GUERRE DES MARCOMANS
Autres Riierres entre les Germains et les Romains.
Depuis Germanicus, les Romains semblent avoir abandonné le projet de faire des conquêtes sur les Germains et n’ètrc préoccupés que de l’idée de défendre leurs frontières contre leurs incursions. Ils fortifièrent pour cela de plus en plus les rives du Rhin et du Danube, et entretinrent sur la frontière une belle armée composée de leurs meilleures troupes. L’empereur Claude établit une colonie de vétérans dans le lieu principal du pays des Ubiens, l’honora même du nom de sa femme et l’appela Colonin Agrippina (Cologne). 11 fit aussi fortifier un campement sur la montagne duTaunus, dans une position que les Romains regardaient comme très-importante. En l’an 70, ils eurent à combattre une grande révolte des Bataves , conduits par Civilis, jeune descendant de leurs anciens rois à laquelle plusieurs autres peuples bataves prirent part, et surtout les Bruclères , commandés alors par Velleda , reine pleine de génie et entourée de vénération; déjà Cologne et Trêves et tout le bas Rhin étaient au pouvoir de l’ennemi ; enfin cependant les Romains réussirent après de grands efforts à les repousser de l’autre côté du Rhin et à rétablir la tranquillité.
Après ce nouveau succès, un empereur de loin en loin chercha encore à cueillir quelques lauriers contre ces barbares indociles; rarement il réussit, et plus d’une fois il fut obligé de recourir à des subterfuges pour cacher sa honte. Mais il n’en est pas de plus effronté et de plus ridicule que celui auquel eut recours l’empereur Domilien, qui régnait de l’an 80 à 90. Il avait déclaré la guerre aux Cattes , et n’ayant pas osé les attaquer sérieusement, il se décida à rentrer sans avoir rien fait. Pour éviter à son retour à Rome la honte et l’ignominie, il acheta en Gaule grand nombre de forts esclaves, les fit habiller comme des Germains, leur fit peindre et^arranger les cheveux, et les emmena en triomphe pour des prisonniers Germains.
Guerre des Marcomans. 107-180.
Les Romains eurent, vers la fin du deuxième siècle , à soutenir contre les Germains une guerre très-grave qu’ils appelèrent guerre des Marcomans , parce que ce peuple leur était connu depuis plus longtemps et qu’il menaçait immédiatement l’Italie avec les autres peuples du Danube, ses alliés. Mais il semble que celte nouvelle ligue était bien plus forte que les précédentes, puisque les Romains avaient à combattre à la fois et sur les bords du Rhin et sur les côtes de la mer du Nord. Malheureusement on ne peut obtenir que des renseignements fort incomplets, quelque soin qu’on ait pris de compulser les historiens postérieurs : Ammien Marcellin , Julius Capitolinus , Ælius Spartianus, Orose, Dion Cassius dans son extrait de Xiphilinus , et d’autres.
L’empereur Marc-Aurèle vit bien toute la grandeur du danger, il fit donc assembler les prêtres de toutes parts, ordonner des sacrifices et des prières et interroger les oracles sur l’issue de la guerre. On dit même ( Lucien , in Pseudomant.) qu’un certain Alexandre, devin d’Égypte, qui s’était fait une grande réputation, fut consulté aussi lui sur la guerre des Marcomans. 11 répondit qu’il fallait faire passer le Danube à la nage à deux lions frottés de différentes drogues et d’herbes fortes, en les chassant vers le rivage ennemi , et qu’alors la victoire était infaillible. On fit ce qu’il avait dit; mais les Germains, prenant ces lions'pour des chiens sauvages , les assommèrent à coups de massue. Bientôt ils firent éprouver un nouvel échec aux Romains.
La guerredevint si meuiTrièrequel’empereur fut obligé d’enrôler dans son armée des valets, des gladiateurs, et d’autres gensqui en toute autre circonstance en auraient été jugés indignes : on reçut même les services'd’une bande de voleurs de Dalmatie. Pour fournir aux dépenses deeelte grande guerre, l’empereur fut obligé de vendre les plus précieux bijoux de son trésor , ses tableaux et sa vaisselle d’or et d’argent. Cet encan dura deux mois.
