LES PEUPLES SUÈVES
Tacite appelle Semnones les plus anciens et les plus remarquables des peuples suèves; et Ptolomée les place entre l’Elbe et l’Oder, dans la partie sud du Brandebourg et dans la Lusace jusqu’aux frontières de la Bohême. On dit que chez eux était le sanctuaire de l’alliance; c’était un bosquet sacré, où l’on sacrifiait les victimes pour sa prospérité. C’est pour cela que, surtout dans les anciens temps, ils semblaient jouir d’une considération toute particulière parmi les peuples suèves. Mais, après le deuxième siècle de l’ère chrétienne, leur nom ne paraît plus dans l’histoire, sans que l’on puisse connaître la raison de cette disparition.
2. Les Longobards étaient très-peu nombreux, mais les plus guerriers de tous les Suèves. Us habitaient, quand l’histoire les nomme pour la première fois , à l’ouest de l’Elbe , visà-vis les Semnones, dans l’ancienne Marche et dans le pays de Lunebourg, où l’on trouve la ville de Bardewick et le district de Barden, qui perpétuent le souvenir de leur nom : c’était vers le temps de J.-C. Ils se répandirent aussi sur la rive droite de l’Elbe, jusqu’au confluent du Havel , et combattirent avec Hermann contre Marbod. Plus tard ils contribuèrent à l’abaissement
(1) Grég. de Tours ,11,9.
INTRODUCTION
îles Chérusques qu’ils semblent avoir tenus pendant quelque temps dans une espèce de dépendance. Ptolomée leur donne au deuxième siècle un très-grand territoire, depuis l’Elbe jusqu’au Rhin, comprenant les pays des Chérusques, des Tubants et des Marses. Si le récit de Ptolomée est juste, il faut qu’ils aient fait de rapides conquêtes qui n’ont duré qu’un moment. Cependant, l’histoire ne parle pas d’eux, jusqu’à la fin du cinquième siècle qu’ils parurent en Hongrie sur le Danube (î), et fondèrent au sixième siècle un royaume en Italie.
Ils tirent leur nom, suivant l’opinion du plus ancien écrivain de leur histoire, Paulus Diaconus, de la longueur de leur barbe, et suivant un autre, de leur hallebarde; mais plus vraisemblablement, de leur habitation sur les bords de l’Elbe, où encore aujourd’hui une langue de terre porte le nom de Long-bord. Ptolomée nomme chez eux Mesuium , Magdebourg.
5. Au nord des Longobards et des Semnones, dans le Lunebourg , le Mecklenbourg et la Poméranie d’aujourd’hui, habitaient, suivant Tacite, des peuples suèves, peu connus et peu dignes d’être remarqués : les Yarins, Angles, Rheudinges, Avions, Eudoses, Suardons et Ruithons. Nous avons déjà parlé de la vénération de tous ces peuples pour la déesse Hertha , dans l’ile Rugen.
Le nom de Varins est conservé par celui de la rivière de Varne, dans le Mecklenbourg; et en effet, Ptolomée nomme sur leur territoire une série de villes , qui, d’après ses déterminations géographiques, doivent occuper une zone de terre au nord de l’Elbe, depuis Hambourg jusqu’au confluent de la Verra. Hambourg semble même désigné sous le nom de Marionis, et Lubeck sous celui de Marionis allera ; Laciburijium est peut-être Wismar, et Alisier Schwérin.
Les Angles, voisins des Varins, paraissent plus tard dans l’alliance des Saxons auxquels ils s’étaient unis; ils habitaient dans les environs de Schleswig, dans les îles voisines, et enfin en Angleterre, qui encore de nos jours conserve leur nom.
Sur la côte de la mer Baltique , en avançant vers l’est, Tacite nomme une suite de peuples
(1) Procope, Gner. des Gotlis, II, 15.
qu’il place dans la ligue suève; peut-être cependant faut-il reconnaître en eux une troisième race, celle des Golhs; c’est pourquoi nous abandonnerons pour le moment cette direction pour retourner vers l’intérieur de l’Allemagne, chez des peuples incontestablement suèves.
