ATTILA, LE FLÉAU DE DIEU
mentes par leurs voisins sortis des hauteurs de l’Écosse, les Scols et les Pietés, ils ne trouvèrent d’autre moyen de s’en débarrasser que d’appeler le secours des étrangers. Ils s’adressèrent aux peuples de race saxonne qui habitaient sur les bords delà mer du nord, dont ils avaient plus d’une fois éprouvé la valeur quand leurs flottes étaient venues ravager les côtes de Bretagne. Deux frères, deux héros descendant de Wodan , Hengist et Ilorst ou Horsa, acceptèrent l’invitation du roi breton Vorligern, et vinrent descendre en Angleterre avec trois vaisseaux seulement, portant en tout 1,000 guerriers. Mais leur bras valeureux suppléa au nombre; ils battirent les Pietés à Stamfort , et bientôt grand nombre de compatriotes leur arrivèrent de la terre ferme. Les Bretons auraient bien désiré alors éloigner leurs protecteurs; les Saxons, au contraire, voulurent se fixer dans le pays, soumirent toute l’Angleterre jusqu’au pays de Galles, et fondèrent les sept royaumes connus sous le nom d’Heptarchie saxonne, dont celui de Kent, fondé par Hengist, avait la prééminence.
Attila , le fléau de Dieu. 451.
Dans une plaine de Hongrie, entre le Danube et la Theiss, au milieu d’un vaste enceinte entourée de palissades, primitivement un camp, et devenue successivement un très-grand village, s’élevait un magnifique édifice en bois auquel aboutissaient quantité d’allées : c’était le palais d’Attila ou d’Etzel, roi des Huns. Il avait réuni sous un seul sceptre une foule de peuples qui obéissaient auparavant à plusieurs souverains particuliers et couvraient le pays depuis le Volga jusqu’à la Hongrie. Tous ces peuples , Huns d’origine ou nations conquises, respectaient ses ordres ; mais les Gépides, les Longobards, Avares, Ostrogoths et beaucoup d’autres
(I) Cette peinture d’Attila nous a été donnée par un témoin oculaire , le sophiste Priscus, qui fit partie d’une ambassade envoyée à ce prince par l’empereur Théo-
peuples dans le sud de l’Allemagne, lui obéissaient aussi. Gependant ils conservaient leurs langages , leurs mœurs, leurs lois, ils avaient même des princes particuliers, de sorte qu’ils pouvaient bien mieux être considérés comme alliés que comme sujets. On parlait donc à la cour d’Etzel lelangagedesHuns et celuides Germains.
Attila était petit, avait une grosse tète, les yeux enfoncés et étincelants de fierté, une large poitrine et une grande force de corps, une démarche et un maintien qui montraient qu’il était partout le maître. Il était envoyé pour punir le monde, comme le dit le nom qu’il affectionnait particulièrement , Godegiesel ( yeisscl (jottes, fléau de Dieu) ; il aimait à voir la pompe autour de lui, quoiqu’il vécût très-simplement; comme si sa grandeur n’avait pas besoin de toutes ces superfluités. La selle de son cheval était toute simple et sans prix. A sa table, tous ses convives étaient servis dans une vaisselle cl’or et d’argent, lui seul dans une vaisselle de bois; il mangeait peu de viande, quoique suivant les mœurs de son peuple, il fit peu de cas du pain : la joie et la gaieté régnaient dans le repas; mais lui, il se tenait toujours dans une sévère retenue (i).
Ce dominateur puissant, duquel on disait que quand il enfonçait en terre sa mystérieuse épée (c’était une épée trouvée par un pâtre dans les steppes de la Scythie, que l’on croyait être celle du dieu de la guerre), cent peuples tremblaient, etqucBome et Constantinople étaient ébranlées jusque dans leurs fondements; ce roi, dis-je, se leva avec son armée en l’an 451, et se mil en marche vers le septentrion, traînant après lui 700,000 guerriers. Tous lui obéissaient, mais chaque peuple avait son prince, et tous ces princes tremblaient devant Attila. Il était l’âme de toute cette armée ; un signe de sa part gouvernait tous ses mouvements; il ne marchait que sur des ruines : tout ce qui ne pouvait s’enfuir et n’était pas immolé devait le suivre. Il traversa ainsi l’Autriche et l’Allemagne, passa le Rhin, tailla en pièces les Bourguignons conduits par Gondicar leur roi, prit et pilla les villes de
dose II ( Bysant . Hist. script. 1). Jordanis nous en donne aussi un portrait au chap. 55. Ces deux écrivains nous parlent de l’épée de Mars.
