‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 62 sur 116 · AFFAIRES RE CHARLES-QUINT HORS I)E L’EMPIRE · texte numérisé non relu

AFFAIRES RE CHARLES-QUINT HORS I)E L’EMPIRE

pape, qui venait de faire une alliance avec François Ier; eniin une armée qui manquait de tout et était dans le découragement par suite d’une longue retraite. Mais leur courage, leur sagacité, leur bonne fortune, changèrent toutes les chances en leur faveur.

Bataille de Pavie, 1525. — Le commandant qui défendait Pavie, don Antonio de Leyva , ne se laissa pas ébranler et soutint le siège avec opiniâtreté, jusqu’en février 1525. Pendant ce temps-là , l’armée impériale reçut un renfort d’Allemagne de 15,000 lansquenets, sous les ordres du vaillant George de Freundsberg ou Frundsberg; et le 28 février ils attaquèrent le roi à Pavie. L’œil expérimenté de Pescaire avait précisément saisi l’endroit par lequel le roi ne s’attendait à aucune hostilité. 11 croyait ses derrières à couvert par un parc entouré de toutes parts d’un grand mur; mais Pescaire avait eu le soin d’y faire frayer une route la nuit précédente et vint tomber tout d’un coup sur le dos de l’armée. En même temps Leyva fit une sortie de la citadelle, et Lannoy et Bourbon arrivèrent par un autre côté. Bientôt le désordre se mit dans toute l’armée ; les Suisses, contre leur habitude, lâchèrent pied tout de suite et prirent la fuite; les troupes de Freundsberg combattirent avec le plus grand courage, et c’est surtout à elles qu’on fut redevable de la victoire. François Ier eut son cheval tué sous lui, et se défendit à pied contre une foule d’Espagnols qui l’entourèrent sans le connaître. Par bonheur pour lui que survint un gentilhomme français, nommé Pomperant , qui servait sous les ordres du duc de Bourbon ; il reconnut le roi et le somma de se rendre au duc, mais le roi lui ordonna avec aigreur d’appeler Lannoy. Il combattit encore jusqu’à ce qu’il arrivât, et alors le roi lui rendit son épée. Lannoy la reçut à genoux et lui tendit la sienne en même temps : « Il ne convient pas, dit-il , qu’un aussi grand roi soit sans armes devant un sujet de l’Empereur. » Quinze jours après cette bataille, il n’y avait plus d’ennemis dans l’Italie.

Charles était presque mécontent de son trop grand bonheur qui ne lui laissait rien à faire. « Puisque tu m’as pris le roi de France , disaitil à Lannoy dans une lettre; je vois bien que je

n’aurai plus rien à faire, si je ne vas combattre les infidèles. J’ai eu celte volonté toute ma vie et aujourd’hui encore plus. Arrange donc les affaires de manière que je puisse encore, avant de devenir trop vieux, faire des actions pour le service de Dieu , qui ne soient point sans gloire pour moi. »

Le roi François Ier fut conduit à Madrid , et sévèrement gardé. Cependant le conseil de l’Empereur était très-partagé sur la manière dont il fallait le traiter et les moyens de profiler de ce présent de la fortune. Les uns, Lannoy avec eux, conseillaient de traiter le roi généreusement , et d’extirper ainsi , peut-être pour toujours , tout germe d’inimitié entre les deux princes ; les autres , avec le chancelier Mercurinus Galtinara à leur tête, voulaient qu’on tirât de cette occasion tout l’avantage possible. L’Empereur prit un milieu entre ces deux opinions, et perdit tout le fruit de sa bonne fortune. Il goûta fort l’idée du chancelier de recouvrer dans cette occasion le duché de Bourgogne que la France avait injustement enlevé à sa grand’mère, et dont il faisait un très-grand cas ; il l’exigea donc comme prix de sa rançon. Mais il trouva trop dur et indigne de l’Empereur de garder le roi prisonnier jusqu’à la complète exécution de la condition , comme le conseillait le chancelier. Il se confia à la parole du roi ; mais cette parole, quelque affectation chevaleresque que celui-ci mit à la donner, n’était rien moins que sincère. Avant de signer le traité, ayant fait venir secrètement quelques hommes de confiance de Madrid, il fit devant eux, en présence du nonce du pape, la déclaration authentique qu’il ne serait pas tenu de remplir ce qu’il promettait à l’Empereur, parce qu’il était prisonnier; et le pape même l’avait délié à l’avance de toute promesse qu’il pourrait faire. Ainsi garanti contre sa conscience, il s’avança vers l’autel, et jura sur les saints Évangiles de remplir les conditions qu’il avait consenties. En même temps il donna sa parole royale de rentrer en prison au bout de six mois, s’il ne pouvait pas tenir ses engagements. Mais tel est le beau fruit de cette science qu’on appelle la politique; elle se croit le droit de blesser les lois éternelles de la vérité et de la morale.

