RÉVOLTE M’S GRECS
lions dans quelques contrées de la Grèce centrale; et le président, le comte Capo-d’Istria, put enfin commencer l’œuvre delà restauration de l’ordre intérieur dans ce pays si bouleversé.
La guerre des Russes contre les Turcs prit, en 1829, une tournure tout à fait favorable pour eux. Le général Diebitscli, après avoir battu le grand-visir à Schumla et s’être emparé de l’importante et forte place de Silistria, passa audacieusement le Kamtschik et le Balkan qu’aucune armée russe n’avait encore pu passer. Il ne s’arrêta que dans les vastes et fertiles plaines de la Romélie; et la deuxième ville de l’empire, Andrinople, lui ouvrit ses portes, le 20 août, sans qu’on eût la peine de tirer l’épée. En Asie , le second général russe, le célèbre comte Paskewitsch , avec des forces fort médiocres, avait renversé tout ce qui s’était opposé à lui, et avait pris le 6 juin, la plus importante place de la Turquie d’Asie, Erzeroum, peuplée de cent mille habitants. Le sort de la Turquie était désormais entre les mains de l’empereur Nicolas, et toute l’Europe avait les yeux fixés sur lui , attendant sa décision , moitié dans l’espérance, moitié dans la crainte. Car bien que ce fût un gain pour les progrès de l’humanité en Europe, que cette terre classique, qui déjà une fois avait été en grande partie le siège de la plus haute civilisation fût tout à fait délivrée des liens d’une si sauvage domination ; cependant d’un autre côté, il fallait considérer qu’elle allait donner lieu à de grands désordres, à une lutte sanglante entre les principales puissances de l’Europe. Car les autres États n’auraient pu voir avec indifférence un pareil agrandissement de la Russie qui allait s’arroger ainsi la souveraineté de la Méditerranée.
L’empereur Nicolas conserva cependant l’esprit de modération et de paix qu’il avait manifesté au commencement de la guerre. Il conclut, le 14 septembre 1829, à Andrinople, une paix vraiment généreuse, d’après laquelle les Turcs s’engagèrent à remplir un traité antérieur au sujet de la Moldavie et de la Valachie, à payer les frais de la guerre, à livrer quelques places fortes sur les frontières de l’Asie, et, ce qui est plus important, à laisser libre le passage des Dardanelles.
( Mais le chancelant empire turc , à peine j échappé à ce danger, où il ne devait la vie qu’à I la générosité de son vieil et implacable ennemi, fut bientôt ébranlé par de nouveaux dangers à l’intérieur même. De graves révoltes éclatèrent dans plusieurs provinces, et à peine étaient-elles apaisées, que son plus puissant vassal, le vice-roi d’Égypte, Méhémet-Ali, envoya son fils Ibrahim, en 1832, faire la conquête de la Syrie avec les vieilles troupes qui avaient fait la guerre contre les Grecs, profitant du moment où l’empire épuisé n’était capable d’aucun effort. Ibrahim conquit sur la frontière, après une opiniâtre résistance, l’importante place d’ Acre, devant laquelle Bonaparte avait échoué, battit l’armée turque, pénétra jusqu’en Asie- Mineure , et fit même prisonnier, à Konieh (l’ancienne Icône), l’envoyé du grand visir. Alors les puissances chrétiennes, surtout la Russie et la France, vinrent encore s’interposer, et une seconde fois empêche la ruine de la Porte qui semblait être devenue un membre nécessaire pour l’équilibre des États européens. On fit alors la paix avec Méhémet; mais ce ne fut point sans qu’il en coûtât quelques sacrifices pour la Turquie.
La Grèce, séparée de la Turquie, flotta encore quelques années dans l’incertitude de son sort. Les efforts du président Capo-d’Istria pour apporter le calme dans l’intérieur, la légalité dans toutes les relations, et des institutions qui favorisassent les arts de la paix, ne furent pas goûtés par les chefs de parti qui trouvaient leur fortune dans le désordre. De plus, le prince Léopold de Saxe-Cobourg renonça à la couronne de Grèce, qui lui avait été olferle et qu’il avait déjà acceptée. Enfin , après trois ans d’inutiles efforts, Capo-d’Fslria fut assassiné par deux hommes de condition, au moment où il voulait aller faire sa prière du malin dans l’église, le 9 octobre 1831 . Le désordre et la barbarie reprirent le dessus, jusqu’à ce que les puissances alliées eussent offert la couronne de ce royaume, à la vérité désolé, mais plein d’un beau germe d’une nouvelle vie, à Othon, troisième fils du roi de Bavière, et eussent obtenu le consentement de son père.