4. Les Hermundures. On trouve une foule de versions sur la demeure de ces peuples, qui du reste nous a été donnée par presque tous les écrivains qui ont parlé de l’Allemagne, depuis Velleius Paterculus jusqu’à Dion Cassius, excepté Ptolomée. Ces contradictions proviennent sans doute de leurs nombreux changements. Tacite les connaît amis et voisins des Romains sur les bords du Danube, d’où ils faisaient du commerce avec eux, surtout dans la capitale de la Rhétie , Augusla Vindelicorum, Augsbourg; plus tard il les fait combattre avec les Cattes aux sources de la Salz, près de la Saale, en Franconie; de sorte que leur territoire s’étendait entre le Danube et le Mein, au delà de la Franconie actuelle. C’est là qu’ils étaient vers le temps de la naissance de J.-C., quand les Marcomans se retirèrent en Bohème, conduits par Marbod. Ils furent accueillis par le général romain Domitius Ænobardus, grâce à leur amitié avec les Romains. Auparavant, ils habitaient vraisemblablement plus dans les montagnes de Franconie et de Bohème, vers le nord-est jusqu’à l’Elbe. Depuis le milieu du deuxième siècle, les Hermundures ne paraissent plus que sous le nom général de Suèves, et ce sont eux vraisemblablement qui , s’avançant vers le sudouest, ont été appelés Souabes jusqu’à aujourd’hui.
Ptolomée nomme dans la Franconie d’aujourd’hui, Scgodunum, peut-être Wursbourg; Bergium, Bamberg; Menosgada, Baireuth, etc.
5. Les Narisques étaient dans le haut Palatinat, entre les Hermundures et les Marcomans.
6. Les Marcomans, peuple le plus important des Suèves du sud, ou mieux le peuple chargé dans l’alliance suève de garder le pays contre les Gaulois et plus tard contre les Romains, veillaient sur lafrontière entre le Rhin, le Mein et le Danube. Les Gaulois s’affaiblissant, ceuxci cherchèrent à faire des conquêtes dans le pays de leurs ennemis; suivant toute apparence,
ÜS INTRODUCTION.
Arioviste était un Marooman. L’histoire racontera comment, vers le temps de la naissance de J.-C., sous Marbod, ils se retirèrent en Bohême, chassés par les Romains, et devinrent plus tard de terribles ennemis pour eux. Leur nom se perd au moment de la transmigration, probablement confondu avec celui de Suèves, sous lequel ils auront passé en Espagne avec d’autres peuples.
7. Les Quades, qui occupaient le sud-est dans la ligne suève, étaient sur le Danube en Autriche et en Moravie, jusqu’au Grau, rivière de Hongrie, et s’unirent à un peuple sarmate, les lazyges. Ils vécurent en paix avec les Romains jusqu’à la grande guerre des Marcomans, sous Marc-Aurèle, à laquelle ils prirent part. Depuis lors , ils furent toujours ennemis des Romains.
Au cinquième siècle leur nom disparaît aussi, confondu dans celui des Suèves, avec lesquels ils ont passé en Espagne. Ptolomée nomme beaucoup de lieux, parce qu’il y avait une grande route qui de Carnuntum (Presbourg) traversait le pays des Quades et lui donnait de la vie. Nous ne citerons que Phurgisatis, Coridorgis et Philecia, vraisemblablement Znaim, Brunn et Olmulz.
8. Derrière ces peuples, à l’est, les anciens écrivains en plaçaient plusieurs autres dont ils donnent les noms, sans cependant pouvoir donner dedélails, ni même décider s’ils sontderace germaine. Par exemple, les Gothins et les Oses, dans les montagnes qui parcourent la Moravie et la Bohème, et remontent jusqu’à la haute Silésie, dont Tacite dit : que ceux-là parlaient gaulois et ceux-ci pannonien, et par conséquent sarmate.
Tacite seul nomme les Marsingcs qui paraissent avoir habité une partie de la basse Silésie, à l’est de la montagne des Géants. 11 reste cependant douteux si ces Marsinges de Tacite n’étaient point de race vandale. On trouve dans Ptolomée plusieurs villes appartenant au territoire de ce peuple; par exemple, Strevinta dans les environs de Neisse , Casurgis dans ceux de Glatz.
9. Les Lygiens étaient une ligue puissante de peuples, dans Test de la Silésie, et dans une partiede la Pologne, qui embrassait l’arc formé
par la Vistule, depuis sa source jusqu’à Bromberg. Tacite, avec raison, les met parmi les Suèves, quoiqu’il mentionne dans leurs mœurs et leur manière de vivre quelques coutumes qui tiennent delà barbarie des Sarmales, leurs voisins, et les avaient fait ranger parmi les races slaves. La première fois que nous entendons parler d’eux, c’est dans l’alliance soumise à Marbod; et plus tard, on les trouve toujours unis avec les Marcomans et les Hermundures. Au troisième siècle, ils paraissent sur le Rhin avec les Bourguignons et sont battus par l’empereur Probus (i). Mais le noyau principal, qui était resté dans le pays, se réunit probablement aux Golhs au temps de la transmigration : leur nom s’est perdu depuis.
