CONCILE 1)E CONSTANCE
non par individu , mais par nation ; de manière que les quatre nations principales eussent chacune un vole, Allemands, Anglais, Français cl Italiens (les Espagnols n’étaient pas encore arrivés). Car si en eilet on eût recueilli les suffrages par individus, les Italiens, qui étaient de beaucoup plus nombreux, l’auraient emporté sur tous les autres.
Les Allemands et les Anglais étaient d’accord pour demander la déposition des trois papes , et bientôt les Français se joignirent à eux. Jean XXIII qui était là présent, fut obligé de signer l’acte d’abdication ; il chercha bien quelques faux-fuyants, mais il finit par donner sa signature; et ensuite, à genoux devant l’autel, il fit tout haut en public la lecture de l’acte d’abdication. Sigismond et tous les assistants en furent ravis de joie; même l’Empereur se levant aussitôt alla baiser les pieds du pape et le remercia au nom de toute la chrétienté d’avoir donné un si bel exemple de renoncement à lui-mème. Mais Jean n’avait cédé qu’en apparence; car déjà il avait pris, avec son ami Frédéric, duc d’Autriche, toutes ses mesures pour s’enfuir. Le 20 mars 1415, un grand tournoi fut disposé par le duc; et quand tout le monde était le plus occupé à la fête, le pape s’échappa déguisé en postillon et se retira à SchatTouse qui appartenait alors à la maison d’Autriche. Le duc l’y suivit, et dans la nuit plusieurs centaines de prélats italiens et autrichiens quittèrent l’assemblée. Le pape songeait à conserver sa puissance malgré la volonté du concile; mais les pères assemblés, Allemands, Anglais et Français et avec eux l’empereur Sigismond prirent l’affaire au sérieux. Le concile présidé par l’Empereur déclara : « Qu’il tenait sa puissance immédiatement de J.-C., et qu’il était au-dessus du pape ; que par conséquent ses décrets, même sans l’approbation du pape, devaient réunir et réformer l’Église, s Les fugitifs furent poursuivis avec la plus grande sévérité, le duc Frédéric fut excommunié par le concile et mis au ban de l’Empire par l’Empereur; enfin, d’après ses ordres, l’armée impériale commandée par Frédéric, burgrave de Nuremberg , attaqua les pays héréditaires du duc et les lui enleva en grande partie. Les Bernois conquirent l’Argovie et le vieux châ-
teau de Habsbourg d’où était sortie cette famille. ( Ce ne fut que dix ans plus tard que l’Empereur reçut le duc à soumission et lui rendit les biens qui étaient au pouvoir de l’Empire; mais les Suisses ne voulurent jamais rendre leurs conquêtes et conservèrent l’Argovie et les autres portions conquises. )
Le pape, qui avait été enlevé au duc, fut obligé de se soumettre aux décrets du concile; il fut amené de Fribourg (en Brisgau), où il s’était enfui dans la petite ville de Rotolfzell, tout près de Constance, pour y entendre sa sentence; elle portait : « Que puisqu’il avait publiquement et criminellement abusé des droits et des biens de l’Église romaine, et qu’il avait attristé toute la chrétienté par ses mauvaises mœurs, il était déposé de la papauté. * Jean se soumit à son jugement et fut gardé au château de Heidelberg, jusqu’à l’an 1417, et ensuite à celui de Manheim ; plus lard, il fut relâché et mourut bientôt après avec le titre de cardinal de Frascati.
Le deuxième pape, Grégoire XII, qui résidait en France, déclara, dès le commencement, qu’il était prêt à déposer sa nouvelle dignité si la paix de l’Église l’exigeait; il donna donc son abdication de lui-même, cette année 1415, et devint cardinal-évêque de Porto.
Quant à Benoit XIII, qui se tenait en Espagne, il fut impossible de le porter à la soumission. L’empereur Sigismond entreprit luimême, pour céder aux prières du concile, de passer en Espagne afin de persuader ce vieillard; mais il n’eut aucun succès auprès de lui. Alors le roi d’Aragon , Ferdinand, qui jusquelà lui avait été attaché, lui retira sa protection, et le concile le déposa.
