CHAPITRE SIXIÈME
&elati<iii« extéiieiiTef et Béfennes intérieures.
La paix de l'Europe ayant été rétablie par le traité d'Amiens, condu le 24 mars 1801 (n. st), par lequel l'Angleterre, dans la personne de Lord Comvallis, reconnut toutes les acquisitions territoriales de la France, le jeune Tzar adressa, à l'instar de Henri IV, une note circulaire sur la paix étemelle — un vœu superbe, mais qui ne sera jamais qu'une utopie.
Lord Saint-Hélens fiit nommé ambassadeur d'Angleterre à St. Pétersbourg, et fut bien reçu. M. Ka- Htcheff, ministre russe à Paris, ne donna pas à sa cour lieu d'être satisfait de lui. Le 28 avril 1801 (n. st.) il. adressa une note au prince de Talleyrand, pour la défense des rois de Naples et. de Sardaigne, dans des termes si arrogants, que le ministre des affaires étrangères de France lui déclara qu'elle n'était pas de nature à être placée sous les yeux du premier Consul, il en modifia le ton et reçut pom* réplique que réponse y serait faite lorsque les intentions du
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nouvel empereur de Russie seraient mieux connues, n fut remplacé par le comte de.MarkofF, dont les manières ne plurent pas davantage à Bonaparte, eon-> tre lequel il intrigua, tout en se permettant de dire de son propre maître que ^l'Ëmp^eur avait une opinion, et ses sujets en avaient une autre/' Napoléon le renvoya à sa cour, et Alexandre le récom-^ pensa. Ainsi, les diplomates russes n'ont pas justifié à Paris la réputation d'habileté qu'ils ont acquise âe<puis, sous la direction du jeune Tzar qui, «n fait de dissimulation et de ruse, ne cédait à personne : mais, il est juste de dire que ce ne fut pas lyi qui l'introduisit dans la diplomatie qui, malheureusement en-, core, n'est qu'un jeu au plus fin.
Napoléon envoya son général aide-de-camp Du* roc à St. Pétersbourg, à l'avènement au trône d'Alexandre qui lui dit, en particulier, qu'il avait toujours aimé la France j qu'il admirait beaucoup son chef pour le rétablissement de l'ordre; mais qu'on soupçonnait Napoléon de vouloir envahir tous les États^ et qu'il était obsédé par les plaintes des petits souverains, n ajouta qu'il avait levé l'embargo sur les vaisseaux anglais, uniquement par égard pour la justice, attendu que l'année qui leur avait été donnée pour s'en aller, n'était pas expirée lorsqu'on les arrêta; mais qu'il désirait êti*e l'ami de la France, et priait Bonaparte de lui envoyer toujours des hommes. de confiance et auxquels il pût se fier.
En 1 802, Alexandre visita les provinces polonaises récemment acquises par Catherine II, et quoiqu'il n'eût que vingt-cinq ans, il étonna les Lithuaniens par la profondeur de ses idées et les charma par la honte de son cœur. A Mohilev, Michel Oginski le remercia de l'avoir rendu à son pays, après huit ans d'absence. — Comment vous avez été privé dé votre patrie pendant huit ans? répondit l'Empereur, et une larme brilla dans ses yeux.
A Memel, en juin, il rencontra le roi de Prusse, et delà data une amitié qui dura toute leur vie*).
La Suéde mit à l'épreuve l'énergie du jeune Empereur, et ne la trouva pas en défaut. Elle s'empara d'un territoire au-delà de la nouvelle frontière; mais Alexandre arma et Gustave céda.
Le 26 juillet (a. st.) la première expédition russe
*) M. ThierB, dans son Histoire du Consîitat et de V Empire, s'est montré très sévère envers le roi Frédéric Guillaume III, sans considérer les circonstances difficiles qui ont pu faire paraître son caractère sous un faux jour. M. Thiers modifiera peut-être son jugement en apprenant Tanecdote suivante qui fait voir combien Louis-Philippe jugeait différemment le roi de Prusse. , Lors de la visite des princes français à Berlin, il y eut une fête d'adieu au nouveau palais, et le duc d'Orléans cherchait toujours à embrasser la main du roi que ce dernier lui dérobait soigneusement. Il s'en empara cependant en disant: „Mon père m'a ordonné de ne pas revenir sans embrasser la main bienfaisante qui a maintenu la paix de l'Europe pendant Vingt ans". Le Roi Tétreignit dans ses bras. Voy. Eylert, Cha^acter-Ziige und hisiorische Fragmente ans dem Leben des Rënigs von Prmissen Friedrich mihelm IIL Ersfer Theil.
