‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 58 sur 116 · LA REFORME · texte numérisé non relu

LA REFORME

plus instruit qu’ait jamais produit notre patrie, qui étendait partout les nouvelles lumières de la science , Reuchlin , dont l’esprit était si vaste qu’on a dit de lui : qu’il réunissait en sa personne tous les arts, toutes les sciences, toutes les connaissances qui ont été trouvées dans le inonde chrétien; et tout cela n’avait pas rapport à des connaissances fastueuses et frivoles, mais à la plus profonde connaissance des hommes, de la nature et de Dieu. Cependant une foule de théologiens déchaînèrent leurs passions contre lui, quoiqu’il vécût avant le temps de la réforme et qu’il n’y prit aucune part. Tous les premiers pasteurs de l’Église, il faut l’avouer, n’étaient pas également plongés dans les ténèbres; car l’évèque d’Augsbourg que nous avons déjà cité, Christophe de Stadion, ne crut pas indigne de lui de faire un voyage de sept jours pour aller à Fribourg apprendre à connaître le célèbre Érasme de Rotterdam; Jean de Dalberg, évêque de Worms , créa une bibliothèque qu’il remplit des meilleurs écrits , et il aima les sciences jusqu’au point de se faire admettre dans la Société des Savants du Rhin, fondée par le poète Conrad Celtes. Mais ce nombre de gens raisonnables était trop petit pour résister au zèle aveugle et insensé de ceux qui , en haine de la lumière, confondaient ensemble le bien et le mal et détruisaient ainsi leur propre empire.

La Réforme. 1517.

Nous avons développé dans le chapitre précédent les raisons qui depuis plusieurs siècles avaient préparé le schisme de l’Église; mais les abus dans la prédication et la distribution des indulgences furent le motif le plus prochain et firent éclater l’orage.

Les envoyés de la cour de Rome allaient offrir dans tous les pays qui reconnaissaient le pape des lettres d’indulgence, par lesquelles les fidèles recevaient la rémission de toutes les peines de l’Église, méritées par leurs péchés. Ce n’était point une innovation; car déjà, dans

les anciens temps de l’Église, quand elle punissait les fautes publiques par de sévères et publiques pénitences, par l’exclusion du service divin, souvent pour plusieurs années, etc., il y avait des pénitents, ceux qui se faisaient remarquer par leur zèle à subir la peine , pour lesquels la durée était abrégée par l’évêque, ou la peine changée en des œuvres de piété. Au temps des croisades, les papes accordèrent à tous ceux qui s’engageaient à courir les dangers et les fatigues de ces expéditions, la rémission de toutes les peines de l’Église qu’ils auraient pu encourir. Plus tard , cette même faveur fut accordée à ceux qui , sans prendre part à ces saintes expéditions , avancèrent pour elles des sommes d’argent. Après le temps des croisades, on étendit le but de ces amendes expiatoires à d’autres œuvres pieuses , à l’édification d’églises, d’écoles, etc. Et quand l’Europe fut menacée de plus près par les Turcs , les guerres contre ces infidèles fournirent encore aux papes une foule d’occasions de répandre des lettres d’indulgence. Mais bientôt la croyance que les lettres d’indulgence effaçaient le péché même, erreur tout à fait conforme aux idées grossières et dépravées de cette époque , se glissa parmi le peuple et y fut entretenue par certains prédicateurs des indulgences ; tandis que d’un autre côté se répandait le doute sur l’emploi des sommes exclusivement à des œuvres de piété. Alors les princes et les peuples élevèrent des plaintes sur l’abus qu’on en faisait, et plus tard le concile de Trente lança un décret contre les criminels prédicateurs des indulgences, « qui se servent de la parole de Dieu pour leur propre lucre. »

Pour tirer des indulgences le plus de gain possible, on imagina de les affermer pour toute une province au plus offrant ; l’acquéreur avait lui-même des sous-fermiers. Tous ces grossiers abus étaient commis par amour du lucre. Pour la vente de ces lettres d’indulgences on choisissait des hommes qui, par leur habileté à se servir de la parole, pussent exciter le peuple à acheter en foule ; et l’impudence de certains prédicateurs alla au delà de toute croyance. Ils vendaient des indulgences pour les plus grands crimes : vols dans les églises , parjures, meurtres ; bien plus on pouvait même obtenir d’a-

vancc, pour les péchés à venir , la promesse de l’indulgence (i).