Tacite nomme comme faisant partie des peuples Lygiens, les Ariens, les Hclvecones, les Manimes, les Élysiens et les Nabarvales; puis les Durions qui devaient vraisemblablement en faire partie, quoiqu’il ne les y range pas. Ils demeuraient aux sources de l’Oder et de la Vistule. Tacite représente les Ariens comme les plus puissants, et aussi comme les plus barbares des Lygiens. Ils peignaient leurs boucliers en noir et même leurs corps pour un jour de bataille, et choisissaient une nuit très-obscure, afin de jeter l’épouvante au milieu des ennemis en prenant l’apparence de morts qui sortaient des enfers.
Ghez les Naharvales était un bois sacré dans lequel deux jeunes frères, à l’imitation de Castor et Pollux, étaient honorés sous le nom d’Alcis, et servis par un prêtre revêtu d’un costume de femme. Le nom et le culte supposent une origine slave.
A travers le territoire des Elysiens, qui demeuraient vraisemblablement en Silésie, dont donné le nom à la principauté d’OEls, devait passer certainement une grande route romaine pour le commerce. G’est ce que prouvent les nombreuses monnaies que Ton a trouvées et que Ton trouve encore dans la terre.
Ptolomée nous donne les noms de beaucoup de villes sur ce grand territoire lygicn, entre autres Budorgis, vraisemblablement Ralibor; Lygidunum, Liegnitz; Calisia, Calisch, etc.
(1) Zozim., 1 . 47.
INTRODUCTION
1”. Les Goths. Tacite, qui ne connaît parmi les peuples germains que les peuples suèves ou non suèves, rangeait celui-ci, qu’il appelle les Collions, parmi les Suèves. Pline, au contraire, qui a divisé T Allemagne en cinq races, les classe dans celle des Wendiliens, c’est-à-dire Vandales; mais ces deux historiens sont d’accord surla détermination de leur demeure, à l’extrémité delà Germanie, avec tous les autres écrivains qui en ont parlé plus tard. L’histoire trouve toujours ces peuples ligués ensemble et poursuivant continuellement le même but. Ce sont eux qui ont frappé le coup le plus fort au colosse romain. A défaut de documents historiques suffisants sur ce peuple, nous le considérerons comme appartenant à une troisième race alliée aux Suèves , que l’on peut appeler vandale avec Pline, ou gothe, à cause de son peuple principal.
«) Pythéas reconnaît les Goths ou Golhons, proprement dits (1), 500 ans avant J.-C., sur la côte de Bernstein, à l’embouchure de laVistule. Tacite les place de ce côté-ci des Lygiens, aussi sur la Vistule, mais non plus sur la mer; car il place sur la côte les Rugiens et les Lémoviens. Cinquante ans plus tard, Ptolomée les place encore sur la Vistule, mais dans l’intérieur du pays, et nomme sur la côte les Wenèdcs ou Wendes. Nous en devons donc conclure que, dès ce temps, avait commencé le grand mouvement des peuples wénedes et slaves du nord-est au sud-ouest; mouvement que furent obligés de suivre aussi les Germains. Au commencement du troisième siècle, nous trouvons les Goths déjà bien plus au sud, enDacie, où ils s’étaient établis. Dans le même temps encore, on les voit partagés en deux grandes branches, les Ostrogolhs cl Visigolhs, ou Goths de l’est et de l’ouest.
On donnera plus de détails dans l’histoire des migrations.
Les Gépides, les Mœsogotlis, les Thenvinges et les Greulhunges, regardés comme des races particulières, ne sont que des branches golhes ; mais les opinions sont encore très-parlagées au sujet de leur position géographique entre eux.