autour du monde quitta St. Pétersbourg sous les ordres. de Krusenstem, Lîvonien, qui avait servi pendant, quelque temps dans la marine anglaise. L'expédition se composait de deux navires: Nadechda et Nei^^a^ qu'on avait achetés en Angleterre pour la somme de 17,000 livres. Le premier vaisseau s'appelait, dans l'origine Léander, de 470 tonnes, et le second Thhne de 430 tonnes. Leur réparation avait coûté 5,000 livres sterling. Le lieutenarit Lisianski eut le commandement de la Neva. Les dépenses étaient défrayées par la compagnie russo-américaine; mais le gouvernement qui lui avança, à cet effet, une somme de 250,000 roubles, en profita pour envoyer une ambassade au Japon, et fréta la Nadechda à ses frais*
M. Resanoff fat chargé de cette mission, et de riches présents fai*ent envoyés à l'Empereur du Japon. Trois Japonais, reste dés seize qui, en tÎ93, avaient fait naufrage sur les côtes de la Eussie, et avaient depuis résidé à Irkoutsk, devaient être ramenés dans leur pays. Les naturalistes allemands Tilesius et Homer avaient été choisis pour accompagner l'expédition, pour faire les observations scientifiques.
Le 8 septembre 1802 (a. st.), l'Empereur organisa des ministères à la place des collèges, et en créa de nouveaux, en tout huit. Le secrétariat général de là guerre fut confié au général Wjâsmitinoff, celui de la marine à l'amiral Mardvinoff et comme il se retira bientôt, l'amiral Tchîtchagoff prit sa place; les affaires
étrangères furent données au général Woronzoff avec le prince Adam Czartoryski pour adjoint Le poète Derjavine fut placé à la tête du ministère de la justice; le comte Kotchoubey devint ministre de l'intérieur avec Paul Strogonoff pour adjoint; Vassilieff fut nommé ministre des finances avec Gourieff pour adjoint; le département du commerce fut confié au comte Roumianzoff, celui de l'instruction publique au comte Zavadovsky, avec Mouravieff pour adjoint; Goloubtzoff fut nommé chef de la trésorerie.
M. Thiers se trompe en disant*) que le prince Czartoryski avait été élevé avec l'empereur Âlezandre. Le prince a eu pour maîtres en Pologne, Dupont de Nemours, Schuller, Grodek et Kniaznine. Il fit la campagne de 1792 contre les Russes. En 1796 ses biens furent confisqués; mais, sur l'intervention de l'AutricHe, ils lui furent rendus, à condition qu'il habiterait St. Pétersbourg. Arrivé dans la capitale, le prince Adam fut nommé officier aux chevaliers gardes et aide-de-camp du grand-duc Alexandre et son frère fut attaché, dans la même qualité, à la personne du granh-duc Constantin.
Le patriote polonais et l'élève du républicam suisse devinrent si intimes, que Paul I" crut devoir envoyer le prince Gzartoryski en mission à Turin, où il resta jusqu'à l'avènement de l'empereur Alexandre.
**) Histoire du Consulat et de V Empire. Tome III.
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A remploi d'adjoint du ministre des affslires étrangères, le prince joignit celui de curateur des écoles des provinces polonaises, et il employa tout son pouvoir pour persuader le Tzar de rétablir la Pologne. Varsovie appartenait alora à la Prusse, et Alexandre goûta assez le plan de soulever la Pologne; ^mais il céda aux représentations du parti russe, et les hostilités qui éclatèrent bientôt empêchèrent la réalisation de ce plan. Les Russes pensaient que ce n'était pas le devoir du Tzar, mais des Polonaii* eux-mêmes, de rétablir la Pologne, et les Polonais l'accusèrent de faiblesse. Il reconnaissait l'injustice de sa grand'mère envers la Pologne, il voulait la réparer et ne voyait pas qu'il y aurait eu de sa part haute trahison à rendre ce qu'il n'avait pas conquis.
Le 8 septembre 1802 (à. st.) deux ukases réorganisèrent le Sénat. Nous avouons franchement ne pas reconnaître dans ces décrets,' l'élève du docteur en droit, n perdit de vue la base et l'essence de toute législation — la séparation des pouvoirs. . Le Sénat participe au pouvoir législatif, judiciaire et exécutif — et ce n'est cependant qu'un hôtel d^nvalidesl Y a-t-il quelque chose tfétonnant à ce que les empereurs de Russie âéchissent sous leur fardeau, lorsque, par le fait de la constitution russe, ils ont à se mêler de tout, sans posséder la toute-puissance divine? L'Empereur doit présider le Sénat, chose qu'il laisse À un délégué I il doit confirmer les décrets et aucun