‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 45 sur 116 · BATAILLE LE MUHLDORF · texte numérisé non relu

BATAILLE LE MUHLDORF

de plus en plus, et se répandit même dans les lieux voisins.

Bataille de Muhldorf. 1322.

Mais en Allemagne la querelle n’était pas finie entre Frédéric d’Autriche et Louis de Bavière. Nombre de provinces furent désolées par le fer et le feu , jusqu’à ce qu’il se livrât un combat décisif entre Muhldorf et Ampfingen, en Bavière (1322). Frédéric se laissa entraîner inconsidérément à cette bataille, sans attendre son frère Léopold qui arrivait avec des secours. Elle commença au lever du soleil etdura dix heures. Frédéric y combattit comme un bon chevalier à la tète de ses gardes, dans un habit éclatant d’or, et portant sur son casque la brillante aigle impériale. Louis au contraire n’assista pas à la bataille. Vers midi , l’habile général de Louis, Seyfried Schweppermann de Nuremberg, opéra un mouvement d’après lequel les Autrichiens eurent le soleil, la poussière et le vent dans le visage ; et en même temps, le burgrave de Nuremberg, encore d’après une disposition de Schweppermann, tombait sur leurs derrières avec 500 chevaux. Pour tromper l’ennemi , cette troupe portait des cornettes et des étendards autrichiens; si bien que Frédéric et les siens crurent que le duc Léopold arrivait lui-même au secours dans le moment décisif. Quand ils reconnurent leur erreur, déjà la fuite avait commencé et le désordre était partout. Frédéric, dont le cheval avait été tué sous lui, fut fait prisonnier avec son frère Henri. Amené par le burgrave de Nuremberg en présence de Louis, celui-ci le reçut en lui disant : « Monsieur mon cousin , nous vous voyons avec plaisir. * Il fut ensuite conduit au château de Traussnilz , dans le hautPalatinat (i).

Rare exemple de fidélité. — Louis devenait

(1) On raconte que les vainqueurs, après la bataille, se trouvèrent dans une grande disette et qu’il n’y avait au camp qu’une petite provision d’œufs , de sorte qu’à la distribution chaque homme ne pouvait recevoir qu’un

ainsi seul empereur d’Allemagne; mais Léopold, frère de Frédéric, et plusieurs autres princes ne voulurent pas le reconnaître et continuèrent la guerre contre lui. De plus, le pape Jean XXII le mit au ban de l’Empire, pour avoir aidé le duc de Milan contre lui. Alors Louis résolut de se réconcilier avec la maison d’Autriche. Use rendit auprès de Frédéric, en 1325, à la prison de Traussnitz, conclut avec lui un traité par lequel Frédéric renonçait à tous ses droits à la dignité impériale et se soumettait encore à d’autres dures conditions; alors il le laissa sortir de prison, après une captivité de trois ans et demi qui l’avait tellement changé qu’il n’était plus reconnaissable. Sa femme Élisabeth d’Aragon l’avait pleuré avec tant de continuité qu’elle en était devenue complètement aveugle. Frédéric , devenu libre, employa tous les moyens qui étaient en lui pour remplir toutes le conditions du traité : il commença par rendre publique par des lettres autographes sa renonciation à l’Empire, et engagea tout le monde à se soumettre à Louis. Cependant , ni le pape, ni Léopold ne se crurent liés par cet accommodement; et ils continuèrent tous les actes d’hostilité possibles contre Henri. Alors, ces deux princes donnèrent l’exemple d’une amitié et d’une fidélité qui leur fait le plus grand honneur. Frédéric persista dans sa réconciliation avec Louis, malgré toutes les représentations de son frère et même celles du pape qui voulait le délier du serment qu’il avait fait ; et Louis, de son côté, sentant le prix de cette constance et se rappelant les sentiments d’amitiéqui avaientuni leur enfance (ils avaient été élevés ensemble), résolut de partager l’Empire avec lui par un acte public. Frédéric vint donc le trouver à Munich, et Louis allait lui confier le soin de protéger son propre royaume contre Léopold même, parce qu’il était sur le point de partir pour aller porter du secours à son fils Louis en Brandebourg, contre le roi de Pologne; mais l’expédition n’eut pas lieu et les deux princes conclurent, le 2 septembre 1325,

œuf. « Eh bien ! s’écria Louis , voici à chaque homme un œuf ; mais deux au vaillant Schweppermann ! » témoignage que l’honneur de la victoire élait à lui.

