LE CHRISTIANISME EN ALLEMAGNE
lièvre), c’était six schillings ou deux bœufs; de menteur ( hundsfott), quinze schillings. La sévérité de la punition porta souvent les parties à s’accommoder à l’amiable, afin de ne pas se précipiter dans le malheur par un moment de passion. — Comme tout homme marchait armé et pouvait par conséquent se défendre, la loi avait décidé d’une manière générale que le meurtre d’un homme serait puni moitié de celui d’une femme qui n’était point armée. Le vol était plus sévèrement puni que le meurtre, parce que l’on supposait que le voleur employait des moyens de surprise. Suivant la loi des Saxons, le vol d’un cheval était puni de mort ; mais on pouvait toujours racheter sa vie (1).
Toute mutilation de corps était aussi punie d’une amende fixe. Il fallait payer, par exemple : Pour une main coupée,
Pour un pouce,
Pour le nez ,
Pour l’index,
Et pour les autres doigts ,
La justice se rendait dans un lieu découvert et sans limites , appelé mahlstœtte ou mahlberg (place ou montagne des élections), en face d’un bouclier qu’on avaitélevésur un pieu. Les juges appelés rachimburgi ( rachen-burgi , cautions de vengeance), en termes de jurisprudence, étaient sous la présidence d’un grafe t devaient être libres, si l’accusé l’était lui-même.
Ils regardaient comme leur premier devoir de mettre au jour la vérité ou l’injustice d’une accusation, tant le droit était sacré au fond de leurs cœurs ; et quand ils manquaient de témoignages suffisants pour faire reluire la vérité, ils avaient recours au jugement de Dieu, disaientils. L’accusé était réputé avoir prouvé son innocence , quand dans les dangers auxquels ordinairement on n’écliappe pas sans atteinte, il était sorti intact. Par exemple, s’il avait pu tremper sa main ou son pied dans l’eau bouillante , ou s’il avait pu marcher sur des charbons ardents sans aucune brûlure , ou enfin s’il sor-
100 schillings.
(1) La plus haute amende portée sur le tarif était celle du duc de Bavière, qui montait à 960 schillings; celle pour un évêque à 900. Le roi n’était point tarifé ; sa personne était inviolable et sacrée. On faisait très-peu de cas du Gaulois qui habitait dans les villes ; il n’était pas
tait vainqueur d’un combat particulier contre son adversaire. On croyait que Dieu ne pourrait laisser souffrir un innocent, et l’on ne peut douter que, du moins dans lesduels, la victoire ne l’eût souvent couronné.
Leiu's grands plaisirs étaient la chasse et la guerre; aussi estimaient-ils du plus haut prix tout ce qui y avait rapport ; de sorte que chez les Allemands un chien de chasse dressé se payait 12 schillings, tandis qu’un cheval n’en coûtait que six, et une vache un seul.
Il semble que dans ce temps les mœurs des peuples germains étaient plus mauvaises sous un certain rapport qu’au moment des migrations, lorsqu’ils suivaient encore leur ancien genre de vie et se laissaient aller à toute l’impulsion de leur nature. C’était en effet alors l’époque de la transition d’une vie de nature et ignorante à une espèce de civ ilisation ; et c’esl pour un peuple un momentde crise , parce qu’il commence à avoir le sentiment de la dignité morale, sans cependant avoir la force de se commander à soi-même et de surmonter l’entraînement des passions.
Le Christianisme en Allemagne.
Les Goths, les Bourguignons, les Lombards et les Francs avaient, comme nous l’avons dit , embrassé le christianisme déjà depuis quelque temps, et ce ne fut que deux siècles après qu’il se répandit en Allemagne. Car, bien que les Allemands, les Thuringiens et les Bavarois fussent soumis aux Francs, ceux-ci s’occupèrent si peu de répandre chez eux les div ines institutions, qui auraient pu cependant compenser la perte que ces peuples avaient faite de leur liberté, qu’on eût dit qu’ils ne comprenaient la propagation du christianisme que par le fer ; de même qu’eux n’avaient reçu la foi que par la
tarifé plus cher qu'un petit cochon de lait qu’on aurait volé renfermé dans son étable, c’est-à-dire 45 schillings. La vie renfermée dans l’enceinte d’une ville paraissant toujours aux Francs semblable à une prison, ce ne fut que peu à peu qu’ils purent s’y accoutumer.
violence et dans le tumulte d’une bataille. Ce fut donc de pays bien plus éloignés, de l’Angleterre, de l’Écosse et de l’Irlande, que vinrent les apôtres qui jetèrent au milieu des forêts de l’Allemagne la douce semence du Christ. Ces pays avaient été envahis par des peuples païens, les Angles et les Saxons; et ce ne fut que lentement, par la seule conviction de l’esprit, et non par la violence, qu’ils furent convertis au christianisme; de sorte que celte croyance poussa de si profondes racines dans leurs cœurs, que bientôt quantité d’hommes enthousiasmés pour la foi sortirent du milieu d’eux pour aller la répandre parmi les peuples alors païens. Il n’y avait cependant ni riches abbayes, ni honneurs, ni récompense à attendre; mais bien des affronts, desprivalions à essuyer etlesplusgrands dangers .à courir parmi ces peuples barbares.
