‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 25 sur 116 · LES HUNS · texte numérisé non relu

LES HUNS

pactes; car, semblables à (les brutes, à peine connaissent-ils le juste et l’injuste. Ils s’abandonnent sans aucun frein à la fureur de leurs désirs et en changent à chaque rayon d’espérance qui vient à luire, jusqu’à tel point d’inconstance et de caprice, que souvent ilsrompent dans le même jour, sans aucun motif, le traité qu’ils viennent de conclure; comme aussi ils viennent quelquefois tout d’un coup demander une réconciliation, sans avoir plus de motif qu’auparavant pour la paix. »

Ce peuple vagabond , qui ne demandait que le pillage chez les étrangers, venait de la mer d’Asof , où il avait été amené peu à peu par son humeur inquiète et le besoin de la guerre, des frontières de la Chine, sa première demeure. Les Àlains, peuple asiatique, suivant quelques écrivains, et de racegothe, suivant d’autres, mais vraisemblablement une réunion de toute espèce de peuples à l’est de la Gotliie, sur lés bords du Volga et du Don, que les Romains comprirent tous sous cette dénomination, furent sa première victime. Les Huns immolèrent aux esprits de leurs anciens princes les premiers Européens qu’ils firent prisonniers ; et après avoir chassé les Alains delà mer Caspienne, ils vinrent se jeter sur les Ostrogoths. Leur roi Hermanric , qui les gouvernait depuis près d’un siècle, voyant qu’il ne pouvait résister aux Huns, et ne voulant pas perdre la réputation dont il jouissait depuis si longtemps, se donna la mort : son peuple fut obligé de se soumettre à leur puissance. Les Visigoths, jugeant toute résistance inutile , leur cédèrent leur terrain et députèrent à l’empereur Valens à Constantinople , pour lui demander des terres de l’autre côté du Danube , avec la condition de garder la frontière de ce côlé-là, et l’empereur y consentit. Pendant plus de cinquante ans que les Huns errèrent dans le pays, c’est-à-dire dans le sud de la Russie d’aujourd’hui , dans la Pologne et la Hongrie , cherchant partout des pâturages , des vivres et du pillage , ils se trouvèrent souvent en contact avec les Romains, leur servirent même souvent dans leurs guerres, et parles relations qu’ils eurent avec eux aussi bien qu’avec les peuples Germains, ils adoucirent et corrigèrent la barbarie de leurs mœurs.

Bientôt les Visigoths se trouvèrent trop à

l’étroit dans les terres qu’ils occupaient en Thrace, et leurs troupeaux ne suffirent plus même pour le nécessaire.

Ils demandèrent donc la permission d’acheter ce dont ils avaient besoin ; mais les gouverneurs romains, Lupicinus et Maximus, abusèrent si indignementdela nécessité de ces malheureux, qu’ils leur faisaient payer un esclave pour un pain et environ une dixaine de livres de viande ; encore était-ce le plus souvent une mauvaise viande de chien. Les troupeaux et les esclaves disparurent de la sorte ; plus d’un père de famille fut même obligé de vendre son enfant pour avoir du pain. Tandis que les Goths gémissaient dans la misère , les Romains donnaient des fêtes, et même Lupicinus invita le roi barbare Fridigern à un repas splendide à Marcianople. Fridigern était un jeune prince tout plein du courage et du noble cœur des rois baltes ses aïeux; il vint accompagné d’autres jeunes gens , ses amis et ses compagnons d’armes. Pendant qu’il est à table, tout à coup s’élèvent de grands cris au dehors ; c’était sa suite que les Romains avaient attaquée à l’improviste et massacraient. Plein de fureur, il met l’épée à la main, frappe à droite et à gauche, fait monter ses amis à cheval et se sauve avec eux (1). Les Goths, irrités de la perfidie des Romains , rompent aussitôt la paix , battent Lupicinus, et le tuent lui-même, parcourent toutes les provinces voisines avec le fer et le feu à la main ; de sorte que des murailles mêmes de Constantinople on pouvait voir les flammes qui dévoraient les villages et les fermes.

L’empereur Valens sortit au-devant d’eux avec son armée, et, sans attendre son neveu Gallicn qui lui amenait l’armée d’Occidenl, afin d’avoir seul l’honneur de la victoire , il osa leur présenter la bataille auprès d’AndrinopIe. On combattit avec vigueur, mais à la fin la cavalerie romaine fut obligé de plier devant l’infanterie des Goths, et bientôt les légions furent renversées. L’empereur, déjà blessé, fut jeté par terre dans sa fuite, et ne put qu’avec peine atteindre une cabane voisine où il chercha un asile. Les Goths, bien loin de penser que l’empereur romain était sous ce chaume , y mirenl

(1) Ainmien Marcellin, Jordanis.

le Ton comme aux autres, et telle lut la fin de Valons , en 378.