Cependant les Marcomans pénétrèrent jus-
qu’à la ville d’Aquileia , sur les frontières' d’I-
talie, et jetèrent l’épouvante et la confusion dans Rome, comme au temps des Cimbres; et si l’empire avait eu alorsun faible empereur, il est probable qu’il aurait succombé; mais Marc-Aurèle était un guerrier aussi valeureux qu’habile qui sauva Rome encore une fois de ce danger. Rendant 13 ans, il fut en guerre avec ces peuples ligués , eut à soutenir contre eux un grand nombre de sanglantes batailles , une entre autres contre les Iazyges sur les glaces du Danube meme; et bien qu’il ail réussi à affaiblir la ligue par des traités particuliers et même à exciter les peuples les uns contre les autres, il ne put cependant voir la fin de la guerre ; il mourut des fatigues de ses campagnes à Windobona, aujourd’hui Vienne, l’an 80 après J.-C.
C’était donc maintenant à Commode de marcher à l’ennemi à la tète de son armée; et, en effet, il tint à ses soldats sur le corps de son père un discours dans lequel il développait de grands projets et disait qu’il ne voulait à son empire d’autres limites que l’Océan ; tandis cpi’au contraire, dans le fond de son cœur, il ne soupirait qu’après les délices de l’Italie et les voluptés de Rome. Ses favoris et ses courtisans le savaient bien et comme ils étaient euxmèmes fatigués de la vie des camps, ils lui répétaient sans cesse : « Jusques à quand donc, César , préfèreras-tu à Rome les sauvages rives du Danube , où tu ne trouves que des pluies , des frimats et un hiver éternel , sans pouvoir rencontrer un seul arbre qui porte des fruits et rien qui réjouisse la vue? Jusques à quand veux-tu boire ces eaux glacées, tandis que tes sujets se délectent à leur aise dans les bains lièdes del’Italie. » Commode écoutait avec plaisir de pareils discours. «Il est vrai, répondaitil , qu’en ménageant ma personne je pourrais affaiblir peu «à peu la puissance de l’ennemi plus sûrement qu’en m’exposant moi-même au danger. » Parmi les ennemis , les uns avaient élé tellement maltraités par son père qu’ils ne désiraient rien tant que de finir la guerre; quant aux autres, il en acheta honteusement la paix à prix d’argent : puis il revint à Rome. Ces peuples avaient si vaillamment combattu et avec tant d’avantage, que les Quades seuls, à
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la paix , livrèrent plus de 80,000 prisonniers , et les Iazyges plus de 100,000; et tout ce que les Romains achetèrent au prix de tant de sang, ce fut quelques instants seulement de tranquillité sur les frontières de l’empire.
Coalitions des peuples germains.
Les Romains établis sur le Danube, sur le Rhin et sur la Neiss, avaient peu à peu apporté quelque changement dans les mœurs des Germains du voisinage, qui avaient appris à connaître l’argent et quantité d’autres besoins nés du luxe. Les coteaux du Rhin étaient maintenant plantés de vignes ; on trouvait dans le pays des grandes routes , des villes, des fabriques, des théâtres, des châteaux, des temples et des autels. Les marchands romains y amenaient leurs marchandises qu’ils échangeaient , et transportaient ensuite en Italie de l’ambre, des plumes , des pelleteries , des esclaves et des cheveux qui étaient alors très-recherchés à Rome , parce que les perruques blondes étaient fort en vogue. Beaucoup de villes fondées dans ce temps par les Romains subsistent encore aujourd’hui, comme Salzbourg, Ralisbonne, Augsbourg, Bâle, Strasbourg, Baden, Spire, Worms, Mayence, Trêves, Cologne, Bonn, etc.; mais ni les Romains, ni leurs mœurs ne purent se faire recevoir dans l’intérieur du pays, et jamais ils ne purent y établir des villes. — Un changement de la plus grande importance qui s’opéra dans ces contrées , fut la réunion de plusieurs peuples en un seul corps de nation. L’exemple qu’avaient donné les Suèves longtemps auparavant, celui que donnèrent après eux les Marcomans et les Chérusques, la vue peut-être de grands succès obtenus dans l’intérieur de l’Allemagne et de la supériorité de certains peuples sur les autres, mais pardessus tout , la considération de l’empire romain, qui n’était si puissant à renverser tous ses adversaires que parce qu’il formait un tout qui agissait de concert, et beaucoup d’autres raisons qui nous sont inconnues , déterminèrent ces peuples à former entre eux de grandes associations.