RÉVOLUTIONS MILITAIRES. 1820 F.T
à la mauvaise volonté d’hommes avides, sont encore plus misérables que dans leur propre pays; de sorte qu’un très-petit nombre seulement ont pu fonder pour eux et leurs enfants un nouvel établissement suffisant pour les entretenir et les occuper. Mais toujours cette œuvre restera sans vrais résultats tant qu’elle sera attachée à une entreprise particulière. Cette voie est, si l’on veut, la plus simple pour se débarrasser d’une population trop nombreuse; cependant ce ne sera que quand les gouvernements des États européens pourront effectuer dans les autres parties du monde des colonisations complètes sous la protection publique et avec des moyens généraux, comme autrefois les Etats de l’ancien monde, ce ne sera qu’alors, dis-je, qu’on pourra espérer un véritable avantage pour la mère patrie et pour la colonie; et quels moyens extraordinaires, quelle coopération difficile à obtenir ne serait pas nécessaire pour cela!
Mais détournons notre attention de considérations trop lointaines et pour lesquelles notre volonté est impuissante; et pour encourager nos espérances, jetons nos regards sur les événements qui ont suivi la chute de Napoléon. Mais auparavant nous allons récapituler les changements qui sont survenus dans les principales familles régnantes de l’Allemagne :
Dans le Wurtemberg, le roi Guillaume Ier a succédé au roi Frédéric, 1816.
En Bavière, Louis à Maximilien, 1825.
Dans le royaume de Saxe, Antoine succéda à Frédéric-Auguste, en 1827, et à Antoine, le roi Frédéric, 1836.
Dans la Saxe-Weimar, l’archiduc Charles- Frédéric à Charles-Auguste, 1828.
Dans le Hanovre, le roi Guillaume IV à Georges IV, 1830, et à Guillaume le roi Ernest-Auguste, 1837.
Dans l’Autriche, Ferdinand 1er a succédé à François Ier, 1837.
Révolutions militaires en Espagne, en Portugal, à Naples et Turin , et leurs suites. 1820 et 1821 .
Cinq ans de calme s’étaient écoulés pour l’Europe, et c’était la première fois depuis la révolution de France, quand , en 1820, le brandon delà discorde se ralluma de nouveau pour provoquer des bouleversements. Ce fut une partie de l’armée d’Espagne, assemblée à Cadix et prèle à faire voile vers l’Amérique, qui donna le signal : elle changea toute la forme du gouvernement, le Ie' janvier de cette même année. Son exemple eut bientôt entraîné le Portugal; et là encore le premier coup fut frappé par l’armée.
Déjà, avant ces événements de Portugal, l’armée napolitaine avait forcé le roi, le 7 juin, de donner à ses États une constitution libérale. Le mouvement se communiqua promptement de Naples au reste de l’Italie , et partout on demandait avec toujours plus d’instance la réunion de toute l’Italie et la délivrance de toute domination étrangère. Ces troubles réveillèrent dans l’empereur d’Autriche des craintes pour ses possessions d’Italie, et surtout ils firent craindre aux souverains que la manie des révolutions ne se répandit, ne s’emparât de toute l’Europe et ne la bouleversât de fond en comble.
En conséquence, les trois principales puissances de la Sainte-Alliance se réunirent à Troppau , en octobre 1820, pour prendre en considération la position de l’Europe; et comme les événements de Naples leur parurent les plus importants, ils réunirent leur congrès, au commencement de l’année suivante, à Leibach, pour être plus près du théâtre de ce qui s’y passait. Le vieux roi de Naples s’y trouva aussi. Mais un accommodement à l’amiable n’était plus possible, et au mois de mars une armée autrichienne entra en Italie et marcha sur Naples. Tous les regards étaient fixés sur l’issue de ces événements , quand une nouvelle révolution militaire, la quatrième en moins de deux ans, éclata ?i Turin, menaçant d’être {dus
dangereuse encore pour l’Autriche que les précédentes. Le repos de l’Europe, acheté si chèrement, semblait encore une fois perdu. Cependant l’orage fut bientôt apaisé de ce côté, et l’impuissance des entreprises révolutionnaires parut d’une manière évidente, car dès que l’armée autrichienne approcha , Naples et le Piémont furent aussitôt rappelés à l’ordre de choses qu’ils avaient auparavant.
