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une alliance avec une maison princière vénérée dans l’Europe, il demanda la main de la lillede l’empereur devienne, l’archiduchesse Marie- Louise, et Joséphine par conséquent fut obligée de subir l’affront d’une séparation. L’empereur François consentit donc à cet immense sacrifice. « Pour les intérêts les plus sacrés de la monarchie et de l’humanité , comme un boulevard contre un fléau dont on ne peut voir la fin , comme un gage pour le maintien de l’ordre, est-il dit plus tard dans la déclaration de l’Autriche, Sa Majesté abandonne l’objet le plus cher à son cœur; elle fait une alliance qui doit consoler les opprimés et les malheureux , faire naître chez eux le calme de la sécurité après les souffrances d’une longue lutte inégale, décider les forts et les victorieux à la modération et à la justice, et établir ainsi une espèce d’équilibre, sans lequel la société des empires ne peut être qu’une société de malheureux. L’empereur Napoléon en est arrivé , dans sa carrière , à un point où l’objet de ses désirs doit être l’affermissement de ses conquêtes plutôt que d’insatiables efforts pour de nouvelles. Son alliance avec la plus ancienne maison royale de la chrétienté va donner à sa grandeur, aux yeux de la nation française et du monde entier, une telle solidité que des plans d’agrandissement par des guerres perpétuelles ne pourraient que l’affaiblir et l’ébranler. Tant d’années d’inutiles efforts et de sacrifices incalculables peuvent bien fournir une raison assez forte pour essayer d’opérer le bien par la confiance et l’abandon , après que des fleuves de sang répandu n’ont réussi, jusqu’à présent, qu’à accumuler ruines sur ruines. »
Comme le généreux empereur François se vit encore trompé dans cette belle confiance, d’ailleurs si naturelle! Dans l’année même que cette nouvelle alliance fut fondée (ce fut le 2 avril 1810 qu’eurent lieu les épousailles de l’archiduchesse Marie-Louise), la Hollande, après que le roi Louis eut déposé la couronne, parce qu’il ne voulait pas être un instrument dans la main de son frère pour la ruine de son peuple, fut tout entière réunie à la France; car, disait-on, la Hollande n’est pour ainsi dire qu’une alluvion du Rhin , de la Meuse et de l’Escaut, les principales artères du royaume de
France; et enfin, pour prouver qu’il pouvait tout ce qu’il voulait, et que désormais aucune considération ne pouvait plus l’arrêter, Napoléon résolut tout d’un coup d’ajouter à la France tout le nord-ouest de l’Allemagne, c’est-à-dire les pays à l’embouchure du Wéser , de l’Ems et de l’Elbe, ainsi que les anciennes villes libres de commerce, Brème, Hambourg, Lubeck. Le prétexte fut que la contrebande avec l’Angleterre se faisait sur ces côtes, et par ces villes. Ainsi l’Allemagne se trouvait dépouillée de ses côtes et de son commerce de mer. Le fleuve qui avait toujours été la séparation naturelle entre la France et l’Allemagne se trouvait dépassé. Une ligne tout arbitraire fut tracée à travers les pays et les fleuves, suivant le caprice de Napoléon; de sorte qu’il était facile de voir que ce n’était là qu’un premier pas pour aller plus loin, et que peu à peu toute l’Allemagne serait absorbée dans le gouffre.
Cependant Napoléon ne sut jamais comprendre ce qui pouvait seul donner à une puissance, nouvellement établie et primitivement fondée sur la violence, une durée certaine, au delà même de la vie du fondateur ; il ignorait l’art d’intimer au peuple la croyance à cet affermissement; et ce qu’il fit alors était ce qu’il y avait de plus contraire à cette impression. Déjà, en 1809, il avait arraché à sa vieille capitale le pape, le père commun de tous les catholiques, dont le siège est inébranlable, suivant la croyance de presque tous les peuples, et l’avait entraîné prisonnier comme un criminel; aujourd’hui il réunissait Rome à son grand empire, et réglait que son fils et tout premier-né de l’empereur prendrait le titre de roi de Rome. De pareils actes le firent maudire dans le cœur de milliers d’hommes; mais cette âme de fer ne s’inquiétait ni des malédictions des uns, ni des bénédictions des autres. Son empire lui parut assez solidement établi, avec cinq cent mille soldats et une armée innombrable d’espions. Ainsi le pensait le monde, qui ne juge que d’après les apparences.
