‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 106 sur 116 · PREPARATIFS RE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

PREPARATIFS RE NAPOLÉON

étal tic porter les armes. Alors l’Allemagne pensa que c’était le moment ou jamais de secouer le joug, et que l’heure de sa délivrance avait sonné. La Prusse se déclara la première. Ses guerriers, qui n’avaient suivi qu’à regret les Français en Russie, se trouvaient tout prêts et en état de soutenir la liberté de leur pays; d’autant plus que leur corps d’armée, faisant partie de l’extrême gauche, n’avait pas eu beaucoup à souffrir. Le général York, qui connaissait les sentiments du roi aussi bien que ceux du peuple, à peine arrivé sur la frontière de Prusse, abandonna les Français et se hâta de faire demander au roi s’il devait se joindre aux Russes victorieux. Le roi , qui se trouvait encore à Berlin sous la garde d’une garnison française, se rendit aussitôt à Breslau, en Silésie; et de là, le 3 février 1813, il lit un appel à toute la jeunesse du pays pour accourir au secours de la patrie. Sa voix retentit au fond de tous les cœurs, et des milliers de jeunes gens se rangèrent sous les drapeaux. Berlin, à elle seule, fournit dix mille combattants.

En même temps, il convoqua lalandwehret la landsturm (î); et alors, le 17 mars 1815, le roi Frédéric-Guillaume déclara la guerre à la France. Cette démarche n’était pas sans danger pour la Prusse ; car les Français possédaient encore huit places fortes en Prusse et en Pologne , et soixante-cinq mille hommes occupaient le pays. Mais bientôt toute la Prusse fut en armes à la voix de son roi , et pour sauver la patrie, tout le monde accourut : enfants, jeunes gens, vieillards; on vit même des femmes revêtir des habillements d’hommes, afin de pouvoir offrir leurs bras; chacun s’empressa d’apporter tout ce qu’il avait et de sacrifier toutes ses jouissances : les femmes donnèrent leurs joyaux.

Cependant Napoléon, qui avait abandonné en Russie les débris de son armée , était parti en toute hâte pour la France, et, voyageant nuit et jour sans se reposer, était arrivé à Paris, où il entra en secret dans la nuit du 18 décembre. Il avait aussitôt ordonné une levée de trois cent cinquante mille hommes,

(1) Voyez la note page 17.

pour réparer une perte de trente mille chevaux, accusée dans le vingt-neuvième bulletin qu’il avait apporté avec lui; et, quand fut publiée la déclaration de guerre de la Prusse, il ordonna une deuxième levée de cent quatrevingt mille hommes. Le peuple français, habitué désormais à l’obéissance, envoya donc tous ses enfants sous les drapeaux; et toute l’Europe fut dans l’étonnement de voir en si peu de temps une nouvelle et si belle armée, tout équipée, passer le Rhin et s’avancer en Al letnagne pour soutenir la gloire de son empereur. En même temps Napoléon, pour s’assurer une garantie de la tranquillité du pays, fit demander une garde d’honneur qui devait être composée de jeunes gens volontaires, équipés et armés à leurs propres frais. Puis, comme il avait perdu toute sa cavalerie, il lit rassembler la gendarmerie qui était répandue par toute la France et pouvait faire un corps de seize mille hommes. Pour trouver des artilelurs, il fit venir ceux qui servaient dans la marine. En outre, l’Italie lui envoyait cinquante mille hommes de troupes auxiliaires, sans compter que la confédération rhénane fournissait aussi un contingent. Ainsi put-il faire entrer en Saxe, au mois d’avril, plusieurs centaines de mille hommes; et comme son armée grossissait toujours, il eut encore, pour cette campagne, environ cinq cent mille hommes. Aussi, aveuglé parcelle apparence, il ne voulut consentir à aucune des propositions que lui fit faire l’Autriche , et l’Allemagne dut à son orgueilleuse opiniâtreté sa délivrance de tout joug français.

Premières opérations delà campagne. 1813.

Le vice-roi de d’Italie, le prince Eugène, à la tète de quelques débris de l’armée française et de quelques nouvelles recrues , était campé sous les murs de Magdebourg, obligé de laisser libre tout le cours du fleuve. Cependant les

Français auraient bien désiré conserver au j moins son embouchure , avec l’importante place de Hambourg , et le général Morand s’y rendit avec les quatre mille hommes qui lui avaient servi à occuper les côtes du Mecklembourg et de la Poméranie; mais trois audacieux chefs de bande , Tettenborn , Etzernitscheff et Dœrnberg, s’attachèrent à sa poursuite, et ne lui permirent pas de prendre pied sur la rive droite de l’Elbe. Il fut obligé de repasser le fleuve et de se replier sur Brème. Dans tout le nord de l’Allemagne , le peuple recevait avec acclamation ses libérateurs partout où ils arrivaient. Le duc de Mecklembourg-Strélitz fut le premier après le roi de Prusse à abandonner l’alliance des Français. Les citoyens de Lubeck et de Hambourg s’en réjouirent et préparèrent toutes leurs forces pour aider aussi eux-mèmes à la défense de ce précieux trésor. Dœrnberg, à la tête de quatre mille hommes, vint chercher le général Morand, qui voulait de nouveau se porter en avant, l’attaqua le 2 avril derrière les murs de Lunebourg, emporta la ville d’assaut, et tua le général lui-même. Toute sa troupe fut tuée ou prise avec douze canons. C’est par ce beau fait d’armes que le général Dœrnberg ouvrit la deuxième campagne.

Dans le même moment le vice-roi d’Italie essaya de se porter tout d’un coup de Magdebourg sur Berlin avec ses trente mille hommes, pensant bien ne trouver sur son passage que des forces impuissantes ; mais les généraux Wittgenstein , Bulow et York , ayant rassemblé à la hâte les troupes qu’ils avaient sous la main, vinrent fondre sur lui, le 5 avril, près de Mœkern , avec une telle fureur qu’il fut obligé de renoncer au projet de marcher sur Berlin et de se replier sur Magdebourg avec perte. Depuis lors le prince Eugène se tint tranquille sous les murs de Magdebourg, jusqu’à ce que l’empereur parût lui-même en campagne.

Dès que les nouvelles levées de France furent rassemblées sur le Rhin, Napoléon partit de Paris , et le 23 avril au soir il entra dans Erfurt. De là il se dirigea vers la Saal , et força la cavalerie des alliés de se replier derrière ce fleuve. Les deux armées s’approchèrent, et l’on se prépara de part et d’autre à une bataille décisive.

Bataille de Lutzen et de Gross-Gœrschen. 2 mai 1813.

Quand Napoléon fut arrivé sur les bords de la Saal, il se trouva bientôt en face de l’ennemi. Alors il monta à cheval et jusqu’à la suspension d’armes qui eut lieu cinq semaines plus tard, il ne remonta pas en voiture. C’était la marque qu’il était occupé de grands travaux militaires; car alors il voulait explorer par luimême tous les environs et toutes les positions, juger d’après la fumée des villages et des coups de canon lointains les plans de bataille de ses ennemis ou conduire lui-même des attaques. Son âme était au plus haut degré d’excitation; son regard de feu étincelait au moment de l’attaque, quand la terre tremblait des épouvantables décharges d’artillerie et des charges de cavalerie; on aurait dit que ce tapage était celui qui flattait le plus son oreille.

De l’autre côté, l’armée des alliés, sous les ordres du général en chef, le comte de Wittgenstein , était déjà sur le champ de bataille, rangée dans les environs de Pégau ; les généraux Blucher, York et Kleist commandaient les Prussiens. L’empereur Alexandre et le roi Frédéric-Guillaume se trouvaient au milieu de leurs soldats.

L’armée française , après quelques escarmouches sur la Saal, se porta en avant pour aller se réunir dans les plaines de Leipzig. C’est là que Napoléon voulait livrer une grande bataille , parce qu’il était supérieur en nombre. Le 1er mai , après s’être avancé de l’autre côté de Weissenfels, il rencontra sur des hauteurs , près du village de Poserna, l’artillerie et la cavalerie des Russes qui voulaient lui disputer le passage. C’était le général Winzingerode qui y avait été envoyé , pour tâter les forces des Français et s’assurer si l’armée entière était en route. Le maréchal Bessière, général en chef des gardes de l’empereur, s’étant avancé avec les tirailleurs pour conduire l’attaque, y fut tué par un boulet de canon. La position fut emportée, et Napoléon continua sa route jusqu’à Lutzen ; c’était le champ de bataille où deux cents ans auparavant Gustave-Adolphe

avait trouvé la mort en combattant contre Wallenstein. 11 y passa lui-même la nuit; mais le matin , quand il voulut se mettre en roule pour Leipzig, tout à coup retentit un grand feu d’artillerie derrière lui et sur le flanc droit.

Les Russes et les Prussiens avaient pénétré l’intention de l’empereur , qui voulait commencer par s’emparer de Leipzig, pour les couper d’avec l’Elbe; et comme ils ne voulaient pas lui laisser faire ses manœuvres accoutumées par lesquelles il se choisissait toujours son champ de bataille, ils vinrent tomber sur lui, le 2 mai, lorsqu’il y pensait le moins, supposant qu’ils ne pourraient être prêts à la bataille avant le lendemain. Sur le midi, ils se portèrent avec toutes leurs forces sur les villages de Gross-Gœrschen et Ivlein-Gœrschen , de Rliano et Kaja , dont le maréchal Ney s’était emparé. L’empereur Alexandre et le roi de Prusse se tenaient sur une hauteur derrière les rangs , d’où ils observaient les différentes chances de la bataille, et leur présence enflammait tous les guerriers du plus grand courage. Le terrible Blucher commença par emporter d’assaut le village de Gross-Gœrschen , et bientôts’engagea autour des autres villages une sanglante lutte qui fut à l’avantage des alliés; ils s’emparèrent de la plupart de ces villages et forcèrent les Français de se replier en arrière. C’est à ce moment que Napoléon arriva sur le champ de bataille avec sa garde et les autres troupes qu’il ramenait avec lui; car il était déjà fort avant sur le chemin de Leipzig. Aussitôt il les fit marcher sur les villages attaqués; lui-même il parcourait les rangs et ne craignait pas de s’exposer au feu; il savait que la perte de la bataille découragerait son armée et entraînerait la perte de l’Allemagne. Le combat recommença donc avec une nouvelle fureur dans les villages conquis; ils furent plus d’une fois pris et repris. Souvent même, comme les deux partis occupaient chacun une portion du village, on se battit à la baïonnette et avec l’épée, dans les rues, dans les jardins et les petits sentiers. Quatre fois les alliés réunirent toutes leurs forces pour emporter ces villages; à la fin les Français furent ébranlés et se retirèrent en désordre jusqu’à Weissenfels et

Naumbourg. A celte nouvelle, rapporte un témoin oculaire, Napoléon se tournant avec un regard de fureur vers ceux qui l’entouraient ; «Croyez-vous, leur demanda-t-il, que mon étoile va s’éclipser? » Aussitôt il se ranime et prenant une de ces résolutions subites qui déconcertent tous les plans de son adversaire, il ordonne au général d’artillerie, Drouot, de rassembler sur un seul point quatre-vingts pièces d’artillerie et d’écraser les rangs ennemis par un feu effroyable. Il tenait toujours en réserve et à sa disposition , pour de pareils coups, l’artillerie de la garde; en même temps, il fit avancer seize bataillons de la garde sur les hauteurs, derrière le village de Kaja. L’artillerie, semblable à un volcan déchaîné contre l’armée, renversa tout devant elle, des rangs entiers furent emportés, les villages furent réduits en cendres, et l’on fut obligé de les abandonner. Dans le même moment les Russes furent vivement pressés sur leur flanc droit par le prince Eugène, qui arrivait de Mark-Ranstædt avec trente mille hommes de troupes fraîches.

