‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 32 sur 116 · CIIARLES-MARTEL CONTRE LES SARRASINS · texte numérisé non relu

CIIARLES-MARTEL CONTRE LES SARRASINS

Les séminaires, les églises et les couvents que Bonifacc cl les autres apôtres fondèrent en Allemagne, ne furent pas seulement le flambeau d’où jaillit dans ce pays la lumière de la religion et de la civilisation ; mais la plupart de ces établissements devinrent aussi le commencement de villes et villages qui se formèrent peu à peu tout autour. Il n’y eut pas que les serfs de ces maisons religieuses qui se bâtirent des habitations autour d’elles ; quantité d’autres vinrent aussi chercher protection à l’abri de leurs murs; un grand nombre de marchands surtout s’y établirent dans l’espérance de débiter leurs marchandises dans les grandes réunions qui s’y tenaient. De là le mot messe pour exprimer les cérémonies chrétiennes du matin ; car en allemand, ce mot messe signifie foire, assemblée.

Les maires du palais chez les Francs.

L’empire des Francs était partagé en deux parties principales, la Neustrie et l’Austrasie, ou le royaume de l’Ouest et celui de l’Est ; et de temps à autre il y eut encore d’autres divisions. Dans l’ouest, les mœurs et le langage des Romains avaient été conservés , tandis que celles des Germains régnaient dans l’est. Ces deux contrées furent souvent en guerre l’une contre l'autre , sous la maison des Mérovingiens , et le théâtre des cruautés les plus inouïes; c’était parent contre parent , frère contre frère , la femme contre le mari; ils se massacraient les uns les autres. La haine et le ressentiment durèrent tant qu’il y eut quelque énergie dans cette famille ; mais quand elle fut énervée et tombée dans la mollesse et la timidité, le premier serviteur du roi, le domus major , appelé mairedu palais, gouverna le royaume à sa place.

Primitivement , le maire du palais , comme chef de la maison du roi, l’était aussi de sesleudes et conduisait tous scs vassaux à la guerre , de sorte qu’il se trouvait le premier après le prince. Mais le ban qui convoquait les hommes libres n’était pas de sa dépendance. Cependant, comme le système féodal s’affermissait de plus

en plus, et que par conséquent les hommes libres faisaient de grandes pertes en nombre et en considération , la charge de maire du palais devint de plus en plus importante , et sous les rois paresseux, elle donna l’autorité souveraine. Si une guerre se déclarait, le maire du palais était à la tète de l’armée et déployait tout son courage , toute son ardeur pour les grandes actions. En temps de paix, c’était lui qui avait le droit de grâce, qui donnait les places et distribuait les domaines vacants; il ne laissait au roi que l’honneur de son titre et de sa couronne , et toutes les voluptés qu’il pouvait désirer dans l’intérieur de son palais.

Le roi ne paraissait en public devant son peuple qu’aux assemblées de mars, assis sur le siège de ses ancêtres. Il était exposé à tous les regards; il saluait les grands qui lui rendaient son salut, puis il recevait les présents que lui offrait la nation et les remettait au mairedu palais, qui se tenait au pied du trône; ensuite il distribuait, d’aprèsla décision du maire, les domaines vacants, ou confirmait ceux qui avaient été déjà accordés. Enfin il remontait sur son char , attelé de quatre bœufs, suivant l’ancien usage, et était reconduit à son palais , qu’il ne quittait plus jusqu’au mois de mars de l’année suivante.

Tels étaient les descendants du grand Clovis, à peine 200 ans après sa mort. Dans l’an 700 après J.-C. , Pépin d’Héristall fut maire du palais pour tout l’empire des Francs, tant en Neustrie qu’en Austrasic. C’était un homme accompli, qui rétablit l’ordre et la discipline, tint régulièrement les assemblées de mars, et sut si bien gagner l’amour et la confiance du peuple, dont d’ailleurs il soutenait les droits contre les leudes, qu’il réussit à rendre cette dignité héréditaire dans sa famille ( il est enterré à Liège). Charles-Martel, son fils, qui lui succéda, sauva la chrétienté du plus grand danger dont elle ait jamais été menacée.

Charles-Martel contre les Sarrasins. 732.