Le jeune roi de seize ans , entouré d’un
conseil de régence, composé d’hommes habiles, partit pour sa nouvelle patrie, protégé par un corps de troupes bavaroises , et accompagné des vœux de ses parents, de tous les Bavarois et des amis du peuple grec ; et le 6 février 1833, il fit son entrée dans Nauplie. C’était provisoirement le lieu de sa résidence, elle fut plus tard transportée à Athènes. En 1830 , il prit lui-même en main les rênes du gouvernement. Mais la lâche est difficile, parce que ce pays, qui fut si longtemps le centre des lumières, était depuis des siècles dans un état d’abrutissement; de sorte que le peuple est toujours sauvage et en proie à la fureur des haines de parti.
[Révolution de juillet et ses suites. 1830.
1. La famille des Bourbons, quoique dans son caractère elle eût des traits qui méritassent toute estime, n’avait pas su se concilier celle du peuple français, ni calmer les passions d’une lutte toujours prolongée. Et quelle force extraordinaire n’aurail-il pas fallu, après quarante ans d’agitations perpétuelles , excitées tant par la tourmente révolutionnaire, que par les entreprises inouïes du puissant géniequi lui succéda, pour amener ce peuple si facile à entraîner à se réduire à des efforts pacifiques, à la modération , au dévouement , au calme religieux! L’énergie nécessaire ne se trouvait plus dans la famille régnante qui semblait avoir vieilli; elle voulut entrer, sans doute avec la meilleure intention , dans cette lutte perpétuelle et inutile en faveur d’un ancien ordre de choses qui n’avait plus de vie , contre les nouvelles idées, contre de fortes prétentions auxquelles il n’était plus possible de résister en face, et que la force d’un génie très-supérieur pouvait seule tourner vers le bien.
Les ministres de Charles X firent paraître, au mois de juillet 1830, afin de faire réussir leurs desseins malgré les chambres, plusieurs ordonnances qui blessaient certains articles de la charte : ce fut lesignal d’une révolte ouverte. Le peuple de la capitale', qui est en possession
de parler pour tou te la France, se révolta et combattit contre les troupes peu nombreuses de la garnison, pendant les 27, 28 et 29 juillet, elles força d’évacuer la ville; comme ensuite arriva des provinces, de tous côtés, le retentissement des approbations du peuple, et que d’ailleurs le petit nombre de ceux qui étaient attachés à la maison régnante n’osaient se montrer, le roi fut obligé d’abandonner la France avec toute sa famille et d’aller d’abord chercher un asile en Angleterre. Alors le peuple français plaça sur le trône , dans la personne de Louis-Philippe , la deuxième branche de la maison royale , la branche d’Orléans. L’unanimité qu’il y eut dans l’avénement , et la conduite habile du nouveau roi, engagèrent les autres puissances de l’Europe à le reconnaître. Son règne n’a encore duré que sept ans; mais il a eu déjà beaucoup de luttes difficiles à soutenir contre l’esprit de parti qui s’est élevé au milieu de ce peuple fougueux, excité tant par les amis de l’ancien gouvernement qui, sortis du premier étourdissement, ont relevé la tète, que par les partisans de la république, peut-être encore plus puissants qu’eux , qui poursuivent l’ancien rêve d’une république avec d’autant plus de fanatisme qu’il est plus opposé à la saine raison. Une république chez un peuple de trente millions d’hommes, et dans un temps où la simplicité des vertus civiques, qui peuvent seules constituer un État libre, est à peine connue de nous! Jusqu’à présent, cependant, le roi et son ministère ont conduit le vaisseau de l’État heureusement à travers les plus dangereuses tempêtes et ont su écarter par la modération les embarras intérieurs, comme ceux du dehors.
2. Dès le mois de septembre de la même année , une révolte éclata à Bruxelles , et peu à peu dans toute la Belgique, contre la souveraineté de la maison d’Orange et la réunion avec la Hollande. Après de sanglants combats, les troupes hollandaises furent obligées d’évacuer Bruxelles et bientôt tout le pays, à l’exception de quelques places fortes. Les deux pays qui composaient le royaume des Pays- Bas , réunis pour la première fois par le congrès de Vienne, montrèrent alors une si grande antipathie l’un pour l’autre, que le roi Guil-