Napoléon , impatient de voir la victoire se décider, poussait toujours en avant, protégé par le feu des soixante à quatre-vingts canons qu’il avait au centre. Alors , enfin les Russes et les Prussiens furent obligés de plier, accablés d’ailleurs par la chaleur et la fatigue de la journée; mais ils ne se retirèrent que pas à pas , défendant tous les points qui pouvaient offrir quelque résistance jusqu’à la nuit.

Une profonde obscurité enveloppait déjà le sanglant champ de bataille; on n’apercevait plus que la lumière des canons qu’on lirait encore par intervalle , et les flammes qui s’élevaient sur trois points des villages incendiés. Napoléon se trouvait derrière le grand carré que formaient ses gardes; quand tout à coup retentit le fracas d’une charge de cavalerie qui pénétra jusque dans l’intérieur. C’était l’intrépide Blucher qui, avec neuf escadrons de cavalerie, venait faire une dernière attaque pour imposer à l’ennemi. Il réussit; car les Français n’osèrent pas se mettre à la poursuite et passèrent toute la nuit sous les armes, rangés en bataillons carrés. Plus de trente mille hommes de chaque côté , tués ou blessés ,

étaient restés sur le champ de bataille. Pendant ce temps-là , les alliés, qui ne se trouvaient plus de force contre les Français et qui espéraient recevoir des renforts, opérèrent leur retraite sur l’Elbe par Varna et Altenbourg, pour aller prendre une position plus forte près de Bautzen : les Prussiens passèrent l’Elbe à Meissen, les Busses à Dresde, et l’empereur Alexandre et le roi de Prusse quittèrent cette ville le 8 mai au matin.

Bataille de Baulzen ou de Wurschen. 20 et 21 mai 1813.

Le même jour, 8 mai, Napoléon marcha sur Dresde et dépêcha en même temps un envoyé au roi de Saxe, à Prague, pour exiger de lui qu’il rentrât dans sa capitale et le menacer de traiter la Saxe comme un pays conquis s’il s’y refusait, si Torgau ne lui était livrée et si toutes ses troupes ne venaient se joindre à son armée. Le roi n’avait d’ailleurs que deux heures pour réfléchir. Alors la crainte des menaces de l’empereur, qui occupait déjà la plus grande partie de ses États , l’emporta sur toute autre considération. Le roi n’osant plus faire une alliance avec l’Autriche, comme il le désirait, se rendit à Dresde, le 12 mai. Napoléon fit une entrée magnifique, et quand il arriva aux portes de la ville, où le conseil municipal l’attendait , il leur dit en montrant le roi qui marchait à côté de lui : « Voilà votre sauveur; car si votre roi ne s’était pas montré allié fidèle, j’aurais traité la Saxe comme une conquête; désormais mes armées ne feront que la traverser et la protégeront contre tous ses ennemis. » La veille , le 11, l’armée française avait passé l’Elbe sur un pont qu’on avait établi à la hâte. Pendant sept heures Napoléon s’y tint assis sur un banc et fit défiler devant lui toute son armée. Français, Italiens et même Allemands; c’était pour lui le spectacle le plus agréable. 11 voulait attaquer une deuxième fois l’armée des alliés qui occupait une forte position à Bautzen et Hoehkirch. Alors il fit partir le maré-

chal Ney et le général Lauriston de Iloyerswerda pour tourner l’ennemi par le flanc droit. Celui-ci qui s’en aperçut détacha quelques bataillons sous les ordres d’York et de Barklai de Tolly, qui s’avancèrent jusqu’à Kœnigswertha. Ils surprirent une division italienne , la mirent en fuite et s’emparèrent de ses canons et de ses provisions de guerre. Mais comme le reste de l’armée arrivait , n’étant plus en force; ils furent obligés de se replier sur le corps d’armée principal.

Le jour suivant, 20 mai , Napoléon passa la Sprée après un sanglant combat sur les montagnes de Bourg et près de Bautzen où il perdit beaucoup de monde , et les alliés se retirèrent sur leur quartier principal, Gleina, Kreckwitz et jusqu’aux montagnes. Les Russes formaient les deux ailes et les Prussiens étaient au centre, conduits par Blucher. Bien que le mouvement de Ney leur eut fait perdre l’avantage de leur position , ils ne voulurent cependant pas se retirer sans combattre. Les plans de Napoléon étaient de faire attaquer l’aile gauche des alliés par les maréchaux Oudinot et Macdonald, pour attirer de ce côté toute leur attention ; tandis que le maréchal Ney exécuterait l’ordre qu’il avait d’envelopper l’aile droite. Le 21 mai , il était à cheval de grand matin , avant le lever du soleil, et il fit donner le signal de la bataille par l’attaque de l’aile gauche des Russes , commandés par le prince de Wurtemberg et le général Miloradowitsch. On combattit avec chaleur; le feu de l’artillerie et de la mousqueterie fut très-vif auprès d’une petite montagne boiseuse, d’où les Russes, qui étaient maîtres de hauteurs fort avantageuses, ne purent être débusqués. Ce ne fut que sur le midi qu’eut lieu l’attaque principale; parce que Napoléon attendait que le maréchal Ney eût pris la position qu’il lui avait indiquée. Celui-ci s’était en efl’et porté en avant avec le plus grand courage, avait refoulé le général russe Barklai de Tolly et conquis la hauteur du moulin de Gleina et le village de Preititz. Le moment était critique, car Preititz était presque au dos de l’armée des alliés ; mais Blucher se hâta d’envoyer le général Kleist au secours et le village fut repris. Alors Napoléon s’aperçut qu’il ne suffisait pas d’attaquer de pareils

hommes par le point le plus faible ; il fallut faire avancer au secours de nouvelles colonnes de troupes qu'il avait tenues jusque-là en réserve. A leur tète il plaça son meilleur général, le maréchal Soult, qu’il avait venir d’Espagne; et tandis que les Prussiens avaient dégarni leur centre pour attaquer le village, Soult se précipita sur eux et accula leur infanterie sur les hauteurs de Kreckwitz , qui étaient le point principal de leurs positions. En même temps Napoléon , comme à Lutzen , fit arriver un grand nombre de bouches d’artillerie sur un même point, qui firent un feu terrible. Il y eut beaucoup de sang répandu au pied de ces hauteurs; enfin les Français les emportèrent à la baïonnette. Alors les généraux des alliés furent obligés de songer à la retraite; et elle se fit dans le plus bel ordre, à trois heures après midi, sans perdre ni drapeaux, ni canons et très-peu de prisonniers; car les Français ne purent même pas se mettre à leur poursuite (i). Napoléon était dans le moment sur une hauteur près de Niederkuyna, monté sur un tambour de ses gardes pour observer les mouvements ; aussitôt il se hâta de porter ses troupes en avant; mais la cavalerie légère des Russes et des Prussiens qui couvrait la retraite, fit la plus belle contenance , et il lui fallut se contenter d’être maître du champ de bataille.

Suspension d’armes depuis le 4 juin jusqu’au 17 août.

L’armée des alliés se retira en Silésie, et Napoléon se mit à sa poursuite avec chaleur. Mais toutes les fois que les Français s’approchaient un peu trop , ils avaient à soutenir un combat sanglant contre l’arrière-garde. Napoléon , mécontent de ce que ses généraux ne faisaient que si peu de captures sur une armée en retraite, voulut se charger lui-même de la

(1) Comme à Lutzen, faute de cavalerie; il est û remarquer que dans cette campagne , et les suivantes , les

poursuite et attaqua l’arrière-garde, le 22 mai au soir, à Rcichenbach. Mais sa cavalerie fut promptement repoussée et un boulet vint écraser à côté de lui les généraux Kirgener, Labruyère et le maréchal Ruroc , son plus intime ami. Napoléon sentit d’autant plus vivement cette perle qu’il avait eu peu d’amis dans sa vie ; c’était peut-être le seul qui pût lui parler librement, parce qu’il avait été son camarade d’enfance.

Le 20 mai, Blucher donna ordre à Ziethen d’attendre les Français avec sa cavalerie auprès de Haynau ; et au signal donné, quand le feu parut au moulin de Baudmannsdorf , il sortit de derrière ses hauteurs à la tète de trois mille hommes , enfonça les carrés français en poussant de grands hourras, les dissipa et fit trois cents prisonniers. Mais Dolfs, qui commandait cette attaque , succomba glorieusement au milieu de ses ennemis.

Napoléon vit bien que l’ennemi n’était point encore accablé ; il demanda une suspension d’armes, et comme les alliés y étaient assez disposés, elle fut signée le 8 juin , pour six semaines. Les Français abandonnèrent Breslau qu’ils étaient sur le point de prendre, et ne retinrent qu’une partie de la Silésie; mais ils possédaient Hambourg, qu’ils durent à de fâcheuses circonstances.

Dès le commencement de mai, lorsque Napoléon entra en campagne, le maréchal Davoust était parti avec quatorze mille hommes pour faire le siège de Hambourg, qui n’avait qu’une faible garnison , commandée par le général Tettenbourg. Quelque enthousiasmés que fussent les habitants pour la liberté, ils avaient besoin cependant d’une plus forte garnison; ils avaient compté sur l’assistance des Danois qui se tenaient à Altona, et même sur celle des Suédois , que leur prince héréditaire avait rassemblés en Poméranie et dans le Mecklembourg. Mais les Suédois ambitionnaient la Norwége , et en avaient même obtenu la possession de l’Angleterre et de la Russie pour prix de leurs services; alors les Danois, ne voulant pas perdre la moitié de leur

Français eurent beaucoup ;ï souffrir du manque de cette arme. N. T.

territoire, passèrent du côté des Français et leur livrèrent la ville, le 50 mai, le jour même qu’ils y étaient entrés. Napoléon, irrité par sa longue résistance, exigea d’elle une très-forte contribution.

Cependant il y cul de part et d’autre quelques démarches pour la paix, un congrès fut même rassemblé à Prague, et l’empereur François fut agréé comme médiateur par les trois puissances belligérantes; mais Napoléon ne voulait rien abandonner de ses conquêtes. Ainsi , bien que l’armistice eût été prolongé jusqu’au 17 août, il n’y eut aucun résultat pour la paix ; mais des deux côtés on faisait de grands préparatifs et l’on rassemblait de nouvelles troupes.

Napoléon attendait impatiemment, à Dresde, la déclaration de l'Autriche; car il espérait toujours, par ses menées, l’empêcher de se prononcer contre lui; mais elle était gagnée par l’envoyé secret des alliés, le général Scharnhorst, qui, sous prétexte de faire soigner une grave blessure qu’il avait reçue à Lutzen , était venu se fixer à Prague. Ce brave guerrier, aussi habile politique que général, remplit heureusement sa mission et mourut avant la reprise des hostilités. Enfin, le 15 août, l’envoyé français au congrès, le comte de Narbonne, arriva de Prague, et comme le moment était important, Napoléon voulut l’entretenir aussitôt avec son ministre Maret. Ils se promenaient tous trois à grands pas sur le gazon , dans le jardin du palais Markolini où résidait l’empereur; de temps en temps ils s’arrêtaient et semblaient réfléchir sérieusement , puis ils reprenaient tout d’un coup leur marche. Napoléon était au milieu des deux autres, les mains croisées derrière le dos; toute sa suite les observait de loin et tenait ses yeux fixés avec eflroi sur son souverain, dont les lèvres allaient prononcer sur le sort de tant de milliers d’hommes. Tout d’un coup, Napoléon s’arrêtant fit un mouvement avec la main qui montrait qu’il rejetait toutes les propositions de paix. La guerre! cria-l-on de tous côtés, et ce bruit se répandit de bouche en bouche. Napoléon , les yeux encore étincelants , traversa la salle des maréchaux, monta en voiture et partit pour la Silésie, par Bautzen et Cœrliiz.

Reprise des hostilités.