Dans celle extrémité, l’empire fut retenu dans sa ruine parla prudence et la force d’un jeune prince, espagnol de naissance , l’empereur Théodose. Il sut affaiblir les Gothsen soufflant la division entre eux , et força Athanaric , successeur de Fridigcrn, à faire la paix. Il fut convenu que les Gotlis recevraient une quantité de vivres considérable, et qu’eux lui fourniraient 40,000 hommes de troupes auxiliaires.

Invasion des Visigoths, des Vandales, des Suives, Bourguignons et autres peuples dans l'Empire d’Occident.

—Commencement du cinquième siècle.

Théodose ne régna pas longtemps et mourut en 593. Ses deux fils Honorius et Arcadius se partagèrent l’empire. Arcadius eut l’empire d’Orient et régna à Constantinople, et Honorius eut l’empire d’Occident et se fixa en Italie. Les enfants étaient loin de ressembler à leur père; trop indolents pour exercer l’autorité par euxmèmes, ils l’abandonnèrent à leurs chanceliers Kufin et Stilieon, l’un Gaulois et l’autre Vandale. Rufin , à Constantinople, était l’ennemi déclaré de Stilieon, qui gouvernait en Italie; et pour lui susciter des embarras, il engagea le nouveau roi des Visigoths, Alaric, à quitter les rives du Danube pour passer en Italie. Les Goths reçurent avec plaisir l’idée d’aller chercher de nouveaux pays au sud , d’autant plus qu’ils étaient fort irrités de ce que les provisions que leur avait promises Théodose ne leur eussent point été livrées.

Alaric ne se dirigea pas directement sur l’Italie, il dévia un peu pour entrer dans la Grèce, qui était sans défense, et il la dépouilla du reste de ses richesses et des monuments de sa grandeur. A la vérité, Rufin succomba lui-même aux machinations de Stilieon dans cet intervalle; mais les Goths n’abandonnèrent pas pour cela leurs projets sur l’Italie, et ils passèrent les Alpes en 402. Stilieon réussit pourtant encore à leur faire repasser les montagnes, soit qu’il ait traité avec eux, soit qu’il leur ail opposé

av. j.-c. — 48G ap. j.-c.

une résistance trop imposante. Il sauva même l’Italie une deuxième fois en 405, quand Radagaise, à la tète d’une puissante armée de Germains, peut-être même d’accord avec Alaric , voulut passer les Alpes sur un autre point. L’histoire de ce temps est si embrouillée qu’il n’est point encore bien prouvé si cette masse de peuple a été anéantie à Fœsulœ, aujourd’hui Fiesoli, comme quelques écrivains le racontent, ou si Stilieon eut l’adresse de les éloigner par des traités ou en leur montrant de loin la Gaule. Mais ce qui n’est point contesté , c’est que Stilieon fut mis à mort en l’an 408 sur un ordre de son gendre, sans doute par reconnaissance de ce qu’il avait sauvé l’Italie. On avait persuadé au faible empereur que son ministre voulait mettre la couronne impériale sur la tète de son propre fils , Eucharius.

Aussitôt qu’ Alaric eut appris la mort de Stilicon, il revint en Italie, força les passages des Alpes, traversa le Pô , et marcha droit sur Rome, laissant le faible empereur qu’il méprisait siéger dans Ravennes. La confusion et l’effroi se répandirent dans la ville, qui depuis 600 ans n’avait jamais vu l’ennemi devant ses murs, et depuis 800 ans ne l’avait vu dans son enceinte. Aussi Rome s’appelait-elle la ville éternelle. Alors même elle voulut encore montrer son ancien orgueil et parla en ces termes à Alaric (î) : i Le peuple romain est nombreux et fort, et ses exercices perpétuels sous les armes ont tellement élevé son courage qu’il n’est aucune guerre qui puisse l’effrayer. » Alaric répondit par un éclat de rire et ajouta : « L’herbe épaisse est plus facile à faucher que quand elle est trop claire. »

Après cette réponse les envoyés romains parlèrent des conditions de la paix. Alaric demanda tout l’or et l’argent , toutes les provisions, tous les esclaves d’origine germaine. « Que veux-lu donc nous laisser? demandèrent-ils alors. — La vie. » Telle fut la réponse d’un homme né dans la petite île de Pence, sur le Danube, parmi un peuple sauvage, d’un homme qui ne possédait pas un pouce de terre et n’avait que son courage et son épée, à une ville qui pendant des siècles avait commandé au monde entier, avait

(1) Zosime. v. 34.