La nouvelle constitution d’Espagne ne devait non plus avoir que quelques années de durée. La masse du peuple n’était pas mûre pour l’usage d’une constitution libre et modérée; et d’ailleurs elle était basée sur de faux principes : la puissance royale y était beaucoup trop à l’étroit. Dans l’année 1822, une guerre civile éclata dans ce pays déchiré par les partis ; et en octobre de cette même année, les monarques d’Autriche , de Prusse et de Russie se réunirent de nouveau au congés de Vérone et consentirent à ce que la France se chargeât seule de rétablir la puissance royale dans ce malheureux pays , par la force des armes en cas de besoin. Le 7 mai 1823, les armées françaises passèrent la Bidassoa , et le 23, elles entraient dans Madrid; de là elles se répandirent avec de rapides succès par toute l’Espagne, poursuivirent le parti constitutionnel qui avait entraîné avec lui Ferdinand à Cadix, la dernière langue de terre de l’Europe, et la ville fut forcée de se rendre à la fin de septembre. Le roi fut ainsi rendu à la liberté et à la jouissance de la puissance royale illimitée; et il se hâta de déclarer que tous ses décrets, depuis le commencement de l’année 1820, c’est-à-dire pendant le temps de la constitution , devaient être tenus pour nuis et non avenus.
Ce malheureux royaume offrit encore pendant plusieurs années le spectacle des désordres intérieurs et des déchirements de la haine des partis, quoique jusqu’en 1827 une armée française restât dans le pays pour protéger le gouvernement, et occupât, entre autres places fortes, Cadix elle-même. Ferdinand mourut en 1853, après avoir changé la loi de succession au trône , et laissa le royaume à sa fille Isabelle sous la tutelle de sa mère, Christine; ce fut l’occasion de nouvelles scènes d’horreur, provoquées par tout ce que les passions
humaines ont de plus haineux dans les guerres civiles. Le frère de Ferdinand, don Carlos, qui prétend avoir des droits légitimes au trône , occupe une partie considérable de l’Espagne , et il n’a pu encore être chassé malgré l’intervention indirecte de la France, de l’Angleterre et du Portugal, en faveur de la jeune reine. Pendant tout ce temps-là , ce malheureux pays est eu proie aux désordres et ne connaît plus ni lois civiles, ni lois naturelles.
Le pays voisin, le Portugal, n’est malheureusement guère plus favorisé que l’Espagne. Tant que vécut le roi Jean VI, qui, en 1822, était retourné au Brésil, le Portugal se trouva dans une position supportable; parce que ce roi, qui cherchait le bien de son peuple, possédait son amour et tenait la haine des partis en bride. Mais quand il mourut, le 10 mars 1820, son fils , don Pédro , empereur du Brésil, ne pouvant revenir en Europe, donna le royaume à sa fille encore jeune , dona Maria da Gloria, et la régence à son frère, don Miguel, pendant la minorité. Alors ce prince gagna le clergé et la noblesse, déjà indisposés contre son frère par la constitution libérale qu’il avait donnée, et parvint à se faire proclamer roi absolu par les anciennes cortès de Lamego. Lajeune princesse, qui était déjà arrivée en Europe, n’osa plus aller prendre possession de son héritage, et fut obligée d’aller en Angleterre chercher asile et protection.
L’Europe vit avec mécontentement l’usurpateur poursuivre tous les amis de son frère et du gouvernement qu’il avait donné, les jeter en prison et les faire mourir. Mais comme le peuple portugais avait accepté cette nouvelle monarchie , aucune puissance étrangère ne pouvait se mêler des affaires intérieures du pays.
Cependant une révolution du Brésil força l’empereur don Pédro, en 1831 , d’abandonner ses Étals et de revenir en Europe; l’entrée de son pays lui fut défendue par son propre frère. Alors il employa tous les trésors qu’il avait apportés avec lui, pour équiper une flotte et une petite armée; il aborda en Portugal , s’empara d’Oporto, port de mer important sur l’Atlantique, et enfin , après différentes chances, de Lisbonne, en 1853.