à Munich, un traité dans toutes les formes, qui rendait commune entre eux l’administration de l’Empire. D’après ce traité, ils devaient tous les deux porter le nom de roi des Romains, s’appeler frères et se tenir pour tels. Chacun devait à son tour apposer sa signature à l’expédition des pièces , et le sceau de Louis devait porter le nom de Frédéric avant le sien propre, et de même celui de Frédéric devait porter celui de Louis le premier. Ils devaient en commun accorder les fiefs; cl surtout ils devaient posséder et gouverner en commun l’empire romain pour lequel tous deux avaient été choisis et nommés, comme ne faisant qu’une seule personne. Les deux amis se jurèrent de nouveau fidélité, mangèrent à la même table et dormirent dans le même lit, comme ils avaient fait dans leur enfance.

Le pape Jean , qui ne connaissait rien de la façon d’agir des Allemands et ne comprenait point une pareille fidélité, écrivait à ce sujet au roi de France, qui n’en était pas moins étonné que lui : « Cette incroyable amitié et fidélité m’a été assurée par une lettre d’Allemagne, à laquelle on peut se fier. » Cependant Frédéric ne continua pas longtemps à prendre part au gouvernement; car, accablé de ses nombreux chagrins, il voulut se retirer dans la retraite pour s’appliquer à une muette contemplation et mourut, en 1330, au château de Guttenstein. Sa femme l’avait précédé depuis quelque temps.

Première réunion des Électeurs à Rens. 1558.

Cependant la maison d’Autriche, aussi bien que le pape, étaient toujours ennemis de Louis de Bavière et faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour lui nuire; de sorte que son règne fut en proie à toute espèce d’agitations intérieures et qu’il ne put bien conduire le gouvernail de l’Etat, quoique la noblesse et la bonté de son âme aient dù en tout autre temps en faire un très-bon souverain, bien qu’avec un peu de faiblesse. Il serait difficile de dire jusqu’à quel point on peut l’accuser ou bien s’en prendre à

la difficulté des circonstances; cependant sa conduite parut souvent inconstante; tantôt il employa les prières, tantôt il fit une opposition tranchée, tantôt il se lia avec le roi de Bohème, tantôt avec celui d’Angleterre, et en dernier lieu même avec celui de France; pour se faire relever de l’excommunication, il envoya peut-être plus de sept députations au pape et toujours inutilement. Car les papes ne demeurant plus alors à Rome, mais ayant transporté pour quelque temps leur siège à Avignon, se trouvaient par là sous la puissance des rois de France, et étaient obligés de suivre leurs volontés. Or, dès ce temps-là même, elles n’étaient rien moins que portées pour nous; ils aimaient à voir la dissension en Allemagne et empêchaient la réconciliation du pape avec l’Empereur , comme le pape Benoit XII en fit luimême en pleurant l’aveu en secret aux princes allemands. D’un autre côté le roi Jean de Bohème, après s’être assuré contre la maison d’Autriche, se porta pour ennemi de la maison de Bavière, à l’agrandissement de laquelle il voulut mettre tous les obstacles possibles; de sorte que ce prince aventurier, qui sans cesse parcourait l’Europe à cheval comme un courrier, réussit à jeter en Italie un brandon de discorde qu’on ne put pas éteindre et qui confirma encore davantage le pape et le roi de France dans leur inimitié contre l’empereur Louis.

Alors les princes élect eurs d’Allemagne firent en l’année 1538 à Rens sur le Rhin, pour la sûreté de l’Empire, une ligue célèbre qui fut connue sous le nom de première réunion des électeurs. Ils y jurèrent de la manière la plus solennelle que, puisque le saint empire romain était attaqué de toute façon dans son honneur, dans ses droits, dans ses biens, pressé et opprimé, eux le défendraient, le soutiendraient courageusement de toute leur puissance, de toutes leurs forces contre toute espèce d’agresseurs. De plus, celte protestation fut solennellement approuvée par tous les autres Etals dans une diète de l’Empire (t) qui déclara en outre: « Que la dignité et la puissance impé-

(1) C’est la pragmalique-sanclionqui fut révoquée par Clément VI cl l’empereur Charles IV. N. T.

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