ALAIUC.

vu les plus grands héros, fiers de leurs victoires sur les peuples étrangers, entrer sous scs portes et traverser ses rues en triomphe ; à cette ville dominatrice chargée des dépouilles de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique. Après ces députés se présentèrent les Étrusques et les devins qui étaient dans Rome et qui promettaient de chasser Alaric par la puissance de leurs exorcismes, si seulement on voulait leur permettre de faire des sacrifices et des cérémonies publiquement en l’honneur de leurs anciens dieux. Des projets si insensés durent soulever encore plus les rires d’Alaric.

Cependant les Romains, ne voyant aucun espoir de salut, furent bien obligés de subir la volonté du barbare et de lui compter 5,000 livres en or, 50,000 en argent, avec la promesse de lui fournir une grande quantité de marchandises précieuses. Mais comme on ne put trouver parmi les habitants une si grande quantité d’or et d’argent, on fut obligé de recourir aux anciens temples de la ville, que l’on dépouilla de leurs décorations; et sans doute aussiparmiles dieux dépouillés'se trouva la staluede la Valeur, pour montrer que tout ce qui pouvait rester à Rome de son ancien courage était désormais anéanti. Comme Honorius ne voulut entendre à aucun accommodement avec Alaric, celui-ci revint l’année suivante, et mit à Rome un autre empereur nommé Attale, qu’il opposa à Honorius.

Le nouvel empereur s’étant montré peu digne de sa place, Alaric revint une troisième fois, un an après, pour, le jeter dans la poussière d’où il l’avait tiré, et il prit d’assaut Rome, qui voulut lui résister, le 23 août 410.

Les Goths entrèrent donc dans le palais impérial et le pillèrent, aussi bien que les magnifiques hôtels des sénateurs; mais ils eurent assez de modération pour ne pas les incendier. Ce fut un grand bonheur pour les Romains que les Goths fussent chrétiens ; car tous ceux qui cherchèrent un asile dans les églises furent épargnés. Un fait très-remarquable qui nous a été conservé, nous montre combien ce peuple était religieux. Un soldat étant entré chez une femme chrétienne, trouva chez elle des vases d’or et d’argent. Elle lui dit qu’ils appartenaient à l’apôtre saint Pierre, et qu’ils n'étaient

qu’en dépôt chez elle; que maintenant qu’elle lui avait déclaré la vérité, il pouvait agir comme il le jugerait à propos. Le soldat courut en’faire son rapport au roi ; le prince le renvoya aussitôt à cette femme, et fit porter les vases en cérémonie au temple qu’elle avait indiqué. Les Romains, enthousiasmés d’une si belle action, accompagnèrent en foule le cortège avec des chants de joie et de grandes cérémonies; de sorte que les Goths, frappés d’admiration à ce spectacle inattendu, abandonnèrent le pillage et se joignirent à la foule. Ainsi, la fureur de la guerre tomba tout d’un coup devant des émotions chrétiennes, et la paix lui succéda.

Alaric ne resta que six jours à Rome, et partit pour le sud de l’Italie avec de grands et beaux projets dans l’esprit; car on croit qu’il voulait passer en Sicile, et de là aller conquérir l’Afrique, le grenier de l’Italie, quand il fut arrêté par la mort, à Casenza, dans la trente-deuxième année de son âge. Tout le peuple des Yisigoths le pleura et on lui prépara un tombeau digne de sa mémoire. Ils détournèrent les eaux du Bulento ; puis , creusant au milieu de son lit à sec un grand trou , ils y déposèrent leur roi tout équipé, avec son cheval de bataille et les trophées de sa gloire, et ramenèrent ensuite le fleuve dans son ancien cours , pour que l’avarice des Romains ou la haine qu’ils portaient à son nom ne puissent venir profaner le tombeau où le grand Alaric se reposait de ses victoires.

Les Goths choisirent pour lui succéder le plus distingué d’entre leurs nobles, le jeune Athaulf ou Adolphe, gendre d’Alaric. Gelui-ci les ramena vers Rome, força l’empereur Honorius de lui donner pour épouse sa sœur Placidie; et alors seulement il abandonna l’Italie, passa avec tout son peuple en Gaule et en Espagne, où lui et son successeur Wallia jetèrent les fondements du grand empire visigoth , qui comprenait tout le sud de la France jusqu’à la Loire, et bientôt aussi l’Espagne, dont la capitale était Toulouse, sur la Garonne. En 419, les Romains firent en toutes formes à Wallia cession de tout le sud de la Gaule.

