BATAILLE DE SEMPACH
chèrement leur vie. Six cent cinquante-six comtes, seigneurs et chevaliers périrent clans cette bataille. Il fut inutile à Jean de Hasenbourg d’avoir prévu le malheur ; il périt, et à côté de lui tomba Jean d’Ochsenstein , qui s’élait si bien raillé de sa prudence. Comme presque tous les chefs avaient péri du côté des fédérés aussi bien que du côté des ennemis, les vainqueurs s’arrêtèrent tout d’un coup malgré leur fureur, accablés eux-mêmes par la chaleur et par la fatigue. Ceux des Autrichiens qui vivaient encore cherchèrent à sauver leur vie , et les Suisses qui étaient arrivés aux bagages ne résistèrent pas au plaisir de faire du butin.
Telle fut la fin de la célèbre journée de Sempach. Cette victoire des fédérés suisses et une autre près de Nœfels affaiblirent tellement la puissance autrichienne, que dans l’année 1389, par l’entremise des villes impériales du lac de Constance, on fit une paix de sept ans, par laquelle les Suisses conservaient toutes leurs conquêtes et tout ce qui s’était rattaché à eux. Mais l’Autriche reprenait ses principales possessions dans l’Argovie et la Thurgovie.
Le bonheur des Suisses excita de nouveau le désir de la guerre dans les villes d’Allemagne. L’ancien ressentiment entre la noblesse et la bourgeoisie fit un nouvel éclat, surtout en Souabe, sur le Rhin et dans la Wétéravie. Mais ces villes n’avaient plus les gorges des montagnes, et leurs habitants n’étaient pas les pâtres de Suisse. Elles furent battues en plusieurs rencontres, entre autres, entre Weil et Dœflingen par le comte Eberliard de Wurtemberg , et près de Worms par le comte palatin Robert. Cependant, en 1589, le calme fut rendu en quelque façon au pays par la paix qui fut proclamée à Éger. Ce fut une époque bien désastreuse pour la Ravière, la Souabe, la Franconie et tout le haut Rhin. 11 mourut plus de monde , dit la chronique de Ivœnigshofen, que dans cent ans d’une autre époque. Presque tous les habitants de la campagne furent obli-
(1) Ce fut ce prince qui , soupçonnant la fidélité de sa femme , voulut forcer son confesseur, Jean de Népomucène , de lui dévoiler les secrets que la reine pouvait lui
gés de se tenir dans les villes pendant l’hiver. Dans quelques provinces on parcourait quelquefois dix milles sans trouver un seul village, une seule maison , sauf des villes et des forteresses ; tant le feu et la mort avaient dévasté toutes les campagnes.
L’empereur Wenceslas n’avait pas assez d’énergie ni assez de considération pour venir interposer son autorité entre les villes et la noblesse et vider les querelles : de plus , il ne venait que rarement en Allemagne; car après l’année 1390 il n’y rentra qu’au bout de six ans. Les Bohémiens , qui déjà étaient mécontents de lui, quand plusieurs cruautés de sa part vinrent s’ajouter à sa paresse pour le rendre encore plus odieux , l’enfermèrent dans le château de Prague jusqu’à ce que Jean , son plus jeune frère, vint le délivrer. Ce coup acheva de le perdre en Allemagne , et dès l’année 1400 les princes procédèrent à sa déposition. Les griefs contre lui étaient : que le saint empire romain, la sainte Église romaine et toute la chrétienté , au lieu de trouver en lui consolation, appui et secours, avaient plutôt été déchirés , abaissés et abandonnés par lui ; que tout cela lui avait été souvent et sans crainte représenté, mais que cependant il n’avait point favorisé la paix de l’Église et ne s’était point inquiété de toutes les dissensions et agitations de l’Empire ; de sorte que personne ne savait à qui demander justice, ni à qui recourir pour trouver protection et sûreté; que comme tous ces avertissements n’avaient servi à rien, les princes ont dû nécessairement prendre le parti de lui défendrede s’occuper désormais en aucune façon de l’Empire; et qu’en conséquence ils déposent l’empereur Wenceslas comme négligent et indigne (î).
Le jour suivant, ils choisirent pour empereur, Rupert, palatin.
avoir confiés. Sur le refus du confesseur, il le fit jeter dans la Moldau. Il était ivrogne et cruel. Art de vérifier les dates. ) A. T.