François ICI fut mis en liberté en 1526, après un an de captivité, et il ne tint, pas sa parole. Il prétexta que ses Étals ne voulaient pas consentir à l’abandon de la Bourgogne, et ollrit une grosse somme d’argent pour la rançon de ses deux enfants aînés qu’il avait envoyés comme otages en Espagne. Mais Charles lui répondit « qu’il avait manqué à la fidélité et à la bonne foi qu’il avait jurée en public comme en particulier, et qu’il ne se conduisait pas comme devait le faire un homme de bonne naissance et un roi; que s’il voulait le nier , il lui déclarait devoir le soutenir par les armes dans un combat singulier. » François accepta le cartel, mais seulement des lèvres (i); car plus tard il sut décliner le combat sous différents prétextes, et les peuples furent obligés de vider avec leur sang ce combat que sa passion et son ambition avaient soulevé. La guerre éclata donc de nouveau entre Charles et François Ier.

Les Impériaux à Rome, 1527. — Mais, avant que celte guerre ne commençât, il s’était passé un fait inouï en Italie. Leduc de Bourbon avait pris le commandement en chef de l’armée impériale qui était dans le Milanais, après la mort du vaillant Pescaire. Or , le pays étant dévasté, les généraux sans argent, les troupes murmurèrent et demandèrent leur solde. Tous les moyens employés pour les apaiser furent inutiles, et tout à coup l’armée, au mois de janvier 1527, s’avança vers Borne sans aucun ordre de l’Empereur ; on ne peut décider non plus si ce fut sur un ordre du duc de Bourbon, qui avait peut-être de grands plans d’ambition, ou si ce fut par une décision subite de l’armée, qui espérait trouver dans Rome de quoi fournir en abondance à tous ses besoins et faire un riche butin. Du moins le duc de Bourbon céda et arriva devant la ville, après une marche très-difficile. Le 6 mai fut donné l’ordre pour un assaut général à l’ancienne capitale du monde. Bourbon fut un des premiers sur le mur, et son exemple enflamma les assaillants ; mais à peine y fut-il monté qu’il fut tué d’un

(1) Est-il possible que François Ier ait cherché à éviter un pareil combat? Il suffit de penser au caractère des deux princes pour savoir quel est celui qui a pu recou-

coup de feu. Cependant ses soldats entrèrent dans la ville, et pendant plusieurs jours elle fut livrée à la dévastation et au pillage, comme au temps des Vandales. Le pape Clément VII , qui s’était sauvé avec ses gens dans le château Saint-Ange, y fut assiégé pendant plusieurs mois; jusqu’à ce que, forcé par la nécessité, il promit une somme de 400,000 ducats, afin que l’armée put recevoir tout l’arriéré de sa solde.

Cependant l’empereur Charles envoya à tous les princes de la chrétienté, avec le plus grand empressement, des lettres où il se justifiait de ces événements qui arrivaient sans sa volonté et contre sa volonté; et pendant que ses généraux tenaient le pape assiégé dans le château Saint- Ange, presque prisonnier, il faisait faire dans toute l’Espagne des prières publiques pour sa délivrance. On a accusé sa conduite d’hypocrisie; cependant il est bien vrai que son armée rebelle n’écoutait plus ses ordres , et voulait avant tout toucher l’arriéré de sa solde. Ce ne fut qu’au bout de dix mois qu’elle obéit à son ordre et marcha vers Naples. Mais se^ excès dans Rome l’avaient tellement afTaihlie que, quand le roi de France fit, cette même année 1527, une nouvelle invasion en Italie, il pénétra sans résistance jusqu’à Naples et en fit le siège. Il fallut la défection du célèbre marin génois, André Doria, qui conduisait le siège de Naples du côté de la mer et passa du côté de l’Empereur , et en même temps qu’une maladie contagieuse désolât l’armée française, pour ramener la fortune du côté de Charles et amener les deux partis , également fatigués de la guerre, à la paix de Cambrai , en 1529. François paya 2,000,000 d’écus (lironen) pour la délivrance de ses enfants , et renonça à toutes ses prétentions sur Milan, Gènes, Naples et les autres pays de l'autre côté des Alpes

tandis qu’au contraire Charles, sans exiger de suite l’abandon du royaume de Bourgogne, conservait cependant scs anciens droits.

Le temps était arrivé où Charles pouvait se

rir à des prétextes pour l’éviter. Voyez Gaillard, Histoire de François l r, loin. Il , pour les détails de ce fait. N. T.

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