‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 63 sur 116 · PREMIÈRES LIGUES DES PRINCES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES LIGUES DES PRINCES PROTESTANTS

montrer avec dignité dans ses États d’Italie; il n’y était encore jamais entré. II aborda à Gènes en 1 529 , et s’avança de là vers Bologne dans une pompe digne d’un empereur. Là, il avait concerté une entrevue avec le pape , et elle eut lieu avec une grande solennité. L’ancienne inimitié fut tout à fait oubliée. Charles, suivant l’usage de ses aïeux, baisa à genoux les pieds du saint-père, et celui-ci le couronna solennellement et. avec une grande pompe comme empereur et roi de Lombardie.

C’était le sacre du plus grand monarque qui ait porté celle couronne après Charlemagne, et ce fut le dernier empereur qui passât en Italie. Charles parut aux Italiens, qui ne l’avaient connu jusqu’alors que comme un prince terrible, un maitredoux et généreux, et leurs craintes se changèrent en une vénération enthousiaste. Il ne retint pas même le Milanais pour lui; mais il le rendit généreusement au duc François Sforce, qui le reçut à titre de fief de l’Empire ; ensuite il se hâta de passer en Allemagne et de se rendre à la grande diète qui se tenait à Augsbourg.

Premières ligues des princes protestants.

Cependant en Allemagne grand nombre de princes avaient déjà introduit dans leur pays les nouvelles doctrines. Un des plus zélés était le jeune landgrave de Hesse, Philippe le Généreux; ce fut lui qui insista auprès des autres princes qui partageaient sa croyance et les décida à former une alliance pour une mutuelle défense, dans le cas où les adversaires essayeraient d’employer la violence pour l’exécution de l’édit de Worms. Ses inquiétudes n’étaient pas sans fondement. Déjà plusieurs princes catholiques s’étaient rassemblés à Leipzig, et avaient délibéré ensemble sur la nécessité de défendre en commun leur pays contre l’introduction des idées nouvelles; ils avaient pour cela demandé l’assistance de l’Empereur, et celui-ci leur avait promis dans sa réponse l’extirpation de toutes les erreurs de la secte de

Luther. Ainsi donc, en l’année 1526, àTorgau, se forma une ligue entre le prince électeur de Saxe, Jean l’Opiniâtre (son frère Frédéric le Sage était mort en 1525 ), Philippe de Hesse, le duc de Brunswick-Lunebourg, le duc Henri de Mecklenbourg, les princes Wolfgang d’Anhalt, les comtes Gebhard et Albert de Mansfeld et la ville libre de Magdebourg. Albert, margrave de Brandebourg, avant grand maître de l’ordre teutonique et alors duc de Prusse, qui avait aussi introduit les nouvelles doctrines dans sesÉtats, conclut une alliance particulière avec l’électeur de Saxe.

L’Empereur, qui était encore alors en Espagne, fort occupé avec son prisonnier, le roi François Ier, et eut à soutenir contre celui-ci une nouvelle guerre aussitôt après sa délivrance, fit prendre patience aux princes allemands qui désiraient voir la fin de leurs querelles, en leur faisant espérer une nouvelle diète aussitôt qu’il aurait le loisir de venir chez eux. Il en fit même convoquer une provisoire à Spire, en 1529. Ce fut elle qui trancha le mieux les deux partis , en donnant un nom aux partisans des idées nouvelles. Car la majorité des Étals, qui était catholique, décréta ce qui suit : « Qu’il fallait conserver les édits essentiels de la diète de Worms ; que la messe devait être conservée; que ceux chez qui les nouvelles doctrines avaient trouvé accès devaient se garder d’étendre leurs innovations, et qu’aucun des sujets de l’Empire ne devait à cause de sa croyance prendre la défense d’un coreligionnaire contre ses supérieurs. » Ces arrêts de la diète furent loin de satisfaire les partisans de Luther, qui rédigèrent au contraire un acte d’opposition et une protestation de laquelle ils prirent le nom de protestants. C’étaient la plus grande partie des princes que nous avons nommés plus haut, comme ayant pris part à la ligue de Torgau. Mais il y avait de plus George, margrave de Brandebourg, de la maison salique, et les villes de Strasbourg, Nuremberg, Ulm, Constance, Reutlingen, Windsheim , Memmingen, Lindau, Kempten, Heilbronn, Issny, Weissenbourg , Nordlingen et Saint-Gall.

