rois de ce pays commencèrent dès lors à appeler les tzars de la Moscovie czars de Géorgie, Tiflis fut pris en 1724 par les Turcs et en t735 par les Persans. L'Impératrice Catherine envoya des troupes sur les bords de la mer Caspienne, mais qui ne parvinrent pas à y rétablir la paix. L'Empereur Alexandre, à son avènement au trône, y envoya le général Knorring pom* lui faire un rapport sur l'état de ce malheureux pays. Ses instructions disaient que ce n'était pas pour la Russie, mais pour le repos et la sécurité de la Géorgie, que l'annexion pouvait avoir lieu; l'Empereur savait qu'une pareille mesure perpétuerait la guerre au Caucase; mais le rapport de Xnorring sur les souffrances de la Géorgie fut tel, qu'Alexandre ordonna immédiatement de porter les limites de FËmpire au-delà du Caucase^

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