Ainsi fut accompli le but principal du concile; ainsi se termina ce terrible schisme de quarante ans. On put désormais procéder à l’élection d’un nouveau pape; mais les pères du concile avaient dans l’esprit un autre souci, c’était la réforme de l’Église même. Mille abus qui s’y étaient glissés, la dissolution des mœurs dans les membres du clergé, la simonie qui se faisait, excitaient de vives réclamations; et par-dessus tout les prétentions de la chaire de Rome devenues excessives. Le pape voulait avoir en sa puissance toutes les places du
clergé, depuis le plus haut degré jusqu’au plus bas, et restreignait ainsi les libertés dans le choix du chapitre, en même temps qu’il blessait. les droits du seigneur propriétaire; il voulait que toutes les plaintes en matière de religion fussent portées à Home devant son tribunal; il réclamait beaucoup de redevances de la part de tous les princes chrétiens et beaucoup d’autres exigences, qui faisaient que la papauté s’était presque changée en une fonction lucrative à charge aux autres États, et que le pontife avait perdu celte dignité de père, de conseiller et de chef de toute la chrétienté. Le clergé assemblé à Constance voulut donc, au nom des différentes nations, abolir tous ccs abus; tout en garantissant d’ailleurs au pape toute la vénération , tout le respect qui lui étaient dus et en même temps des revenus suffisamment considérables de la part des princes chrétiens.
Les Allemands surtout, avec l’Empereur à leur tête, demandaient avec instance une réforme complète dans l’Église, depuis le haut clergé jusque parmi tous les membres inférieurs; mais les Italiens qui trouvaient dans ce qui existait alors les plus grands avantages, parce que des fleuves d’or affluaient des autres pays à Rome, cherchèrent à décliner une pareille entreprise et ne trouvèrent pas pour cela de meilleurs moyens que demander que l’on commençât par choisir un pape qui put ensuite effectuer cette réforme dans l’Église, comme il le jugerait à propos. Les Allemands au contraire qui avaient remarqué le but qu’on se proposait, voulaient, avec beaucoup de raison, que le concile ne choisit un pape qu’après avoir statué sur la réforme; afin que l’on put exiger comme première condition de son élection la confirmation des décrets. Leurs raisons étaient bonnes et fondées ; cependant les Italiens réussirent à entraîner de leur côté les Français et les Espagnols qui étaient arrivés, et les Anglais reçurent de leur souverain l’ordre de se ranger du côté des cardinaux ; de sorte que les Allemands restèrent seuls et furent enfin obligés de céder.
Le nouveau pape fut donc choisi ; ce fut un Italien , Otton de Colonne, qui prit le nom de Martin V. C’était un homme extrêmement adroit
qui eut le talent d’esquiver tous les projets du concile pour la restriction de la puissance papale. Martin , qui savait parfaitement que pour vaincre ses ennemis, il fallait commencer par les diviser, traita en particulier avec toutes les nations, car chacune avait ses propositions de réforme; et delà sortirent les concordats particuliers.
Ainsi s’évanouit en grande partie le but que s’était proposé le concile, d’une réforme dans la discipline et l’administration de l’Église. Combien salutaire eût été une plus grande réforme ! combien de dissensions n’eùt-elle pas épargnées pour l’avenir ! On se consola par l’idée que désormais tous les dix ans , régulièrement, on assemblerait un concile; mais ce qui n’est pas fait dans son temps est perdu pour toujours : ces conciles décennales ne furent point assemblés.
Martin , après avoir ainsi obtenu ce qu’il voulait , leva les séances du concile le 22 avril 1418, et le 16 mai il sortit de la ville, revêtu d’une chasuble d’or, couvert d’une mitre blanche et monté sur un cheval blanc paré de pourpre. Il marchait sous un ciel portatif et magnifique ; Sigismond était devant lui et conduisait son cheval par labride; troisprinces marchaient de chaque côté et soutenaient la couverture qui était sur le cheval. Telle fut la clôture de ce grand concile de Constance qui dura près de trois ans et demi.
Jean Hus. — Guerres des Hussiles.
Cette assemblée eut encore à décider sur un autre article que ceux dont nous venons de parler, et sa sentence a eu les plus graves conséquences.
L’empereur Charles IV avait fondé à Prague une université sur le modèle de celle de Paris , qui fut bientôt en vogue et très-fréquentée par tous les étudiants des pays voisins. Cependant Charles accorda plus tard de grands privilèges aux Allemands qui la fréquentaient, au grand