Un peuple venu du midi, qui, le fer et le feu à la main , avait parcouru et soumis à sa domi-

7s DEUXIÈME ÉPOQUE. 486 — 768.

nation do vastes pays; un peuple que rien ne pouvait arrêter, dont le bras était invincible, et qui , prompt comme la foudre , renversait tout <-e qui lui résistait, le peuple arabe, menaçait l’Europe. Sa croyance ajoutait encore à sa puissance en exaltant son courage; car Mahomet, (pie les Arabes appelaient leur prophète, leur avait enseigné une religion à la vérité tirée des enseignements de Moïse et de J. -G. ; mais connaissant la passion de ces peuples pour les plaisirs des sens, qu’ils mettaient au-dessusde tout, il leur avait promis de grandes récompenses et des jouissances éternelles dans le paradis, s’ils combattaient avec zèle pour leur nouvelle religion et contribuaient à la répandre par tous les pays. Mahomet mourut l’an 622; depuis lui, ils avaient fait de grandes et rapides conquêtes en Asie et en Afrique; et moins de cent ans après sa mort, ils avaient passé le détroit de Gibraltar et étaient arrivés en Espagne en 711 , conduits par Tarie et Musa. Rodcric , roi des Visigoths » qui régnait en Espagne , vint au-devant d’eux à Xérès delà Frontera. Il s’agissait pour lui de la couronne, de la liberté et de la religion des Visigoths ; la bataille fut longue et acharnée; Roderiefut un héros. Mais un traître, un comte qui avait appelé les Arabes, passa du côté del’ennemi et lit décider la victoire; le roi fut tué et avec lui périt la fleur deson armée. Leroyaume des Visigoths devint la proie des Sarrasins, qui étendirent bientôt leur domination jusqu’aux Pyrénées ; de sorte qu’il ne resta plus dans toute l’Espagne qu’un petit coin au nord-ouest, dans les montagnes de la Galice , où les Golhs ne purent être soumis et conservèrent leur liberté.

Quand les Arabes furent maîtres de toute l’Espagne, ils jetèrent les yeux sur la France, et bientôt, franchissant les Pyrénées, envahirent tout le sud de ce royaume. Dans le même temps ils paraissaient aussi devant Constantinople avec une grande flotte et une puissante armée de terre, et semblaient ainsi vouloir embraser l’Europe de l’occident à l’orient pour l’accabler et en extirper le christianisme. Si en effet ils avaient eu la victoire sur ces deux points, leurs deux armées auraient pu venir se réunir au cœur de l’Allemagne et achever ainsi l’exécution de leurs plans. Mais la Providence en avait décidé autrement. D’un côté les remparts de Constan-

tinople et le feu grégeois que les habitants employèrent contre les vaisseaux ennemis, furent des obstacles inexpugnables; tandisquedel’autre ils rencontraient en France le vaillant fils de Pépin , Charles-Martel , ainsi appelé parce qu’il écrasait les ennemis avec sa hache d’armes comme avec un marteau. Il avait fait alliance avec le vaillant roi des Lombards , qui régnait en Italie. Luitprand se tint donc sur les frontières qui le séparaient des Francs pour empêcher les Arabes de les passer], [tandis que Charles passait la Loire et s’avançait au-devantd’cux. 11 les rencontra dans les vastes plaines qui sont entre Tours et Poitiers , et leur livra bataille un samedi d’octobre 752. Les Francs se tenaient en bataillons serrés et couverts par leurs boucliers, comme à l’abri d’une muraille inébranlable. Ils soutinrent ainsi le premier choc des Arabes , qui était toujours le plus violent ; puis tout à coup ils se développèrent, se jetèrent sur l’ennemi, le culbutèrent et lui tuèrent plus de 300,000 hommes avec leur général Abderam.

Ceux qui survivaient s’enfuirent vers le sud delà France; mais Charles les y poursuivit encore , les en chassa et leur imposa une barrière qu’ils ne purent jamais franchir.

Charles mourut en 741 , couvert de gloire par toute la terre à cause de cette grande victoire.

Les Carlovingiens, de 752 à 911. — Pépin le Bref. 752.

Pépin, fils de Charles-Martel, fut aussi maire du palais jusqu’en 752, et gouverna le royaume à son gré en cette qualité, toutefois avec sagesse et équité ; tandis que le roi Childéric III se tenait renfermé comme une femme dans son palais , sans s’occuper du gouvernement. Mais Pépin, s’étant convaincu que les esprits étaient bien disposés en sa faveur, convoqua uneassemblée générale en 751 , et fit décider qu’on enverrait une députation au pape pour lui faire oette question insidieuse : « A qui doit appartenir la royauté , à celui qui a en main toute l’autorité du roi, ou à celui qui n’en a que le nom ? »

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