‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 27 sur 116 · CHUTE DE U EMPIRE ROMAIN EN OCCIDENT · texte numérisé non relu

CHUTE DE U EMPIRE ROMAIN EN OCCIDENT

lcja, Milan cl d’autres villes ; mais il mourut bientôt après, en 453. Il fut pleure et enterré d’après les mœurs de son peuple. Les Huns se couvrirent le visage de blessures, se coupèrent les cheveux, et son cadavre fut exposé dans une immense plaine, sous une tente de soie ; autour, sa cavalerie circulait en grand cercle, chantant ses exploits ; tous les Huns célébraient son bonheur et disaient que le grand Attila, après d’immortelles victoires, au moment de la plus grande puissance de son peuple, avait terminé sa vie sans douleur pour aller rejoindre les esprits des héros ses aïeux. Pendant la nuit, il fut mis dans un cercueil d’or, celui-ci dans un autre d’argent, et tous les deux dans un troisième en fer; ses harnais, ses armes, ses trésors, furent enterrés avec lui, etdeplus tousceuxqui avaient travaillé à creuser la fosse, afin qu’ils ne pussent dévoiler où était le roi des Huns. Dès que ces différents peuples ne furent plus retenus par la terreur qu’inspirait son nom, ils se divisèrent ; un grand nombre d’eux refusa l’obéissance. Mais quand son fils ainé, son cher Ellack, eut succombé dans une grande bataille contre Harderic, roi des Gépides, la puissance des Huns disparut entièrement et ils allèrent se perdre plus loin dans l’Orient. Harderic s’empara des pays situés à l’embouchure du Danube; les Ostrogoths occupèrent la Hongrie jusqu’à Vienne; et les autres peuples germains qui faisaient partie de la domination d’Attila profitèrent de ce moment pour s’affermir dans leurs anciennes demeures ou dans celles qu’ils occupaient alors ; de sorte que cette chute de l’empire des Huns semble avoir décidé de la forme qu’aurait l’Europe à l’avenir, sauf les bouleversements qui eurent lieu en Italie à la suite de la destruction complète de l’empire romain en Occident.

Chute de l’Empire Romain en Occident. 47G.

L’empire d’Occidenl, réduitàl’Italie presque toute seule, approchait de plus en plus de son entière destruction. Le faible Valentinien III,

s’étant laissé aller à des soupçonscontreAétius, tua de sa propre main ce glorieux général, qui soutenait seul l’empire et venait encore de le sauver dans les champs catalauniques.

Valentinien fut à son tour la victime des machinations de Patronius Maxime, qui se fit empereur à sa place et força sa veuve Eudoxie à l’épouser. Cette princesse, pour se venger, appela Genséric, roi des Vandales, qui régnait en Afrique; il vint, prit Rome en 455, la pilla, la ravagea de la manière la plus atroce pendant quinze jours , comme s’il avait été chargé de la punir des cruautés et des dévastations commises par les Romains dans Carthage six cents ans plus tôt. Après cela, il repassa en Afrique sur de nombreux vaisseaux chargés d’un butin précieux et de captifs de toutes conditions qui furent vendus comme esclaves.

Après Valentinien, il y eut encore, dans l’espacedevingtans, neuf souverains qui portèrent le nom, désormais méprisé, d’empereur romain. Enfin , Odoacre , prince scire d’origine , aussi remarquable par la force de son génie que par celle de son corps, qui se trouvait à la tète d’une armée de Scires, d’Hérules, de Rugierneset de Turcilinges coalisés , précipita du trône Romulus Augustule ou Momyllus, ombre d’empereur qui régnait à Rome et fut le dernier, se fit ensuite nommer roi d’Italie à sa place, et, ménageant l’âge de cet empereur encore enfant, qui était venu le trouver dans son camp et déposer à ses pieds sa pourpre, sa couronne et ses armes, il se contenta de le reléguer dans un château de la Campanie.

Ces peuples , que nous venons de nommer, qui probablement avaient fait partie delaligue des Goths , étaient sortis des bords de la mer Baltique, s’avançant toujours vers le midi , jusqu’à ce qu’ils aient trouvé à se fixer sur les rives du Danube et aux frontières de l’Italie , où ils fournissaient des troupes aux Romains qui les soldaient. Ainsi , c’est cette petite armée qui a frappé le dernier coup dont est tombé l’empire romain, l’an 470 de notre ère et la 1230e année depuis la fondation de Rome.