Confession d’ Augsbourg. 1550. — L’année suivante se tint donc à Augsbourg une grande

diète à laquelle l’Empereur se rendit lui-même d’Italie, comme il l’avait annoncé. Les députés des deux côtés vinrent au-devant de lui pour tâcher de le gagner à leur parti pendant la route. Mais il sut renfermer ses pensées en luimême et renvoya tout à la diète. Le 22 juin au soir, il lit son entrée dans la ville. Ce n’était plus un jeune prince sans expérience, comme quand il vint la première fois en Allemagne, il y avait dix ans; c’était un empereur au-dessus de tous les autres par sa puissance. Le monde entier admirait ses belles qualités. Le plus puissant monarque était humilié devant lui, et Rome même n’avait pu résister à une parcelle de sa puissance entraînée dans l’insubordination. Son extérieur avait gagné en prenant plus de dignité et plus d’énergie; il imposait même à ses adversaires. Melanchton, qui était venu à Augsbourg avec l’électeur de Saxe, s’exprime ainsi à son sujet dans une lettre de confiance : « Ce qu’il y avait de plus remarquable dans celle assemblée, c’était sans contredit l’Empereur lui-même. Son bonheur, qui ne s’est pas une seule fois démenti, a dû exciter l’admiration aussi dans vos contrées. Mais bien plus digne encore d’admiration est sa grande retenue, après de si grands succès, quand tout lui réussit à souhait ; car on ne remarque pas une seule parole et pas même une seule action qui sorte des bornes de la modération. Quel roi , quel empereur pourrais-tu me nommer dans l’histoire que la bonne fortune n’ait fait changer? Chez lui , au contraire, elle n’a jamais pu enivrer son âme. Chez lui pas une seule trace de passion, d’orgueil ou de cruauté; car pour taire les autres exemples, bien que nos adversaires aient employé jusque-là tous les moyens pour l’entraîner contre nous dans les affaires de religion, cependant il a toujours reçu les hommes de notre opinion avec affabilité. Sa vie domestique est remplie des plus beaux exemples de retenue , de modération et de tempérance. Cette discipline intérieure autrefois si sévère parmi les princes allemands, ne se retrouve plus que dans la maison de l’Empereur. Aucun homme vicieux ne peut se glisser auprès de lui ; et pour amis il n’a que les plus grands hommes, qu’il a su distinguer par leurs vertus. Toutes les fois que je le vois, il me semble voir

un des héros ou des demi-dieux qui , dans les anciens temps , apparaissaient parmi les hommes. Qui ne se féliciterait pas de voir tant de belles qualités réunies dans un seul homme et surtout dans un si grand prince, t

Malgré toute cette vénération attachée à la personne de l’Empereur, malgré la supériorité de sa puissance et celle des princes catholiques , les princes protestants qui étaient tous présents, présentèrent une résistance si ferme, que même pour des pratiques purement extérieures ils arrêtèrent l’Empereur par leurs oppositions, et le forcèrent souvent de révoquer des ordres qu’il avait donnés. Ainsi , quand il ordonna que tous les princes prendraient part à la cérémonie de la Fête-Dieu, qui avait lieu le lendemain même de son arrivée, tous les princes protestants montèrent à cheval dès le matin du jour, vinrent le trouver en grande solennité, lui déclarèrent leur refus avec fermeté, et il fut obligé de céder. Ils protestèrent encore avec la même fermeté contre l’ordonnance qui défendait à leurs prédicateurs de parler dans Augsbourg ; et ils le forcèrent d’accorder que des deux partis il n’y aurait point de sermons, et qu’on se contenterait de lire l’Évangile et l’épitre du dimanche. Ce fut surtout l’électeur Jean de Saxe qui donna l’exemple de cette opiniâtreté qui lui valut le surnom que la postérité lui donna. La menace même de l’Empereur de lui refuser l’investiture du duché de Saxe, ne put faire changer sa façon d’agir. Quand donc il fut question dans les séances des affaires de religion, les princes protestants exposèrent à la diète réunie leur profession de foi, et renfermèrent dans quelques propositions courtes et claires tous les points dans lesquels la nouvelle Église différait de l’ancienne. Mélanchton en était l’auteur; il en avait composé un seul tout dans le plus bel ordre, comme tous ses ouvrages, et les avait extraites des dix-sept articles de Luther et de plusieurs autres écrits que les princes protestants avaient apportés avec eux; telle fut la confession d’ Augsbourg, qui encore aujourd’hui est la hase de l’Église protestante. Le chancelier deSaxe, Bayer, en fit la lecture publique le 23 juin , et elle dura plusieurs heures. L’Empereur leur fit répondre par Frédéric, comte

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