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CHAPITRE SEPTIEME

AnsterUtz.

Le traité d'Amiens ne fut qu'un armistice armé qui ne plaisait ni à l'Angleterre ni à Napoléon.» Il fut attaqué avec chaleur à la chambre des communes par M. Wyndam. Quoiqu'il eût donné Trinidad et Ceylon à l'Angleterre, le 'cap de Bonne Espérance était devenu un port franc, et Malte, placée sous la protection des quatre puissances, devait être restituée à l'ordre. Tout ceci ne faisait pas le compte de la Grande Bretagne. Napoléon, de «on côté, se sentait mal à son aise dans cette paix. L'élève de l'école de Brienne ne comprenait rien à la constitution anglaise, et la considérait comme un pamphlet perpétuel contre son despotisme. Il était toujours à se plaindre des critiques que les auteurs anglais faisaient de son caractère et de sa conduite. Lord Hawkesbmy, pour l'apaiser,, donna l'ordre à l'avocat-général de mettre en accusation, sur la demande de' M. Otto agent français, M. Peltier, réfugié français et rédac-

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teur de FAnMgUj journal qui paraissait à Londres, en français^ Le jury, eneouragé par le président Lord Ellenborough, condamna le journaliste ,,pour avoir grandement discrédité et appelé le mépris sur Napoléon Bonaparte parmi les loyaux sujets de notre maître et Roi'^; mais le verdict ne fut jamais mis à exécution, grâce à l'ouverture des hostilités qui éclatèrent bientôt.

Par le traité de LunéviUe (9 février 1801), Napoléon avait disposé du sort de l'Allemagne. H avait promu les princes de Bavière, de Wurtemberg et de Bade au grade d'électeurs, et l'Angleterre s'était emparée de l'île de Malte, l'ordre ne pouvant exister. Napoléon fit une scène violente, aux Tuileries, en présence de tout le corps' diplomatique, à Lord Y^tworth, qui avait passé de St. Pétersbourg en qualité d'ambassadeur à Paris, et qui conserva tout son flegme britannique devaat les reproches de Bonar parte de ne pas exécuter les traités. Sans déclarer la suspension de l'armistice, des vaisseaux anglais s'emparèrent de quelques barques françaises, et Napoléon fit arrêter tous les Anglais résidant ou voyageant dans ses domaines. H résolut de décider la rivalité des deux nations définitivement à Londres et se prépara à envahir llAngleterre, en faisant travailler dans tous les ports de l'intérieur à la construction d'une flotte formidable de bateaux canonniers qui commença à se réunir à Calais et à Boulogne. Le

d'alexaîojre i^"". 47

jeune empereur de Bussie exprkna sou mécontentement aux deux partis, et fut accepté par Napoléon pour arbitre. Le Tzar blâma l'Angleterre de s'être emparée de Malte, mais désapprouva aussi l'occupation de Naples et du Hanovre par les troupes françaises, et exigea une compensation, pour le roi de Sardaigne, du Piémont que Napoléon venait de saisir. Les Busses venaient d'oècuper les îles Ioniennes, mais c'était conformément à un traité avec la Porte Ot-, tomane.

Le 3 nivôse, la machine infernale éclata k Paris, et Napoléon, résolu 4© terrifier les légitimistes^ choisit le duc d'Enghien pour sa victime» Il s'était proclamé Consul à vie en 1802, et pour mettre fin aux conspira» tienft- contre ses jours, il résolut de se {^oclamer Empereur, et, comme si le petit-fils du grand Condé lui était un obstacle, il voulut placer son trône sur le cadavre de. ce jeune prince. Le duc fut saisi à Ettenheim, dans la principauté de Bade, et fusillé à Yincennes, le 21 mars 1904. Un cri d'horreur parcourut toute l'Europe à cette affreuse nouvelle, et le chevaleresque Alexandre fiit le premier qui protestai contre cet acte infâme.

Le chargé d'affaires de fiussie à Paris, M. d'Oubril, présenta, à ce sujet, plusieurs notes à M. de Talleyrand, dont la dernière disait que nous ne viviqps plus dans ces temps de barbarie où chaque peuple n'avait que ses propres intérêts à considérer; la politique moderne fondée sur le droit des gen^.

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avait introduit des principes applicables aux intérêts de la communauté des peuples ....