Or, tel est le partage que les différents peuples, par suite des migrations commencées de puis un siècle, avaient l'ait entre eux de l’empire d Occident à cette époque.

Odoacrc régnait en Italie, el son royaume s’étendait, au nord , au delà des Alpes jusqu’au Danube.

En Hongrie régnaient les Ostrogoths.

Au nord du Danube, surlesbordsde la Theiss, s’étaient arrêtés les Lombards, qui depuislongtemps déjà avaient quitté leurs anciennes demeures sur l’Elbe.

En Bavière s’était formé peu à peu, sous l’autorité d’une famille princière , celle des Agilolfes , le royaume des Bojoariens, composé des restes des Rugiernes , des Hérules , des Scires, des Turcilinges et peut-être aussi des peuples suèves, particulièrement des Marcomans ; mais l’histoire ne nous donne aucun renseignement positif.

A l’est de la Suisse, en Souabe, et en descendant le Rhin jusqu’à la Lahn et à Cologne, sur les deux rives, étaient les Alamanns, qui prirent le nom d’Alsaciens sur la rive gauche. Le nom des Suèves reparaît encore dans ces temps et a été jusqu’à aujourd’hui celui d’une de nos provinces , la Souabe.

Dans l’intérieur de l’Allemagne, depuis les montagnes du Harz jusqu’au Rhin, régnaient les puissants Thuringiens, dont les premiers temps sont tout à fait inconnus dans l’histoire. Ce n’est qu’au milieu du cinquième siècle qu’ils y prennent place pour la première fois , sans qu’aucun historien se soit occupé de leur origine.

DanslaBasse-Saxeetla Westphalie habitaient les Saxons, qui conservaient toujoursleur même pays et la même forme de gouvernement.

Plus au nord et à côté d’eux , sur la mer du Nord, les Frisons.

A l’embouchure du Rhin, sur la Meuse et l’Escaut, au nord de la France, c’étaient différents peuples francs , dont les plus célèbres sont les Saliens, dans les Pays-Bas, qui prenaient leur nom de leur demeure sur l’Yssel , aussi appelé la Saale ; et les Ripuaires ou Riverains , ainsi

AV. j.-c. — 480 ai», i.-c.

appelés parce qu’ils étaient sur les bords du Rhin.

Sur les bords de la Seine était Syagrius, général romain, qui se soutint encore dix ans après la chute de l’empire, jusqu’en 486.

La pointe nord-ouest de la France, aujourd hui la Bretagne, était depuis déjà quelque temps peuplée par les Bretons qui avaient fui devant les Pietés et avaient formé une union de v illes libres sous le nom de villes armoriques.

Le sud de la France, avec la Savoie et l’ouest de la Suisse, appartenait aux Bourguignons. Leurs villes principales étaient Genève, Besançon, Lyon et Vienne. Les Bourguignons étaient sans contredit les plus humains de ces peuples conquérants, el furentpromptementgagnéspar le christianisme, la civilisation et les arts; de sorte que cette partie de la France leur est redevable de la conservation de quantité d’ouvrages d’art qui viennent des Romains. Le langage en Suisse nous montre encore aujourd’hui l’ancienne limite des Alamanns; car les Bourguignons, ayant beaucoup de relations avec les Romains, prirent beaucoup de leur langage.

Tout le sud-ouest de la France, depuis la Loire el le Rhône jusqu’aux Pyrénées, avec une grande partie de l'Espagne , était soumis aux Visigoths ; mais le nord-ouest de l’Espagne appartenait aux Suèves.

La côte nord de l’Afrique était aux Vandales. En Bretagne , les Angles et les Saxons étendaient de plus en plus leur domination; l’est et le nord de la Germanie devinrent alors tout déserts, tant l’entrainement des peuples vers le midi et le septentrion avait dépeuplé ces contrées ; et des peuples slaves , qui avaient autrefois habité ces frontières et probablement avaient été soumis aux Germains, accouranten foule, reprirent à leur tour la supériorité sur les naturels du pays qui n’avaient pas voulu abandonner leur patrie; ils les soumirent et se confondirent avec eux.

