‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 16 sur 116 · LUS CIMBRES ET EES TEUTONS · texte numérisé non relu

LUS CIMBRES ET EES TEUTONS

divisèrent en deux corps; les Cimbrcs remontèrent le Rhône pour aller par la Suisse et le Tyrol en Italie, et les Teutons restèrent pour faire tète à Marius. Ces derniers mêmes, voyant que toutes leurs provocations n’amenaient aucun résultat, se décidèrent à partir aussi pour l’Italie, et en passant devant le camp romain, ils demandaient avec impudence aux soldats, s’ils n’avaient point quelque chose à faire dire à leurs femmes. Leur multitude était si grande, qu’ils défilèrent ainsi devant le camp pendant six jours sans interruption.

Marius les suivit de près, marchant à leur côté, se tenant toujours sur les hauteurs afin de n’être pas attaqué, et vint camper en face d’eux près d'Aquæ Sextiœ (Aix). Il y avait peu d'eau dans le lieu qu’il choisit, et quand ses soldats venaient se plaindre de la soif, il leur montrait le fleuve qui coulait au pied du camp ennemi. « Voilà de l’eau, disait-il, mais il faut l’acheter avecdu sang. » Que ne nous conduis-tu donc au combat, tandis que notre sang peut encore couler? répondaient-ils. Alors il leur répliquait avec calme : « Qu’il fallait auparavant fortifier le camp. » Ils obéissaient, quoiqu’à contre-cœur ; mais l’habile général avait excité dans eux le désir du combat.

Cependant, une troupe assez considérable de valets, qui s’étaient approchés du fleuve afin de faire de l’eau pour eux et pour leurs bêtes, ayant rencontré une autre troupe d’ennemis occupés à se baigner, engagèrent un combat ; bientôt les cris des combattants firent arriver des secours de part et d’autre, de sorte que la mêlée devint très-sérieuse. C’était les Embrons qui avaient leur camp de ce côté et qui combattaient; ils furent repoussés jusqu’à leurs chariots. Là, le combat reprit une nouvelle fureur; parce que les femmes armées de haches ou d’épées, sortant de leurs retranchements, frappaient également et ceux des leurs qui fuyaient et ceux des ennemis qui les poursuivaient. La nuit les sépara; mais cette nuit fut pleine d’angoisses pour les Romains. Le camp des Teutons retentissait de toute espèce de cris confus, qui n’étaient pas tant ceux de la douleur , quoique les gémissements des mourants eussent bien pu s’y confondre, que les mugissements de bêtes féroces répétés de tous côtés

par les forêts d’alentour et les rivages du fleuve ; tandis que les Romains, qui n’avaient pu fortifier leur camp à cause du combat, étaient dans l'effroi, redoutant à chaque instant une attaque de nuit. Cependant l’ennemi ne vint point et se tint tranquille jusqu’au jour. Alors Marius fi l ses préparatifs pour la bataille ; il plaça son infanterie en tète du camp et fit descendre sa cavalerie dans la plaine; puis, il envoya son lieutenant Marcellus avec 3,000 hommes pesamment armés, occuper une colline couverte de bois derrière l’ennemi, avec ordre de venir tomber sur lui au moment même de l’attaque.

Quand les Teutons virent les Romains rangés en ordre de bataille hors du camp, ils ne purent contenir leur désir d’en venir aux mains, et sans les attendre dans la plaine, ils coururent d’une traite jusque sur les hauteurs; mais ceux-ci les reçurent avec vigueur et en bon ordre, et les repoussèrent jusqu’en bas. Alors Marcellus saisit ce moment décisif; il sortit aussitôt du bois avec ses 3,000 hommes en poussant de grands cris et tomba sur les derrières de l’ennemi, qui, pressé de deux côtés à la fois, se troubla et prit la fuite. Les Romains les poursuivirent et prirent ou tuèrent plus de 100,000 hommes; leur chef même, Teutobod, qui se sauvait dans les montagnes, fut pris, et vint plus tard orner le triomphe de Marius. C’était, d’après le récit des Romains, un homme si remarquable par sa taille, qu’elle dépassait tous les trophées de la victoire, et d’une si grande agilité qu’il pouvait sauter par dessus quatre et même six chevaux. De toutes les armes et de tout le butin, Marius ne fit conserver que ce qu’il y avait de plus extraordinaire et de plus précieux, et fit brûler le reste en l’honneur des dieux, comme un grand et digne holocauste. Celte bataille d’Aix fut livrée l’an 102 avant J.-C., 1 1 ans après la défaite de Noreia.