Dans une réplique précédente, Napoléon avait déjà déclaré qu'il ne reconnaissait pas à un pays demi-civilisé comme la Russie, le droit d'intervenir dans cette affiaire privée, pas plus qu'il n'aurait luimême assumé sur lui le droit d'arrêter les assassins de Paul à quelque distance de la frontière russe. — Pourquoi alors devenir assassin lui-même, pourquoi violer un territoire voisin? Dans une conversation

avec Lord £ il dit que le duc avait envahi à

trois reprises différentes le territoire français, en conspirateur déguisé. A I9 question s'il était vrai que le duc avait été fusillé à la lueur des torches, il répondit que les lois s'y seraient opposées. H soupçonnait peu en ce temps que son neveu envahirait la France à trois reprises, et que la Suisse préférerait de courir les chances de la gueiTC que de le rendre à Louis-Philippe. Au fond^ c'était au prince de Bade de protester, mais la peur lui fermait la bouche. Elle n'empêcha pas cependant M. de Chateaubriand, de donner sa 'dtoission d'un poste qu'il aurait peutêtre aussi bien fait de n'avoir jamais accepté, M. de Eontanes de blâmer hautement cet acte; et l'histoire implacable dira avec M. de Lamartine:

Oui, la gloire efface tout, tout excepté le crime. **

L'assassinat du duc d'Enghien n'empêcha pas le

d'alexakdré 1». 49

Pape de sacrer Napoléon Empereur, le 2 décembre 1804, mais-Alexandre refusa de le reconnaître comme tel, et signa, en mars 1805, un traité avec l'Angleterre, s'engageant à mettre 180,000 hommes au service de la cause commune. L'occupation de G^nes par les Français décida rAutriche à signer avec la Russie, le 4 juillet 1805, la convention de guerre. L'archiduc Ferdinand devait avoir le commandement des troupes alliées, et l'armée russe fut confiée au général Koutousoff. Nous devons consacrer quelques pages à la biographie de cet homme qui a joué un si grand rôle pendant le régne de l'empereur Alexandre.

La famille des Koutousoff est d'origine prussienne. Dans le Xm^ siècle, il vint chez le grandduc Alexandre laroskwitch de Novgorod, comme le disent les annales, „un homme honnête et brave'^ n reçut le nom de Gabriel en embrassant la religion gréco-russe et devint un chef militaire distingué. Son arrière-petit-fils Théodore fut le premier qui prit le nom de Koutousoff et le neveu de ce dernier y ajouta celui de Golenistcheff. Ses descendants vinrent s'établir dans la province de Pskov, qui était alors la république-sœur de Novgorod. Larion Koutousoff fut l'auteur du projet du canal de Catherine, à St; Pétersbourg, qu'il présenta à l'impératrice Elisabeth, mais qui n'ayant été achevé que du temps de Catherine, prit le nom de cette dernière. Michel fut

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son iSils unique et fiit élevé & l'école du génie fondée par Pierre-le-6rand. Il naquit le 5 septembre 1745. En 1 762, il fut nommé aide-de-camp du gouverneurgénéral de Rével, le prince Holstein-Beck. Il fit la campagne de Pologne de 1765. En 1771, il était déjà quartier-maître général, pendant la guerre de Turquie, sous les ordres du général Boer, qui avait passé du service de Frédéric-le-6rand à celui de Catherine II.

Du rang de capitaine, il fut promu à celui de lieutenant-colonel; mais ayant l'habitude de singer ses chefs, il n^épargna même pas le prince Boumianzoff, et par punition, il passa à l'armée du prince Dolgorouky, en Crimée.

La vexation qu'il en éprouva modifia son caractère, et il adopta désormais pour maxime qu'il valait mieux être trop prudent que trop insouciant. En 1774, lorsque le traité de Eoutchouk-Eaïnardji était déjà signé, mais avant qu'il n'en eût reçu la nouvelle, il combattit à Schouma et fut cru blessé mortellement Une balle lui. était entrée dans la tempe gauche et sortie prés de l'œil droit. Cette blessure lui valut une certaine renommée, car, à la surprise générale, il y survécût en perdant un œil. Il alla l'année suivante en pays étrangère, aux frais de l'Impératrice, pour compléter sa guérison.*) En 1776, il fit la con-

'*') A Goettingen, il entra au cours d'un professeur de chirurgie qui dit qu'un officier russe aurait reçu teUe et telle blessure, mais

naissance de Souroroff pendant la guerre au midi de la Eussie. En 1777, il fut fait colonel » en 1784 major-général, et en 1 787 il fiit placé à la tête du corps d'armée du Boug. En 1788, à l'assaut d'Otchakoff, Koutousoff reçut une blessure pareille à la première: la balle lui entra dans la joue et sortit par le derrière de la tête. Tous ses amis le crurent encore une fois perdu, mais la Providence le sauva de rechef, comme si, en effet, elle avait de grandes vues sur lui'*'). En 1789, il fit toute la campagne, sous le prince Potemkine, ^t le 2 décembre (v. st), il commanda une des cdonnes à l'assaut d'Innaïl, sous Souvoiroff. Repoussé deux fois, il entra à la troisième attaque dans la ville défendue par deux cent cinquante canons turcs contre quarante canons russes. Souvoroff dit dans son rapport: „Eoutousoff était à mon aile gauche, mais il fut mon bras droit^^

Koutousoff fit la campagne de 1791 avec le prince Sepnine en qualité de lieutenant-général, et l'aida à gagner la victoire de Matchin, pour laquelle il reçut l'ordre de St. George de seconde classe. Après la paix de lassy, il fut envoyé comme ambassadeur extraordinaire à Constantinople, où il charma tout le

que e'était si invraisemblable quHl ne le croyait pas. La leçon terminée, Koutousoff s'approcha du professeur et le pria d'examiner sa blessure.