(1) Pline, Hist. nat. , 57 , 11.
b) Les Bourguignons, placés par Pline à la tète des races vandales, ne sont pas connus de Tacite. Ptolomée leur assigne comme première demeure, le pays situé entre l’Oder et la Vislule, au confluent de la Netze et de laWarlha. Chassés de ces contrées par les Gépides, les uns, comme le raconte Jornandès, se tournèrent vers le nord et vinrent s’établir dans l’ile de Bornholm (Burgunda holm), entre la Suède et le Danemarck; mais la plus grande partie se dirigea vers le sud-ouest, attaqua la Gaule, fut battue par l’empereur Probus, séjourna quelque temps dans les environs du Mein, puis dans le haut Rhin, et reçut du général romain Aetius, au commencement du cinquième siècle, une demeure dans le sud-est de la Gaule, où leur nom est conservé. Ptolomée nomme dans leur ancien territoire la ville d’Ascaucalis, où est maintenant Bromberg.
c) Les Rugiens ont été placés sur la mer Baltique par Tacite qui nomme aussi avec eux les Lemoviens, dont aucun autre ne parle et qui ne reparaissent point non plus dans la migration des peuples. Le nom de Rugiens est conservé dans celui de l’ile Rugen et en quelques lieux voisins. Tacite ne les nomme point parmi les peuples qui prirent part au culte de Hertha dans l’ile Rugen. Peut-être, au temps de Tacite, s’élaienl-ils déjà trop éloignés vers l’ouest, après avoir donné à l’ile leur nom qui est resté inconnu à cet historien. Au moment de la migration, ils parurent dans l’armée d’Attila, lors de son expédition contre la Gaule. Après sa mort, ils se replièrent sur le nord du Danube, vers l’Autriche et la Hongrie, qui fut à cause d’eux appelée Rugiland ; bientôt arriva Odoacre, roi des llérules, des Rugiens, des Scires et des Turcilinges, désigné sous le titre de roi, tantôt d’un de ces peuples, tantôt d’un autre; mais Scirc de naissance.
Ce fut ce prince qui détruisit l’empire d’Occident, en 470. Ces quatre peuples qu’on vient de nommer, issus suivant toute vraisemblance d’une même souche, sortis des côtes de la mer Baltique, entre la Vistule et l’Oder, après plusieurs séparations et différentes épreuves de fortune, dont on peut retrouver quelques traits perdus çà cl là dans l’histoire, se trouvèrent encore une fois réunis sous Odoacrc. Les Hé-
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i ules sont avec les Rugiens les plus remarquables. Ils paraissent dans le grand empire cl’IIermandrie,roidesOstrogoths. Ils fondèrent même, après la mort d’Attila, un puissant royaume sur le Danube, et finirent par se perdre après toute espèce d’aventures, dispersés de tout côté. Une partie semble s’ètre réunie aux Boyoariens ou Doyens (Bavarois) pour ne former qu’un seul peuple avec eux.
d) Les Vandales ne sont donnés comme un peuple particulier que par Dion Cassius, qui appelle même monts vandaliens les montagnes des Géants, où l’Elbe prend sa source; et certainement il y avait aussi sur la mer Baltique des peuplades qui sortaient d’une souche vandale. Nous avons déjà dit que les peuples que Dline appelle Windiliens étaient Vandales. Tacite les donne aussi comme tels, sauf quelquesuns; et les écrivains postérieurs disent expressément que les Goths et les Vandales étaient de même souche, avaient les mêmes lois, les mêmes institutions. Nous parlerons d’eux plus bas, au moment des migrations.
Tacite ne limite pas le pays des Suèves à la côte de la mer Baltique et à l’embouchure de la Vistule ; il conduit une lisière jusqu’aux Æslyerns sur la côte de Bern-Stein. Leurs mœurs et leurs coutumes se rapprochaient de celles des Suèves ; mais leur langage avait plus de rapport avec celui des Bretons. Ils cultivaient le froment, recueillaient l’ambre jaune qu’ils appelaient glesum (verre), et ne voyaient qu’avec étonnement le grand prix que le luxe romain leur offrait pour échange. Tacite donne de l’ambre jaune une description exacte et détaillée.
12. De l’autre côté de la mer Baltique, dans la Suède aujourd’hui, demeurait un peuplesuève, selon le même écrivain, les Suions ; « également redoutables, dit-il, par leurs flottes, par leurs guerriers et leurs armes. Chez eux règne un roi dont la puissance est illimitée. De l’autre côté des Suions, c’est une mer solide et presque jamais agitée. On croit que cette contrée est la dernière limite de la terre, parce que les derniers rayons du soleil à son coucher y sont prolongés jusqu’à son lever, si pleins d’éclat qu’ils obscurcissent les étoiles. » On avait donc alors connaissance des régions polaires. — Aux Suions se rattache encore une autre race, celle
des Sitons , qui sont gouvernés par une femme.
