L’ANCIENNE ALLEMAGNE
DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU’AUX CONQUÊTES DES FRANCS SOUS CLOVIS. 486.
Les Cimbres et les Teutons. 115-101 avant J.-C.
Vers l’an 115 avant J.-C., un peuple barbare et inconnu, sorti du fond des pays au delà du Danube, apparut sur les bords de ce fleuve, et bientôt se présenta aux passages des Alpes qui conduisent en Italie et que défendaient les Romains. Il leur demandait leur amitié; et le consul Papirius Carbon fut assez traître pour vouloir abuser de sa bonne foi en lui donnant des guides qui l’écartèrent à travers les montagnes, tandis que lui, il arrivait par un chemin plus court pour le surprendre dans de mauvais pas. Cependant ces fiers barbares surent bien se venger et firent essuyer au consul une défaite sicomplète à Noreia (dans les montagnes de Styrie), que sa mort et la destruction de toute son armée auraient peut-être puni sa perfidie, si un violent orage n’était venu protéger sa fuite.
Mais ces hordes terribles, d’où tirent-elles leur origine?... C’est ce qu’on ne peut savoir. Seulement on les nomme Cimbres et Teutons du nom que leur donnèrent les Romains; et si l’on compare les différents récits des écrivains, on découvre que depuis longtemps, ils parcouraient
la Germanie et avaient déjà combattu beaucoup de peuples de l’intérieur, particulièrement les Bojens, quand ils parurent aux frontières romaines sur les bords du Danube. Les considérerons-nous donc comme l’émigration d’un peuple entier, ou seulement comme une réunion de guerriers, qui, partis pour des entreprises, comme firent plus tard les Suèvcs sous Arioviste, constituèrent peu à peu un peuple avec femmes et enfants, et alors curent besoin d’une patrie où ils pussent se fixer? Les témoignages manquent à ce sujet et n’enlèvent pas tous les doutes. Car si les Cimbres, suivant l’opinion commune, sont sortis du pays que les Romains appelèrent plus tard la presqu’île cimbrique , aujourd’hui le Jutland, il devient alors bien avéré que ce ne fut qu’une partie du peuple qui émigra, puisqu’on l’y trouva plus tard sous le même nom. D’un autre côté, si le mot Cirnbre signifiait seulement combattant, Kœmpfer, comme quelques auteurs l’ont cru, la dénomination pourrait appartenir à tout autre peuple germain et peut-être aux Suèves. On n’est pas plus d’accord sur le nomdes Teutons. Quelquesuns pensent que ce n’était point un peuple différent de l’autre, et que les Romains, apprenant
PREMIÈRE ÉPOQUE. 113 que ces Cimbres étaient Tcutcn, Allemands, en avaient lait un deuxième peuple, que dans leur langage ils appelèrent Teutons. D’autres, au contraire, pensent que ce fut le nom que prirent une foule de Germains sortis des bords de l’Elbe et de la Vislule, qui, entraînés à la suite de l’expédition des Cimbres quand elle partit de la presqu’île, se réunirent en un seul corps et s’appelèrent Teulen ou Teutons, du nom commun à toute la nation. Cette opinion paraîtrait assez fondée; mais comme les anciens écrivains ont tous pris les Teutons pour un peuple particulier, nous suivrons les récits antérieurs.
Les Cimbres, vainqueurs à Noreia, continuèrent leur marche à travers les fertiles campagnes situées entre le Danube et les Alpes, s’avançant vers le sud de la Gaule, qui semble avoir été dès le principe le but de leurs efforts, en une masse effrayante, grossie encore par des recrues faites chez les peuples de Germanie, de Gaule et de Suisse, particulièrement chez les Embrons, dans l’Emmegau, et chez les Tiguriens (aux environs de Zuric) , peuple vaillant qui habitait au pied des Alpes. Ils demandaient des terres aux Romains et leur promettaient en retour aide et assistance dans toutes leurs guerres. Sur le refus de ceux-ci, ils résolurent d’obtenir de leur courage et de leur épée ce qu’ils n’avaient pu obtenir autrement. Quatre armées romaines furent taillées en pièces et presque anéanties par eux et leurs alliés. La première était commandée par le consul Junius Silanus; la deuxième, par le consul Cassius Longinus, qui fut tué dans la bataille; la troisième, par le lieutenant Aurelius Scaurus. Ce dernier, fait prisonnier, et amené devant le conseil de guerre pour donner quelques éclaircissements sur le projet qu’ils avaient de passer les Alpes, voulut les en dissuader, et osa dire que les Romains étaient invincibles : Non! s’écrie Bajorix, jeune prince germain que cette parole avait emporté de colère; et en même temps il lui fend la tète de son épée.
Les Romains, qui déjà étaient pleins del’idée de conquérir l’univers, se voyant ainsi battus et tenus en échec par un peuple dont ils connaissaient à peine le nom, avaient rassemblé une grande armée sous les ordres du consul Marcus Manlius, et l’avaient envoyée au
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secours du consul Cœpion, dont le lieutenant Scaurus venait d’être taillé en pièces. Mais ces deux armées furentcncore victimes de la jalousie etde la discorde de leurs deux généraux, et elles essuyèrentunesi terrible défaite, que80, 000 soldats romains ou alliés furent tués dans le combat et 40,000 valets furent massacrés; Manlius y périt avec ses deux lils, et Cœpion se sauva pour ainsi dire seul. Ce jour fut dans la suite mis à Rome parmi les jours néfastes ; et la ville et toute l’Italie furent tellement frappées d’ effroi, que longtemps après, une grande terreur s’appelait encore terreur cimbrique. Cependant les vainqueurs ne surent pas profiter du moment; car sans qu’on puisse motiver leur conduite, au lieu de se porter sur l’Italie, ils se dirigèrent vers le sud de la France et l’Espagne, et laissèrent ainsi aux Romains le temps de se relever.
Rome n’avait plus qu’un homme à leur opposer; c’était Caius Marius, guerrier plein de hauteur et de rudesse, mais vraiment homme de guerre. Sorti de basse extraction , il ne devait sa fortune qu’à lui -même, et pour cette raison était haï des hommes de bonne famille. Alors cependant il était devenu nécessaire, et bien que les lois de l’État défendissent que le même consul fût élu plusieurs fois de suite, on fut obligé de le choisir pour qu’il délivrât la patrie de ce redoutable ennemi qui l’épouvantait.
Marius rassembla donc une armée, lui lit passer les Alpes et arriva sur les bords du Rhône, où il fît fortifier un camp. Aussitôt il s’occupa de rétablir dans l’armée l’ancienne discipline dont l’oubli avait causé tous les malheurs précédents. Pendant longtemps il se tint tranquille dans son camp, pour laisser ses soldats s’accoutumer à la vue et au son de voix de leurs adversaires; mais sitôt qu’il pouvait apercevoir une petite troupe qui s’était écartée, il faisait courir sur elle avec supériorité de force, pour apprendre à ses soldats à les vaincre. Une pareille lenteur eut bientôt fatigué nos impétueux Germains, qui plus d’une fois même s’avancèrent jusqu’au pied du rempart du camp, insultant l’armée romaine et la provoquant au combat; mais rien ne pouvait décider Marius à changer de conduite. Les Germains alors se