*) Derjavine dit en vers que la mort, à deux fois, se promena dans sa tête, mais que le sort le garda pour de grandes actions.

monde par son esprit D fat le fiiyori de l'impératrice Catherine 9 dans le bon sens du mot, et à une revue où il montait un cheval fougueux, elle lui dit: ,,Je vous ordonne de prendre soin de vous^. Souvoroff se connaissait en militaires et lorsque Ribbas présenta son plan d'attaque d'Ismail et que Souvoroff voulait l'accepter, Eoutousoff lui dit: „Si le plan ne réussit pas, la responsabilité retombera sur vous ; s'il réussit, Ribbas s'en attribuera toute la ^oire'^ Souvoroff rejeta le projet en disant: „Ribbas même ne trompera pas Eoutousoff'^ Depuis, les écrivains militaires allemands ont mis à la mode de décrier la valeur de Eoutousoff, mais si les mémoires du général Toll ne sont pas apocryphes, la jalousie du métier et l'esprit de nationalité y ont été pour quelque chose.

L'impératrice Catherine donna à Eoutousoff 2,000 paysans en Volhynie, le fit général d'infanterie et l'envoya comme ambassadeur à Berlin. Il resta en faveur auprès de Paul qui, en 1800, lui donna 1,000 serfs et l'ordre de St. André. Il fut nommé pour remplacer le général Hermann en Hollande et était en route, lorsque le duc dTork signa l'armistice. Depuis le règne d'Alexandre il était général-gouverneur de St. Pétersbourg, Pahlen n'étant que gouverneur.

Le 13/25 août 1805, Eoutousoff quitta Sadzivilov, à la tête de 46,000 hommes. Le général

Storch fut envoyé par l'Empereur d'Autriche pour le complimenter à son entrée à Brody. Le 24 septembre, Eoutousoff arriva de sa personne à Vienne et il fut convenu que le général autrichien Schmidt serait le quartier-maître général de l'année russe, et que 60,000 florins seraient alloués à l'entretien des officiers russes.

La Prusse ne pouvait se décider à se prononcer contre la France, même lorsque son territoire fut violé par les troupes de Napoléon qui passèrent par Ânspach.

Le 24 septembre (6 octobre) Napoléon passa le Danube. Le général autrichien Kinmeyer qui marcha à la rencontre des Français, avec un petit détachement, fiit défait par le général Soult; Auffenberg qui se porta au secours de Kinmeyer, avec 6,000 hommes, fut ùit prisonnier et Aspre eut le même sort. La ville de Meiningen se rendit sans résistance. Dupont seul essuya un petit échec. Wemer mit bas les armes le 14 octobre, et le 20, Ulm tomba aux mains de Napoléon. L'Archiduc avait pris le large et Hack, avec 23,000 hommes, évacua la forteresse et joignit Koutousoff, qui étfdt resté tout ce temps à Braunau, à attendre des renforts.

AxDsi l'armée autrichienne fut annulée en. moins de trois semaines. Mack, à son retour à Vienne, fut traduit devant un tribunal militaire, et l'empereur François, n'ayant plus à compter que sur Eoutousoff

Be rendit auprès de lui pour se concerter sur les moyens de sauver son empire.

L'empereur Alexandre avait quitté St. Pétersbourg le 9 septembre (v. st.), accompagné du comte Tolstoy, grand maréchal du palais, de Paul Strogonoff et du prince Adam Gzartoryski, en sa qualité de ministre ad intérim des affaires étrangères. A Potsdam, sur la tombe de Frédéric-le-Grand, les souverains de Russie et de Prusse se jurèrent une amitié étemelle; mais leur traité du 3 novembre ne devait pas avoir d'exécution.

Les deux Empereurs se rencontrèrent devant 01mutz et s'embrassèrent avec chaleur.

Cependant, Napoléon, après la prise d'Uhn, marcha contre Eoutousoff. La première rencontre eut lieu à Lambach, entre Murât et Bagration. Les chasseurs et les hussards russes se comportèrent bravement Le général autrichien Meerfeld, dans sa marche sur Vienne, fut attaqué parDavoust et complètement défidt A Amstetten, Murât attaqua de nouveau l'arrière-garde russe, mais la baïonnette russe y justifia la réputation qu'elle avait acquise sous Souvoroff. Miloradowitch résista avec vigueur. Le plan de Bonaparte était d'acculer Eoutousoff contre la rivière. Le vieux général russe, devinant ce projet, passa le Danube, le 10 novembre, et plaça par cette manœuvre le corps dé Mortier dans une position critique. Napoléon envoya le général Dupont à l'aide

