‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 24 sur 116 · DÉCADENCE DE L’EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE L’EMPIRE ROMAIN

mettre lin tribut annuel. On les voit ensuitebraver avec témérité tous les dangers de la navigation , désoler toutes les côtes de la mer Noire et même pénétrer dans l’intérieur du pays. Les monuments des beaux temps de la république athénienne, les environs de Troie furent dévastés, et le magnifique temple d’Ephèse fut détruit de fond en comble.

Le plus grand roi des Gotbs, celui qui a répandu leur domination le plus loin, fut Armaneric ou Hermanric, qui vivait au quatrième siècle, régna sur eux l’espace de plus de deux générations et mourut à 110 ans. Son empire s’étendait depuis la mer Noire et le Danube, sur la Moldavie, la Walachie, la Hongrie, la Pologne, la Prusse, jusqu’à la mer Baltique.

De bonne heure les Goths se partagèrent en deux grands corps Ostrogoths et Wisigolhs; sur les premiers régnait un roi de la famille des Amales et sur l’autre un roi de la famille des Baltes. Les Goths étaient les peuples de Germanie les plus distingués et les plus policés , et ils reçurent très-promptement le christianisme. Dès le quatrième siècle, de 360 à 388, leur évêque, Ulphilas, entreprit un ouvrage admirable (i). C’était la traduction de la Bible dans leur langue, quelque peu propre qu’elle fût à être écrite; mais ainsi du moins ils furent excités à adopter promptement des mœurs plus douces, avec la croyance dans le Sauveur du monde.

Outre ces peuples coalisés, il y en avait encore d’autres en Germanie qui conservaient leur indépendance. Parmi eux, deux surtout se firent remarquer par leur puissance; les Bourguignons, qui étaient à l’est de la Vislule, et les Longobards, sur l’Elbe.

Décadence de l’Empire romain.

Pendant que les peuples germains fleurissaient par leurs vertus nationales et agrandis-

(1) Celte traduction, la plus ancienne que nous ayons, est pour notre langue un précieux monument. Nous en avons deux manuscrits : l’un appelé Codex argenteus , dont les lettres étaient d'argent , est à Upsal ; et l’autre , appelé Codex Carolinus, est Wolfenbutlel ; mais ils

saient leur puissance par leurs ligues, l’empire romain vieillissait et s’affaiblissait de plus en plus, au point que sa grandeur même lui devenait un fardeau. Presque tous les empereurs, depuis l’an 180, furent des empereurs fainéants, et, dans leur mollesse, méchants et soupçonneux; ou bien ils étaient des tyrans effrontés, qui répandaient le sang de leurs meilleurs citoyens sans bonté ni pudeur. S’en trouvait-il un par hasard qui voulût soutenir lajustice et l’ordre, il était bientôt sacrifié par une soldatesque barbare; car c’était elle qui gouvernait Rome, c’était elle qui faisait ou renversait les empereurs; elle poussa même l’impudence jusqu’à mettre la couronne à l’encan et à l’adjuger à celui qui offrit le plus d’argent. Aussi dans l’espace de 120 ans, de l’an 180 à l’an 500 après J.-C., espace qui, dans un temps ordinaire, en l été rempli , terme moyen , par six souverains successifs, il y eut trente-six empereurs, dont vingt-sept furent assassinés, trois périrent dans la guerre, et six seulementinoururenl de mort naturelle. Mais non-seulement l’empereur était immolé à chaque instant, les meurtriers massacraient aussi tous ceux qui lui étaient attachés, de sorte que le sang coulait par torrents, et que dès lors les courtisans se gardèrent bien d’être fidèles et dévoués au prince. Sous un Ici gouvernement, la nation romaine devenait de plus en plus corrompue, impie et déshonorée, ne soupirant qu’après des jours passés sans travail, dans la mollesse et la volupté. Gar, quand l’homme ne voit au-devant de lui aucune sécurité pour l’avenir et ne sait pas si ses enfants pourront jouir de son travail, il est uniquement occupé de jouir du présent, et ressemble assez aux animaux dont les yeux sont sans cesse fixés vers la terre et ne voient rien au delà.

Ce n’est pas que les enseignements du Christ ne se fussent répandus parmi les Romains et n’en aient retiré un grand nombre de la perdition générale, puisque même l’empereur Constantin proclama celte religion la religion dominante, l’an 511, et transporta pour celle

ne contiennent que les quatre évangiles et une partie de la lettre de saint Paul aux Romains. Ulphilas avait traduit tonte la Bible , excepté le livre de Samuel et celui des Rois. N. T.

