CHARLES IV
on les chassa du pays. Enfin les princes et surtout le pape et les évêques prirent en main la cause de ces malheureux persécutes , et sauvèrent les restes de ce peuple. L’histoire n’a rien mentionné de ce que fit l’empereur Charles pour le bien général de ces temps de calamité.
L’œuvre le plus important qu’il ait fait pour l’Allemagne, c’est la bulle d’or, décret impérial qu’il promulgua en 1336, qui réglait les droits des sept électeurs, le rang des principaux officiers de l’Empire à l’assemblée élective à Francfort et au couronnement à Aix; il donna encore quelques autres règlements, entre autres , un qui rendait le droit de guerre pourvu qu’il y ait eu trois jours accomplis après la déclaration. Ce n’étaient pas de pareilles dispositions, toutes relatives à un but accessoire et non essentielles qui pouvaient rétablir l’Empire et lui rendre sa dignité; car, au contraire, les préférences que l’on eut ensuite pour la maison électorale excitèrent plus que jamais les divisions , la jalousie , l’égoïsme ; de sorte que l’on pourrait dater de la bulle d’or plutôt la décadence de l’Empire que sa restauration. Les sept princes électeurs, qui du reste exerçaient ce droit depuis un siècle, étaient trois ecclésiastiques, les archevêques de Mayence, de Trêves et de Cologne , le duc de Bohême , le duc de Saxe-Wittenberg, le margrave de Brandebourg et le comte palatin du Bhin.
Charles a travaillé pour l’agrandissement de sa propre maison avec une grande habileté et un bonheur extraordinaire; par sa première femme, Anne, princesse palatine, il lui apporta le haut Palatinat; par sa deuxième, Anne de Schweidnitz et de Jauer, il lui apporta des droits sur cette belle lisière du sud-ouest de la Silésie qui s’étend le long de la frontière de Bohème; et meme , comme son père Jean et lui .avaient réduit successivement, tant par la ruse que par la force, tous les autres princes de la Silésie à se soumettre et à reconnaître la suzeraineté de la couronne de Bavière, il réunit en 1353, par un acte authentique, toute la Silésie et la basse Lusace au royaume de Bohème. Il acquit aussi la Marche de Brandebourg de la maison de Bavière, qui n’en avait fait ellemême l’acquisition que peu auparavant sous l’empereur Louis: car profitant du défaut d’é-
nergie des deux margraves Louis le Romain et Otton, il les décida à faire avec lui un traité par lequel ils réglaient que si les margraves mouraient sans enfants, la Marche, au lieu d’aller à leurs cousins de la maison de Bavière, écherrait à la maison de Luxembourg. En ellet, bientôt après , Louis mourut et l’indolent Otton abandonna même de son vivant à l’empereur Charles le gouvernement de son pays, 1373. Il mourut méprisé et oublié en 1379. Charles réunissait donc ainsi le Brandebourg avec le royaume de Bavière, et contrairement à toutes les institutions d’Allemagne qui voulaient que tous les électorats fussent indépendants; mais il ne songeait qu’à augmenter les possessions de sa maison. Du reste, il partagea dès lors à cette nouvelle acquisition ses soins vraiment paternels, comme il avait coutume de faire pour tous ses Etats héréditaires. Sa domination s’étendait donc sur une quantité de beaux pays , depuis la limite de l’Autriche , près du Danube, jusqu’en Poméranie. Mais comme il arrive toujours à un égoïste, il se trouva que Charles avait acquis et travaillé pour un étranger ; car son fils même, Sigismond , engagea la Marche de Brandebourg à la maison de Hohenzollern (î) et jeta ainsi les fondements de la grandeur de cette maison ; et la plus grande partie de ses autres États vinrent à la maison d’Autriche, qui devait plus lard monter encore plus haut et que lui il traitait si mal. Cette même maison joignit encore à ses États le comté de Tyrol, où la branche de Bavière qui y avait été établie par l’empereur Louis s’éteignit aussi dans le même temps. La maison de Wittèlsbach touchait à sa fin.
Charles vint aussi en Italie, mais non pas comme il convenait à un successeur de ces grands empereurs, qui avaient conquis par leur courage la souveraine puissance dans ce pays; car, afin de se faire reconnaître pour empereur d'Allemagne par le pape, il lui avait fallu faire la honteuse promesse que, s’il venait se faire couronner à Rome, il ne passerait qu’un jour dans la ville, qu’il la quitterait avant lesoiretsortirail toutdroildes États del’Église.