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de Mortier; mais le. rusé Koutousoff .fit parvenir à ce dernier, par des espions, la fausse nouvelle de sa retraite, et Mortier attaqua le 12 le général Miloradovitch jusqu'à ce qu'il eût découvert qu'il n'avait pas affaire à un petit détachement couvrant la retraite des Busses, mais avec toute leur arriére-garde.. En attendant, Koutousoff avait donné l'ordre à Doktoroff de ftanchir les défilés et d'attaquer Mortier par derrière; mais Doktoroff ayant rencontré des difficultés de terrain imprévues ne put tomber sur les Français que le soir. Le général autrichien Schmidt fut tué en descendant des montagnes. La situation du corps de Mortier devint alors si désespérée, que deux généraux français, saisis d'une peur panique, se jetèrent dans des bateaux sur la rivière et y furent faits prisonniers par les Busses. Dupont attaqua en ce moment Doktoroff dans le flanc, et son corps se trouva ainsi entre deux feux, juste comme celui de Mortier. La nuit sépara les combattants; les Busses avaient pris 1500 prisonniers^ cinq canons et deux drapeaux. L'empereur François envoya l'ordre de Marie-Thérèse à Koutousoff pour cette victoire de Krems qui excita un grand enthousiasme chez les alliés.

Napoléon résolut de prendre sa revanche par un un coup de main sur Vienne. Le 1 2 novembre. Murât s'avança sur le pont en agitant un mouchoir blanc et dit au prince Auersberg qui avait eu ordre de faire sauter le pont, à l'apparition de l'ennemi, qu'un

armistice avait été signée entre les Français et les Autrichiens et qu'il était à la poursuite de Koutou- 'sôff. Le général autrichien donna dans le piège. Le succès de ce mensonge qui ne mérite pas le nom de ruse de guerre, plaça Koutousoff dans une situation dangereuse et l'obligea à abandonner sa position. H se mit en marche pour joindre le corps russe de Buxhœvden qu'on attendait à Olmutz. Murât répéta la même farce avec Nostiz et Bagration; le général autrichien y crut, mais Bagration en avertit Koutousoff qui prit Murât dans son propre piège et retint sa réponse pendant qu'il fit presser la marche de ses Groupes. Napoléon furieux donna ordre à Murât d'attaquer, et le détachement de Bagration fut abandonné pour le salut de l'armée. L'élève de Souvoroff combattit toute la journée et réussit à rejoindre Koutousoff à Brunn. A sa vue le vieux chef se jeta dans ses bras en disant: „Je ne te demande pas ce que tu as perdu, il suffit que je te voie^^ Bagration avait perdu 2,000 honunes et mérité le titre de héros que les Autrichiens donnèrent à lui et à ses braves, sans ordre supérieur. Le 8/20 novembre, Buxhœvden arriva avec 20,000 hommes à Olmutz, ainsi que le grandduc Constantin avec les gardes forts de 8,500 hommes. n y eut une revue le lendemain, en présence des deux Empereurs. Le détachement de Bagration fot salué par de cris involontaires.

Napoléon, en apprenant que les archiducs Charles

d'albxandjœ i'*". 57

et Jean étaient en marche de l'Italie pour joindre Tarmée autrichienne, et que la Prusse allait se pro* noQcer contre lui, et voyant que Koutousoff n'était ])as un adversaire à dédaigner, écrivit à l'empereur Alexandre pour demander la paix, mais il reçut une réponse fiére et froide adressée au chef du gouvernement français. Quoique Koutousoff f&t de l'opinion, que ce n'était pas le moment d'attaquer l'ennemi, les alliés s'avancèrent, et l'empereur Alexandre vit pour la première fois un combat à Winhaw; la vue des blessés le rendit malade. Napoléon envoya le général Savary pour tenter encore une fois de conclure la paix, et le prince Dolgorouky apporta de telles conditions que Napoléon s'écria: „Je ne. les accepterais pas quand même l'ennemi serait sur les buttes de Montmartre'^ Les Autrichiens désiraient la paix et croyaient que des succès mutuels ne feraient que prolonger la guerre. Le général russe Michaïlowsky Danielewsky va jusqu'à affirmer qu'ils ont communiqué à Napoléon le plan de la bataille d'AusterUtz, mais le général ToU le contredit positivement sur c^ point. Cependant Mack, dans son voyage avec Koutousoff à Vienne, lui dit confidentiellement que l'em^ pereur François était en correspondance secrète avec Napoléon, et une fois une lettre de Napoléon à l'Empereur d'Autriche tomba entre les mains de Koutousoff, mais les généraux autrichiens qui étaient présents ne lui permirent pas de l'ouvrir.

