‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 51 sur 116 · GUERRES DE · texte numérisé non relu

GUERRES DE

mécontentement des Bohémiens; à tel point qu’ils forcèrent Wenceslas de retirer aux Allemands tous leurs droits. L’an 1409 ( il était encore roi de Bohème), des milliers d’étudiants étrangers, mécontents de ce procédé, abandonnèrent Prague avec leurs professeurs et allèrent fonder ou augmenter d’autres écoles, telles que celle de Leipzig , Ingolstadt et Cracovie. Ce fut dans ce temps que Jean Iius, le plus enthousiaste et le plus savant des professeurs de Bohème , devint recteur de l’université. Il répandit bientôt des principes qui sortaient tout à fait de la voie ordinaire : c’étaient, en grande partie, les enseignements d’un certain Wiclef , prêtre et théologien anglais, qui vivait environ trente ans auparavant. Il déploya son zèle surtout contre la corruption des ecclésiastiques, et prétendit qu’il était contraire à l’Écriture qu’ils possédassent des biens temporels; il poursuivit aussi tous les ordres religieux, et dans l’emportement de son zèle, il dit contre eux des choses fort dures. Telles sont les leçons et bien d’autres semblables encore que llus publiait; il s’éleva aussi avec chaleur contre la vente des indulgences. Bientôt il fut signalé comme hérétique, accusé comme tel et sommé de comparaître à Rome au tribunal du pape. Il n’obéit pas et fut excommunié. Mais il avait déjà un parti puissant et le roi même , Wenceslas, le prit quelque temps sous sa protection ; de sorte qu’on en vint dans Prague et dans d’autres lieux de la Bohême à des engagements où coulait le sang humain , et dans lesquels un autre professeur de l’université de Prague, ami de Hus, joua aussi un grand rôle. Hus fut alors sommé de venir se justifier au concile de Constance, et il y vint avec un sauf-conduit que lui délivra l’empereur Sigismond, sur la recommandation de son frère Wenceslas. Mais l’Empereur n’eut pas alors la même fermeté qu’eut plus tard Charles V à l’égard de Luther, à l’assemblée de Worms. Il se laissa persuader de laisser violer sa parole impériale, sur la représentation : « Que sa parole ne pouvait pas être nuisible à la foi catholique, ni suspendre la justice ecclésiastique ; que d’ailleurs tout homme qui attaque la foi perd , par là même, toute espèce de droit. » Sigismond permit donc que l’on s’emparât de

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la personne de Hus et promit de ne plus s’occuper de celte affaire.

On exigea de Jean Hus qu’il rétractât tous ses écrits, sous peine d’être brûlé comme hérétique. Il préféra ce dernier parti, et fut brûlé publiquement à Constance, le 0 juin 1415, et onze mois plus tard, son ami Jérôme de Prague le fut aussi. Ils moururent tous les deux avec une fermeté qui fut admirée même de leurs ennemis. Leurs restes furent jetés avec les cendres dans le Rhin, dans la crainte qu’ils ne devinssent un objet de vénération pour les Bohémiens.

La nouvelle rapportée à Prague y causa de grands mouvements et une révolte; les Bohémiens imputèrent cette exécution de Hus à la haine des Allemands, el n’en demeurèrent que plus fortement attachés à ses principes, lis allèrent même plus loin ; de nouveaux docteurs publièrent de nouveaux enseignements, et un certain Jacob de Miess se fit surtout une grande suite , en enseignant que la communion devait se faire sous les deux espèces. Les partisans de cette nouvelle doctrine s’assemblèrent sur une montagne qui fut ensuite appelée la montagne de Tabor, et la secte prit de là le nom de Taborite. Le roi Wenceslas n’osait pas troubler ces réunions, parce qu’elles montaient souvent jusqu’à quarante mille hommes ; et, comme il arrive toujours en pareille circonstance , plus ils augmentèrent en nombre, plus le pape et l’Église se déchaînèrent contre eux en les traitant comme hérétiques, et plus aussi allèrentils loin dans les conséquences. Bientôt même ils firent dans Prague une procession solennelle dans laquelle on porta le calice en grande pompe; de sorte que Wenceslas ne se croyant plus en sûreté , abandonna la ville. Il mourut peu de temps après , en 1419.