Cependant il ne se passa pas deux ans que ce colosse de puissance était renversé, et l’empereur était réduit à signer son abdication dans le palais de Fontainebleau. Napoléon reprochait à la Russie d’entretenir des relations
sr.mùMi: éi'Oquü. 1648 — 1838.
avec l’Angleterre, et de fomenter les germes de révolte que l’Allemagne nourrissait. 11 lui déclara la guerre, et cette gigantesque expédition fut la première cause de sa ruine, en fournissant à l’Allemagne l’occasion de secouer le joug qui lui avait été imposé.
Campagne de Russie. 181 “J.
Ce fut dans l’été de l’année 1812 que l’empereur Napoléon partit pour celte grande expédition de Russie , avec quatre cent mille fantassins, soixante mille chevaux et douze cents pièces d’artillerie. Il lui avait fallu deux anspour ses préparatifs : il avaitrassemblé toutce qu’il y avait de meilleures troupes en Europe, et avait pourvu à tous les besoins de la campagne. Le premier but de celte expédition était bien, à la vérité, dirigé contre la Russie; mais ce n’était pas le principal, et si Napoléon avait pu forcer les Russes à faire la paix, il aurait, suivant toute apparence , continué de pousser sa pointe jusqu’en Asie, afin de chasser les Anglais, ses plus grands ennemis , de leurs vastes et riches possessions des Indes. Il arriva triomphant jusqu’à Moscou; mais c’était là le terme que la Providence avait mis à ses succès : car à peine s’était-il mis en possession du Kremlin, l’ancienne résidence des czars, le 14 septembre, que tout d’un couple feu prit à la ville en plus de cent endroits à la fois. Elle fut tout entière consumée, avec toutes ses provisions, sur lesquelles Napoléon avait compté, et qui lui étaient nécessaires pour passer les cinq mois de l’hiver. Il n’avait plus de vivres que pour quelques semaines, et, comme d’ailleurs l’empereur Alexandre refusait de faire la paix, il fallut songer à la retraite; mais au lieu de prendre la route par Caluga, comme tout portait à le croire, parce qu’il y aurait trouvé un pays encore tout à fait intact, il revint par la route de Smolensk, sur laquelle les Russes cl les
Français avaient tout ravagé, tout incendié. Bientôt la famine fut extrême dans l’armée; le désordre et l’insubordination se mirent dans les rangs, et la cavalerie légère des Russes qui la harcelait lui faisait éprouver tous les jours de nouvelles perles. Mais son plus terrible ennemi fut le froid, qui, cette année, commença plus tôt qu’à l’ordinaire et la surprit au milieu des immenses steppes de la Russie. Les malheureux soldats n’avaient aucun moyen de se défendre contre lui : leurs vêtements étaient déchirés et ils marchaient nu-pieds au milieu de ces vastes plaines de neige. Les villes et les villages qui se trouvaient sur la route avaient été ravagés et pillés par eux ou par les habitants. Jamais de toits pour se mettre à l’abri , point de vêtements pour couvrir leurs corps transis, pas un morceau de pain pour apaiser leur faim, et partout le découragement. Tous les malins des monceaux de morts restaient gelés autour des feux de camp; les autres, qui peut-être n’avaient été sauvés que par l’abri des corps de ceux qu’ils abandonnaient, s’ils pouvaient encore, en rassemblant toutes leurs forces, se remettre en route, c’était pour aller subir, au prochain campement, le même sort que ceux qu’ils avaient laissés. La famine emportait ceux que le froid avait épargnés. Dès qu’un cheval tombait par terre, ils se jetaient dessus comme des bêtes féroces, le déchiraient avec leurs doigts, avec leurs dents , et dévoraient sa chair toute crue; on a même vu des hommes, qui avaient perdu la tète, s’asseoir au milieu de la neige et ronger leurs doigts déjà noirs de froid , avec l’expression du plus elfroyable idiotisme. Mais détournons nos regards d’un tableau si hideux , l’imagination se refuse à de telles horreurs.
Défection de la Prusse. — Préparatifs de Napoléon.
D’un demi-million d’hommes que cet insolent conquérant avait entraînés dans cette guerre, à peine en revint-il trente mille eu