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Le Conseil aulique que Souvoroff avait appelé ironiquement le conseil de guerre de la cour (Hof- Kriegs-Bath), avait dirigé les opérations de l'aimée russe en Italie, en 1793. Souvoroff se querellait avec lui, Eoutousoff fut plus diplomate, mais il n'exécuta pas les ordres qu'il recevait de l'empereiu* François. En réponse & une lettre de ce dernier désirant de livrer bataille, il lui écrivit que c'était trop tôt de le faire. En effet, l'année manquait de provisions, et les officiers de l'état-major autrichien ne connaissaient même pas la localité^ quoiqu'ils prétendissent la connaître. (Le général Schmidt avait payé cette erreur de sa vie.) L'empereur Alexandre croyait que comme les Autrichiens avaient déjà combattu contre Napoléon, ils devaient être au courant de sa tactique, et ne réfléchissait pas qu'ils avaient toujours été battus. Il prit même la persistance de Napoléon à demander la paix pour la peur de livrer bataille, et lorsque les Français accueillirent leur chef par des cris d'allégresse, il les prit pour dea signes de retraite. Quelque temps même après la fatale bataille d'Austerlitz, l'empereur François dit: ,je ne sais pas encore quel a été le plan de la bataille^'. Ce plan fait par le général autrichien Weyrouth consistait à tourner l'aile droite de Napoléon qui avait résolu d'attaquer toute l'armée ennemie à la fois. Les Autrichiens n'avaient que 12,000 hommes et étaient sans doute jaloux de l'armée russe, mais

ils n'étaient pas assez lâches pour coigurer sa perte. Quand on remit la veille à Bagration Tordre du jour, il s'écria: ^Voilà une bataille que nous perdrons^S Le plan de Koutousoff était d'attendre l'anÎTée des Prussiens que eussent pris les Français par derrière, et fls venaient de déclarer la guerre à la France. Alexandre dit après la bataille: „Koutousoff m'a bien Mt des objections, mais il aurait dû insister davantage sur ses idées*^ Pourtant les empereurs russes n'ont pas habitué leurs sujets à faire de l'opposition. Tout ce que Koutousoff fit, fut d'aller au centre de l'année et d'y rester accablé de désespoir sans bouger. „Pourquoi n'avancez-vous pas'^? lui demanda le Tzar^ — J'attends que les autres soient partis. — Mais ce n'est pas une manœuvre. — Précisément parce que cela n'en est pas une; mais Votre Majesté n'a qu'à commander. — Quand plus tard il fut légèrement blessé à la joue, le Tzar lui envoya son chiruigien, auquel Koutousoff dit: „nia blessure n'est pas dangereuse; la blessure mortelle la voici'S et il montra l'ennend s'avançant dans le brouillard. H prit alors une brigade et se retira du champ de bataille, comme pour protester contre elle par son absence. Les Busses sont de grands enfants, et leur Tzar était trop jeune quoiqu'il restât pendant toute la bataille à côté de l'Empereur d'Autriche, au milieu du feu. En 1812, après la bataille deKrasnoï, Koutousoff, se tenant à l'ombre des drapeaux français qu'on venait de pré-

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genter, dit aux officiers: „Quant à la bataîQe d'Au* BterlitZy je m'en lave les mains, je n'y fus pour rien/' Les Russes perdirent à Austerlitz 21,000 hommes et 133 canons, les Autrichiens 5,922 hommes; mais beaucoup de ceux qui furent compris dans ces nombres rejoignirent bientôt leurs rangs. La perte des Français fut portée de 8 à 10,000 hommes; mais le général Bemadotte l'estima, à Berlin, à 12,000.. Le régiment russe de la garde à cheval prit le drapeau d'un bataillon français qu'il sabra; ce fut l'unique trophée et que j'ai vu depuis dans la chapelle de ce régiment Le prince Bepnine, colonel--c(»nmandant le premier escadron des chevaliers gardes, fut fait prisonnier; l'empereur Napoléon lui dit:

— Vota-e régiment a noblement fait son devoir.

— La meilleure récompense d'un soldat est l'ap* probation d'un grand capitaine.

— Et vous avez la mienne. Quel est ce jeune homme?

— Le lieutenant Souchteln de mon escadron.

— n est venu bien jeune se frotter à nous; — à quoi Souchteln répondit par le vers de Corneille, le poète fiftvori de Napoléon:

La valeur n'attend pas le nombre des années. —

— Bien répondu, jeune homme, vous ferez votre chemin. *)

"*) Souchteln devînt plus tard gouTemenr-gtetfral d'Orenbonrg.

En envoyant le prince Bepnine à Alexandre, avec des propositions de paix*), Napoléon lui dit:

— Quelle étrange idée a eue votre Empereur de disperser son armée sur une si grande étendue de terrain. H £a,ut tenir son armée sous la main pour être prêt à la jeter à la face de l'ennemi**). Mais c'est la première bataille d'Alexandre et ma quarantième: il arrivera à me battre***).

Le 20 novembre (v. st) 1820, à l'anniversaire de la bataille d'Austerlitz, Alexandre dit àMiloradowiteh:

— Vous rappelez-vous que c'est aujourd'hui l'anniversaire de la fatale journée?

— Je ne vois pas, répondit le général, pourquoi Votre Majesté Impériale appellerait infortunée une journée où les officiers et les soldats se sont battus comme des lions.

Oui, les soldats firent leur devoir, mais le devoir du soldat est de se faire tuer quand les chefs font des sottises. Les divisions Langeron et Pribychewski seules ne firent pas preuve de valeur,

*) Voyez leB Mémoires du prince Hepnine.