11 esl tout à fait inutile de dire quelle influence un pareil abus de la religion devait avoir sur la moralité des hommes.

Le mécontentement longtemps comprimé éclata enfin , quand le pape Léon X, en l’année 1316, annonça de nouvelles indulgences , afin de pouvoir achever 1 église de Saint-Pierre a Rome, commencée par son prédécesseur Jules IL La croyance se répandit généralement qu une partie des sommes, notamment la collecte de la Saxe et des autres pays jusqu’à la mer Baltique, n’étaient point destinées à bâtir 1 église de Saint-Pierre, mais bien à la sœur du pape. De plus, les prédicateurs qu’on employa dans cette occasion, surtout un certain Bernard Samson et Jean Tézel, qui parcouraient 1 un la Suisse et l’autre la Saxe , soulevèrent par leur conduite la plus grande indignation.

Alors parut Martin Luther, né en 14b<>, à Eisleben en Thuringe , moine de l’ordre des Augustins et professeur de théologie à l’université de Wittenberg , qui s’éleva publiquement contre les indulgences et lança la veille de la Toussaint, c’est-à-dire le 31 octobre 1317, dans l’église du château de Wittenberg, quatrevingt-quinze propositions par lesquelles il attaquait avec chaleur le trafic des indulgences , et il défiait en même temps tous les savants de les contester dans une dissertation publique.

De pareilles provocations en matière de croyance

n’étaient pas rares ; mais il régnait dans celles de Luther un langage si hardi et un esprit si libre qu’elles obtinrent aussitôt une grande vogue et furent lues avec passion par toute l’Allemagne. « 11 prétendait que le pape n’avait par lui-même aucune puissance pour remettre les péchés, qu’il pouvait seulement déclarer qu’ils étaient remis par Dieu; que tout ce que le pape avait de puissance à ce sujet les évêques et les curés l’avaient aussi ; que quiconque se repentait vraiment de ses fautes, obtenait la rémission de la peine sans les indulgences ; que les trésors du Sauveur et de l’Église appartenaient si bien à tous les fidèles que le pape

(1) Voyez les plaintes que les princes allemands portèrent devant le pape Adrien à la dièle de Nuremberg

n’avait aucun droit à leur en taire une nouvelle distribution , etc. » Du reste il n’avait alors aucunement l’intention d’attaquer l’autorité du pape ni celle de l’ancienne Eglise. Mais déjà sa doctrine sur les indulgences avait soulevé une violente contradiction de la part de Tézel et de ses amis, particulièrement les Dominicains, qui depuis longtemps étaient ennemis de l’ordre des Augustins; ils le proclamèrent comme un hérétique et ils parlaient déjà de glaive et de bûcher.

Dans Rome on gardait le silence , bien que les contestations durassent depuis près de neuf mois. Ce n’est pas que l’affaire n’y fût connue; mais le pape Léon ne la regardait probablement que comme une tracasserie de moine, et surtout, on ne connaissait point l’Allemagne à Rome. On la regardait toujours comme un pays demi-sauvage, dont la population était patiente, accoutumée à l’obéissance et lente à prendre une résolution : cette ignorance sur notre peuple et ce mépris pour lui furent mortels pour la chaire pontificale et causèrent chez nous des désordres inexprimables.

Enfin, au mois d’août 1318, Luther fut appelé à Rome pour avoir à répondre devant le tribunal du pape. Mais, l’électeur de Saxe aussi bien que l’université de Wittenberg, qui, fondée tout nouvellement, devait à Luther son rapide accroissement , ne voulurent pas lui laisser faire ce voyage trop dangereux.

Il obtint par leur entremise la permission de résler son affaire en Allemagne et enfin de se

présenter, au mois d’octobre 1318 , à la dicte d’Augsbourg, devant le nonce du pape, Thomas de Vio, de Gac;te, connu ordinairement sous le nom de Cajetan. Celui-ci exigea de lui une rétractation. Luther déclara qu’il y était tout disposé , pourvu qu’on pût le convaincre d’erreur par l’Écriture sainte. Mais le cardinal qui regardait comme contraire à sa dignité de disputer avec un moine, finit promptement la contestation en ces termes : « Va-l-cn et ne reviens que pour faire la rétractation. » Alors Luther lui fit remettre un écrit justificatif , où il avouait s’être laissé emporter cl n’avoir pas

en 1522. Histoire <T Allemagne , par Schmidt, l. xi, p. 58.

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