« Tant, dit Tacite, ils ont dégénéré et sont tombés dans l’esclavage. — Là finissent les Suèves.» Personne ne doute que les Suédois ne sortent d’une souche allemande, et il est même vraisemblable qu’ils sont très-prochainement liés aux Goths; car le nom même de l’ile Gothland, et plusieurs autres en Suède, le témoignent assez. L’historien des Goths, Jornandès, les fait au contraire venir de Scanzie, ainsi nomme-t-il la Suède, amenés sur des vaisseaux et débarqués sur la Vistule. Mais ses récits sur les anciens temps sont trop peu exacts et trop peu dignes de foi. On aurait peut-être plus de raisons de croire que les Goths sont partis de notre côté pour aller en Suède.
A l’ouest, le Rhin n’était pas tellement la limite des peuples germains, que, dès avant la naissance de J. -G., plusieurs n’eussent passé ce fleuveetne se fussent établis sur la rive gauche. Parmi eux sont :
\ . LesVangions, les NemètesetlesTriboques, établis sur la rive gauche, depuis Brisach jusqu’à Bingen, au-dessous de Mayence. Sur leur territoire, on trouve plusieurs villes qui doivent leur fondation ou du moins leur agrandissement aux Romains; par exemple, Monguntiacum, Mayence, ancienne ville gauloise dans le pays des Vangions et place d’armes importante du tempsdes Romains. Dès l’an 70 aprèsJ.-C., Ia22e légion qui vint y tenir garnison après avoir fait le siège de Jérusalem, y apporta vraisemblablement le christianisme. Bonconica, Oppenheim ; Borbetomagus , Worms; Noviomagus , chef- lieu des Nemètes, Spire; Toberna , Rheizabern; Argentoratum, Strasbourg, dans le pays desTriboques, la principale fabrique d’armes des Gaulois.
2. Les Ubiens habitaient d’abord sur la rive droite du Rhin, mais pressés par les Suèves, ils furent obligés d’appeler Jules César à leur secours ; et comme il n’avait pu leur procurer que quelques instants de paix, ils obtinrent du général romain Vipsanius Agrippa de passer sur la rive gauche (30 ans avant J.-C.), et furent toujours fidèles alliés des Romains. Leur pays commence à l’endroit où la Nahe se jette dans le Rhin, et là était Bingium, Bingen, la première ville de leur territoire; plus loin : Bonlobrice, Boppart; Confluentes, Goblentz; Autan-
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nacum , Àndernach ; Bonna, Bonn ; vis-à-vis et à la tète du pont bâti par Drusus, Gcsonia, aujourd’hui le village de Geusen ; Colonia Agrippina , Cologne, principale ville des Romains sur le Rhin, appelée Agrippina du nom de la sœur de Germanicus, femme de Claude, cpii était née dans celle ville des Ubiens et y envoya une colonie de vétérans afin de donner plus d’importance au lieu où elle naquit, l’an 50 apres J.-C. Constantin y fit aussi jeter sur le fleuve un pont dont les restes sont encore visibles par les basses eaux; sur la rive droite était Divitia, la tète de ce pont, et aujourd’hui Deutz; Novesium, Neuss; Gelduba, souvent nommée par les Romains, aujourd’hui le village de Gelb, près de la petite ville d’Urdingen.
3. Les Gugernes, au nord des Ubiens, étaient placés depuis Gelduba , un peu en deçà sur le Rhin, jusqu’à l’endroit où la Waal en sort. On y trouvait : Asciburgium , Asbourg, près de Meurs; Velera Castra, Xanten ou Buderich, vis-à-vis Wésel.
4. Les Bataves et Kanninefates, tous deux de race catte, avaient été chassés de leur patrie par une révolte, suivant Tacite, et s’étaient retirés dans l’endroit où le Rhin se sépare pour former une ile qu’ils occupèrent, et qui prit d’eux son nom de Batave. Ils furent alliés des Romains jusqu’à la révolte de Civilis (70 ans après J.-C.). Sur leur territoire sont : Lugdunum, Leides; Trajectum, Utrecht; Batavodurum ou Noviomagus, Nimègue. Outre ces peuples, il y en avait beaucoup d’autres vers le haut Rhin, qui avaient passé le fleuve antérieurement et restaient toujours fiers de leur origine germaine. Les principaux d’entre eux sont : les Treviriens, qui avaient pour capitale Augusla Trevirorum, Trêves, aujourd’hui la plus importante ville romaine dans nos contrées du nord; et les Ncrviens , entre la Meuse et l’Escaut.