Les alliés avaient recruté tant de monde pendant l’armistice, qu’ils étaient devenus supérieurs aux Français; car les Autrichiens, en se réunissant à eux, leur avaient donné tout d’un coup deux cent mille hommes. Mais comme celte grande multitude se trouva placée de différents côtés, ils furent obligés de se tenir sur un grand cercle pour marcher contre les Français; tandis que Napoléon, qui se tenait au centre du cercle, pouvait arriver tantôt sur un point, tantôt sur un autre, et frapper un grand coup avec la même troupe. Or voici la position des armées :

1. Le prince royal de Suède, Bernadotte, qui amenait avec lui vingt-quatre mille hommes, eut le commandement de toute l’armée du Nord, et fut chargé de défendre Berlin et la Marche de Brandebourg, avec cent vingt-cinq mille hommes; car il avait sous ses ordres, outre ses propres troupes, les divisions prussiennes Bulow et Tauenzien ; les divisions russes de Winzingerode et de Wallmoden. Ce dernier général fut chargé, avec vingt-cinq mille hommes, composés de Russes, Anglais, llanovriens, Mecklembourgeois , avec la légion russe-allemande et les troupes de Lutzow, de faire tête au maréchal Davoust et aux Danois , sur les frontières du Mecklembourg.

2. Blucher avait le commandement de l’armée de Silésie, forte de quatre-vingt-quinze mille hommes ; il avait avec lui le général York , à la tète de la première division prussienne , et les divisions russes, commandées par les généraux Sachen , Langeron et Saint- Priest. Mais le premier général de son corps d’armée était Gneisenau, qui mérita déplus en plus la grande réputation qu’il obtint dans l’armée.

5. Le corps d’armée principal, en Bohême, composé en grande partie d’Autrichiens, mais renforcé d’une division prussienne, commandée par Klcisl ; d’une division russe, commandée par Wittgenslein, cl de la garde russe,

CAMPAGNE r>K 1815.

conduite parle grand-duc Constantin, était sous les ordres du feld-maréchal autrichien, le prince de Scliwartzenberg , qui, à un grand courage et une grande expérience, ajoutait encore tout le calme, toute la souplesse de caractère nécessaire pour commander à une armée de différents peuples; elle était forte de deux cent trente mille hommes.

Cette position et le partage des alliés en trois armées, entraient dans un plan de campagne extrêmement habile ; car quelle que fût celle que Napoléon voulût attaquer, il avait toujours les deux autres sur les flancs. Quand il quitta Dresde et la Lusace avec la plus grande partie de ses troupes pour se porter en Silésie, Blucher se retira, voulant sans doute l’attirer jusqu’à l’Oder; mais pendant ce tempslà, la grande armée des alliés s’avança sur ses derrières par le chemin de Dresde ; quand il tourna à droite pour entrer en Bohème, Blucher alors se porta en avant , le poursuivit dans les passages des montagnes de Bohême , et mit Napoléon entre deux feux. Enfin quand il transporta ses forces sur la gauche contre les Suédois, le prince royal se replia, comme avait fait l’armée de Silésie, lui abandonnant à la vérité Berlin pour un moment ; mais pendant ce temps-là, la grande armée de Bohème prit Dresde et Leipzig, et toutes les provisions des Français en Saxe.

Napoléon n’avait pas imaginé que les alliés pourraient avoir un plan si beau, et surtout l’exécuter avec tant de calme. Il comptait au contraire beaucoup sur les circonstances et surtout sur les fautes de ses adversaires; et ses généraux partageaient ses idées. Pleins d’une confiance aveugle dans la certitude et l’activité du coup d’œil de l’empereur, ils disaient à chaque instant : <i L’ennemi fera des fautes, nous tomberons sur lui et nous l’écraserons. »

Cependant les plus sages d’entre eux avaient d’autres opinions, et ils conseillèrent avec instance à l’empereur d’abandonner sa position sur l’Elbe qui était trop fortement menacée à droite du côté de la Bohème. Le maréchal Oudinot lui écrivait entre autres choses : « Que s’il retirait toutes ses garnisons des places fortes pour les réunir à son armée, s’il se repliait ensuite sur le Rhin cl mettait ses troupes les

plus fatiguées dans de bons cantonnements, donnant aux autres des positions conformes à ses plans, alors il pourrait toujours dicter des conditions de paix aux alliés. » Mais un pareil langage, quoique celui de la raison et de la modération, parut une folie à cet homme puissant qui se croyait tant au-dessus des autres; et son orgueilleuse opiniâtreté entrait dans les plans de la Providence pour notre délivrance.

Pour ne pas perdre l’offensive, il voulut tomber avec toutes ses forces sur l’armée de Silésie et la battre, ainsi séparée des autres; et afin que l’armée autrichienne ne pût pendant ce temps-là venir de Bohème inquiéter ses derrières, il avait placé le maréchal Gouvion- Saint - Cyr avec quarante mille hommes à Giesshubel, à l’entrée des passages des montagnes; en même temps le maréchal Oudinot devait marcher sur Berlin avec quatre-vingt mille hommes. Si son plan avait pu réussir, le succès était infaillible; mais l’habile et vieux général qui commandait en Silésie était sur ses gardes, et quand il s’aperçut, après plusieurs combats du 18 au 23 août, qu’il avait en tète les principales forces des Français (c’était dans les environs de Lœvvenberg, sur le Bober) , il refusa la bataille, et conformément au plan tracé d’avance, il se retira sur Jauer. Napoléon qui, pendant ce temps-là, reçut la nouvelle que l’armée de Schwartzenberg s’avançait sur Dresde, ne put le poursuivre, et il prit la route de Dresde à marches forcées avec la garde et le sixième corps d’armée, le 23 août.

Combat de Gross-Beeren. 23 août.

Le même jour le prince royal de Suède attaquait les Français à Gross-Beeren, et les arrêtait dans leur marche sur Berlin. Déjà , ils n’étaient plus qu’à deux milles de la ville , déjà Napoléon avait annoncé publiquement qu’Oudinot serait à Berlin le 23 août. Le général Régnier avait reçu l’ordre d’Oudinot, le 23, de prendre la route de Gross-Reeren ; la route de*

Berlin était ouverte et il espérait y entrer en triomphe le lendemain matin. Malheureusement, la nuit devait non-seulement tromper de si belles espérances , mais jeter l’armée dans un grand danger. Toup à coup, le soir, avant qu’ils ne se missent en route, pendant une grosse averse, l’ennemi vint tomber sur eux avec fureur; les Français ne purent résister, ils s’enfuirent en désordre du village et entraînèrent tous les autres dans leur fuite, laissant leurs bagages dans les bois, dans les marais, dans les landes; la nuit les y surprit et les protégea. D’un autre côté, l’attaque dugénéral Bertrand sur l’extrême aile gauche avait été repoussée dès le matin; alors le général français qui vit que l’ennemi était trop fort, n’osa s’engager dans une bataille générale et se retira sur l’Elbe en toute hâte. Berlin , qui était dans la plus terrible attente , retentit alors de cris de joie, et des milliers de citoyens sortirent de la ville pour venir au-devant de ses libérateurs et emporter les blessés. A peu près dans le même temps, le 27 août , le général français Gérard, qui était sorti avec une partie de la garnison de Magdebourg, reçut aussi lui un échec près de Lubnitz et Hagelsberg, et fut obligé de rentrer dans la place après avoir perdu un tiers de ses soldats.

Bataille de la Kalzbaeh. 26 août.

Napoléon, en partant pour Dresde, avait laissé en Silésie le maréchal Macdonald pour faire tète aux Prussiens et aux Busses. Mais, dès que ceux-ci s’aperçurent du départ de l’empereur, ils reprirent courage et attendirent l’ennemi sur les hauteurs de la rive gauche de la Katzbaeh. L’attaque eut lieu le 26 août, vers deux heures, entre Brechtelshof et Groitsch. La pluie tombait par torrents, les chemins étaient défoncés et toutes les rivières et les ruisseaux étaient débordés et changés en torrents qui roulaient avec fracas dans les montagnes ; tout le ciel était dans la plus som-

bre obscurité. Une partie de l’armée française’ qui s’engagea dans les passages des montagnes sur la rive gauche de la Katzbaeh , ne pouvant être soutenue, fut forcée de se retirer en désordre; mais dans leur retraite sur Lo“vvenberg, ayant trouvé la rivière gonllée, le pont emporté, ils furent atteints et fort maltraités par la cavalerie. On fit beaucoup de prisonniers; les canons, les bagages qui n’avaient pu être emmenés furent la proie du vainqueur. Bien plus, le détachement de Puthod, qui avait été envoyé pour prendre les Russes et les Prussiens en tlanc, n’ayant pu trouver un passage à Lœwenberg, fut tout entier taillé en pièces ou fait prisonnier. Toute cette armée de Macdonald fut alors dispersée et dans le plus grand désordre, et on la poursuivit sans relâche jusqu’à ce qu’elle eût évacué toute la Silésie.

Bataille île Dresde. 26 et 27 août.

Le jour même de la bataille de la Katzbaeh et le jour suivant , les deux armées principales combattirent aussi avec opiniâtreté devant Dresde; mais ce n’était pas encore une affaire décisive. Le prince de Schwartzenberg et les trois souverains alliés, après avoir forcé les montagnes qui séparent la Saxe de la Bohême avec la grande armée, et chassé les Français de leur position à Giesshubel, étaient arrivés devant Dresde le 25 août. La ville avait été fortifiée et pourvue d’une bonne garnison pendant l’armistice ; cependant elle eût peut-être été emportée, si l’attaque avait pu se faire un jour plus tôt. Les chemins de traverse dans les montagnes étaient si impraticables, qu’il fallait souvent mettre plus de vingt chevaux pour traîner un seul canon et que les convois ne pouvaient suivre pour entretenir cette armée de cent mille hommes. Les troupes eurent donc extrêmement à soufTrir de la disette. On ne put arriver avant le 25 au soir, et le 26 à 9 heures du matin Napoléon entrait dans

camuagisl: Ut 1815.

Dresde; une partie de son armée le suivait et passait déjà sur le pont de l’Elbe. Son apparition était tout à fait inattendue; on le croyait encore au fond de la Silésie. Il s’entretint un moment avec le roi de Saxe et régla tout pour la défense. Déjà le grand jardin était occupé par les chasseurs prussiens qui faisaient feu à travers les bois et blessèrent un page auprès de lui. L’attaque principale eut lieu sur les quatre heures de l’après-midi ; les alliés occupaient toutes les hauteurs de la rive gauche de l’Elbe à une lieue de distance de la ville. Sur un signal donné par trois coups de canon, ils se partagèrent en six points d’attaque avec chacun cinquante canons , descendirent des hauteurs au pas de charge et vinrent se rassembler dans la plaine. Alors commença un feu terrible contre les retranchements français , tandis que l’infanterie tentait une escalade. Quelques bataillons autrichiens emportèrent un retranchement avec huit canons, et pénétrèrent jusqu’aux murs de la ville; mais ils étaient en trop petit nombre pour garder cette position , d’autant plus que Napoléon fit aussitôt sortir de la cavalerie et de l’infanterie au secours de sa batterie par plusieurs portes à la fois. Des deux côtés on combattit avec le plus grand courage sous les murs de la ville; de sorte que les boulets, les obus, les grenades tombaient même souvent dans l’intérieur, et y tuèrent plusieurs citoyens. Cependant l’armée des alliés , qui avait à combattre des troupes bien retranchées, ne put en venir à ses fins, et fut obligée de reprendre ses positions sur les hauteurs; la nuil mit fin au combat.