De Clovis à Charlemagne. 486-768.

Les écrivains sont très-rares pendant ce laps de temps , et sont loin d’avoir tons la même importance. Ce qu’ils disent sur les premiers temps est dans une manifeste contradiction avec les récits des historiens romains ; mais ils sont du plus grand poids pour l’histoire de leurs contemporains, parce qu’ils sont proprement la source où il faut puiser.

1. Pour l’histoire des Francs, le principal écrivain est Grégoire de Tours, Gregorius Turonensis , mort en 595, Il a écrit en dix volumes, jusqu’à 519, l’hisloire ecclésiastique des Francs , dans un langage barbare , confus et sans cesse coupé de récits merveilleux, sans vues générales, mais avec les plus longs détails ; du reste, il est instructif, éloquent et véridique. On l’a nommé l’Hérodote de ce temps.

Frédégar écrivait vers l’an 650 ; il a fait un abrégé de l’ouvrage de Grégoire , et n’est pas plus clair ( liistona Fiancorum Epistomata) jusqu’en 584 ; de là il continue l’histoire en forme de chronique j usqu’à l’année 642. Cette chronique a été poussée par deux autres auteurs jusqu’en 752, à la vérité avec quelque lacune; mais toute misérable et incongrue qu’elle soit, elle est importante par sa contemporanéité. Pour lui faire suite, nous avons les Gesta regum Francorum.

On a aussi les annales de ces temps et même des temps postérieurs ; elles se trouvent dans les plus anciens recueils, et ont été complètement rassemblées parPertz, dans la première partie de la grande édition des Sources historiques pour l’histoire d’Allemagne au moyen âge, produite parla société de Francfort (Monumenta Germaniœ historica).

2. Pour l’histoire des Goths, nous avons Cassiodore, qui fut honoré des premiers emplois de l’État sous Odoacre et ses successeurs , et mourut en 565 , dans le couvent de Vivarosa. Il avait écrit une histoire des Goths , qui malheureusement est perdue. On a conservé ses douze livres Variarum qui sont très-importants, parce qu’ils contiennent des édits , des instructions et des

écrits faits au nom des lois , ouvrage qui fait preuve de science, d'éloquence, mais aussi de vanité et deprésomption.

Le moine Jordanis (et non Jornandès; car c’est ainsi que portent les anciens manuscrits et même les siens propres). Il fit au milieu du sixième siècle un extrait de l’ouvrage de Cassiodore que nous avons perdu, et qu’il intitula De Rebus Geticis ; mais il y intercala tout ce qu’il savait ou avait entendu dire , sans discernement, ni connaissances historiques , avec une foule de superstitions et dans un mauvais idiome. Il va jusqu’en 540.

Procopii Ccesarensis Vandalica et Gothica est un ouvrage dont la comparaison peut éclaircir quelques faits , parce que l’auteur grec regarde sous un tout autre jour que les écrivains de l’ouest.

Isidore, évêque de Séville, Isiilorus hispanensis, mort en 656, a écrit une histoire abrégée des Goths, Vandales et Suèves , jusqu’à 628; mais qui n’éclaircit rien sur les premiers temps de ces peuples , et n’a rapport proprement qu’à l’Espagne.

3. Le principal historien pour les Longobards est Paul Diaconus, fils de Warnefried , un des premiers hommes de son temps , qui vécut à la cour de Didier et de Charlemagne, et mourut moine du mont Cassin en 799. Son ouvrage, De Gesta Longobardorum , libri vi, est écrit avec âme , mais comme tous les anciens écrits, sans aucune critique.

4. Le vénérable Bède, moine anglais, mort en 735 , a laissé une importante chronique générale jusqu’en 726 [De sex Ætatibus niundi). Son martyrologe et son histoire ecclésiastique de la nation anglaise sont à consulter, car il est éminemment savant. Cependant son amour pour le merveilleux lui a fait souvent défigurer la vérité de l’histoire.

5. Des lettres d’hommes distingués, particulièrement de saint Boniface, qui sont parvenues jusqu’à nous, sont aussi d’une grande importance, aussi bien que la vie de ce saint et celles de plusieurs autres [Vitæ sanctoruni)-, souvent elles donnent le vrai point de vue de l’époque.

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