(l)Les 400,000 ducats qu’il avait reçus ne purent être remboursés , et cent ans plus tard , en 1517 , la maison de brandebourg en fut investie. N. T.
Il vint donc à Homo le jour de Pâques, fut couronné, et le même jour, sous prétexte d’une partie de chasse, il sortit de la ville et des Etats du pape. Les Romains qui ne connaissaient pas le motif de cette conduite, en furent très-étonnés , et Pétrarque, le poêle célèbre, dont les lettres enthousiasmées le pressaient sans cesse de faire reparaître l’ancien empire d’Allemagne, lui écrivit alors : « Que pensezvous que vous eussent dit vos aïeux, les anciens empereurs il’ Allemagne , s’ils vous eussent rencontré dans les montagnes des Alpes rentrant si honteusement. »
Dans les derniers temps de sa vie, son amour pour la France le porta à en faire encore une fois le voyage , et il mourut aussitôt après son retour, en l’année 1378.
Venceslas. 1378—1400.
Charles IV avait d’avance obtenu des princes, qu’ils nommeraient après lui son fils Wenceslas; mais, si le père n’avait été conduit que par l’égoïsme et n’avait eu d’habileté que pour chercher son avantage particulier, le fils, quoique doué par la nature d’heureuses qualités , fut sans activité, indifférent et seulement adonné aux plaisirs des sens, particulièrement à la boisson et à la chasse; de sorte qu’il ne fil aussi rien d’important pour l’Allemagne et même pour ses pays héréditaires.
Ce fut une époque effroyable par ses désordres; l’Empire avait perdu toute sa considération; la religion s’éteignait et le christianisme était partagé en deux partis. Il y avait deux papes au lieu d’un, l’un à Rome, l’autre à Avignon ; tous les deux lançaient des excommunications l'un contre l’autre, et dans leur colère versaient des anathèmes sur tous les pays et les peuples attachés à leur adversaire. Il semblait que les mœurs se rapprochaient de la barbarie. Longtemps et toujours inutilement, les hommes les plus justes et les plus raisonnables élevèrent la voix contre cette désolation de l’époque, et demandèrent un concile gé-
néral. Mais Wenceslas, qui en qualité d’empereur aurait dû s’occuper de sa tenue, n’avait ni assez de tète, ni assez de puissance pour cela. Sous son règne se formèrent de plus en plus en Allemagne des associations entre les différents membres de l’Empire pour une défense réciproque, preuve que la puissance impériale était tout à fait annulée, et ces associations l’affaiblissaient encore davantage. La plus puissante était celle de Souabe qui comptai! trente-deux et même plus tard quarante et une villes et plusieurs princes.
D’autres semblables associations parmi les nobles n’étaient pas moins florissantes : par exemple celle des Lions, des Cornes et des Faucons. Ainsi il ne pouvait manquer d’y avoir les guerres de toute espèce. Les villes de Souabe prirent pour modèle la confédération suisse, qui s’agrandissait de plus en plus ; car elle avait reçu dans son alliance plusieurs villes du pays : Berne, Zurich, Soleure, Zug, qui prirent le nom de villes fédérées. Ainsi , comme dans le moment des haines entre les partis le plus souvent il n’y a aucune modération des deux côtés , il est à croire que les plaintes des princes et des nobles étaient fondées dans bien des cas, lorsqu’ils accusaient les villes de leur ravir tous les gens qui leur devaient service en leur accordant injustement protection et droit de bourgeoisie. De pareilles plaintes donnèrent lieu à une nouvelle guerre entre les Autrichiens et les Suisses.
Bataille de Sempach. 1380.
Le duc d’Autriche Léopold, non moins fier et moins bon guerrier que ce Léopold qui combattit à Morgarten , était irrité contre les Suisses ; parce qu’ils avaient admis dans leur alliance plusieurs villes et villages qui lui étaient soumis , par exemple Entlibour , Sempach , Meyenberg et Reichensee. Ses plaintes étaient fondées, mais aussi l’Autriche avait bien quelque chose à se reprocher; car ses avares et inhumains employés avaient opprimé le