**) A Inkermann, les Russes perdirent la bataille pour avoir trop serré leur armée.

***) Napoléon ne croyait pas sans doute être prophète en disant ces mots. Fère-Champenoise prouva qu'Alexandre savait profiter des leçons de son grand adversaire.

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et les deux généraux furent priyés de leur commandement

Pendant la retraite, l'empereur Alexandre fiit pendant trois jours sans pouvoir changer de lingue, et en arrivant à Gkditz, la fièvre le saisit. On envoya chez l'empereur François pour demander une bouteille de vin, et l'on reçut pour réponse que Sa Majesté donnait et ne pouvait être réveillée. Voilà la reconnaissance autrichienne!

Davoust Alt chargé de la poursuite de Tsirmée russe, et Alexandre lui envoya 'le prince Gkigarme pour lui faire dire que toute effusion de sang était devenue inutile, un armistice étant sur le point d'être signé. Le général autrichien Stuterheim et le général français Savary vinrent au camp russe, et le 8 décembre, il fut convenu que l'armée russe aurait quinze jours pour évacuer la Moravie et deux mois pour quitter la Hongrie.

D'après la manière dont les Autrichiens s'étaient comportés envers Souvoroff, en Italie, la guerre de 1805 était sans doute une faute, car les avantages qu'elle pouvait apporter ne pouvaient se comparer aux malheurs d'une défaite*).

*) On assure qu*api-ès la campagne de Hongrie,' Tempereur Nicolas s'arrêta avec le comte Orloff à Varsovie devant le monument de Sobïeski, et dit: „Voii8. voyez devant vous, deux imb^iles, Sobïeski et moi; nous avons tous les deux servi rAutriche, et n'en avons recueilli que de Tingratitude".

Les électeurs de Bavière ayant passé du côté de Napoléon 9 dès le commencement de la guerre, furent promus au rang de rois, et Napoléon dit de renvoyé de Prusse qui vint le féliciter: — Voilà un compliment qui s'est trompé d'adresse.

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CHAPITEE HUITIÈME.

Eylan, Friedland, Tilsit.

Après la bataille d'Austerlitz» les Autrichiens conclurent avec Napoléon la paix de Presbourg (29 décembre 1805), et le 20 juillet 1806 (v. st.) M. Pierre d'Oubril signa une convention à Paris que Fempereur Alexandre ne ratifia point*).

*) Voici en quels termes le comte Strogonoff parlait de cet acte dans un rapport adressé à l'Empereur, en date de liondresy 15/27 juillet:

„Sire,

,,V. M. Impériale saura déjà par l'expédition qui s'est faite le 13/25 de ce mois très à la hâte, les motifs d'appréhension que le ministère de ce pays est dans le cas d'entretenir à notre égard par la conduite plus que sing^ère de M. d'Oubril à Paris, et qui ne manquerait pas de nous faire rompre avec ce pays, si elle était entièrement approuvée; mais je n'ai aucun doute qu'elle ne le sera pas et je n'ai pas hésité à le déclarer à Mylord GrenTiUe dans une conférence que je lui ai demandée à cet effet, et où je lui ai communiqué m extenso tout ce que j'avais reçu de Paris, me refusant pourtant de lui en donner copie officieUement, parce que je regardais ces pièces comme non avenues, ayant ét^ conclues en entier par M. d'Oubril de lui-même, non seulement sans instruction, mais en contradiction positive avec la lettre et l'esprit

M. de Talleyrand avait eu l'adresse de faire tenir 30 conférences en 34 heures k-JA. d'Oubril. H ne s'agissait pas de céder du territoire russe, mais Alexandre ne voulut pas abandonner les Monténégrins qui s'appelaient «es fidèles sujets, et il voulait rester fidèle é l'Angleterre.

L'amiral Siniavine qui,. avait d'abord reçu de Paris. Tordre de céder les bouches de Cattaro au général Marmont, reçut bientôt un contre-ordre de St. Pétersbourg.

La Turquie protégée par la France, déclara la guerre à laKussie, le 30 décembre 1806*j. La flotte

de ceUes dont j'aVais eu connaissance et qui m'étaient annoncées comme les siennes.

*) U Amiral Tchilchagoff dans ses. Mémoire* (BerUn \Sb8y dit : „La guerre avec la Turquie avait commencé en 1 806*, paf suite d'un coup de tête ministériel. La Porte avait déposé les hospodars princes Ypsilanti et Moronzi, sans avoir égard* à son traité avec la Russie, d'après lequel cette dignité leur était garantie pour sept ans. On supposait, en outre, le gouvernement turc disposé à entrer dans les projets de Napoléon contre la Russie. ' Or, le ministre russe, M. Italinski^ venait d'obtenir du Divan une entière satisfaction , lorsqu'il apprit l'invaâion des Principautés par une armée russe. Il déclara que le fait était impossible et il ne fut désabusé qu'après avoir reçu officiellement la nouvelle. Cette attaque, faite si mal à propos, était le résultat d'une bévue du baron Budberg, qui venait de remplacer aux affaires étrangères le prince Czartoryski. C'était un militaire insignifiant, que sa quaUté d'allemand avait fait choisir par Paul i^^ pour être un des menins du grand-duc Alexandre. N'ayant pas la s tête assez forte ppur distinguer les différents cabinets de l'Europe, quand il dictait une dépêche pour le ministre russe en Danemark, il ne parlait que des affaires de la Suède, et s'il écrivait à

