‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 19 sur 116 · DRL'SUS EN GERMANIE · texte numérisé non relu

DRL'SUS EN GERMANIE

Germanie, mais il avait si bien su apprécier la vigueur et le courage de ses guerriers, qu’il pensa dès lors à les enrôler parmi ses légions. Il ne pouvait manquer de réussir aijprès de ces hommes audacieux, toujours prêts à tirer l’épée pour une solde, pour un butin à faire, ou même pour le seul plaisir de la guerre, lui qui savait si bien gagner le cœur de ses soldats et ne les conduisait jamais qu’à la victoire. Ces Germains lui furent d’un grand secours dans toutes ses guerres et principalement à Pharsale, dans le dernier combat qu’il livra à Pompée , et qui devait décider lequel des deux rivaux gouvernerait le monde. Après une sanglante mêlée, Pompée envoyait sa cavalerie pour décider la victoire; c’étaient de jeunes Romains , fiers de leur belle origine , qui croyaient que rien ne pouvait leur résister; César leur oppose son infanterie germaine. « Soldats , leur crie-t-il , frappez toujours au visage. » Car il savait bien que cette jeunesse vaniteuse de la capitale craignait moins les blessures que les cicatrices au visage ; et ces Germains, grands et robustes, qui semblaient plutôt être à cheval que leurs ennemis, assaillirent cette cavalerie et l’effrayèrent tellement qu’ils la mirent aussitôt en fuite, et la victoire resta à César (1).

Depuis ce jour , il y eut toujours des Germains au service des Romains , et plus tard ils formèrent la garde des empereurs.

Commencement des grandes guerres de Germanie.

César ayant voulu se saisir de l’autorité souveraine à Rome, fut assassiné. Cependant le peuple romain n’était plus digne d’être un peuple libre; il ne pouvait même plus l’être , et César fut remplacé par d’autres maîtres qui ne

(1) Il est bon de remarquer que les Gaulois assistaient

en bien plus grand nombre encore à cette bataille ; parce que César avait eu soin d’entraîner avec lui l’élite de la Gaule pour empêcher des révoltes pendant son absence. N. T.

(2) On sait que 000 ans avant J.-C., les Gaulois,

le valaient pas. Le premier fut l’empereur Auguste , qui régna depuis l’an 30 avant J.-C., jusqu’à l’an 14 de notre ère.

LesRomains tenaient alors une grande partie du monde connu soumis à leur joug; car en Europe, outre l’Italie, la Grèce et la Macédoine, la Gaule et l’Espagne leur obéissaient. Ce n’était cependant pas encore assez; leur désir de domination ne connaissait point de bornes; et d’ailleurs ils ambitionnaient beaucoup de voir cette fière race de Germanie se plier à leurs volontés, venir grossir leurs armées de ses guerriers, et les aider à contenir le monde dans l’obéissance (2). Ainsi leurs regards se porl aient au delà du Rhin et des Alpes. Ils commencèrent par attaquer les peuples qui demeuraient sur le versant nord des Alpes du côté de l’Allemagne, dans les montagnes de Graubundeten , duTyrol,de Salzbourg et d’Autriche, peuples d’origine inconnue et en partie mêlés de Gaulois. Ceux-ci ne pouvant résister seuls à toute la puissance romaine, furent vaincus ou plutôt exterminés et vendus comme esclaves. ( environ 15 ans avant J.-C. )

Dès lors le Danube fut de ce côté la limite de leur empire, mais le Rhin ne devait plus l’être de l’autre côté. Auguste pour attaquer les Germains dans leur propre pays , venait d’envoyer en Gaule son beau-fils Claudius Drusus, jeune héros capable des plus grandes entreprises, qui, dans l’espace de trois ans, de l’an 12 à l’an 9 avant J.-C., fit quatre expéditions en Allemagne , combattit les Suèves , les Catles , les Sicambres, les Usipètes, les Tenclères, les Bructères et les Chérusques, parcourut le pays de l’embouchure du Rhin à la Lippe , à l’Ems et jusqu’au Wéser; et même dans sa quatrième expédition , étant parti de Mayence, il s’avança à travers le pays des Cattes jusqu’à l’Elbe, probablement jusqu’au lieu où est aujourd’hui Barby (haute Saxe). Mais ces expéditions n’éconduits par Sigovése, après avoir parcouru la Germanie en vainqueurs, avaient laissé de puissantes colonies en Bavière, en Bohême, en Pannonie et en Th race; tandis que , dans le même temps , Bellovèse s’établissait avec le môme succès dans le nord de l’Italie, qui fut appelée depuis la Gaule cisalpine. Nt T.