Strasbourg, Spire, Worms, Mayence, Trêves cl beaucoup d’autres, cl jura de ne s’arrêter qu’à la mer. Dans tous les pays qu’il parcourut, il s’attacha de grc ou de force tout ce qu’il y avait de guerriers; de sorte que son armée s’augmentait effroyablement à chaque pas, comme une avalanche qui roule dans les montagnes.
Cependant les Romains et plusieurs peuples allemands s’étaient préparés à faire face à ce danger qui menaçait l’Occident ; car il s’agissait de savoir si l’Europe serait germaine ou mongolien ; si ce serait le grand roi des Huns ou la race des Germains qui fonderait un nouvel empire sur les ruines de celui qui s’écroulait. Les Romains avaient alors un bon général pour le temps, c’était Aélius. 11 lit ses préparatifs en Gaule, et demanda des secours au roi des Visigolhs, Théodoric, ou Dietric, qui résidait dans Toulouse et dont le royaume courait le même danger. « Oui , répondit Dietric, jamais une guerre légitime n’a paru trop dure à un roi visigoth ; jamais non plus il n’a connu la peur, quand il s’est agi d’une action glorieuse. Même les grands de mon royaume se félicitent de l’occasion; c’est donc avec joie que le peuple visigolh prendra ses armes, partout victorieuses. » Les Bourguignons avaient aussi promis des secours, ainsi que Sangipan qui régnait sur les bords de la Loire, une partie des Francs, la ville de Paris, même un peuple saxon qui était venu se lixer à l’embouchure de la Loire, on ne sait trop en quel temps, probablement dans une de ses excursions maritimes.
Au milieu d’une grande plaine coupée par la Marne, appelée anciennement Calalaunie, parce que Chàlons y est située, s’élève une colline qui domine tout le pays, près de Mury, dans les environs de Troyes. C’est là que les peuples de l’Occident attendaient les Huns et leur livrèrent une grande bataille, que l’on pourrait appeler une bataille de peuples, parce que en effet une partie, des peuples de l’Europe combat tait contre l’autre. Aétius conduisait les Romains à l'aile gauche, Théodoric commandait l’aile droite, et on plaça au centre le roi Sangipan, en qui on avait moins de conliance. L’armée des Huns,
v. t.-c. — 486 ap. j.-c.
qui était en face, paraissait innombrable. Harderic, roi des Gépidcs, commandait une des ailes; Theudemir, Widemir, Walamis, rois des Ostrogoths, commandaient l’autre; Attila était au centre et conduisait toute la bataille; la foule des autres rois comme ses serviteurs étaient attentifs au moindre signe et exécutaient ses ordres en silence et avec tremblement: lui seul, le roi des rois, veillait pour .tous.
Au moment de l’action, il s’adressa à scs généraux, et leur dit : « Mon langage aujourd’hui ne doit pas être ordinaire, et vous-mêmes vous attendez de ma part quelque chose de plu s grand. Soyez hommes; attaquez, enfoncez, renversez tout ; méprisez ces Romains si bien rangés, si bien gardés avec leurs boucliers ; mais jetez-vous sur les Yisigoths et les Alains, là est la force de l’ennemi, dussiez-vous y trouver la mort ; elle est encore plus certaine dans la fuite; tournez les yeux sur moi, je marcherai en avant ; mort à qui n’osera me suivre ! »
Les deux armées voulaient s’emparer de la colline : la mêlée fut extraordinairement furieuse et le massacre effroyable. Pendant que le roi des Yisigoths était aux premiers rangs à encourager son armée, il tomba frappé de mort, mais avec la gloire d’avoir décidé la bataille (î). Au commencement de la nuit, Attila fut obligé de se retirer dans son retranchement formé avec les chariots; alors ne sachant pas si l’ennemi ne s’attacherait point à sa poursuite, il fit élever un énorme bûcher avec une infinité de selles et de boucliers, pour y mettre le feu en cas de nécessité et se précipiter dans les flammes. En même temps, pour effrayer l’ennemi, il fit passer la nuit à ses troupes sous les armes, faisant grand tapage avec leurs cris et leurs instruments de guerre; cl quand il vit qu’il n’était pas poursuivi, il revint tranquillement dans son pays. Aélius fut cause qu’on ne profita pas mieux de celte victoire; il ne voulut pas sans doute détruire complètement la puissance des Huns, afin de l’opposer à celle des Goths dans l’occasion.
L’année suivante, il fil encore une expédition en Italie et ravagea d’une manière terrible Aqui-
(1) Ce fut Tltorismond , qui , pour venger son père , se jeta sur les Huns , à la tête des Yisigoths, avec une
telle fureur , qu’il jeta le premier désordre dans leurs rangs. N. T.