‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 53 sur 116 · MAISON D’AUTRICHE · texte numérisé non relu

MAISON D’AUTRICHE

Albert II. 1458-1439.

Après la mort de Sigismond , les princes choisirent en 1438 un empereur delà maison d’Autriche qui depuis lors est restée sur le trône de Germanie, presque sans interruption. Albert d’Autriche, qui déjà régnait en Hongrie, était un prince rempli des plus belles inten-

lions et très-remarquable. Il aurait certainement beaucoup fait pour le bonheur de l’Allemagne , mais malheureusement la mort vint le surprendre dans la deuxième année de son règne , au retour d’une expédition contre les Turcs. On ne trouve presque pas de rois qui, comme Albert, aient été autant regrettés des grands et des petits, des riches et des pauvres.

Dans l’année 1431 , sous le règne de Sigismond , fut assemblé à Bâle un nouveau concile qui avait pour but de poursuivre l’exécution de la réforme de l’Église, déjà commencée à celui de Constance. Mais ce concile fut bientôt en opposition avec le pape Eugène IV, dont il prononça la déchéance , et lui substitua le duc Félix de Savoie, sous le nom de Félix V. A Bàle alors, comme antérieurement à Constance, fut solennellement maintenu le principe que l’assemblée générale de l’Église est au-dessus du pape et la première puissance qui donne des lois dans l’Église. Les Allemands pendant assez longtemps ne se mêlèrent pas de la contestation ; enfin , sous l’empereur Albert II , ils acceptèrent suivant toutes les formes, dans une assemblée des princes tenue à Mayence en 1439, les principales conclusions du concile de Bàle. Les Etats de l’Empire avaient à cette diète les trois électeurs ecclésiastiques et des envoyés pour représenter l’Empereur et les autres princes; plus tard, y arrivèrent des envoyés du roi de France, des rois de Castille, d’Aragon et de Portugal qui se réunirent aux Allemands pour aviser aux moyens d’établir l’ordre dans l’Église ; le concile avait envoyé le patriarche d’Aquileja pour l’y représenter.

Parmi les différentes conclusions qui furent acceptées, il y en eut qui restreignaient singulièrement certains droits dont le pape avait joui jusque alors. Au lieu de ces énormes som mes d’argent qui affluaient à Rome chaque année pour toutes les places ecclésiastiques le: plus élevées, une somme déterminée était fixéf pour l’entretien du pape ( provisio ) ; et le> princes allemands ne consentirent, uniquement comme secours volontaire, que la huitième partie de ce qu’il fallait auparavant envoyer au camérier du pape , quand une charge était vacante: le pape ne pouvait plus possédei

à l'avenir aucune fonction ecclésiastique liors des États de l’Église, et les élections furent rendues aux chapitres. Enfin, pour le choix même du pape, le concile fixa le nombre des cardinaux et détermina les qualités nécessaires pour cela. On admit en principe qu’il y aurait autour du pape un nombre de cardinaux égal à celui des dilférents peuples en relation avec Rome, et (pie ces cardinaux , spécialement occupés chacun de son peuple, apprendraient à le connaître et pourraient dans l’occasion rétablir les questions qui le regardent sous leur vrai point de vue ; « afin que , suivant l’expression du concile, les cardinaux fussent réellement, comme l’indique leur nom, les gonds ( cardines ) sur lesquels s’appuient et tournent les portes de l’Église. » Dès ce temps-là, c’était un obstacle essentiel à la paix des peuples avec l’Église que les cardinaux , qui devaient cependant être des conseillers du pape dans la direction de la république chrétienne , fussent presque tous pris parmi les Italiens.

Ces règlements, avec plusieurs autres, qui pouvaient donner à l’Église de Germanie des droits importants et une grande indépendance furent en grande partie annulés par le cousin et le successeur d’Albert, Frédéric d’Autriche, qui fut élu après lui, l’an 1440, sous le nom de Frédéric III , et par le concordat de Vienne, faussement appelé plus tard concordat d’Aschaffenberg, avec le pape Nicolas V , en 1448 ; de sorte que le concile de Bâle se sépara cette même année sans avoir obtenu le but qui l’avait fait convoquer , après avoir été assemblé pendant dix-sept ans. L’antipape Félix V fit volontairement abdication de sa dignité. Celui qui contribua le plus à ce changement dans les atfaires ecclésiastiques fut l’ancien secrétaire de l’empereur Frédéric, Æneas Sylvius, de la maison de Piccolomini de Sienne , l’homme le plus remarquable de son temps. Antérieurement encore il avait été le secrétaire du concile de Bâle, et s’était montré le plus zélé défenseur des droits des conciles ; mais ayant remarqué qu’une carrière plus glorieuse s’offrait à ses efforts ambitieux, s’il voulait se rattacher étroitement à la chaire de Rome et défendre la dignité du souverain pontife contre tous les dangers qui la menaçaient, il sut ame-

ner son empereur et plusieurs autres princes allemands très-adroitement à suivre toutes les volontés du pape. Plus tard même il devint pape , sous le nom de Pie II ; mais il mourut bientôt après en 1462.

Frédéric III. 1440-1495.

