‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 60 sur 116 · DIETE DE WORMS · texte numérisé non relu

DIETE DE WORMS

aussi bien que l’épée ; à la fois guerrier cl savant, avec une éloquence mordante et déchirante et toujours prêt aux entreprises les plus hasardeuses. Un jour que quatre Français avaient tenu des propos peu honorables pour l’Empereur , il les provoqua en duel pour soutenir l’honneur des chevaliers allemands et les vainquit tous quatre; sa plume était aussi tranchante que son épée , quand il l’employait contre les moines , contre les abus de la religion, contre les adversaires des langues anciennes et delà civilisation, ou môme contre les Turcs et les Français. Hutten fit une satire en latin qui fut bientôt répandue par toutes les villes de l’Europe.

Cette âme de feu entra aussitôt du côté de Luther, moins peut-être par zèle de religion que parce que son entreprise était téméraire et dangereuse; il écrivait et parlait pour lui et aurait volontiers tiré l’épée pour lui.

Un homme encore plus important parmi la noblesse et aussi ami de Luther, était François de Sickingen , vaillant et noble chevalier franconien, doué de si grandes qualités que quelques princes le trouvèrent autrefois digne de la couronne impériale. 11 offrit à Luther un asile dans son château et toute la protection de ses armes et de celles de ses amis, s’il était poursuivi. Luther remercia; et quand Sickingen, qui ne pouvait rester tranquille et peutêtre nourrissait dans son esprit de grands projets d’ambition , prit querelle en 1522, avec Richard, archevêque de Trêves, et lui déclara la guerre, Luther s’y opposa formellement. Son entreprise fut une des dernières démonstrations du droit du poignet en Allemagne; un seul chevalier, avec ses amis, se forma une armée de douze cents hommes, osa combattre malgré la défense de la diète de l’Empire et d’un de ses puissants princes, tomba sur son territoire, le désola de long en large et ne rentra dans ses châteaux que quand deux autres princes s’unirent à l’archevêque, Louis, électeur palatin, et Philippe, landgrave de HeSse.

11 fut lui-même, l’année suivante, assiégé par eux dans son château de Landshut , vivement pressé et même fait prisonnier après avoir été grièvement blessé. Il mourut quelques

jours après et ses ennemis mêmes ne pouvaient taire leur admiration pour lui et la douleur qu’ils ressentaient de voir une puissance comme la sienne succomber de la sorte, sans avoir pu se développer sur un plus grand théâtre. La chute de Sickingen n’eut aucune influence sur les affaires de Luther; car il avait eu soin de les tenir à l’abri de toutes démonstrations extérieures et politiques , dans lesquelles ces chevaliers voulaient les entraîner. Et ce fut la cause principale de la durée de ce qu’il avait fondé. S’il s’était laissé aller à une lutte extérieure, toute la force d’activité de la nation se serait consommée et tout le mouvement de 1 époque aurait passé comme un spasme d’un instant.

Frédéric le Sage , électeur de Saxe, fut celui des princes allemands qui prit le plus activement parti pour Luther. Au commencement il ne voulut point entrer de son côté ; il ne le défendit point et se contenta d’empêcher qu’il ne fût livré à ses ennemis avant qu’il ne se fût acquis une conviction. Ce ne fut qu’à la diète de Worms qu’il se prononça tout à fait pour lui. « Les affaires d’Allemagne, disait-il, en 1525, à Nuremberg, sont si avancées qu’il n’est plus au pouvoir des hommes de leur donner une bonne direction. Dieu seul en est capable; il faut donc lui recommander celte importante affaire qui est au-dessus de nos forces. »

Peu à peu plusieurs princes se déclarèrent pour la nouvelle doctrine, quelques-uns certainement par une intime conviction; mais d’autres se rendirent coupables des accusations de leurs adversaires : de s’être laissé entraîner par l’appât du butin qu’ofTraient les biens ecclésiastiques.

Diète de Worms. 1521.