Toute la nuit, Napoléon fit arriver à Dresde de nouvelles troupes qui passaient l’Elbe, et le lendemain matin à sept heures elles étaient placées en avant des retranchements. Il voulait forcer la grande armée des alliés à s’éloigner de sa principale place d’armes et à repasser les montagnes de Bohème. L’élite de ses troupes était réunie autour de lui, et même sa garde devait prendre part à l’action, quoique habituellement il ne l’engageât que dans le moment décisif. Son but était d’occuper l’ennemi par un feu bien nourri de sa grosse artillerie en faisant mine de vouloir sc porter en avant;

tandis «pie le roi de Naples viendrait tomber sur l’aile gauche des Autrichiens par la route de Freiberg avec une nombreuse infanterie et l’élite de la cavalerie. Car comme l’armée française n’était pas serrée de près par l’armée autrichienne, et qu’il y avait entre elles la vallée de Plauen, comme d’ailleurs la pluie tombait par torrents, les Français réussirent eu effet à cacher leur dessein et arrivèrent jusque sur l’armée sans être aperçus. Alors la grosse cavalerie comme un torrent qui emporte tout , se jeta sur les bataillons autrichiens, la plupart de nouvelles recrues et sans expérience, qui ne purent même se servir de leurs armes parce qu’elles étaient tout humides. Ils n’avaient donc plus qu’à choisir entre la mort et la captivité, et plus de douze mille hommes avec leur général Mezko furent faits prisonniers et amenés à Dresde.

Parmi les nombreuses victimes de cette journée était le général Moreau , qui venait d’arriver d’Amérique, où il avait été exilé par Napoléon , et avait apporté à l’empereur Alexandre toute son expérience dans la guerre pour l’aider à la délivrance de l’Allemagne et de l’Europe. Il fut tué le lendemain de son arrivée au quartier général , à quelques pas de l’empereur, par un boulet de canon qui lui emporta les deux jambes. Il supporta les opérations des chirurgiens qui lui amputèrent les deux jambes avec tout le sang-froid d’un guerrier qui méprise la mort; il mourut le 2 septembre à Laun , en Bohême. C’était un homme juste et sévère’, qui aimait la liberté de toute la force de son âme et avait mérité de devenir le libérateur de l’Europe. Mais il semblait que la Providence voulût nous l’enlever dès la première campagne, afin que nous sussions bien que sans les secours de l’art et la sagesse d’un étranger, nous pouvions trouver dans l’ardeur et la fermeté de notre confiance en Dieu le courage et les moyens de terminer cette guerre.

La disette où était l’armée, faute de convois et l’échec qu’avait essuyé l’aile gauche, décidèrent les alliés à se retirer en Bohème, d’autant plus qu’ayant déjà la grande route de Freiberg, coupée par l’armée du roi de Naples, ils apprirent que le général Vandamme

SEPTIÈME Él’OQUE. 1048 — 1858.

arrivait en toute liàle avec une armée d’élite par Pirna , pour leur couper aussi la deuxième grande roule. Le dessein de Napoléon était d’anéantir cette grande armée des alliés , en la forçant de s’engager dans de mauvais chemins, des montagnes désertes et remplies de fondrières, où elle aurait été réduite à mourir de faim et de misère, ou à se rendre prisonnière; et en effet elle fut en grand danger, mais bientôt ses plans tournèrent à sa perle.

Combat de Culm. 29 et 30 août.

La présomption , l’ambition et surtout l’espérance d’obtenir le bâton de maréchal par une action d’éclat, poussaient le général Vandamme témérairement en avant; il pensa cependant faire éprouver un grand échec à l’armée. Mais le 29 août, lorsqu’il atteignit la garde russe, commandée par le général Ostermann , à l’entrée de la ville de Tœplitz, il trouva une résistance insurmontable; on combattit toute la journée , et bien que les Russes fussent inférieurs en nombre et qu’ils eussent perdu la moitié de leur monde dans l’espace de quelques heures, bien que leur brave commandant eût lui-même le bras emporté par un boulet de canon, ils ne lâchèrent le terrain que pas à pas et sans se débander. Ce fut une journée glorieuse pour la garde russe. Enfin le régiment de dragons autrichiens de l’archiduc Charles se joignit à eux et après les derniers efforts ils réussirent à arrêter Vandamme. Cependant il avait toujours une position fort dangereuse pour l’armée des alliés, et il fallait l’en déloger coûte que coûte. Le 50, il fut donc attaqué de nouveau par les Russes et deux divisions autrichiennes; c’était le premier jour que le soleil paraissait après huit jours d’une pluie continuelle. Vandamme s’était posté fort avantageusement sur les hauteurs de Culm et d’Arbesau et ne voulait pas abandonner sa position. Il avait son aile droite défendue par une montagne à pic, celle de Geiersbcrg; et par la

route de Nolleudorf qui traversait la montagne, il attendait le secours de Marmonl, Saint- Cyr et Mortier qui étaient aussi à la poursuite des alliés et à la distance de quelques heures seulement. Rientôt les rochers, les cavernes et les précipices retentissent du terrible fracas du combat qui est encore mille fois grossi par les échos. Vandamme fut inébranlable jusqu’à midi, quelques efforts qu’on fit. Mais tout d’un coup il aperçoit derrière lui , dans les hauteurs et les forêts d’où il attendait le secours, les bataillons prussiens, conduits par Kleist, qui descendent sur lui; ils étaient parvenus par une marche oblique aussi heureuse que hardie à travers les montagnes jusqu’au village de Nollendorf et se trouvaient en dos de l’ennemi. Leur vue fut comme un coup de foudre pour les Français, il n’y avait plus à songer à la victoire, mais seulement à leur salut, et aussitôt ils se jettent en désespérés sur les Prussiens avant qu’ils aient eu le temps de se ranger en bataille. C’est ainsi qu’une partie de la cavalerie se fraya un passage et s’échappa. Mais les Prussiens fermèrent leurs rangs et remplirent les vides; d’ailleurs les Autrichiens et les Russes avançaient de leur côté et resserrèrent Vaudamme entre trois feux. Il n’échappa que ceux qui se débandèrent et se sauvèrent à travers les montagnes. Huit à dix mille hommes avec les généraux Vandamme et Haxo furent faits prisonniers, et toutes les munitions, quatrevingt-un canons, un grand nombre de chariots, des aigles, des drapeaux tombèrent entre les mains du vainqueur.

Napoléon fut fort mécontent de cet échec , et tout en louant le courage de son général, il blâma sa témérité , en disant à ce sujet : « Quand l’ennemi s’enfuit, il faut lui faire un pont d’or ou lui opposer une barrière de fer; or Vandamme n’était pas assez fort. »

Pendant que les trois souverains de l’est de l’Europe assistaient, pour ainsi dire, aux succès de leurs armées, arrivèrent des courriers qui leur annoncèrent les victoires de Gros-Beeren et de la Katzbach ; de même aussi en Espagnole maréchal Wellington avait remporté une grande victoire près de Viltoria , et plusieurs autres avantages. Alors ils ordonnèrent une fête solennelle à Tœplitz pour le 5 septembre,

aiin (le remercier Dieu du secours qu’il leur avait prêté.

Bataille de Dennewitz , le G septembre.

Napoléon voulant compenser les pertes qu’il avait soutlêrtes par de plus grands avantages sur un autre point, avait appelé son plus brave général , le maréchal Ney, qu’il avait fait prince de la Moskowa, pour lui donner le commandement de l’armée qui devait conquérir Berlin , à la place d’Oudinot. Le prince royal de Suède sut adroitement l’attirer dans le piège ; il fit semblant de vouloir détacher le général Wallmoden avec vingt-cinq mille hommes pour marcher contre Davoust , et fit pour cela des préparatifs extrêmement secrets en apparence, sachant bien que les espions ne manquéraient pas d’en avertir Napoléon. En effet, Ney reçut aussitôt l’ordre de quitter l’Elbe avec ses quatre-vingt mille hommes et d’attaquer partout où il rencontrerait l’ennemi ; parce qu’on croyait déjà les vingt-cinq mille hommes en marche sur le Mecklembourg. Le maréchal réussit cependant à tromper le prince royal sur ses véritables intentions par des marches obliques ; et le 6 septembre, il tomba tout à coup avec toutes ses forces sur les Prussiens, commandés par Bulow et Tauenzien, à Dennewitz près Juterhogk. Ce fut une journée terrible pour les Prussiens , qui n’avaient que quarante mille hommes et eurent à soutenir les plus vigoureuses attaques des ennemis pendant toute la journée, jusqu’à ce que les Russes et les Suédois arrivassent. Les généraux français firent les plus grands efforts pour décider la victoire en leur faveur; le maréchal Ney s’exposa tellement au feu que la moitié de sa suite fut tuée à ses côtés; Oudinot lui-même attaqua le corps de Tauenzien à la tète de ses troupes, et Régnier resta longtemps à combattre au milieu même des bataillons ennemis, comme s’il eût cherché la mort. Mais le courage des Prussiens fut inébranlable, bien qu’ils

eussent perdu le tiers de leurs combattants, et le soir, quand les cinquante bataillons suédois et russes avec six mille hommes de cavalerie et cent vingt pièces d’artillerie se montrèrent, dès les premières charges de cavalerie et les premières salves de l’artillerie légère, les Français prirent aussitôt la fuite; mais la cavalerie, qui se mit à leur poursuite, ne leur laissa point de relâche. Ils perdirent un grand nombre de soldats , quatre-vingts canons et toute espèce de trophées, depuis le jour de la bataille jusqu’à leur arrivée sur l’Elbe.

Après des revers si multipliés dans ses généraux , Napoléon n’avait plus de plans d’attaque à faire, et s’il avait pu entendre la voix de la raison et delà modération, il aurait aussitôt compris qu’il ne pouvait défendre plus longtemps la Saxe. Mais la présomption, la colère, le désir de la vengeance qui remplissaient son cœur, obscurcissaient son esprit; et semblable à un joueur qui , dans son désespoir, met toute sa fortune sur un coup de dé , Napoléon voulut tout perdre ou tout gagner et ne pas quitter la place.

Tout le mois de septembre fut donc passé en allées et venues de Dresde en Lusace, ou vers les montagnes de Bohême, soit pour frapper un grand coup sur l’armée de Silésie, soit pour contenir la grande armée derrière les montagnes. Mais partout les alliés se gardaient bien de combattre dans un lieu désavantageux , et ils s’arrêtaient toujours en telles positions que Napoléon n’osait les forcer; cependant toutes ces évolutions fatiguaient, aigrissaient, accablaient ses troupes.

Ainsi , quand le 4 septembre il se mit en marche sur Bautzen contre Blucher, celui-ci se hâta de repasser la Neiss, et Napoléon fut obligé de revenir sur Dresde, parce que déjà Wittgenstein s’était avancé jusqu’à Pirna. A l’arrivée de Napoléon , les troupes sorties de la Bohème se retirèrent lentement vers les montagnes , et quand il les atteignit le 12, cent cinquante mille hommes l’attendaient dans une forte position à Culm. Alors il revint, et le 13 il était à Dresde. Ensuite on crut qu’il allait marcher encore une fois contre Blucher qui menaçait l’Elbe de plus en plus. Mais le 15, il repartit pour la Bohème, cl dans sa mauvaise

septième époque. 1048 — 1838.

humour, voulant se faire un passage pour aller à Tœplitz, il attaqua les alliés clans une étroite vallée , près de Nollendorf. Ainsi ces montagnes retentirent encore une fois du fracas de l’artillerie ; mais Napoléon ne put forcer le passage, et le général autrichien Kolloredo lui prit même quelques canons et quelques prisonsonniers. — De là il se porta sur Blucher qui prit une forte position sur la Sprée, et le 22, Napoléon rentrait à Dresde.

C’était un jeu sans résultat qu’il faisait et fort désavantageux pour lui ; de plus, la disette se faisait sentir tous les jours plus vivement. Il était presque enfermé de tous côtés; il ne lui restait plus qu’une étroite lisière pour ses communications par Leipzig avec la France. Encore était-elle souvent inquiétée par des chefs de partisans : c’était le général autrichien Mensdorf, qui plus d’une fois vint aux portes de Leipzig ; le général Thielman qui avait quitté le service de Saxe et avait conservé son bras à la cause des Allemands; c’était Czernichell’, avec ses Cosaques, qui pénétra jusqu’à Cassel, chassa la reine de Weslphaliede sa capitale et revint chargé de butin.