(aient pas des conquêtes, et la tactique que les Germains opposaient à un pareil ennemi était très-habile. A son arrivée ils se repliaient à droite et à gauche dans les forêts, mettant en sûreté tout ce qu’ils avaient, et attendaient ainsi l’automne. Les Romains alors étaient obligés de se retirer, parce qu’ils ne pouvaient passer l’hiver dans un pays désert où ils manquaient de tout. C’était le moment que choisissaient les Germains pour sortir tout d’un coup de leurs forêts et se jeter sur les derrières de l’ennemi; ils le harcelaient sans cesse, l’attaquaient dans les positions les plus désavantageuses, tuaient ceux qui restaient en arrière, pillaient les bagages et le train, ne lui laissaient de repos ni le jour ni la nuit ; en un mot les Romains ne repassaient jamais le Rhin sans avoir essuyé de grandes pertes.

Au retour de sa deuxième expédition , Drusus se trouva dans un grand danger au moment où il atteignait le territoire de ses alliés ( probablement les Bructères, alors vaincus et soumis ) ; il fut tout à coup entouré de tous côtés près d’Arbalo , et ne dut son salut qu’à la trop grande présomption des ennemis qui l’attaquèrent sans garder d’ordre, se tenant sûrs de la victoire. C’est cet événement qui le détermina à bâtir une forteresse au confluent de l’Alise et de la Lippe, afin de protéger ses expéditions jusqu’au Wéser (voir l’introduction). L’isolement des habitations des peuples du nord était très-avantageux pour ce genre de guerre; car les villages nécessitent toujours des routes qui y conduisent et par lesquelles l’ennemi arrive facilement, et s’y maintient avec les provisions qu’il y trouve; tandis que les habitations isolées étant construites au milieu des forêts, l’ennemi ne peut assez se disperser pour les occuper , et s’il en rencontre quelques-unes, elles sont vides et les habitants sont dans les bois avec leurs richesses.

Ainsi ces longues et rapides expéditions de Drusus en Germanie, si elles lui procurèrent beaucoup de gloire à Rome, ne causèrent pas de grands maux aux habitants quipouvaientresler en paix l’automne, l’hiver et le printemps, dans les lieux que l’ennemi venait d’abandonner. Cependant Drusus aurait trouvé le moyen d’imposer sa domination à la basse Germanie,

J.-c. — 480 ap. j.-c.

s’il avait vécu plus longtemps. Déjà même, il avait donné à son système un commencement d’exécution. Il avait fait bâtir des forteresses au confluent de toutes les rivières dans le Rhin et à l’embouchure des fleuves pour être maître de la navigation, et il transportait ainsi par eau bien plus facilement au centre même du pays une partie de son armée avec les provisionsnéccssaires. C’est dans ce but qu’il fitereuser entre Doesbourg et Ysselorl un canal qui porte encore son nom, et fait communiquerleRliinavec l’Yssel et avec le Zuiderzée (le Flevurn Ostium des anciens), de sorte que les Romains pouvaient de tous leurs établissements gagner par eau la mer du Nord. Drusus eut lui-même recours à cette voie pour communiquer avec les Frisons et arriver par mer à l’embouchure de l’Ems, où il fit bâtir une forteresse, probablement en face d’Emden d’aujourd’hui. 11 en fit ainsi élever plus de 50 sur le Rhin ; fortifia particulièrement Bonn et Mayence (celte dernière se trouvait sur la frontière des Suèves), lespourvut d’un pont et d’une flotte pour leur défense, et fit bâtir sur le mont Taunus , aujourd’hui les hauteurs de Hombourg, le château d’Aretaunum, afin de tenir en bride lesCaltes. Avec ce système de fortification , il aurait pu faire tous les ans quelques pas en avant, sans être obligé de revenir à l’automne, et faire pénétrer ainsi peu à peu dans l’intérieur du pays le langage et les mœurs des Romains; mais il ne devait pas faire plus de quatre campagnes. On dit que, dans sa quatrième, après avoir traversé tout le pays des Cattes et s’être avancé jusqu’à l’Elbe, lorsqu’il se tenait seul à l’écart sur le rivagedu fleuve, une femmemerveilleuseluiapparutetlui parla ainsi : « Jusqu’où veux-tu donc aller, Drusus^ homme insatiable! il ne t’a pas été donné de voir tous ces pays; retire-toi d’ici; tes actions guerrières et ta vie touchent à leur terme, n Cette apparition fut-elle le pur effet de son imagination ou une ruse d’une de ces femmes si réputées dans le pays, que sa sollicitude pour la patrie aurait portée à celte action d’audace?... du moins, il est certain que Drusus fit pendant le retour une chute dechevaldelaquelleil mourut quelques semaines après.

Tibère, son frère, eut aprèslui lecommandement des légions de la Germanie. Ceprinccper-

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