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raison le siège de sa résidence de Home à Constantinople. Ce n’est pas non plus qu’il n’y ait eu des réformes dans ces temps, niais elles ne furent jamais assez complètes pour produire une régénération. Pendant trop longtemps livrés à l’avilissement, les Romains avaient perdu celle force morale de l’àme sans laquelle la parole de Dieu ne peut jeter de profondes racines. Les anciens errements se mêlèrent aux nouvelles doctrines, de sorte que l’ancien gâta le nouveau; de même que, dans un marais, l’eau qui croupit corrompt l’eau fraiche qui y coule.

Il est facile de comprendre comment, dans un tel état du monde, les peuples germains obtinrent de si grands succès; comment ils furent naturellement entraînés à renverser un voisin si méprisable, qui autrefois les avait eux-mêmes attaqués, et alors encore, dans son indolence et sa corruption, avait toujours la prétention d’être une race plus noble et les traitait de barbares. D’ailleurs, c’est une loi de la nature que, quand il y a vide quelque part, tous les autres corps s’efforcent, s’agitent pour le remplir.

Les Huns. — Commencement des migrations. 575.

Dans l’année 575, pendant que l’empereur Valens régnait dans Constantinople, etqueGratien, son neveu, gouvernait l’empire d’occident, on vit paraître un peuple nouveau et presque inconnu, peuple sauvage sorti du fond de l’Asie, de race mongole, et qu’on appela les Huns. La terreur et l’effroi marchaient partout devant eux; et voici comme en parlent ceux qui les ont vus (î) : « Le peuple des Huns surpasse par sa barbarie tout ce que l’on peut imaginer. Leurs membres gros et courts, avec un petit cou fort épais, donnent à tout leur corps une apparence si grossière qu’on les prendrait pour des monstres à deux pieds, ou pour ces poteaux grossièrement taillés qui soutiennent les rampes des garde-fous. Ils n’ont jamais de barbe, parce que, dès la première enfance, ils sont hideusement balafrés de toutes espèces de découpures sur la

ligure, afin de l’ empêcher de pousser ; en outre, ils sont si sauvages qu’ils n’ont pas besoin de feu pour préparer leurs mets ; des racines et de la viande de toute espèce demi-cuite sous la selle de leurs chevaux, voilà toute leur nourriture. lis n’entrent dans les maisons que lorsqu’ils y sont contraints par la nécessité; ils en ont horreur comme de tombeaux; mais toujours à cheval par monts et par vaux, ils ont appris dès le berceau à supporter le froid, la faim et la soif. Ils s’habillent avec de petits jupons de laine ou faits de peaux de rats cousues ensemble. Ils se couvrent la tète avec un large bonnet , et les cuisses avec une peau de bouc. De grosses bottes leur ôtent la liberté des mouvements pour marcher, et font qu’ils ne peuvent combattre à pied ; du reste, comme s’ils ne faisaient qu’un avec leur cheval , qui d’ailleurs est robuste mais vilain , ils traitent à cheval toutes leurs affaires ; ils achètent et vendent à cheval, ils y mangent et boivent ; et c’est couchés sur son cou qu’ils prennent leur sommeil et se laissent aller au prestige des songes. Fautil rassembler un conseil pour une affaire importante, c’est encore à cheval qu’il se tient.

» Ils commencent la bataille par des hurlements effroyables; ils arrivent comme l’éclair, se dispersent au même moment, et reviennent aussitôt à la charge, frappant à droite et à gauche dans le plus grand désordre; et avant qu’on ait pu s’en apercevoir, à cause de la rapidité de leur course, ils ont emporté et pillé le camp ennemi. Ils combattent de loin avec des lances dont la pointe est habilement travaillée, et de près avec le sabre; quand l’ennemi fuit devant eux, il lui jettent un lacet et l’entraînent avec eux.

» Jamais ils ne cultivent les champs, ou même ne labourent avec la charrue; car toujours errants, ils n’ont point de position fixe, point de patrie, point de lois, point de foyer domestique, toujours semblables à des fugitifs. Les femmes demeurent dans les chariots, où elles filent les étoffes grossières qui les couvrent et élèvent leurs enfants à la dure. Si vous demandez à l’un d’eux d’où il est , il ne pourra vous répondre : aujourd’hui il se trouve dans un lieu, mais il est né dans un autre, cl a été élevé ailleurs. Ils ne savent pas ce que c’est que la fidélité dans les

(1) Ammien Marcellin, 12. Jordan, 24.

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