Lajoie de Marius et de son armée fut bientôt troublée par un triste message; il apprenait que les Cimbres étaient dans le nord de l’Italie, et que le consul Catulus avait été forcé de se retirer devant eux. La rigueur de la saison ne les avait point empêchés d’escalader les Alpes et de chasser les Romains qui défendaient les passages. Car même, dans la joie qu’ils avaient de relions er de la neige et de la glace comme dans

leur propre pays, el en même temps pour endurcir leurs corps contre le froid, ils s’y roulaient tout nus; et grimpant sur les pointes des rochers escarpés couverts de neige, ils s’asseyaient sur leurs larges boucliers et se laissaient couler jusqu’en bas. Le consul, forcé de se retirer derrière VAlhcsis (l’Àdige) , avait du moins forlilié les deux tcles du pont; mais quand les soldats romains virent les Cimbres arrivant sur les bords du fleuve, comme d’autres géants, détacher des quartiers de rocher, déraciner les arbres de la colline, les précipiter dans le fleuve et les couvrir ensuite de terre et de pierres pour se faire une chaussée, en même temps qu’ils y lançaient des masses énormes que le courant et les vagues poussaient avec fracas contre les piliers du pont et l’ébranlaient; alors saisis d’épouvante, ils abandonnèrent leur camp et leurs retranchements pour prendre la fuite, et ne s’arrêtèrent que derrière le Pô.

Les Cimbres, après avoir passé l’Àdige, s’étaient répandus dans les belles et riches provinces du nord de l’Italie; mais là ils perdirent un temps précieux, quand ils auraient dû marcher droit sur Rome, et se laissèrent enchaîner par les délices du pays. Au lieu de tentes en plein air, ils avaient un bon toit et toutes leurs commodités; au lieu de bains froids, ils en prenaient de chauds; au lieu de viandes crues, ils savouraient les mets apprêtés; surtout ils s’abandonnaient avec excès au plaisir de boire le bon vin du pays.

Catulus, toujours retranché derrière le Pô, attendit jusqu’à ce que Marius avec son armée victorieuse se fût réuni à lui; mais alors les deux consuls passèrent ensemble le fleuve et marchèrent en avant. À cette nouvelle, les Cimbres se rassemblèrent, et pour donner aux Teutons le temps d’arriver (car ils ne connaissaient point encore leur malheur, ou ne voulaient point y croire), ils envoyèrent de nouveau à Marius pour lui demander des terres à habiter pour eux et pour leurs frères les Teutons. « Laissez, dit Marius, les raillant au sujet des Teutons qu’ils avaient nommés, ne vous occupez plus de vos

( 1 ) Dans un camp romain , la tente du général , appelée iirœtorium, était au milieu ; à gauche, en regardant

tv. J.-c. — 486 au. j.-c.

frères, nous leur avons donné une terre et nous voulons vous en donner une aussi à vous pour vous satisfaire. » Les envoyés, furieux de la raillerie, lui jurèrent une prompte vengeance de la part des Cimbres et même de la part des Teutons, s’ils peuvent arriver à temps. « lis sont ici, reprit Marius, et il ne serait pas bien de vous retirer sans avoir salué vos frères. » En même temps il fil amener devant eux les principaux des Teutons chargés de chaînes. Les envoyés confus se hâtent de retourner au camp, crient aux armes; on se met aussitôt en marche. Bajorix, leur roi, vient lui-même jusqu’au camp romain et demande à Marius de combattre, lui laissant le choix du champ de bataille. « Bien que lés Romains n’aient pas coutume d’annoncer à l’avance le lieu du combat, dit Marius, cependant je veux bien cette fois accorder cette satisfaction aux Cimbres; ainsi la bataille aura lieu dans les plaines situées entre Verceil et Vérone sous trois jours d’ici. »

Quand les trois jours furent écoulés, les Cimbres sortirent de leur camp en bon ordre. Leur infanterie formait un carré; la cavalerie forte de 15,000 hommes occupait l’aile droite et pouvait se déployer en liberté : son but était de tourner les Romains pour les placer entre elle et l’infanterie. Cette cavalerie était superbement équipée; les casques étaient surmontés de tètes de monstres horribles et effrayants, et par dessus était un panache qui relevait encore leur taille gigantesque. Leurs harnais et leurs boucliers de cuivre brillaient au loin; chaque cavalier portait deux lances et tenait en outre à sa disposition une grande et pesante épée pour combattre de près. Peut-être ces armes si magnifiques n’étaient-elles que les dépouilles des ennemis vaincus, mais c’est armés de la sorte qu’ils s’avançaient au combat; et leur infanterie, qui couvrait la plaine, paraissait comme une mer agitée à perte de vue. Alors Marius et Catulus, élevant tous les deux les mains au ciel, promirent aux dieux un grand sacrifice, s’ils leur accordaient la victoire (1). Puis, quand les prêtres vinrent annoncer à Marius que les entrailles des victimes étaient

la porte Prétorienne, était le tribunal ; à droite, l’augurai où l’on prenait les auspices (Tacite). N. T.

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