CÉSAR F, T
favorables, il s’écria à haute voix devant toute l’armée : « La victoire est à moi. » Alors s’engagea une bataille longue et acharnée. La température de la saison et le soleil qui frappait en face sur les ennemis combattirent pour les Romains; d’ailleurs les Germains, sort is de régions glacées et ombragées, résistaient très-bien au froid, mais ne pouvaient supporter la chaleur; la sueur leur enlevait toute leur force, et pour se défendre du soleil, ils élevaient leurs boucliers au-dessus de leurs têtes et s’exposaient ainsi sans défense aux coups des Romains. C’était justement au mois d’août, dans la saison de l’année la plus chaude. La poussière même leur était contraire; car comme elle cachait aux soldats romains leur grand nombre et l’aspect redoutable de leurs guerriers, ils marchaient en avant et se précipitaient sur eux sans aucune crainte. La mêlée devint horrible , mais à l’avantage des Romains armés de larges et courtes épées; car Marius leur avait donné une autre arme qu’il avait inventée pour eux. C’était une lance armée de crocs avec lesquels ils saisissaient les boucliers des ennemis, les arrachaient et les mettaient ainsi àdécouvert; d’ailleurs les soldats romains étaient tellement endurcis aux fatigues de la guerre qu’on n’en voyait jamais un seul mouillé de sueur ou défaillir par l’excès de la chaleur.
La plus grande partie des Cimbres et les plus braves d’entre eux furent massacrés. On les voyait gisants sur le champ de bataille, alignés comme s’ils avaient été tirés au cordeau; parce que les premiers rangs, pour ne pas être enfoncés, s’étaient attachés ensemble par de longues cordes. Mais quand les Romains arrivèrent à leurs chariots, ils furent témoins d’une scène horrible. Ils virent les femmes revêtues de leurs habillements noirs, qui frappaient elles-mêmes les fuyards, jetaient leurs enfants sous les roues des chariots, sous les pieds des chevaux, pour qu’ils ne tombassent pas vivants entre les mains des Romains, puis se donnaient ensuite la mort à elles-mêmes. Quantité de Germains se tuèrent aussi eux-mêmes pour échapper à la servitude qu’ils craignaient plus que la mort. Cependant il y eut 60,000 prisonniers et au moins autant de morts. Ainsi se termina cette grande et funeste guerre, qui parut aux Ro-