Ainsi la route n’était pas sûre et Napoléon ne pouvait envoyer de courriers ni en recevoir. Voulant cependant assurer ses communications, il donna l’ordre au général Lefebvre- Desnouettes d’aller avec huit mille hommes d’infanterie et la cavalerie de la garde chasser toutes ces bandes insolentes. Mais il fut battu à Zeith, le 28 septembre, parles généraux l’Hetman Platow et Thielman, et il n’osa plus ensuite se montrer en lace avec eux.

Combat de Wartenbourg, le 3 octobre.

Quelque glorieux que fussent ces événements pour les armes allemandes, et quelque perte qu’ils causassent insensiblement à l’armée française, ils n’étaient pas assez décisifs; et la malheureuse Saxe avait horriblement à

souffrir de la présence de si grandes armées.

Blucher, qui portait encore malgré son âge toute la fougue de la jeunesse, ne pouvait souffrir une si longue incertitude, et il résolut d’aller donner la main à l’armée du Nord, qui avait déjà jeté un pont à Dessau et fait plusieurs tentatives. Tout à coup par une contremarche rapide aussi téméraire qu’inattendue , il arriva à Jessen sur l’Elbe pendant qu’on le croyait à Bautzen ; et tandis que la musique amusait l’ennemi dans son camp, il jetait deux ponts sur l’Elbe pendant la nuit, et le lendemain l’armée de Silésie se trouvait sur la rive gauche. — L’entreprise n’était pas sans danger, d’autant plus que le général Bertrand se trouvait dans le pays avec une armée de vingt mille hommes et dans une forte position , à Wartenbourg. A peine eut-il le temps de se ranger en bataille, ne s’attendant point à une attaque, de même que les Prussiens ne croyaient pas rencontrer une armée française si importante. Cependant York , sans hésiter, attaqua aussitôt les avant-postes qui étaient fortement retranchés derrière les chaussées de l’Elbe; le combat fut extrêmement sanglant, parce que l’intervalle entre les chaussées et l’Elbe n’était qu’un marais fangeux. Cependant les Français furent obligés de céder après avoir perdu environ mille prisonniers et treize canons ; mais les Prussiens avaient aussi extrêmement souffert et surtout les régiments de la landwehr de Silésie, commandés par le général de brigade Horn, qui se distinguèrent particulièrement. York reçut plus tard du roi le nom de York de Wartenbourg.

Blucher marcha de là sur Duben et se réunit à l’armée du Nord , qui était elle-même arrivée à Dessau sur l’Elbe. — Dans le même moment la grande armée, quittant la Bohême, laissa Napoléon sur sa droite dans Dresde pour traverser les passages du Ertz , et arriver dans les grandes plaines de la Saxe. Le 5 octobre, cette armée avait établi son quartier général à Marienberg.

Préliminaires de la balaille de Leipzig.

Napoléon ne pouvait pas rester plus longtemps dans Dresde ; les grandes armées des confédérés menaçaient de se donner la main sur ses derrières et de lui couper le chemin de la France. 11 se mit donc en marche le 7 octobre et le roi de Saxe l’accompagna. Il laissa dans Dresde un corps d’armée de vingt-huit mille hommes sous les ordres du maréchal Gouvion-Saint-Cyr, et celte circonstance témoigne assez qu’il n’était pas encore décidé à quitter l’Elbe. Sa confiance en son ancienne fortune était si grande, il avait un tel mépris pour ses ennemis, qu’il se félicitait de les voir se réunir tous dans la plaine de Leipzig; parce qu’il pensait pouvoir se promener au milieu d’eux comme la foudre, les découvrir, frapper à droite et à gauche, les écraser, les anéantir et revenir en triomphe à Dresde.

Le premier coup qu’il voulut frapper était sur l’armée de Silésie. Si Blucher se laissait atteindre, il voulait l’écraser par une grande supériorité de forces; si ce général, craignant pour lui et pour Berlin qui restait presque sans défense , se retirait sur l’Elbe à son approche, alors il se jetterait sur la grande armée de Bohême. Mais quel fut son étonnement quand il arriva le 10 octobre à Duben , de ne pas trouver le général prussien et d apprendre qu’au lieu de se retirer sur l’Elbe il s’était mis derrière la Saal, en position de se joindre aussitôt à l’armée de Bohème quand elle arriverait dans les environs de Leipzig! Alors il ne lui restait rien autre chose à faire que de se retirer lui-même sur Leipzig et d y rassembler toutes ses forces. Mais avant que toutes ses troupes pussent se réunir il passa quatre jours d’ennui à Duben, petite ville de Saxe. G était un vrai supplice pour Napoléon que de ne pouvoir pas conduire la guerre et d’être obligé d’attendre le parti que prendraient les alliés. De sorte que pendant ces quatre jours on le voyait, lui si actif et si occupé, assis comme un désœuvré à une grande table , avec une

main de papier blanc sur lequel il peignait de gros caractères de lettres, tout abîmé dans ses pensées.

Déjà toutes les troupes françaises étaient à Leipzig, et le maréchal Augereau arriva le dernier, les 12 et 13 octobre, venant de Naumberg avec quinze mille hommes de vieilles troupes, particulièrement de la cavalerie qu’il amenait d’Espagne, sur lesquelles Napoléon comptait beaucoup, et il entra lui-même à Leipzig le 14 octobre , sur le midi. La plus grande partie de 6on armée était campée près de Wachau, à une lieue et demie sud-est de la ville, et attendait là l’armée principale des alliés que conduisait le prince de Schwartzenberg, qui ne se fit pas longtemps attendre. Déjà sa cavalerie était en état de faire tète et elle fit sentir le même jour sa présence aux Français, près de Liebertwolkwitz. Le roi Murat s’était mis à la tête de six escadrons de vieille cavalerie qui venaient d’arriver d’Espagne, et voulait rappeler aux alliés le souvenir de la valeur de la cavalerie française; mais ils eurent affaire à une autre troupe aussi solide. Les escadrons russes , autrichiens , prussiens , se précipitèrent sur eux avec tant de fureur qu’ils les mirent en désordre; et Murat lui-même y courut le plus grand danger d’être fait prisonnier. Car un officier qui le poursuivait lui criait déjà : Arrête! arrête! quand cet officier fut tué par un domestique du roi.

D’après une liste qui a été prise , l’armée française comptait encore deux cent huit mille hommes , restant de trois cent cinquante mille ; les autres avaient été moissonnés dans les combats précédents. Et si l’on retranche de ce nombre les vingt-huit mille hommes qui ont été laissés à Dresde, il reste cent quatrevingt mille hommes qui combattirent à Leipzig. Napoléon rangea cette armée en cercle autour delà ville, car la bataille était inévitable. C’était encore alors une belle et puissante armée; les plus lâches avaient déserté dans les mois précédents ; les plus faibles avaient été emportés par la fatigue des marches, le froid des nuits, par la pluie, le froid, le vent, la faim et par les maladies. Ce qui restait était l’élite, des soldats robustes qui ne reculaient devant aucuns dangers , et qui alors attaqués

(le toutes parts par des ennemis en fureur, savaient bien qu’il n’y avait de salut pour eux que dans leur valeur. C’étaient d’ailleurs des hommes si pleins de confiance en leur maître, qu’ils se croyaient encore sûrs de la victoire toutes les fois qu’ils se trouvaient réunis autour de lui. Pour celui en eflcl qui aurait considéré ce terrible mouvement de troupes, ces rangs agités qui dans cejour traversaient Leipzig, chargés d’armes brillantes, il y avait bien plus d’une raison de trembler pour la délivrance de l’Allemagne; aussi, malheureusement, ce ne fut que par beaucoup de sang répandu , après avoir sacrifié la fleur de la jeunesse, que les vaillantes armées allemandes et russes purent obtenir le but qu’elles se proposaient.

Napoléon chercha tous les moyens d’enflammer encore davantage ses guerriers. Il nomma des généraux, proposa des avancements, distribua des croix, des marques d’honneur et donna des aigles à plusieurs régiments. C’était une grande fête militaire dans tout le camp français, comme toujours la veille des grandes occasions. Ces guerriers ensuite s’exposaient aux plus grands dangers pour se rendre dignes des distinctions qu’ils avaient reçues.

De son côté Schwarzenberg, général en chef de l’armée des alliés, ne négligea pas d’encourager ses troupes en leur montrant que c’était, le moment décisif et qu’il s’agissait pour eux de la liberté et de la délivrance de leur pays.

Bataille de Leipzig. 16, 18 et 19 octobre.

L’armée française n’était pas si bien assiégée dans Leipzig qu’elle ne défendit les approches à environ une lieue et demie de tous côtés, si ce n’est que vers l’ouest, sur le point de Lindenau, par où Napoléon ne s’attendait à aucune attaque sérieuse, le général Bertrand n’était qu’à une demi-lieue de la ville avec le quatrième corps d’armée.

Le 15, dans la nuit, le prince de Schwarzen-

berg fit partir trois fusées blanches , afin qu’elles ressortissent d’autant mieux dans l’obscurité, pour donner le signal convenu à l’armée de Silésie, de l’autre côté de Leipzig; et bientôt après on en vit briller au nord quatre rouges pour servir de réponse , et alors tous les cœurs tressaillirent de joie à cette reconnaissance.

La matinée du 16 était extrêmement désagréable ef nébuleuse; mais, sur les neuf heures , après que le signal eut été donné par trois coups de canon, quand toute l’artillerie fit retentir ses tonnerres et briller ses éclairs , alors les nuages se dissipèrent , le ciel devint serein , et toute la journée le soleil brilla sur le sanglant champ de bataille : le feu de l’artillerie était si terrible que, à la lettre, la terre en tremblait , et que les plus vieux guerriers assuraient qu’ils n’avaient encore jamais entendu un si effroyable fracas; car il y avait bien six cents bouches à feu du côté des Français, et huit cents ou mille du côté des alliés. Dans Leipzig , qui était le point central de tout ce tumulte, on entendait le bruissement des armées les unes contre les autres, et de ses tours on voyait le feu et la fumée de tous côtés : cependant, le premier jour, les lignes de bataille étaient encore à distance de la ville.

La bataille se livrait sur trois points principaux, mais l’engagement le plus sérieux était au sud-est de la ville , près de Markkleeberg , Wachau et Liebertwolkwitz où combattait la grande armée des alliés; ensuite à l’ouest, près de Lindenau , entre Bertrand et le général autrichien Giulay; et enfin, au nord, vers Mœckern et Liendenthal , entre Blucher et le maréchal Marmont ; de ce côté ce fut une bataille particulière qu’on appela la bataille de Mœckern.

Le prince de Schwarzenberg avait placé sur l’extrémité de son aile gauche, de l’autre côté de la Pleiss , le général Meerveldl qui devait attaquer en flanc l’aile droite des Français. Là, se trouvait le prince Poniatowsky avec ses Polonais , qui comme d’habitude combattirent avec le plus grand courage; au centre étaient les Busses et les Prussiens, commandés par Wiltgenstein et Clarck; à l’aile droite les Autrichiens, commandés par Klcnau. Toutes ces

armées s’avancèrent dès le matin pour l’attaque.