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anglaise força les Dardanelles, et parut devant le sérail; mais Tamba^sadeur de France, général Sébastiam, au lieu d'obéir à l'ordre du Sultan de quitter le pays, se rendit chez Sélim UI et reieya son courage; voyant que le vent resterait pendant quelque temps contraire aux Anglais, on plaça en six jours 500 canons, pendant qu'on amusait l'amiral anglais avec des négociations. La défense achevée, on leva le masque et les Anglais furent obligés de lever l'ancre, mais les batteries à la barbette nouvellement érigées leur causèrent un grand dommage. Le Windsor-Castle, et d'autres vaisseaux souffiîrent beaucoup.

Le général Sébastiani avait été envoyé en Turquie surtout pour instruire les troupes ottomanes, et sur sa demande et l'ordre de Napoléon, le général Marmont, commandant en Dalmatie, envoya au grand Turc 500 canons et vingt officiers, mais ils né dépassèrent pas les pachalics.

Le général russe Michelsen, le vainqueur du célèbre rebelle PougatcheflF, envahit 1^ Bessarabie, la Moldavie et la Valaehie; mais n'ayant que 30,000 hommes sous ses ordres, il resta sur la défensive. Le prince Prozorovski qui lui succéda était tit>p vieux

notre ministre en Hollande, il n'était question que du Danemark. Je tiens ces faits de son secrétaire d'ambassade, M. Alopeus, homme d'esprit et de talent, qui avait bien du mal à rectifier toutes ces incohérences. Pour son début au ministère, Budberg extorqua à l'Empeueur l'autorisation d'attaquer les Turcs au moment même où le motif de la ^erre avait disparu.

et fut défait à plusieurs reprises ; KoutousofiF fut envoyé à soji aide et fut témoin de Féchec de l'armée devant Brailov. Le prince se plaignit de ce que Eoutousoff répandait le mécontentement parmi les les troupes, et ce dernier fut rappelé et nommé gouverneur général de la Uthuanie. Prozorovski passa le Danube et mourut sur l'autre rive.

Le l*' octobre 1806, 7,000 Russes renforcés par des paysans furent défaits par Marmont, à Castelnuovo, en Dalmatie. -

Des événements pkis grands se passaient- au Nord. La Prusse qui ne sut pas se décider à agir en 1 805 de concert avec la Russie et rAutriçhe, tira l'épée toute seule. ËUe avait, sur les ordres de Napoléon, occupé le Hanovte; l'Angleterre lui déclara la guerre, .et réflexion faite, elle aima mieux prendre l'or anglais et se déclarer contre Napoléon. Ce dernier, qui devait avoir ses cent jours en 1 8 1 5, fit unecampagne en quinze jours, mais c'est que l'armée prussienne avait dormi tout ce temps sur les lauriers de Frédéric-le-Grand et avait laissé pousser la queue sans former des chefs. Composée de mauvais sujets de tous les pays, elle ctoyait que l'exercice était la tactique et que la sévérité pouvait tenir lieu de patriotisme*).

*) Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et 1S55 a prouTé que le bâton ne faisait un bon soldat, pas plus d'un Russe que d'un Prussien. Seulement, il est étonnant qu'il ait fallu cinquante ans pour profiter de la leçon.

Le 14 octobre 1806 elle fut taillée en pièces à Jena, et les forteresses se rendirent à l'ennemi avec une précipitation qui provoqua plus d'un sourire sardonique parmi les Français qui en recevaient les clés.

Le 22 octobre 1806, il fut signé à Grodno une convention entre la Russie et la Prusse, et le général Benningsen marcha au secours de la Prusse, lorsque Bonaparte envahit la Pologne.

Le 26 décembre 1806 eut lieu la bataille de Poultousk. M. Thiers en la décrivant dit qu'un ouragan de neige est toujours considéré par les modernes Scythes comme un bon augure, et que cette superstition amena une heureuse charge de la cavalerie russe. M. Thiers ignore sans doute que les Russes descendent des Slaves et ne considèrent une tempête favorable que lorsque la neige frappe l'ennemi en face.