Un jour que le cortège des hussiles passait devant l’hôlel de ville de Prague, quelqu’un jeta une pierre en bas qui vint frapper un de leurs prêtres ; alors ils se précipitèrent avec la plus extrême fureur dans l’hôtel, et jetèrent par la croisée treize des conseillers ; tandis que la populace, dans l’ivresse de la colère, les recevait en bas sur ses lances el les massacrait. Tel futle signal sanglant de la révolte. Conduits par ce même Ziska qui avait commandé l’assaut

de l’hôtel de ville, ils sc répandirent dans le pays, pillèrent les couvents, torturèrent les prêtres et dévastèrent lesbiens des catholiques. Sigismond , qui après la mort de Wenceslas était devenu légitimement roi de Bohème, demanda des secours à l’empire germanique contre les hussiles et rassembla une armée considérable. Il entra en Bohème en 1420, et assiégea Prague; mais Ziska repoussa vaillamment l’assaut : l’Empereur fut obligé de signer une trêve et de quitter le pays. L’an 1427, les princes allemands firent une nouvelle invasion en Bohème avec quatre armées ; mais déjà l’effroi qu’inspiraient les hussites par leur fanatisme qui les rendait invincibles était si grand , que ces quatre armées ne purent même soutenir leur vue et furent obligées de se retirer en désordre. Ainsi en fut-il encore d’une autre armée que l’on portait jusqu’à cent mille hommes , et qui y entra en 1431. Elle fut si complètement battue près de Riesenberg, que dix mille hommes restèrent sur la place, toute l’artillerie et les bagages furent perdus , et que le cardinal Julien ne se sauva qu’avec peine après avoir perdu son chapeau de cardinal, les insignes de sa dignité et les bulles d’excommunication contre les hussites qu’il portait avec lui. De leur côté les hussites firent des excursions dans la Misnie, la Saxe, le Brandebourg, la Franconie, la Bavière et l’Autriche; et les dévastations qu’ils exerçaient étaient effroyables; c’était une véritable guerre de religion. Un des dogmes des taborites était celui-ci :

« Quand toutes les villes de la terre seront brûlées et réduites à cinq , alors commencera le nouveau royaume du maître; car c’est maintenant le temps de la vengeance , et Dieu est un Dieu de colère. » Il ne restait plus maintenant que les voies de douceur, et tout portait à les prendre; on se donna beaucoup de peine pour faire un accommodement avec les hussites; à la fin cependant le concile de Bàle, assemblé sur ces entrefaites, y réussit. On accorda aux hussites le droit de communier sous les deux espèces , à la condition que les prêtres enseigneraient au peuple que le Fils de Dieu est tout entier sous chaque espèce.

La plus grande partie du peuple de Bohême accepta volontiers cet accommodement; mais

deux partis plus exaltés ne voulurent entendre à aucune modération, à aucun accommodement , les taborites et les waisen qui avaient à leur tête Procope le Gros et Procope le Petit. On en vint même à une guerre déclarée entre eux et les plus modérés; mais ces derniers gagnèrent une grande bataille dans laquelle périrent les deux Procope; et alors seulement l’empereur Sigismond put se faire reconnaître roi de Bohème ; mais il n’avait plus qu’un an à vivre : il mourut en 1437 à l’àgc de soixanteneuf ans, après un règne de cinquante et un ans en Hongrie et de vingt-huit ans en Allemagne. Cet empereur, malgré ses nombreuses et riches provinces , se trouva souvent dans le plus grand embarras d’argent ; parce que ses fréquents voyages surtout exigeaient de grandes dépenses. C’est ainsi qu’en 1417 la Marche de Brandebourg, qui était arrivée sous Charles IV à la maison de Luxembourg avec un titre d’électeur et la charge de grand chambellan de l’Empire, fut engagée au burgrave de Nuremberg , Frédéric de Ilohenzollern , pour une somme de 400,000 écus d’or qu’il avait prêtés en différentes circonstances, entre autres pour le voyage d’Espagne , après le concile de Constance , lorsque l’Empereur voulut aller engager Benoît XIII à abdiquer. Ce fut le 8 avril 1517 qu’eut lieu à Constance la confirmation solennelle par laquelle la maison de Hohenzollern fut mise en possession de cette province, et par suite fut rangée parmi les grands princes de l’Empire. Par un moyen tout semblable , Frédéric le Batailleur , margrave de Misnie et landgrave de Thuringe, acheta de l’empereur Sigismond, pour 100,000 marcs, l’électorat de Saxe et le cercle de Wittenberg, après l’extinction du rameau de la maison d’Anhalt qui possédait la Saxe, Wittenberg et le droit électoral.

Pour conclusion sur le règne de cet empereur ajoutons encore , comme caractère distinctif de cette époque, la lutte qui eut lieu entre le duc Louis de Bavière Ingolstadt et Henri de Landshut. Tous les deux assistèrent au concile de Constance et y portèrent devant l’Empereur leur contestation au sujet des droits que Louis prétendait avoir sur le pays de son cousin. Le duc Henri le Barbu, c’était son surnom , sc

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