CHAPITRE CINQUIÈME
Le cQuroimement.
L'Empereur arriva au palais de Petrowsk, prés de Moscou, le 5/17 septembre 1801. L'entrée publique eut lieu le 8/20. La route au palais de Sloboda, une étendue de douze verstes, était littéralement couverte de gardes à pied. Neuf coups de canon et le son des cloches annoncèrent le commencement de la procession, qui fut ouverte par les gardes du corps, suivis par les voitures de galas des employés des cinq premières classes. Le sénat venait ensuite; soixante laquais de cour suivaient; puis venaient les voitures de la cour, les maîtres de cérémonies, les chambellans et le Conseil, L'Impératrice-mére, puis l'Impératrice régnante, puis les sœurs de l'Empereur escortées de hussards, L'Empereur à cheval, avec le grand-duc Constantin à sa droite. Des chevaliers gardes fermaient la procession.
Le carrosse de l'Impératrice-mère avait coûté 40,000 roubles, et celui de l'Impératrice Elisabeth
6(^000, mais ils n'ont pas été faits pour cette occasion. La voiture du Prince Kourakine coûtait 7,000 roubles. Soixante-et-onze coups de canon saluèrent l'entrée de l'empereur dans la ville, et quatre-vingt-cinq son entrée dans la cathédrale.
Le 9/21 septembre l'Empereur reçut les félicitations au palais de Sloboda, et après le dîner il y eut une promenade dans les vastes jardins de ce château. Le 11 septembre, les hérauts firent leurs proclamations, et la cour passa au Kremlin.
Le couronnement eut lieu le 15/27 septembre.
Plus de 100,000 paysans y accoururent des villages,et les prix s'élevèrent si haut qu'on payait, 1 00 à 1 50 roubles pour ime seule chambre et 300 à 400 roubles pour une voiture à quatre chevaux, par mois. Vingtet-un coups de canon annoncèrent le commencement de la procession du Kremlin à la cathédrale. Le défilé eut lieu dans l'ordre suivant : Chevaliers gardes, pages, deux maîtres de cérémonies, avec leurs bâtons; les députés des marchands, les attamans de Cosaques, les membres de vingt décastries du clergé, la députation dé la noblesse, le Sénat, le Conseil, deux maîtres de cérémonies, deux maîtres-hérauts, les joyaux de la couronne, les gardes à cheval, deux maréchaux de cour; l'Empereur avec ses deux assistants, deux généraux aides-de-camp et le commandant des chevaliers gardes, l'espadon nu à la main; l'Impératrice avec ses deux assistants. Seize gêné-
raux-majors portaient le baldaquin et seize généraux aides-de-camp les cordons. Les dames de la cour suivaient et les chevaliers gardes fermaient la procession. Quand les insignes de la royauté arrivèrent à la porte de l'église, tout le clergé sortit sur le péristyle pour les recevoir. A l'entrée du couple Impérial, le métropolitain parut avec la croix et le premier évêque avec l'eau bénite. L'Empereur et l'Impératrice saluèrent les images et se placèrent sur le trône. Le clergé se rangea, en deux lignes, entre le trône et l'autel. Les porteurs des insignes impériaux, après les avoir déposés, 'se rangèrent sur les marches du trône. Les chœurs entonnèrent leurs psaumes. Après la lecture de l'Évangile, le métropolitain présenta le manteau sur un coussin. Puis après la prière, la couronne fut présentée au czar qui la plaça lui-même sur sa tête; une autre prière fut dite, et l'Empereur prit le sceptre et le globe- et s'assit sur le trône. Ensuite, il fit signe à l'Impératrice de s'approcher et toucha son front avec sa couronne. Une couronne plus petite, d'un travail exquis, fut apportée et quatre dames d'honneur l'attachèrent avec des épingles sur la tête de l'Impératrice. L'Empereur la décora du manteau et de l'ordre de St. André. Le protodiacre proclama alors les noms et les titres du nouveau tzar. Tous les assistants firent trois salùts, et cent-et-un coups de canon, retentirent, se mêlant au bruit de lamousqueterie. L'Em-
pereur s'agenouilla; une prière fiit récitée, et le clergé g'agenouiHa à son tour, le Tzar restant debout. Le métropolitain Platon prononça alors un sermon, dont nous extrayons les passages suivants:
