‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 110 sur 116 · RÉVOLTE DES GRECS · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DES GRECS

Ainsi maître de la capitale, il fil reconnaître sa fille comme reine par l’Angleterre et la France ; puis il enleva peu à peu à don Miguel tout le reste du pays et le força enfin, en 1834, de l’abandonner entièrement. Cependant don Pédro mourut bientôt après. La jeune reine épousa le duc de Leucblenberg , et après sa mort, qui fut prématurée, en 1836, elle épousa le prince Ferdinand de Saxe-Cobourg. Mais les partis sont encore pleins d’énergie, le bien-être du pays est toujours compromis, la dette publique épuise le trésor, et dans ce moment on revient encore à la voie des armes pour décider si ce pays sera régi par la constitution de 1822, ou par la charte de don Pédro; cependant ni l’un , ni l’autre ne pourra guérir les plaies de la patrie, tant que le gouvernement et le peuple conserveront l’esprit qui les conduit.

Révolte des Grecs. La Turquie.

Les nombreux bouleversements arrivés en Europe avaient peu à peu allumé l’amour de la liberté dans ce peuple chrétien , si célèbre par sa vieille gloire, relégué à l’extrémité sudest de l’Europe, qui depuis quatre cents ans, était obligé de porter le joug des Turcs. Au mois de mars 1821 , le prince Alexandre Ypsilanti appela tous les Grecs de la Moldavie et de la Valachie à secouer la domination turque. Cependant son entreprise , malgré quelques succès au commencement, fut bientôt arrêtée et écrasée par le grand nombre des troupes ottomanes, et il fut lui-même obligé de s’enfuir en Autriche, où il fut retenu comme prisonnier dans la citadelle de Munkatsch. Mais cette même tentative fut plus heureuse dans la Grèce proprement dite, particulièrement en Morée et dans les îles, dont les principales étaient Ilydra , Ipsara et Spezzia. Le vieux patriarche d’Alexandrie, Grégoire, après la célébration de la grand’messe , le jour de Pâques 1821, ayant été pendu à la porte de l’église, et trois autres évêques ayant subi le même sort ,

le peuple grec en fut irrité et porté au plus haut degré de fureur. Alors la guerre des deux peuples, attisée par le fanatisme religieux, fut faite avec une terrible cruauté; c’était jusqu’à l’anéantissement de son adversaire. Contre toute attente , les petites troupes de Grecs , combattant par bandes détachées , repoussèrent avec avantage les attaques de l’armée turque, quoique infiniment supérieure, marchèrent en avant, délivrèrent le sol de l’ancienne Grèce, le Péloponèse et une partie de la Grèce mitoyenne ; ils soutinrent si bien, surtout sur mer, leur réputation d’audace et d’adresse, qu’une terreur panique saisissait l’ennemi partout où paraissaient leurs brûlots. Ils firent donc, en 1823, le pas décisif, ils se déclarèrent États unis indépendants, et se donnèrent une constitution qui devait apporter l’unité dans ce pays, divisé en tant de peuplades.

Bientôt cependant de terribles défaites montrèrent que ce peuple , déshonoré par presque quatre siècles d’oppression, n’avait pu reprendre tout d’un coup cet esprit de vertu, d’unité et de dévouement, qui seul peut rendre digne de la liberté. Des luttes de partis déchirèrent ce peuple à demi libre, dès que le danger qui les menaçait au dehors leur eût donné seulement un peu de calme. Aussi quand on vit une armée égyptienne , commandée par Ibrahim pacha, fils du vice-roi, aborder en 1825, à Modon, en Morée, assiéger Navarin -et le prendre, s’avancer dans le Péloponèse et conquérir enfin tout le pays; quand on vit Ibrahim réuni à Reschid pacha, s’emparer de Missolonghi , quoique vaillamment défendu, et bientôt après, Athènes tomber entre leurs mains ; comme les secours que les peuples chrétiens envoyaient aux Grecs, tant en volontaires qu’en argent, n’étaient pas suffisants pour sauver ce malheureux peuple de sa ruine, alors presque toutes les espérances qu’on aimait à concevoir sur cette contrée furent détruites.