Ainsi, au commencement de ce cinquième siècle, l’Europe était entièrement bouleversée par les migrations des barbares. Presque tous

les peuples de Germanie détachaient des milliers de guerriers pour aller piller et conquérir; ou bien eux-mêmes, chassés par d’autres peuples plus puissants qui les attaquaient, se levaient en masse pour aller chercher un autre pays, les armes à la main. Les plus faibles , ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient quitter leur patrie, presque toujours restaient seuls et se trouvaient confondus avec le peuple envahisseur. Outre les Gollis, il y avait encore lesÀlains, les Vandales, qui, chasses par les Huns, quittèrent l’Orient pour avancer de plus en plus vers l’Occident, et entraînèrent avec eux les Bourguignons, déjà arrivés aux sources du Danube des bords de la Vistule d’où ils étaient partis, et une partie des Suèves, entre autres les Quades, et beaucoup d’autres peuples. G’est sans doute un essaim détaché de cet amas de peuples qui osa faire une irruption en Italie, en 405, sous les ordres de Radagaise ou Nadcgasle, et que Stilicon eut le bonheur de détourner. Cette troupe se perd dans l’histoire avec son chef, sans qu’on en puisse retrouver aucune trace. Mais la masse elle-même fut plus heureuse en Gaule et en Espagne; d’autant plus que Stilicon leur avait laissé le chemin ouvert en rappelant des légions du Rhin et delà Gaule pour sauver l’Italie.

Tout le pays , depuis Strasbourg jusqu’à Amiens, fut dévasté; Trêves fut pillée quatre fois, Mayence et Worms furent détruits; les habitants de Strasboug, Spire, Reims, etdebien d’autres villes, furent traînés en captivité. Plus tard, celte masse de peuples fut repoussée par les Romains et les Francs vers le sud de la Gaule et appelée en Espagne, en 408, par l’inquiet Servatius, général romain. Ce pays avait été épargné jusqu’alors, mais vint son tour; les Vandales, les Alains et les Suèves passèrent les Pyrénées et eurent bientôt ravagé la plus grande partie de l’Espagne. Une partie des Alains étaient restés en Gaule, et on les retrouve unis aux Romains dans la fameuse bataille contre Attila : ensuite ils disparaissent. Les Bourguignons restèrent aussi eux avec leur roi Gondicar(Gunlher) et fondèrent un royaume d’abord en Alsace, qui descendit peu à peu sur les rives de la Saône et du Rhin , et s’étendit même jusqu’en Suisse et en Savoie. Dès ce

temps-là , les Francs semblent maîtres de tout le nord de la Gaule; car depuis Boulogne d’un côté et Cologne de l’autre, tout le nord leur était soumis : même au milieu de ce siècle, Trêves , qu’ils avaient déjà pillée quatre fois, tomba définitivement en leur pouvoir.

Les Vandales, qui avec les Alains s’étaient établis dans le sud de l’Espagne, appelés en Afrique par le général romain Boniface, qui y commandait et voulait se venger de l’empereur, y passèrent en 420, sous la conduite de leur roi Geiséric ou Genséric, firent la conquête de toute la côte nord, et fondèrent un royaume florissant qui dura un siècle, dont Carthage était la capitale. Quellecourse pour ces peuples partis des rivages de la mer Baltique, où l’histoire les trouve pour la première fois, jusqu’aux frontières des déserts de l’Afrique!

Genséric, un des hommes les plus vigoureux de son temps et du reste un vrai barbare, régna pendant 50 ans, de 428 à 477. Après sa mort, son empire tomba en décadence, tant à cause des divisions intestines qu’à cause de l’énervement de ses peuples, d’ailleurs si robustes, par suite des voluptés dans lesquelles ils se plongèrent sous ce délicieux climat. Bientôt, en 553 , Justinien , empereur de Constantinople, envoya Bélisaire en Afrique pour profiter de ces circonstances; celui-ci soumit tous les Vandales en huit mois et emmena leur dernier roi Gélimer, chargé de chaînes , pour orner son triomphe à Constantinople.

Les Suèves qui étaient restés en Espagne, toujours de plus en plus poussés par les Visigoths sous Wallia et ses successeurs, se virent bientôt reculés au nord-ouest de l’Espagne et du Portugal, cl finirent par se confondre avec eux, 585. Ce fut aussi dans le cinquième siècle, l’an 449, que les Angles, les Saxons et les Jutes vinrent aborder en Angleterre et fondèrent différents royaumes. Depuis Honorius, les Romains avaient tout à fait abandonné la Grande-Bretagne, se trouvant trop faibles pour protéger une île si éloignée; mais d’un autre côté, les Bretons s’étaient tellement laissés amollir sous la domination romaine, que, quand ils furent abandonnés à eux-mêmes, ils se sentirent incapables de défendre leur liberté. Alors vivement tour-

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