L’empereur Frédéric était un prince bien intentionné, seulement trop pacifique et trop oisif ; son long règne n’offre pas une seule action remarquable ou glorieuse pour l’Allemagne. Frédéric n’avait ni cette volonté énergique, ni cette puissance extérieure nécessaire pour maintenir honorablement la dignité impériale. L’Empire était menacé à l’est d’un danger qui s’approchait chaque jour, et cependant aucunes mesures ne furent prises contre lui. Les Turcs s’emparèrent de Constantinople, le 29 mai 1453 , et mirent ainsi fin à l’empire grec qui avait duré environ mille ans de plus que l’empire romain d’Occident. Ensuite ils s’avancèrent de plus en plus vers l’ouest en remontant le Danube , et même peu s’en fallut qu’ils ne fissent aussi la conquête de la Hongrie. Frédéric aussi bien que le pape parlèrent beaucoup de faire une croisade, mais ce n’était plus l’époque de l’enthousiasme et personne ne se fit attacher la croix. Si même il y eut quelque tentative contre les ennemis du nom chrétien , c’est uniquement au pape Calixte III qu’on en fut redevable. Il fit équiper à ses frais une flotte de seize galères, et ne craignit pas de sacrifier les bijoux les plus précieux de son trésor. Son légat, Jean Capistran, comme un deuxième Pierre l’Hermite , à qui il ressemblait d’ailleurs par la forme de son corps comme pour le feu de son éloquence, ayant réussi à enflammer d’un saint zèle pour le christianisme quelques milliers de pauvres bourgeois, de paysans et de moines, arriva avec eux, en 1456, au moment du plus grand danger, lorsque le sultan Mahomet II assiégeait Belgrade à la tête de cent soixante mille hommes. Si celle place forle fût tombée en son pouvoir,

FRÉDÉRIC III

c’en était fait de la Hongrie, et la route était ouverte aux Turcs pour aller à Vienne. Car ni le jeune Ladislas, roi de Hongrie, ni l’Empereur, ni les princes allemands n’étaient préparés : ils étaient à délibérer au lieu d’agir. Capistran , avec les barques qui avaient amené sa troupe mal armée et à peine fournie de lances , de fléaux, de fourches, commença par battre la flotte turque sur le Danube, qui assiégeait Belgrade, et se jeta ensuite dans la ville. Le général hongrois, Jean Huniades Corvin, avait aussi amené une petite troupe; alors secondé des invincibles croisés, il força la cavalerie turque de se retirer. Restait encore à attaquer leur camp retranché, ce qu’il n’osait faire; il défendit même toute attaque sous peine de mort. Mais le bouillant courage des croisés ne soutirait aucun retard; et Capistran les voyant bien disposés , se mit à leur tète, un bâton d’une main et un crucifix de l’autre, emporta trois retranchements turcs l’un après l’autre, et Huniades avec sa cavalerie vint tomber sur le dos des fuyards. Leur camp fut emporté d’assaut après un chaleureux combat. Tous les approvisionnements et un butin infini furent la proie des vainqueurs ; Mahomet lui-même blessé se hâta de quitter la Hongrie avec le reste de ses troupes ; plus de vingt mille Turcs restèrent sur le champ de bataille; et longues années plus tard la puissance du sultan s’en ressentait encore. Ainsi la chrétienté dut son salut au courage héroïque d’un moine et d’un gentilhomme de Hongrie , tandis que les rois et les princes étaient dans l’inaction ou occupés d’affaires beaucoup moins graves. Si on avait promptement poursuivi les avantages de la victoire avec des forces suffisantes , on aurait renversé peut-être tout l’empire des Turcs. Mais au contraire on se tint en repos; et même nos deux héros, qui auraient pu encore faire de nouvelles tentatives , moururent tous les deux dans cette même annee 1456 , épuisés par des efforts surhumains et atteints d’une maladie contagieuse causée par le trop grand nombre des morts.

(1) L’étude du droit romain fut particulièrement encouragée par Irnerius ou Werner , allemand de naissance , qui érigea une chaire à Bologne pour l’ensei-

Pcndanl ce temps-là l'Allemagne était en proie à toute espèce de contestations et de guerres ; chacun ne pensait qu’à ses querelles particulières et à la poursuite de ses avantages particuliers. Une diète était-elle convoquée pour faire décider une expédition contre les Turcs, on contestait pendant plusieurs mois sur le plus ou moins d’hommes ou d’argent à fournir par chaque prince, si bien qu’à la fi'i toute l’affaire était renvoyée à l’année suivante: ainsi les diètes étaient peu profitables. L’Empereur et les princes se dispensaient d’y venir et se contentaient d’y envoyer des députés qui songeaient, avant tout, à ne pas manquer à l’intérêt de leur maître; fort souvent ces députés étaient des hommes très-versés dans la connaissance du droit romain , à l’étude duquel on se livrait alors avec ardeur (î) ; ils venaient avec des discours adroitement travaillés et avaient cent raisons pour prouver que leur prince ou leur ville avait une part trop grosse sur le fardeau à partager entre tous. Ainsi l’on discutait pour contribuer le moins possible au bien de la patrie et par conséquent on ne produisait jamais rien de bon, rien de grand. Le principe du mal vint aussi de la coutume de ne plus discuter de vive voix, en peu de mots simples et énergiques ; mais de se livrer à des discussions détaillées par écrit. La lettre morte prit la place de la parole. Puis, souvent quand on se croyait sur le point de terminer une affaire, un député prétextait tout d’un coup que ses pouvoirs n’allaient pas plus loin, et il fallait encore attendre plusieurs mois pour reprendre l’affaire. Aussi , depuis ce temps, on ne trouve pas une seule diète qui ait pris un arrêté énergique et complet; toujours le principal de l’affaire fut renvoyé à une autre assemblée, et celte deuxième en demandait une troisième, etc. Combien autres et combien meilleures étaient les diètes au temps que les princes y assistaient avec des vues libres et indépendantes. Ils faisaient plus dans une heure de séance qu’on ne fit depuis dans des semaines , dans des mois entiers.

gner, en 1128 ; et depuis lui, Bologne fut le rendez-vous de milliers de jeunes gens qui y arrivaient de tous les pays.

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