Le général Iüeist se dirigea sur la gauche vers Markkleeberg, le prince de Wurtemberg pénétra jusqu’au centre dans Wachau avec les Russes et les Prussiens. Les Autrichiens sous Klenau s’emparèrent sur la droite de Kolmberg, près de Liebertwolkwilz. Tous les rangs français reculèrent donc, et Napoléon se trouva si près des feux ennemis avec sa garde que plusieurs personnes de sa suite furent tuées par des boulets; mais Napoléon n’était pas homme à abandonner la victoire pour un premier assaut. Au milieu de tout le tumulte de la bataille, tout en considérant de tous côtés ce qui se passait autour de lui, il avait préparé deux redoutables colonnes d’attaque à droite et à gauche de Wachau, avec l’élite de son infanterie , de sa cavalerie et de son artillerie; et quand il jugea le moment favorable, sur le midi il lança ces terribles guerriers. Cette attaque, qu’il avait lui-même préparée, faite sous ses yeux, fut si impétueuse que les alliés furent obligés d’abandonner les villages qu’ils occupaient et de se retirer dans les lignes d’où ils étaient partis le matin. Les Français s’emparèrent même de plusieurs hauteurs de l’autre côté du village, emportèrent la bergerie d’Auenhain , s’avancèrent jusqu’au village de Gulden-Gossa et conquirent sur l’extrémité de l’aile droite des alliés les hauteurs appelées les Retranchements suédois, qui dominaient au loin tout le pays. La victoire semblait vouloir se déclarer pour Napoléon , déjà l’aile droite et l’aile gauche étaient presque séparées de leur centre, et à trois heures Napoléon envoya à Leipzig un courrier annoncer sa victoire au roi de Saxe et faire sonner toutes les cloches. Ce devait être un son bien sinistre pour les cœurs allemands renfermés dans l’enceinte de la ville! mais bientôt ils purent reprendre coulage, car la canonnade ne discontinuait pas, le bruit ne s’éloignait pas davantage et semblait même se rapprocher en certains endroits.

Les officiers du prince de Schwarzenberg qui reconnurent du clocher de l’église de Gautsch, d’où ils considéraient tout le champ de bataille , le véritable danger de leur armée , le peignirent au général qui sentit que c’était

un moment décisif. 11 était important de ne laisser aucun avantage à un ennemi contre qui toute l’Europe s’était déclarée, quand toutes les armées étaient en présence. Alors, il lit avancer la réserve autrichienne sous les ordres du prince héritier de Hesse-Ilombourg. Les cuirassiers d’Albert et de Lorraine, de François, de Ferdinand et de Sommariva s’avancèrent à travers des chemins difficiles, traversèrent la Pleiss et se jetèrent sur les bataillons français qui s’étaient enfoncés à droite de Wachau et les forcèrent de reculer ; et la communication de l’aile gauche avec le centre fut rétablie. Ainsi le brave Kleist, qui avait si vaillamment défendu Markkleeberg contre tous les efforts des Français, se vit alors délivré par les Autrichiens sur les cinq heures , et il put prendre enfin un moment de repos, après une si sanglante mêlée. De l’autre côté , la colonne gauche de Napoléon , avec l’impétueux Murat en tète, était déjà arrivée jusqu’à Gulden-Gossa, et faisait les derniers efforts pour s’emparer de ce village. Si en elfet ils avaient pu y réussir, l’armée des alliés était rompue et rejetée dans les marais de la vallée de Gosel. Déjà leurs bataillons sont au milieu du village; déjà les cuirassiers français, dans une attaque impétueuse, ont emporté une batterie de vingt-six canons et écrasé sa garde; ils ne sont plus éloignés que de quelques centaines de pas de la colline sur laquelle les monarques de Prusse et de Russie observaient le combat, l’étang de Gossa est entre eux; alors l’empereur Alexandre donne l’ordre d’attaquer aux cosaques du Don de sa garde , commandés par le comte Olow-Denissow ; ils se jettent sur les escadrons ennemis la lance en arrêt avec des cris de joie. Ceux-ci ne peuvent soutenir un choc si impétueux, ils sont rompus, et presque toute l’artillerie perdue est reprise. Le général français qui commandait cette cavalerie, le meilleur de tous les commandants de cavalerie de Napoléon , le brave Latour-Maubourg , eut la cuisse écrasée dans une charge.

Le danger était passé, l’ennemi avait perdu ses avantages. Cependant il était cinq heures et le jour finissait, quand Murat tenta une dernière attaque contre Gulden-Gossa. Alors la terrible artillerie encore une fois ébranla la

sli'TIlmi; iœoyui. 1048 — 1858.

terre, et les habitants de Gossa, renfermés dans les caves voûtées du château, crurent, à cet horrible fracas , que la terre s’ouvrait sous leurs pas. Mais l’attaque fut valeureusement soutenue par le prince de Wurtemberg à la tète des grenadiers russes, et par les Prussiens conduits par Pirch et Jagovv; ce fut de ce côté le dernier ellbrt de celle journée. Les Autrichiens avaient aussi réussi à reprendre la bergerie d’Auenhain. Alors la nuit survint et mit lin au combat.

Ainsi, après dix heures d’une lutte sanglante, les armées se trouvaient sur ce côté à peu près dans les mêmes positions que le matin; si ce n’est que les Français conservaient en leur puissance les retranchements suédois , tandis que les Autrichiens et les Prussiens, dans un autre point, occupaient la moitié du village de Markkleeberg.

Le plan des alliés avait un grand but qu’ils ne purent réaliser, puisqu’au contraire l’avantage de cette sanglante journée resta plutôt à Napoléon : c’était de lui couper la retraite sur la Saab Une division autrichienne avait été envoyée d’avance à Weissenfels, le général Giulay devait s’emparer de Lindcnau , et le général Meerveldt, avec l’aile gauche, s’avancer sur la Pleiss et marcher contre Leipzig. Si tout avait réussi, et si, en même temps, Bluclier se fût porté en avant sur le nord-ouest , l’armée française eût été coupée et perdue; mais Giulay combattit inutilement toute la journée, devant Lindenau , contre le général Bertrand. Le retranchement fut à la vérité un moment en|son pouvoir, mais bientôt repris par les Français, et les Autrichiens furent obligés de se retirer. Le général Meerveldt était encore plus malheureux; il fit de nombreux efforts pour pénétrer de l’autre côté de la Pleiss et déloger les Polonais de Dœlitz , Lœsnig et Connewilz; mais les marais et l’opiniâtreté de l’ennemi arrêtèrent toutes ses tentatives, et quand enfin vers cinq heures du soir il parvint à s’emparer de Dœlitz , arriva tout d’un coup une partie de la garde que Napoléon envoyait au secours des Polonais. Les Autrichiens, pressés de tous côtés, furent accablés, et leur valeureux commandant lut lui-même fait prisonnier, ayant perdu son cheval tué sous lui au moment d’une

charge. G’était une bonne fortune pour Napoléon , et il résolut dès le lendemain de se servir du général Meerveldt pour tâcher de séparer l’empereur François des autres alliés.

Mais Napoléon perdit à Mœckern , contre Blucher, trois fois la valeur des avantages du combat de Lindenau et de la prise du général Meerveldt; car au moment même qu’il faisait annoncer sa victoire à Leipzig, que toutes les cloches retentissaient et donnaient un nouveau courage à ses guerriers par leurs sons trompeurs, Blucher renversait ses espérances trop précipitées ; il ne l’attendait pas si promptement sur le champ de bataille, quelque rapide qu’il connût ce vieux guerrier. Il arriva sur les midi, et fit aussitôt attaquer Mœckern et le maréchal Marmont par toutes les forces d’York, et Gross-Wiederitsch et Klein- Wiederitscli par Langeron; puis comme les deux points étaient trop distants l’un de l’autre, Sacken se plaça au milieu pour servir de réserve et porter du secours à droite et à gauche.

Un grand souvenir se rattachait à ce champ de bataille, c’était celui où Gustave-Adolphe avait battu Tilly, le destructeur de Magdcbourg.

Les Prussiens eurent à soutenir la plus opiniâtre lutte dans Mœckern et aux environs; le maréchal y avait réuni ses meilleures troupes et cinquante pièces d’ar Lillerie , qui faisaient un ravage effrayant dans leurs rangs. Toutefois ils s’étaient emparés du village, et trois fois ils l’avaient perdu. Une foule de braves guerriers, et surtout parmi les chefs, avaient succombé et arrosé le champ de bataille de leur sang. Ce fut le jour le plus meurtrier de la guerre pour l’armée d’York.

Mais elle ne chancela pas, et toujours de nouveaux bataillons accouraient sur le village qui était tout en feu , sans songer à la mort que lançaient les terribles bouches à feu de l’ennemi , qui déjà avaient couvert le champ de bataille de sang et l’avaient jonché de cadavres. Cependant tous avaient été écrasés et il ne restait plus que la brigade de réserve du général Horn. C’est alors que Blucher donna l’ordre au général Sacken de marcher au secours sur Mœckern ; mais la distance était trop

grande, cl York vit bien qu’avec la fureur des combattants il lui fallait chercher son salut dans ses propres forces et obtenir un succès avant l’arrivée des secours. Alors il dépêcha un aide de camp au général Horn qui était dans la plaine pour lui représenter le danger qui le presse. « Eh bien ! répond Horn , nous allons faire un hourra. » Alors il fait avancer son infanterie au pas de course , en poussant de grands cris, sur l’infanterie ennemie et se jette sur les batteries à gauche du village ; avant qu’elles aient pu faire trois décharges elles étaient emportées et l’ennemi était obligé de plier. Plusieurs caissons de poudre que les Prussiens firent sauter au milieu de leurs rangs achevèrent de mettre le désordre; les marins de la garde furent eux-mêmes vivement assaillis, et malgré toute leur opiniâtreté, ils ne purent soutenir celte attaque; d’autant plus que les hussards de Mecklenkourg, qui se jetèrent sur les carrés, les enfoncèrent et les culbutèrent : presque tous ces guerriers se firent tuer dans leurs rangs. Rien alors ne pouvait plus les arrêter, et ils poursuivirent les Français jusque de l’autre côté de la Partha. Langeron de son côté, à la tète des Russes, avait combattu avec non moins de courage et emporté les villages de Gross- et Klein-Wiederitsch avec treize canons. De sorte que Marmont se trouva le soir sur la rive gauche de la Partha, non loin de Leipzig (i).

Alors tout le vacarme de la bataille était tombé , et les épouvantables bouches à feu se reposaient. A leur place, dans mille endroits à une grande distance autour de Leipzig , on voyait de grands incendies çt de petits feux élever leurs flammes à travers l’obscurité de la nuit. Huit villages et petites villes étaient en proie à l’incendie : Eutritsch , Lindcnau , Markkleeberg, Dœlitz, Lieberwolkwilz, Seiffershain , Krœbern et Wachau ; dans l’intervalle brillaient une infinité de feux de camps des grandes armées qui se trouvaient réunies sur un espace de quelques lieues. Des milliers de guerriers gisaient sans vie sur le champ de

(1) Le maréchal Ney avait mis une parlie de son corps d’armée à la disposition de l’empereur contre Sehwarzenberfî, et n’avait que 25,000 hommes à opposer à Blu-

bataille; des milliers combattaient encore avec les angoisses de la mort, qu’ils appelaient pour finir leurs souffrances. C’était l’œuvre d’un seul homme, de celte âme de fer, insensible aux douleurs de l’humanité, qui alors encore préparait de nouvelles victimes?

17 ocolohre.

Le jour suivant Napoléon eut recours à tous les moyens de l’art pour diviser les alliés et obtenir une suspension d’armes , pendant laquelle il pourrait sortir de sa mauvaise position. Mais les propositions qu’il fit faire à l’empereur François, par l’entremise du comte Meerveldt, ne furent point écoutées; parce que l’on connaissait l’opiniâtreté de son caractère qui ne cherchait alors qu’à gagner du temps. S’il n’avait eu, comme il le déclarait, que l’intention d’épargner le sang humain , il devait partir le 17 pour faire cette même retraite qu’il fut obligé de faire deux jours plus tard, après avoir perdu cinquante mille hommes de plus. Il aurait dû d’ailleurs s’apercevoir dans les combats du IG qu’il ne pourrait jamais battre les vaillantes armées des alliés. Il n’avait plus de renforts à attendre, tout ce qu’il avait était réuni autour de lui; les alliés au contraire avaient de très-fortes réserves. Le prince royal de Suède arriva pendant la nuit, chassant devant lui le général Régnier, dont le corps d’armée était composé pour la majeure partie de Saxons, qui trahirent leurs alliés. Benningsen arriva le matin avec une nouvelle armée russe, et Kolloredo à midi avec une division autrichienne. Cependant Napoléon ne pouvait se décider à quitter le champ de bataille tant qu’il y aurait une lueur d’espérance; et s’il eût donc encore montré alors cette ancienne activité qui lui avait si souvent donné la victoire!

c lier qui en avait 60,000. D'ailleurs Marmont fui blessé et cet accident contribua encore an désordre. (Lahaume, flist. de la chute de Napoléon, p. ô88.) N. T.