A la grande diète de Worms, on voulait terminer toutes ces querelles de religion qui déjà occupaient beaucoup les esprits en Allemagne. Le pape y avait envoyé un légat, le cardinal Aléander, pour engager l’Empereur et les princes à recourir à l’autorité de la puissance tem-

porelle contre Luther. Ce légat, à son grand étonnement, trouva que déjà toutes les classes du peuple étaient déclarées contre le pape. 11 vit partout répandus des écrits, des chansons, des tableaux qui tournaient le pape en ridicule; et le légat lui-même, quoiqu’il voyageât parmi la suite de l’Empereur, se vit exposé à des traitements fort molestants et souvent même en danger pour sa vie. À la diète cependant , sans entrer au fond de la question, il se contenta de requérir les mesures les plus violentes contre un homme déjà condamné comme hérétique, et présenta en même temps aux princes un grand nombre de propositions tirées des écrits de Luther, qui prouvaient qu’il s’écartait des enseignements de l’Église, même dans les principaux articles de foi et particulièrement dans ceux admis par le concile de Constance. Mais l’électeur de Saxe se leva alors contre lui et demanda qu’on entendit Luther pour savoir de lui , si ces propositions étaient bien extraites de ses écrits et s’il les reconnaissait. L’Empereur et les princes furent de cette opinion ; le cardinal s’y opposa en disant que ce qui avait déjà été décidé par le pape, ne pouvait pas être examiné par une diète composée de laïques et d’ecclésiastiques. On répondit qu’on ne voulait pas examiner la croyance de Luther, mais seulement entendre de sa propre bouche s’il a réellement écrit et enseigné ce pourquoi il a été condamné ; et que pour cela il fallait qu’il fût appelé. Ce fut là un des pas les plus importants dans l’histoire de la réforme ; et c’est ainsi que l’affaire de Luther fut publiquement traitée dans une assemblée nationale.

Ses amis, et particulièrement l’électeur de Saxe, demandèrent pour lui un sauf-conduit impérial et inviolable; on le lui promit et il se mit en route de Willenberg pour venir à Worms. Dans ce voyage, il apprit à connaître la force de son parti ; car le peuple affluait par milliers de tous côtés au-devant de lui pour le voir et le saluer; et quand, le lendemain de son arrivée, il fut conduit à la diète, le 47 avril, le grand maréchal de l’Empire fut obligé de le faire passer par les jardins et les maisons de derrière, tant était grande la foule. Sa vue ne produisit pas la même impression sur tous

les assistants ; car l’empereur Charles se tournant vers son voisin, lui dit, raconte-t-on: « Jamais cet homme ne fera que je devienne un hérétique. » En effet, Luther était pâle et accablé par une lièvre minante et continue; et la vue de cette grande assemblée, la pensée qu’il y comparaissait tout seul, devant l’Empereur et l’Empire, semblaient avoir absorbé toutes ses facultés. Un vicaire de l’archevêque de Trêves lui demanda, au nom de l’Empereur et de l’assemblée, s’il reconnaissait pour siens ces livres qu’on lui représentait et s’il soutenait les propositions qui y étaient contenues. Pour la première partie, il répondit : oui; et, quant à la deuxième, il demanda un peu de temps de réflexion. On lui accorda jusqu’au lendemain. Le lendemain il répondit publiquement au milieu de l’assemblée : « Que ses écrits étaient de trois espèces; que les uns, qui traitaient des articles de foi et des bonnes œuvres, n’étaient pas même blâmés dans toutes leurs parties par ses adversaires, et que par conséquent il ne pouvait pas les rétracter sans blesser sa conscience; que d’autres attaquaient la puissance du pape et ses décrets, et que s’il les rétractait, il confirmerait par cela même la tyrannie du pape en face de toute la terre; que la troisième espèce enfin était dirigée contre ceux qui défendaient la papauté et avaient écrit contre luimême; qu’il avouait avoir écrit avec un peu de violence et d’amertume , mais qu’il fallait faire attention à la manière dont il avait été luimême traité par ses adversaires. » Enfin il conclut : s Que si on pouvait le convaincre d’erreur par les saintes Écritures, il était tout prêt à jeter de sa propre main ses écrits au feu. »

Le chancelier répondit à cela qu’ils n’étaient pas assemblés ici pour disputer, mais seulement pour entendre de sa bouche s’il voulait faire une rétractation. Alors il déclara, avec la plus généreuse fermeté, que sa conscience le lui défendait; et il fut congédié.

On disposa encore pour le jour suivant une conférence particulière avec Luther, à laquelle l’électeur même de Trêves prit une part trèsactive ; mais toutes les tentatives pour le ramener à une rétractation furent inutiles; et quand l’électeur enfin lui demanda s’il ne con-

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