Le général Wîlson dans ses: „Sketchès of Campaigns in Poland, in the years 1806 and 1807" dît que les Français perdirent dans cette bataille 8,000 hoiûmes et les Russes 5,000. H représente les combats de Golymine et de Mohrunge comme très honorables pour lés Russes.*)

*) Il raconte qu'à Mohrunge le régiment de la jeune garde russe de Moscou était assiç sur une colline, lorsqu'une division française fut envoyée pour l'attaquer à la baïonnette. A la vue des petits fantassins avec leurs képis sur la tête et la baloanette au bout de leurs fusils, les grenadiers russes partirent d'un éelat

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Pendant que Napoléon restait en Pologne, le général Benningsen conçut le projet hardi de tomber sur Bon armée par derrière, en entrant en Pnt88& par un détour; c'est en vain que M. Thiers lui con* teste l'honneur de ce plan. Kamenski père n'y fut pour rien, et le général Buxhœvden était déjà rappelé.

Infatué par la victoire d'Jéna, Napoléon dit & Cambacérès, à l'ouverture de la campagne de 1807, que tout ceci était un jeu d'enfaut; mais le massacre d'Eylau (8 février) lui donna sans doute d'autre^ idées. iC'est là qu'une tempête de neige déroba au général Augereau la vue d'une batterie russe qui détruisit son corps presque en entier. Napoléon dit alors à Murât: „ Vas-tu me laisser manger par ces gens?^^ Le général Hautpoul encouragea ses soldats par ces' mots: „Cuirassier8, sabrez-moi ces bougres!" et les mena à l'attaque, mais il y trouva la mort, après avoir renversé la première ligne. Napoléon et son état-major se voient attaqués dans le cimetière, les gardes les défendent, l'empereur est blessé au pied, mais se fait panser sur le champ de bataille et remonte à cheval. La division St. Hilaire souflfnt beaucoup, et le général Lestocq, avec 7,000 Prussiens, arriva à temps pour arrêter les progrès du général Friand. Mais l'arrivée du général Ney balance ce

de rire qui déconcerta tellement les Français qu'ils s'en retournèrent d'où ils étaient veilu».

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secours et les deux années couchent sur le champ de bataille» également accablées de fittigue et de carnage; le lendemain, on chante le Te Deum. dans les deux camps pour célébrer ime victoire que personne n'a remportée'*').

Le 21 avril 1807, le baron de Hardenberg, pour la Prusse et André de Budberg, pour la Russie, signèrent une alliance à Bartenstein à laquelle l'Autriche avait promis de se joindre, par la voix du général Vincent qui fut envoyé à Varsovie à cet eflFet. Ces deux puissances s'engageaient à ne pas faire de conquêtes pour leur compte, mais à assurer l'indépendance de l'Allemagne.

Le 2 juin 1807 eut lieu la bataille de Friedland qui fut» de la part de Russes, une défaite volontaire oonmie celle des Français en 1795. Le 2 octobre' (17 brumaire) l'armée deSambre et de Moselle laissa Clairfait et Wurmser lui prendre 180 canons et 700 caissons d'artillerie, sans défense**), ne voulant pas s'exposer aux privations d'une nouvelle campagne en hiver. Les Russes, avant Friedland disaient: „0ù

^) Le général Sir Robert Wilson porte la perte des Français à 40)000 et celle des Russes à 20,000, disant qu'ils ont pris vingt drapeaux à Tcnnenii.

Quand la nouvelle de la bataille d'Eylau arriva à St. Pétersbourg, on dit que sur 65,000 hommes les Russes en avaient perdu 30,000 en tués et en blessés, ce qui fit dire à l'auteur des Mémoires dun employé (V. Annales patriotiques pour 1855): „Ia victoire est à nous, mais le museau nous saigne".

**) Voy. les Mémoire i du duc de Raguae.

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nous mène cet Allemand (Benningsen)? Si les Prussiens ne sayent pas se battre, ce n'est pas à nous à le faire pour eux*)". Kamenski ayant été détaché avec 6,000 hommes pour joindre Lestocq, affaiblit d'autant l'armée russe. Le général Benningsen dit dans se» mémoires qui n'ont jamais yu le jou^, qu'il demanda, à Tilsit, au général Sayary „pourquoi les bulletins de Napoléon mentaient tant?*' — „Le8 Parisiens y croient tout de même", répondit le général français.

Il est de fait que Benningsen a pu profiter de la bataille de Friedland en apprenant qu'il ne fallait pas faire marcher une armée en échelons avec une rivière derrière soi, et depuis Tilsît, l'Empereur le laissa en inactivité jusqu'en 1812. Mais, d'autre part, il est certain que, si cette bataille avait été décisive, Napoléon n'aurait pas demandé la paix. 11 le fît parce que les Russes attendaient une nouvelle armée ; et Karamzine a depuis reproché à l'empereur Alexandre la paix de Tilsit comme une fiiute. D lui reprocha aussi la conquête de Finlande, comme ayant trop coûté, et comme l'historien russe avait tort sur ce dernier point, il se trompait sur le premier. La paix de Tilsit partagea l'Europe entre les deux potentats. La liberté n'avait rien à gagner à cette alliance, mais l'alliance elle-même né devait pas durer.

*•) Je tiens ces détails de M. Lavroff, aumônier d'un régiment d'infantevie à Friedland, qui fut plus tard aumônier de Tarnbassade russe à Paris. (Voy. les MémoL es d'un prêtre russe.)

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