Car, puisqu’il avait toutes ses forces réunies, il devait aussitôt attaquer les alliés qui allaient recevoir des renforts le lendemain à différentes heures. Au lieu de cela, il perdit tout le jour en de vaincs négociations , croyant encore à la puissance de sa parole. Mais l’Europe avait changé; ses souverains étaient animés d’une nohle et grande confiance , et les peuples étaient tous également enthousiasmés pour l’honneur et la liberté.

Le 47, il n’y eut que du côté de Blucher qu’eut lieu un court engagement. Pour resserrer encore davantage les Français dans Leipzig, il fit attaquer la cavalerie du duc de Padoue, beau-frère de Napoléon, qui était campée à peu de distance de Leipzig, du côté de la porte de Halle, par deux régiments russes, les hussards et les Cosaques. Cette cavalerie voyant la lutte inutile, se retira aussitôt vers la ville derrière l’infanterie ; mais les Russes la poursuivirent jusqu’aux portes, lui tuèrent du monde et prirent cinq canons. L’infanterie française étonnée se retourna et fit feu sur eux; alors ils se retirèrent tranquillement emmenant leurs canons et leurs prisonniers , et rentrèrent dans leurs positions.

18 oclobre.

Benningsen et Kolloredo étaient arrivés à la grande armée le 47 au soir, et le prince royal de Suède entrait au même moment à Breitenfeld , une lieue et demie de Leipzig. Le grand réseau qui enveloppait Leipzig devenait donc de plus en plus rempli au nord, à l’est et au sud; il n’y avait d’issue pour les Français que du côté de l’ouest par Lindenau , pour gagner la Saal, et de là les bords du Rhin.

Enfin se leva le grand jour dans lequel la couronne du grand conquérant devait être brisée. L’Europe entière se tenait en armes pour combattre une partie contre l’autre. Depuis ses extrémités les plus reculées, par où

elle touche l’Asie, jusqu’aux mers de l’Atlantique, de la Méditerranée et de la mer Glaciale , de tous côtés elle avait envoyé des guerriers à Leipzig.

L’arc de cercle que Napoléon avait tracé autour de Leipzig devait donc être attaqué de trois côtés : au nord par le prince royal de Suède et l’armée de Silésie ; à l’est par Benningsen qui avait sous son commandement , avec les Russes, les Autrichiens de Klenau et une division prussienne, conduite par Ziéthen ; au sud, où devait être l’attaque principale, parce que c’était là aussi le point le plus fort de Napoléon. Le général en chef divisa son armée en deux grands corps, dont le premier, composé des Russes et des Prussiens, conduits par Wittgenstein et Kleist , devait attaquer le point central des Français; et le deuxième, composé de l’élite de l’armée autrichienne , sous la conduite du prince royal de Hesse- Ilombourg, devait déloger le prince Poniatowsky de la Pleiss où il s’était maintenu avec tant d’opiniâtreté, et le forcer de se replier sur Leipzig.

Napoléon de son côté avait rétréci son cercle, afin d’avoir plus de solidité. Il avait abandonné les villages de Wachau et Lieberwolkwitz, autour desquels tant de sang avait coulé le 46 , et pris Probstheyda pour point central ; il se tenait lui-même avec sa garde entre ce village et l’aile droite sur la Pleiss. Il avait pris pour sa position une petite élévation sur laquelle était un moulin percé de tous côtés et à moitié en ruines. C’est là qu’il commença la journée et il y était encore quand elle finit.

A huit heures sonnant, le combat s’engagea; le prince héréditaire de Hesse -Homhourg s’avança sur la Pleiss, vis-à-vis Dœlitz, et attaqua ce village. Les Polonais et les Français, sous le prince Poniatowsky, se défendirent comme des gens réduits au désespoir, el la lutte fut opiniâtre et sanglante. Plusieurs fois les Autrichiens furent repoussés , leur vaillant commandant fut lui-même atteint de deux blessures, et Kolloredo prit le commandement en chef à sa place. Enfin, secondé par Bianki, il réussit à s’emparer de Dœlitz, de Dœsen et des hauteurs de la rive droite et à s’y maintenir tout le jour, malgré Oudinot et la

garde qui arrivèrent au secours des Polonais. A leur droite , les Russes et les Prussiens avaient aussi obtenu des succès et poussé les Français toujours combattant jusqu’auprès de Probstheyda , où ils se trouvaient à midi, en face de Napoléon. Là eut lieu la lutte la plus acharnée, parce qu’à sa conservation était attaché le salut de l’armée. Napoléon y avait réuni de nombreux bataillons de toutes armes , y avait élevé de nombreux retranchements, et lui-même se tenait là avec sa garde pour porter du secours au premier moment. Presque tous les jardins du village étaient entourés de murs en terre grasse, les Français s’en servaient comme de rempart , et creusant des meurtrières, ils se postaient derrière; de sorte que chaque maison était presque devenue une citadelle. Cependant les divisions prussiennes sous le prince Auguste et Pirch , pénétrèrent un moment dans le village, après une attaque héroïque ; mais elles ne purent s’y maintenir. Ayant une deuxième fois reformé leurs rangs devant le village pour faire une nouvelle attaque, ils n’eurent pas plus de succès. De nouveaux bataillons russes essayèrent encore de recommencer cette sanglante entreprise, et ne purent jamais s’emparer du village. Le carnage avait été si effroyable que les morts obstruaient le passage. Combien de jeunes gens y ont sacrifié à notre liberté les premiers moments de leur vie, et combien est équitable et belle la pensée de ceux qui , en mémoire de cette grande lutte, ont élevé une croix dans cet endroit à Probstheyda! Les trois monarques alliés se tenaient sur une hauteur voisine, et étaient témoins des efforts surhumains de leurs troupes. A cinq heures , ils donnèrent l’ordre de céder et d’épargner leurs guerriers; car déjà la victoire s’était assez prononcée sur d’autres points, et à dix heures du matin Napoléon avait déjà donné l’ordre au général Bertrand de se retirer sur la Saal avec ses troupes; c’était une preuve certaine qu’il voulait opérer sa retraite.

Tels étaient les événements au sud de l’ordre de bataille; à l’est le général Benningsen attaqua le maréchal Macdonald, chargé de défendre les lignes françaises sur ce point. Le maréchal se défendit avec le plus grand courage ,

particulièrement dans Holzhausen qui fut plusieurs fois pris et repris. Cependant, sur les deux heures de l’après-midi les Autrichiens , secondés par les Russes, réussirent à s’emparer de ce village, et les Prussiens de celui de Zuckelhausen ; alors Macdonald se retira sur Stœttcritz, à peu de distance de Probstheyda; de sorte que toutes les troupes qui formaient le centre se trouvaient concentrées sur ces deux villages, et elles s’y maintinrent jusqu’à la nuit.

Mais à l’aile gauche le maréchal Ney essuya un échec complet; il était chargé de défendre toute la ligne, depuis le corps de Macdonald jusqu’à laPartha, il ne put faire face aux deux armées qui l’attaquaient, l’armée du Nord et celle de Silésie, et il fut forcé de se replier jusque sous les murs de Leipzig. Les deux armées passèrent la Parllia en deux endroits : Blucher près de Mockau avec les Russes, quoiqu’il eût de l’eau jusqu’à la ceinture; parce qu’il trouvait trop long d’aller passer près de Taucha. Du reste les Français n’opposèrent aucune résistance , et Marmont se retira sur Schœnfeld en toute hâte. Les régiments de cavalerie, hussards et hulans et quelques bataillons saxons et wurtembergeois qui se trouvaient de ce côté , tendirent les bras aux assaillants et passèrent de leur côté.

Sur le midi , l’armée du Nord qui avait passé à Taucha, vint remplir l’intervalle laissé entre Blucher à droite et Benningsen à gauche; de sorte que de ce côté la ligne fut toute remplie , et elle s’efforçait de resserrer de plus en plus les Français. Langeron à la tète des Russes s’empara de Schœnfeld, sur laPartha, qui fut défendu par Marmont avec la plus grande opiniâtreté. Le combat dura quatre heures, et toujours de nouvelles troupes de part et d’autre se succédaient sur le champ de bataille ; enfin entre cinq et six heures du soir, lorsque le village et l’église étaient déjà tout en feu , les Français l’abandonnèrent et se retirèrent sur Reudnitz et Volkmansdorf, aux portes de Leipzig. Ney et Régnier qui devaient défendre le terrain au delà de Paunsdorf, attaqués dans l’après-midi par l’armée du Nord et par les Prussiens, conduits par Bulow, furent chassés de Paunsdorf; et comme ils voulaient se dé-

fendre dans la plaine, la cavalerie russe et prussienne qui n’avait encore eu rien à faire, parce que tout s’était passé dans les villages, se jeta sur eux et fut secondée par les fusées à la Congrève qui furent lancées au milieu des bataillons carrés, où elles venaient éclater avec fracas, lançaient le feu et la mort de tous côtés, et elfrayaient les hommes et les chevaux. Alors il n’y eut plus de résistance, les rangs se débandèrent , les villages voisins furent emportés , et on ne s’arrêta que dans Volkmansdorf.

Ce fut alors que les Saxons, qui n’avaient combattu qu’à contre-cœur pour Napoléon, accoururent de notre côté avec leurs drapeaux, leurs canons, armes et bagages (t).

Napoléon, déconcerté à cette nouvelle, se hâta d’envoyer la cavalerie de la garde, commandée par NaYisouty, afin de remplir le vide. Ccluici- arriva en toute hâte avecune bonne artillerie et voulut se jeter sur le flanc de Bulow; mais les Autrichiens commandés par Budna, qui se trouvaient tout proches vinrent euxmêmes à sa rencontre, et luttèrent avec audace contre lui; d’un autre côté les Suédois dirigèrent contre les rangs des Français l’artillerie saxonne que leur fit demander le prince royal de Suède. Alors celte vieille garde fut obligée de plier et d’abandonner encore le terrain aux alliés.

Enfin cette journée de sang était à sa fin ; déjà les derniers rayons du soleil ne brillaient plus que sur les hauteurs tout autour dans la plaine. Napoléon attendait avec impatience la nuit qui devait arracher à la fureur de ses ennemis les restes de ses troupes. 11 avait perdu beaucoup de terrain et réduit considérablement son grand arc de cercle en un triangle dont la pointe se trouvait alors à Probslheyda , d’où la ligne qui joignait Connewitz sur la Pleiss en faisait un des côtés , celle qui joignait Stœtteritz et Volkmansdorf formait l’autre. Si celte armée n’avait pas combattu avec le plus grand courage et n’avait pas opéré sa retraite dans le plus bel ordre malgré tous les dangers

(1) Cette lâche défection, contraire â toutes tes lois de l’honneur militaire, et qui sera pour les Saxons une tache ineffaçable, fut cause de tous les désavantages éprouvés de ce côté et par suite de la perte de ta jour-

d’une lutte inégale , il en faut convenir à la gloire de nos adversaires , un des côtés de ce triangle eût été infailliblement enfoncé avant le soir, Leipzig enlevé et toute l’armée perdue. Déjà Napoléon ne combattait plus que pour la retraite, car depuis dix heures du malin une immense quantité de trains, de bagages, de voitures , de chevaux étaient sur la roule, protégés par les troupes du général Bertrand. Qui pourrait comprendre tout ce qui avait passé de France en Allemagne depuis le mois d’avril! Hommes, femmes, enfants, provisions de bouche, munitions de guerre, bagages, artillerie, tout avait été accumulé dans Leipzig. Enfin allait donc finir leur terrible domination de sept ans ; car il y avait sept ans jour pour jour que Davoust était entré dans Leipzig.