Au sud du Danube, ce n’était plus une pure race de Germains, mais un mélange de Gaulois et d’autres étrangers. Le Danube peut donc être regardé comme la limite de la Germanie d’alors; et les provinces romaines, au sud de ce fleuve, depuis la Suisse jusqu’au delà delà Carinlhie et de la Carniole, étaient l’Helvétie, la Rhétie, la Vindélicie, la Norique et la Pannonie.
Bien plus importante pour la géographie ancienne de notre pays est l’élude de celle partie sud de l’Allemagne, qui s’étend depuis la source du Rhin jusqu’au Mein, suivant d’autres, encore plus loin au nord, et fut appelée par les Romains Agri de. cumules. Les Romains ne avaient chassé peu à peu les Germains et les avaient forcés de se replier dans l’intérieur, les menaçant à la fois du côté du Rhin et du Danube; on connaît la retraite des Marcomans. Alors considérant ce pays comme une de leurs provinces, ils permirent à des colons gaulois et autres de venir s’y établir sous la condition de payer une dime; et de là le nom donné par les Romains, qui le regardèrent comme un poste avancé contre les barbares. Tacite le connaissait déjà sous ce nom. Pour le garantir des rapines des Germains, on établit peu à peu une grande ligne de fortifications, des retranchements, des fossés, des murailles avec des tours, etc., dont les traces, après de pénibles recherches , ont été retrouvées dans tout le sud, et même dans l’intérieur de l’Allemagne; de sorte que nous pouvons suivre presque sans interruption la ligne de défense des Romains (i).
Ces traces commencent à devenir très-visibles trois milles au-dessus de Ratisbonne, près du lieu où L’Altmuhl se jette dans le Danube. Cette fortification, très-connue du peuple sous le nom de Mur-du-Diable, parcourt un espace de vingt-deux milles vers le nord-ouest, sans aucune interruption , s’élevant de trois à quatre pieds au-dessus de la terre. Alors elle continue sud-ouest et ouest dans le Wurtemberg, jusqu’aux environs du Necker; et à la distance d’un mille de ce fleuve, elle s’avance tout à fait au nord jusqu’à la forêt d’Oden. Cette muraille est en pierre de même nature que celle du pays où elle passe et garnie de tours, régulièrement toutes les demi-lieues. Si de temps à autre les traces disparaissent, entièrement détruites par le temps , on les reprend toujours un peu plus loin. Dans la forêt d’Oden, on ne peut retrouver que celles de quelques châteaux, très-probablement parce que dans ce lieu où il y avait tant de bois, c’était une ligne de palis-
(J) Voy. les détails dans la Germanie de Wilhelm.
INTRODUCTION
sades 'formée avec des pieux, qui a entièrement disparu. Cependant, si l’on suit les restes de ees forteresses, on peut voir la ligne venir joindre le Mein auprès d’Obernbourg, à l’csl d’Achaffenbourg , après avoir parcouru un espace d’environ vingt milles depuis le Danube.
Au nord du Mein les traces ne sont que trèspeu marquées; cependant on peut les suivre entre le Hanau et le Darmstadt jusqu’au nord de la Nilda, où des vestiges de palissades reparaissent et s’avancent au delà de Butzbar, vers Hombourg. Là se trouve Salbourg, vraisemblablement le château d’Arctaunum, bâti par Drusus sur le Taunus. Dans cet endroit, la palissade a bien vingt pieds de haut et est formée d’arbres aussi vieux que la forêt elle-même. Elle parcourt tout le Taunus, s’avance par-dessus les montagnes de la rive droite du Rhin, jusque près des bains d’Ems, de là à travers les montagnes et les forêts jusque dans les environs de Neuvied, et vient se perdre derrière les sept montagnes. Cette grande ligne des Romains s’étendait certainement au moins jusqu’à Siegbourg sur la Sieg, et peut-être encore plus loin vers le nord; du moins Tibère , au récit de Tacite, bâtit dans la forêt cœsienne un semblable
retranchement, limes. Cependant on n’a encore trouvé aucune trace de son union avec cette ligne du sud. Il est incontestable que les empereurs qui vinrent plus tard firent aussi travailler à cette grande muraille, jusqu’à ce qu’ils aient été obligés de céder aux fréquentes incursions des Germains. Au commencement du quatrième siècle, les Alamans étaient en possession de la Décumate, Agri decumales. Outre les établissements que nous avons déjà nommés, au nord du Mein , on trouvait en dedans de la ligne :