Kilian, Emmeran, Rupert, Willibrod, furent ces hommes dévoués qui se firent les apôtres de l’Allemagne aux septième et huitième siècles, et enfin l’Anglais Winfried, qui reçut plus tard le beau nom de Boniface (bienfaisant). 11 travailla pour le christianisme avec un courage inébranlable, depuis l’an 718 jusqu’à l’an 755, et répandit ses instructions en Franconie, en Thuringe et sur les bords du Rhin, chez les Saxons et les Frisons, implantant partout les pratiques religieuses et civilisatrices du chrislianisme, et fondant dans les villages des paroisses qui furent le commencement des villes. Pour affermir la nouvelle croyance qu’il avait semée, il établissait çà et là quelques évêchés, ou réorganisait ceux qui avaient été anciennement établis, tels que ceux de Salzbourg, Passau, Freisingue, Ralisbonne, Wurzbourg, Eichstadt et Erfurlh. C’est encore lui qui fonda la célèbre abbaye de Fulde, et à Ohrdruf un séminaire dont les jeunes élèves étaient destinés à répandre, avec le christianisme, l’art de l’agriculture et même de l’horticulture. 11 ne craignait point de combattre, même au péril de sa vie, les idées du peuple les plus fortement enracinées par leur ancienneté. Il renversait leurs autels et leurs arbres sacrés sous lesquels ils sacrifiaient à leurs dieux. Un entre autres, à Geissmar, dans la Hesse, était très-célèbre; Boniface prit lui-même la hache et aida à le déraciner ; tandis que les païens se tenaient au-
tour, attendant que le dieu qui y résidait en sortît avec des flammes pour anéantir ce profanateur avec ses compagnons. Mais l’arbre tomba sans que le feu parût , et avec lui aussi tomba toute la confiance qu’ils avaient dans ce dieu.
Boniface se plaignait bien plus amèrement des mauvais prêtres chrétiens, qu’il trouva chez les Francs, que de la barbarie des païens. Ils s’abandonnaient à toute espèce de crimes; et pour de l’argent ils auraient aussi bien sacrifié aux dieux qu’ils auraient baptisé des chrétiens; en un mot, les moindres reproches qu’on aurait pu faire à chacun d’eux, étaient d’être bien plus occupés de la guerre et de la chasse que des exercices de leurs fonctions religieuses. <i Depuis 60 à 70 ans , écrivait-il au pape Zacharie, la religion est tout à fait traînée dans la boue; depuis plus de 80 ans, les Francs n’ont pas tenu un seul concile et ils n’ont point d’archevêque ; presque tous les évêchés sont entre les mains d’avides laïques, et les autres entre celles d’infàmes ecclésiastiques qui ne recherchent que le gain temporel. » Le principal but de ses efforts était donc d’obtenir une nouvelle assemblée des ecclésiastiques du pays, pour rétablir par elle les mœurs et l’ancienne discipline, et de contraindre les ecclésiastiques à assister aussi eux-mêmes aux assemblées du champ de mars, afin qu’ils pussent y faire valoir les intérêts de l’Église. Une pareille conduite lui acquit beaucoup de gloire.
L’an 746, Boniface fut nommé archevêque de Mayence et se trouva ainsi à la tête de toute la partie orientale du royaume des Francs; il la soumit sans aucune restriction à l’évêque de Rome, qui alors était regardé unanimement comme le chef de l’Église d’Occident. Mais loin dechercherdu repos pour jouir de sa vieillesse, il continua toujours de travailler avec la mêmeardeur àlaconversion des païens, et mourut victimede son zèle. Car, pendant qu’il était en route pour retourner chez les Frisons, où il devait donner la confirmation à des néophytes nouvellement baptisés, il fut attaqué par une troupe de barbares armés qui croyaient faire sur lui un butin considérable; ses gens prirent les armes, mais il leur défendit de verser du sang, et il se laissa massacrer avec ses compagnons par cette troupe de forcenés.