‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 10 sur 116 · ARTS ET INDUSTRIE · texte numérisé non relu

ARTS ET INDUSTRIE

Si , après ce que nous venons de dire , nous nous demandons à quel degré les arts étaient parvenus chez les Germains, nous ne trouvons malheureusement que fort peu de chose dans les historiens romains, qui , du haut de leur civilisation raffinée, n’ont jugé dignes de leur attention, ni les arts, ni le commerce, ni la science, chez un peuple qu’ils nommaient barbare, et parmi lequel en effet ils ne faisaient que commencer. C’est ce silence qui a conduit à considérer les Germains, au temps de la naissance de J.-C., comme un peuple sauvage et peu différent des Durons. Mais l’histoire , quand elle n’a point de preuves spéciales,

doit tirer des inductions défaits incontestables.

Nous pourrions donc dire, avec bien plus de vérité, que les Germains , qui, vers le lemps de J.-C., avec leurs armes et leur tactique, lenaient tète à un peuple aguerri par 500 ans de luttes avec tous les autres peuples de la terre et possédant l’art de la guerre au plus haut degré de perfection , de même que celui de l’asservissement des nations; que les .Germains, qui étaient déjà très-avancés dans leurs institutions civiles, qui tenaient pour sacrés , le mariage , la famille, l’honneur de la patrie cl des aïeux, qui enfin, par leurs nobles vertus, malgré la violence effrénée d’un état barbare qu’on ne

INTRODUCTION

peut nier, pouvaient encore enthousiasmer loul noble Romain, dont l’àme plus saine que celle de ses compatriotes, savait apprécier ce qui est digne, ce qui est grand dans la nature humaine; que ces Germains, dis-je, ne pouvaient pas être de grossiers sauvages semblables à ceux, du nord de l’Amérique. Ils étaient même déjà parvenus à un degré remarquable, eu égard à leur genre de vie et à leurs habitations isolées.

L’agriculture, le soin des troupeaux, présupposent une certaine économie rurale, et même des instruments nécessaires. Quelque simples qu’ils dussent être, le Germain les confectionnant lui-même devait donc savoir travailler le fer; de même encore pour fabriquer ses armes. Or, le fer est difficile à fondre, et le manipuler n’est pas un travail si aisé. Il est possible, à la vérité, qu’il n’ait employé que celui qui paraissait au dehors, et qu’ainsi, il n’ait pas été obligé de percer les montagnes pour le trouver; cependant. Tacite parle de mines de fer dans la Gothie, aujourd’hui la Silésie.

Dans leurs expéditions et leurs batailles, particulièrement dans celles des Cimbres et des Teutons, on voit des chariots et des voitures en grand nombre, sur lesquels ils conduisaient leurs femmes et leurs enfants, et dont ils se servaient pour retrancher le camp. Dès ce même temps, les Germains paraissaient sur le bord des rivières et sur les côtes de la mer avec des vaisseaux, et même ils livrèrent bataille aux Romains sur des vaisseaux. Or, des peuples capables de confectionner de pareils instruments peuvent-ils être encore appelés sauvages? L’art de filer et de tisser la laine n’est pas non plus possible sans un certain nombre d’outils; cependant c’était l’occupation journalière des femmes. Si l’art de bâtir les maisons n’était pas encore très-avancé , il yavait du moins une différence essentielle entre la hutte du simple particulier et la demeure de l’homme de distinction (burg), dont nous trouvons la description dans l’histoire. Nous pourrions même croire qu’ils employaient les pierres dans leurs constructions, puisqu’ils avaient

(1) A peu près 40 francs de noire monnaie. Il faut remarquer pour l’évaluation des monnaies romaines

des caves où ils gardaient leurs provisions et où les femmes tissaient la laine; car ces caves devaient être nécessairement soutenues de murs.

Le commerce et le trafic n’étaient point inconnus aux anciens Germains; ils connaissaient même les monnaies qui en sont le premier moyen. Tacite remarque qu’ils savaient fort bien en distinguer les différentes espèces, et que , pour les petits échanges , ils aimaient mieux l’argent que l’or. La grande quantité de monnaies romaines, trouvées enfouies dans la terre, prouvent que le commerce devait être considérable; quoiqu’il la vérité on puisse dire que les Germains en ont beaucoup conquis dans leurs victoires sur les Romains. Arminius, avant la bataille d’Idistavisus, offrait 200 sexterces (i) par jour à chaque transfuge romain.

Leur art musical se bornait aux chansons de guerre et aux rudes instruments dont nous avons parlé plus haut ; ils avaient encore quelques chansons héroïques pour les festins. On ne peut douter aussi que les premiers temps de l’Allemagne aient eu leurs chantres ejithousiastes, comme les premiers temps des Grecs ont eu leur Homère. C’est d’ailleurs ce que nous apprend Tacite, et quand ce témoignage nous manquerait, les idées de gloire et de grandeur répandues parmi ce peuple nous l’indiqueraient assez.

11 a été mis en question, si, du temps de J.-C., lesGermains connaissaient l’art d’écrire. Tacite dit positivement que ni les hommes, ni les femmes ne le possédaient (Litterarum sécréta viri panier aefeminœ ignorant. Germ. 19); etquoique ce passage pût être entendu dans un sens plus restreint, s’il y avait d’autres témoignages exprès, cependant, à leur défaut, ces paroles disent assez que les Germains ne connaissaient rien de cet art. Il est vrai que Marbod et Adgandaster écrivaient des lettres à un prince catleàRome; mais ces lettres sont en latin, et prouvent seulement, si elles ont été écrites par les princes eux-mêmes, que les grands avaient des relations avec Rome, qu’ils y passaient même une partie de leur jeunesse. On ne peut donc douter que le peuple n’ignoràt complètement l’art d’écrire.

qu’elles ont changé de valeur sous certains empereurs. Sous Tibère, le sesterce valait 20 centimes. N. T.

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