„Ainsi Dieu nous a accordé le privilège de voir notre Empereur élevé et couronné. Mais, nous, enfants de la Russie, que faisons-nous? Nos actions de grâce ne s'élèvent-elles pas vers le Roi des Rois, pour la faveur qu'il a accordée à notre Souverain et à nous? Oui, nous les rendons avec des cœurs remplis de
ferveur Cette couronne. Sire, sur votre
tête, un gage pour nous de gloire et d'honneur, vous impose des devoirs et des peines; ce sceptre dans votre main droite, un garant pour nous de repos, réclame de vous la vigilance; cet emblème de l'empire dans votre main gauche, une promesse pour nous de sécurité, provoque vos préoccupations; cette pourpre, notre bouclier, vous appelle au combat; tout .cet appareil impérial, pour nous une source de consolation et de confiance, est pour vous un fardeau. Oui, un fardeau et une pçine! Car.à vos yeux apparaîtra un empire, le plus grand que le soleil ait jamais éclairé; il attend de votre sagesse la régularisation de son ensemble
. . . fc . Auprès des anges de la lumière, votre œil découvrira les esprits des ténèbres. La flatterie, la calomnie, la ruae, avec toute leur suite infâme, entoureront votre trône, et s'imagineront follement
que leur hjrpocrisie vous trompera. La prévarication et la partialité élèveront leur tête et chercheront à faire pencher la balance de la justice. La luxure, entourée de ses charmes entraînants, cherchera de son venin mortel à flétrir la sainteté du mariage. La dissipation, dans sa danse riante, présentera la. boisson enivrante de ses joies dangereuses, pour détourner ^esprit pur de la voie de la vertu, et pour le précipiter dans l'abîme de la paresse et de la sensualité. Assiégé par cette bande rebelle, vous vous toumerezsans doute vers la justice, la sagesse et la religion, et unies avec vous, elles élèveront leur voix vers Dieu, afin qu'il daigne ressusciter en vous et disperser vos enneiùis!
„Monarque de Russie I Cette lutte vous attend. Ceignez votre glaive pour ce combat! TirezJe avec valeur, jeune héros! Combattez, vainquez et gouvernez! Le bras omnipotent du Tout-Puissant vous protégera miraculeusement. Nous disons avec raison miraculeusement; car ne pas y succomber, y vaincre, y maintenir Tordre et la paix, il faut pour cela plus qu'une force humaine. Et quoique le décret de l'Étemel vous ait élevé, au milieu de nous, à un rang supérieur, vous êtes homme comme nous".
La liturgie commença après ce sermon, et fiit suivie par l'onction. Le métropolitain, avec une branche trempée dans la myrrhe, toucha le front, les yeux, les lèvres et les narines du tzar, et le premier évêque les essuya avec du coton." Des salves
d'alexândbe !*=*. 33
d'artillerie scellèrent cette cérémonie. Alors le Tzar entra dans le sanctuaire et communia avec l'Impératrice. A la clôture, l'Impératrice-mère présenta ses félicitations à l'Empereur, et il s'ensuivit une scène touchante de famitte.
La procession retourna dans le même ordre dans lequel elle était venue. L'Empereur paraissait fatigué, leurs Majestés firent le tour du Kremlin. On jeta des coins d'or et d'argent dans la foule, et il y eut un dîner dans la salle de l'Hôtel de ville.
Le 18 octobre eut lieu la fête du peuple. Trente mille personnes furent régalées en plein air, et le vin coula en fontaines.
L'Empereur se rendit en personne à l'Hôtel de ville pour donner lecture de la liste des grâces. Tous les officiers jusqu'au grade de colonel reçurent en récompense un quart de leur solde. Le peuple fut dispensé du recrutement pour le reste de l'année, on réduisit les taxes de vingt-cinq copeks, et les dettes à la couronne furent remises.
Le 23 septembre, l'Empereur confirma l'abolition de la torture. Ayant appris qu'un cas de ce genre «'était passé dans le gouvernement de Kasan, il y envoya son aide-de-camp, le lieutenant-colonel Albedel, pour faire une enquête, et, sur son rapport, «on noble cœur stigmatisa le fait avec indignation, dans un décret au Sénat.
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