«08 CINQUIÈME ÉPOQUE. — lo^O.
Rupert ou Robert palatin. 1400 — 1410.
L’année suivante, Wenceslas qui était demeuré en possession du royaume de Bohême , fut une deuxième fois fait prisonnier par son frère Sigismond et renfermé à Vienne pendant dix-neuf mois.
Rupert était un chevalier actif et résolu, qui s’efforça de rendre à la dignité impériale sa considération; mais le désordre était alors trop grand et son règne fut trop court pour qu’il pût atteindre son but. Une expédition qu’il lit en Italie fut également sans succès. 11 mourut en 1410, sans avoir rien fait de digne de passer à la postérité; et un concile général qu’il avait convoqué en 1409 pour apaiser toutes les divisions dans la chrétienté, ne put être assemblé à cause de sa mort prématurée.
Sigismond. 1410—1437.
Peu s’en fallut qu’il n’en fût de l’Empire comme de la papauté, c’est-à-dire qu’il n’y eût trois empereurs à la fois : Wenceslas le déposé, son frère Sigismond, électeur de Brandebourg, qui était aussi devenu roi de Hongrie, tant par son mariage que par élection , et le troisième Jodekus ( Jossc ) , margrave de Moravie , son cousin; car ces deux derniers s’étaient partagé les suffrages des princes allemands. Mais .fosse mourut l’année suivante, et Sigismond fut unanimement reconnu dans une nouvelle diète.
Sous certains rapports , cet empereur était le plus distingué de ceux de la maison de Luxembourg. Son extérieur était agréable et plein de majesté; il était grand, bien fait, et les belles boucles de cheveux blonds qui décoraient son visage , en faisaient un des plus beaux princes de son temps. Il avait un esprit vif, la répartie prompte, et pouvait passer pour un prince savant; il parlait six langues.
Sa loyauté, un air ouvert , lui gagnaient tous les cœurs ; sa volonté était franchement de faire le bien. Mais avec toutes ces belles dispositions, et ces brillantes qualités, il n’avait pas pour agir de l’énergie en proportion. Il était chancelant et irrésolu et ne pouvait pas poursuivre avec force les grandes pensées qu’il avait; aussi n’a-t-il pu tirer parti des grandes circonstances de son temps; de plus c’était un dissipateur qui dépensait tout ce qu’il avait et se trouvait toujours gêné.
Le premier objet de son attention, fut le grand schisme qui était dans l’Eglise; car il y avait un pape en Italie, un autre en France et un troisième en Espagne, et chacun d’eux lançait de chez lui des anathèmes contre ses adversaires et les pays qui lui étaient soumis. Enfin s’assembla le concile de Constance , l’an 1414, et l’on ne vit jamais une assemblée plus grande et plus brillante. Il s’y trouva, outre le pape, trois patriarches, celui de Constantinople, celui deGrado et celui d’Antioche, vingtdeux cardinaux, vingt archevêques, quatrevingt-douze évêques , cent vingt-quatre abbés, dix-huit cents ecclésiastiques du bas clergé, quantité de docteurs et maîtres dans les sciences et les arts , même des envoyés des universités de Paris, Orléans, Cologne, Vienne et autres; enfin plus de seize cents princes , seigneurs, comtes cl chevaliers, tous avec une suite plus ou moins nombreuse ; de sorte que le nombre des assistants montait à plus de cent mille, on l’a même porté à cent cinquante mille sans compter trente mille chevaux.
Des trois papes on ne vit paraître que celui de Rome, Jean XXIII , qui avait lui-même convoqué le concile dans l’espérance de faire déposer ses deux adversaires et de se faire confirmer. Mais le concile avait résolu , malgré l’opposition des Italiens, de déposer ces trois papes, afin d’arracher jusqu’à la racine du mal. On était convenu : 1° Que les évêques et les abbés ne prendraient pas seuls part au vote, comme on avait toujours fait jusqu’alors; mais qu’on accorderait encore ce droit aux docteurs en théologie, aux docteurs en droit canon et en droit civil, même aux princes et à leurs envoyés et enfin à tous les prêtres qui y assistaient. 2° Que les voles seraient recueillis