Dans ce danger, trois grandes puissances, la Russie, l’Angleterre et la France, se réunirent par le traité de Londres, du 6 juin 1827, pour mettre fin à cette lutte sanglante dans l’Orient; elles exigèrent du sultan qu’il reconnût la Grèce comme un État indépendant, qui seulement lui payerait un impôt déterminé , et

qu’ensuite le sang cessât d’y couler. Mais le fier sultan refusa toute concession. Ibrahim pacha, continua de ravager le Péloponèse , malgré une suspension d’armes qu’il avait conclue avec les amiraux des Hottes réunies. Alors ceux-ci crurent devoir recourir à la force pour arrêter ces dévastations. Le 20 octobre 1827, les (loties réunies mirent donc à la voile pour le port de Navarin (c’était l’ancienne Pylos , connue dans la guerre du Péloponèse); elles avaient vingt-six vaisseaux de guerre, portant mille trois cent vingt-quatre canons, sous les ordres des amiraux Codrington pour les Anglais, de Rigny pour les Français, et le comte Ileyden pour les Russes. Dans le port était la flotte turco-égyptienne , de vingt-deux gros vaisseaux et cinquante-sept petits, qui portaient en tout deux mille deux cent quarante canons , sans compter ceux des batteries de Navarin et de l’ile de Sphakterie. Les Turcs, dans leur haine contre toute la chrétienté, tirèrent les premiers, quoique l’amiral anglais, Codrington, eût envoyé un parlementaire au vaisseau amiral ennemi; ils tuèrent même plusieurs hommes sur la flotte alliée. Alors Codringlon donna le signal de la bataille, et malgré la supériorité de l’ennemi, en artillerie et en hommes, en quelques heures toute la flotte turque fut abîmée de fond en comble, brûlée, sautée en l’air ou toute dispersée , excepté vingt corvettes ou bricks.

Toute l’Europe fut dans la joie de voir la main vengeresse de la justice punir ces barbares de tant de cruautés qu’ils avaient commises. On compara cette bataille mémorable à celle de Lépante, livrée par Don Juan d’Autriche, en 1571, où l’orgueil turc reçut encore la juste punition de ses atrocités; mais alors bien des gens , surtout des hommes politiques d’Angleterre, en calculèrent avec plus de sang-froid les suites importantes. Car si les Turcs étaient trop affaiblis, si par hasard ils étaient réduits à n’ètre plus au rang des puissances européennes, et si la Russie augmentait considérablement de ce côté sa puissance déjà effroyable, alors l’Europe leur paraissait menacée ; d’autant plus que, conformément au système d’équilibre européen , et il paraît assez fondé sur la nature des choses, l’on croit généralement

que l’agrandissement démesuré d’une des puissances menace l’indépendance des autres. En effet , le 26 avril 1828, l’empereur Nicolas déclara seul la guerre à la Turquie, entra en Moldavie et Valachie, conquit les places fortes de Rraïla, Isaktscha et plusieurs autres, marcha vers les montagnes du Ralkan et la forteresse de Schumla; et il semblait qu’il allait franchir avec son armée cette dernière barrière, qui défendait les principales provinces de l’empire turc et qu’aucune armée russe n’avait encore dépassée, pour envahir aussitôt les provinces et marcher jusqu’à Constantinople. Mais cette attente était prématurée; les Turcs opposèrent une résistance opiniâtre , la nature s’unit à eux, et la disette, la fatigue, la maladie firent périr des milliers de soldats dans l’armée russe. Ses plus grands efforts n’aboutirent qu’à la prise de Varna sur la mer Noire, et elle fut obligée d’abandonner le siège de Schumla et Silistria. Encore ce fut heureux pour elle que, l’hiver arrivant , les Turcs aient eu besoin d’une suspension d’armes pour faire de nouvelles levées par tout leur grand empire.

Pendant ce temps-là, dans l’année 1828, il y eut en Grèce de grands et d’importants changements. Le pays, en choisissant pour président de la nouvelle alliance le conseiller d’État russe Capo-d’Istria , avait pris un homme qui sut vaincre les dissensions intérieures et commander; qui , sous la protection des puissances alliées, rétablit l’ordre et la paix et posa les principes d’une législation pleine de vigueur pour ce jeune État. Mais par-dessus tout, leroi de France Charles X, l’ami de l’humanité, avait fait partir pour la Morée une armée sous les ordres du maréchal Maison , afin de délivrer complètement ce point central des États grecs de toutes les attaques d’ibrahim. L’insolent barbare n’osa pas faire résistance à une pareille armée, il aima mieux abandonner le pays et monter avec son armée sur la flotte anglaise qui , d’après un traité fait entre eux, devait les débarquer en Égypte. Ainsi le pays fut entièrement délivré et le petit nombre de places qui tenait encore pour les Turcs, fut obligé de se rendre.

Les Grecs, à l’abri dans la presqu’île contre leurs ennemis, prirent même de fortes posi-

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