La nuit couvrait déjà tout le champ de bataille , et Napoléon se trouvait encore sur la petite colline auprès du moulin à vent où il avait fait allumer un feu. Il avait chargé du soin de la retraite son chef d’état-major, Berthier, qui en dictait la marche à ses aides de camp , près d’un autre feu à côté ; tout autour régnait un profond silence. Napoléon , épuisé par les incroyables efforts des jours précédents et par les agitations de son esprit, assis alors sur un escabeau de bois, s’assoupit. L’espérance et la crainte, la joie de la victoire, la colère et la contrariété avaient tour à tour accablé son âme, et y avaient laissé des impressions d’autant plus profondes qu’il avait été obligé de dissimuler ses sentiments. Il était, dit un témoin oculaire, endormi, la tête appuyée dans ses mains et assis sur un escabeau au milieu de ce vaste champ couvert de morts, en plein air et au milieu des incendies semés de tons côtés qui avec les feux de nuit jetaient leurs lumières au milieu des ténèbres. Ses généraux se tenaient autour des feux, mornes et taciturnes , et le silence n’était interrompu que par le bruit des troupes qui se reliraient au pied de la montagne et au loin dans la plaine. Au bout d’un quart d’heure Napo-

née ; car jusque-là les Français s’étaient maintenus sur tous les autres points et avaient eu l’honneur de faire face à des forces doublés des leurs. (Labaume.)

léon se réveilla et jela autour de lui avec inquiétude un regard d’étonnement. Peut-être avait-il pris un moment la réalité de sa position comme un rêve survenu dans l’éclat de sa grandeur. — Alors il se leva, et rentra dans Leipzig à 9 heures.

19 octobre.

La retraite de toute l’armée à travers Leipzig commença dès que parurent les premiers rayons de la lune; mais comme les bataillons arrivaient de tous les points du champ de bataille , et qu’il n’y avait pour tous qu’un seul chemin qui conduisit à Lindenau, la chaussée étroite de Ranstædter, il y avait à chaque instant des retards et des encombrements : les chariots, les canons allaient ensemble, et les gens de pied ne pouvaient trouver place. L’arrière-garde devait défendre Leipzig aussi longtemps que possible. Ce n’était pas une place forte ; mais on en avait barricadé les portes, on y avait élevé des retranchements, et tous les fossés et les murs des jardins avaient été consacrés à la défense.

Cependant l’armée des alliés n’était rien moins que décidée à laisser les Français se retirer tranquillement, emmenant avec eux tout le butin qu’ils avaient fait en Allemagne et toutes leurs provisions de guerre. A huit heures du matin ils se précipitèrent à l’attaque et enfoncèrent les portes. Celte attaque augmenta encore le désordre et le tumulte qui se trouvaient à la sortie de la ville; de sorte que Napoléon lui-même fut obligé pour y arriver de prendre un chemin détourné en sortant de Leipzig. Là se pressaient, l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie, les caissons, les blessés, les mourants, les chariots, les femmes, les enfants, les marchands, des troupeaux entiers, tous pêle-mêle et dans le plus grand désordre.

Les alliés auraient peut-être pu augmenter encore le tumulte de la fuite et forcer plus

promptement ceux qui défendaient l’entrée de la ville, s’ils avaient fait jouer leur artillerie contre ses murs. Mais un pareil moyen , qui aurait confondu des milliers d’innocents avec les ennemis dans une ruine commune, était trop cruel pour eux, ils préférèrent escalader les portes. Le prince de Hesse-Hombourg attaqua la porte de derrière; Benningsen , celle de Grimma; Langeron, celle de Halle. On s’efforça aussi d’entrer par les côtés dans les jardins, mais les Français et les Polonais défendaient chaque pied de terrain ; il fallait conquérir chaque jardin , chaque haie, et souvent avec beaucoup de sang. Cependant la victoire ne pouvait pas balancer longtemps, il était onze heures et demie quand les premières troupes alliées entrèrent dans la ville. Alors les habitants ouvrirent leurs portes , et tandis .qu’on se battait encore dans les rues ils suspendirent des mouchoirs blancs à leurs fenêtres en signe dè joie.

Ce fut aussi dans ce même moment que le pont qui se trouvait de l’autre côté de la ville , le seul dont les Français pussent se servir, celui sur l’Elster-Muhlengraben , sauta en l’air sans qu’on puisse décider si ce fut par ordre de Napoléon pour sauver son armée, ou seulement par une crainte trop précipitée du chef commis à sa garde. Alors tous ceux qui s’efforçaient d’y arriver poussèrent un cri de désespoir. Il n’y avait pas d’autre chemin. Un grand nombre se jela dans l’Elster pour tâcher de le passer à la nage , mais presque tous furent noyés ou restèrent enfoncés dans la vase; plusieurs généraux qui se trouvaient encore sur l’autre rive s’y précipitèrent aussi avec leurs chevaux pour échapper à la captivité. Le prince Poniatowsky, que Napoléon avait fait maréchal de France trois jours auparavant, y perdit la vie ; Macdonald eut le bonheur d’échapper; Régnier, Bertrand et Lauriston furent faits prisonniers.

Napoléon lit encore plus de pertes ce jour-là que le jour de la bataille. Plus de quinze mille soldats bien armés furent faits prisonniers après que le pont eut sauté, et plus de vingtcinq mille hommes blessés ou malades furent abandonnés à la discrétion du vainqueur. Il y avait dans la ville et sur la route une quantité

incroyable de canons et de chariots; on prit ce jour-là plus de trois cents canons et mille chariots. C’était un désastre comme l’histoire n’en offre que très-peu.

A une heure l’empereur Alexandre et le roi Frédéric-Guillaume entrèrent dans la ville, accompagnés de tous leurs généraux, aux cris d’acclamations de leurs vaillants soldats, mêlés des cris de joie des habitants, qui saluaient leurs libérateurs. L’empereur François n’y arriva que quelques heures plus tard.

Retour sur le Rhin. — Fin de l’année 1815.

La Bavière, par le traité de Ried, était déjà entrée dans la grande alliance avant la bataille de Leipzig; elle envoya son général Wrède sur le Main , avec une forte armée à laquelle se joignirent encore des Autrichiens , des Wurlembergeois, pour essayer de barrer le chemin aux Français qui revenaient sur le Rhin , afin d’achever leur ruine complète. Wrède se dirigea sur Hanau et Francfort. De son côté, la grande armée des alliés était aussi à la poursuite des fuyards, et York leur fit éprouver une perte considérable à Fribourg , sur l’Unstrut (î). En avant d’eux et sur leurs côtés, ils étaient escortés par Czernischeff et d’autres troupes légères qui tombaient sur tous ceux qui s’écartaient du gros de l’armée. C’est ainsi qu’ils parcoururent la route de Leipzig à Erfurt , et de là jusqu’au Rhin, abandonnant à chaque instant sur la route tout ce qui ne pouvait pas suivre, l’artillerie, les bagages et les hommes trop fatigués. Car la marche était si rapide et si continue qu’au bout de onze jours l’armée était déjà arrivée à Francfort; mais toute la grande route dans la largeur de deux lieues des deux côtés était couverte de débris

(1) Mais non sans avoir Ini-même beaucoup souffert.

Les Français s’emparèrent îles positions dont ils avaient besoin. N. T.

(2) Le maréchal avait stipulé qu’il serait conduit en France avec ses troupes, en promettant de ne pas scr-

de chariots, de bagages, de cadavres , d’hommes mourants ou de bêtes de charge.

Napoléon arriva avec soixante-dix à quatrevingt mille hommes devant Hanau , où il rencontra Wrède qui voulut leur fermer le passage quoique inférieur en nombre; et s’il eût pu les retenir jusqu’à l’arrivée de la grande armée des alliés, c’en était fait de celle des Français. Napoléon le savait et il se servit de sa garde qui était encore en bon état pour se frayer un chemin. Pendant trois jours, les 29, 50 et 51 octobre, on combattit avec le plus grand acharnement devant Hanau et dans la ville; Wrède fut lui-même blessé au ventre par une balle. Enfin les Français s’ouvrirent un passage qui leur coûta beaucoup de sang.

Le 2 novembre Napoléon arriva sur le Rhin, qu’il vit alors pour la dernière fois. Son armée se hâta de gagner le pont de Mayence ; seulement le général Bertrand se retrancha sur les hauteurs de Ilocheim. Mais on ne pouvait pas laisser aux Français un retranchement sur la rive droite du Rhin. Schwarzenberg qui avait établi son quartier général à Francfort, les fit attaquer par le général Giulay, le 9 novembre, et ils furent forcés de se replier sur Mayence. Les trois souverains se trouvèrent encore réunis à Francfort , où ils délibérèrent ensemble sur la continuation de la guerre.

Les deux derniers mois de cette année furent un temps de repos pour l’armée des alliés; cependant le canon retentissait encore de plusieurs côtés dans l’intérieur; les Français occupaient encore douze places fortes, garnies de bonnes garnisons dans le cœur de l’Allemagne et de la Pologne ; mais les Allemands les assiégèrent avec tant de courage et de persévérance qu’à la fin de cette même année la moitié était arrachée aux ennemis. Le 11 novembre , le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, renfermé dans Dresde , mil bas les armes avec trente-cinq mille hommes, y compris les blessés et les malades (2). Le 21 , Stettin se rendit

vir contre les alliés d’ici à un an. Le traité était signé par Klenau, général autrichien, et Tolsloi , général russe. Cependant Schwarzenberg les fil conduire prisonniers en Autriche. (Labaume.)

avec sept mille hommes; le 26, Dantzig avec quinze mille (1) ; presque dans le même temps Modlin et Zamosk; et le 26 décembre, Torgau avec dix mille. Il ne restait plus aux Français, sur l’Oder, que Custrin et Glogau , qui ne se rendirent qu’aux mois de mars et d’avril de l’année suivante; et sur l’Elbe, Wittenberg , Magdebourg et Hambourg; en Thuringe, la citadelle d’Erfurt. Ces trois dernières places ne furent rendues qu’à la paix de Paris ; mais Wittenberg fut prise par Tauenzien dans la nuit du 12 au 13 janvier.

La plus grande perte que souffrirent les Français dans cette année 1813 fut celle de la Hollande et de la Suisse , les deux boulevards de la France. Ce fut donc bien habile de la part des alliés d’aller aussitôt leur arracher ces vastes pays. Le général Bulovv qui passa en toute bâte de Leipzig en Hollande, la trouva presque sans défense ; et sans s’amuser à faire des sièges , il s’empara de plusieurs villes d’assaut d’autant plus facilement que partout où il se présenta les Hollandais, déjà fatigués de la domination française, se soulevèrent en sa faveur et l’aidèrent à chasser les ennemis. Avant la fin de l’année la Hollande était délivrée.

Dans le même moment la Suisse , qui était déjà occupée par l’aile gauche de Schwarzenberg , fut soumise jusqu’aux montagnes du Jura, et Genève fut prise. C’était une conquête fort avantageuse ; car du haut de ces montagnes qui s’élevaient comme une citadelle inexpugnable entre la France], l’Allemagne et l’Italie , l’armée des alliés pouvait également tomber sur le vice-roi d’Italie, ou pénétrer au cœur de la France; à gauche elle menaçait la populeuse ville de Lyon, et à droite elle avait une grande route tout ouverte à travers un pays fertile , sur l’Aube et la Seine jusqu’à Paris.

(1) Le brave général Rapp,qui s’était défendu avec le plus grand courage contre les armées qui l’investissaient , promit de se rendre le 1er janvier 1814 s’il n’était secouru , avec les mêmes conditions que Gouviou- Saint-Cyr. Il avait perdu vingt mille hommes par les maladies. Les Russes voyant leur petit nombre refusèrent de remplir les conditions et les firent prisonniers. (Labaume.) N. T.

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