PREMIÈRES LIGUES DES PRINCES PROTESTANTS
palatin : « Qu’il prendrait en considération cet important et remarquable écrit, et qu’il leur ferait ensuite connaître sa détermination. »
Dans le conseil de Charles aussi bien que dans celui des princes catholiques, les avis étaient fort partagés. Le légat du pape avec George, duc de Saxe, Guillaume, duc de Bavière, et la plus grande partie des évêques, demandaient que Charles exigeât des protestants l’abjuration complète de leur doctrine; d’autres, et parmi eux le cardinal-archevêque de Mayence, étaient plus modérés. Ils firent remarquer qu’un tel projet ne pourrait s’accomplir sans beaucoup de sang répandu et des guerres intestines ; ils rappelèrent les dangers de la part des Turcs, qui récemment encore, en 1529, avaient osé pénétrer jusqu’à Vienne et attaquer la ville, heureusement sans succès; et ils conseillèrent de réunir les protestants au sein de l’Église, soit par la conviction, soit par d’autres moyens de douceur, ou du moins de faire en sorte que la paix intérieure de l’Empire ne fût pas troublée.
Ainsi, conformément à cette dernière opinion, la contre-partie de la confession d’Augsbourg fut rédigée par plusieurs théologiens catholiques. Eck travailla avec eux. Elle fut lue aux protestants avec demande d’y acquiescer; et comme ils affirmèrent qu’ils ne le pouvaient pas , on essaya plusieurs autres moyens de réconciliation et d’accommodement ; car les plus pacifiques et les plus modérés des deux côtés croyaient que ce n’était pas impossible. Mélanchton écrivit même au légat du pape : « 11 n’y a plus qu’une petite différence dans les usages de l’Église qui semble maintenant faire obstacle à la réunion, et les canons ecclésiastiques disent que l’unité de l’Église n’est pas rompue par une diversité dans les usages. >< Mais les zélés des deux côtés vinrent mettre des obstacles; et ce que Ton céda de part et d’autre ne touchait pas aux points principaux. En outre, plusieurs princes protestants et des villes libres se laissèrent influencer par des considérations toutes humaines, quand ils virent qu’il était question de rétablir la puissance épiscopale dans leurs pays; et du côté des catholiques , on tint précisément alors
avec opiniâtreté à des articles sur lesquels on avait déjà usé d’indulgence , par exemple, pour l’Église grecque et les liussites; c’est-à-dire qu’on refusa formellement alors le mariage des prêtres et la communion sous les deux espèces aux laïques. Ainsi furent renversées les tentatives de réunion, et les deux partis, au lieu de s’approcher, ne firent que se séparer de plus en plus. Enfin, l’Empereur fit signifier aux protestants cette déclaration : « Qu’ils eussent à réfléchir jusqu’au 15 avril prochain pour savoir s’ils voulaient ou non se réunir pour les articles en discussion avec l’Église chrétienne, avec le pape, l’Empereur et les autres princes, jusqu’à plus ample explication dans un concile qui serait tenu prochainement; que pendant ce temps de paix, ils ne devaient rien faire imprimer de nouveau dans leur pays et n’attirer dans leur secte ni leurs sujets, ni des étrangers ; que, d’ailleurs, comme il s’était introduit dans la chrétienté des abus et des désordres de toute espèce, l’Empereur ferait tous ses efforts auprès du pape et des autres princes de l’Europe pour faire convoquer un concile général dans l’intervalle de six mois, ou au plus tard dans un an. »
Les protestants répondirent alors comme toujours, que leurs dogmes n’avaient point encore été réfutés par l’Écriture, et que leur conscience ne leur permettait pas de consentir cette conclusion de la diète , qui leur défendait la propagation de leur croyance; et aussitôt ceux qui étaient encore à Augsbourg se hâtèrent de partir. C’était une rupture formelle entre les deux partis. Dans les conclusions de la diète qui furent ensuite rendues publiques , la doctrine de Luther fut traitée d’hérétique avec de très-dures expressions ; la restitution de tous les couvents et établissements religieux confisqués fut sévèrement exigée ; une censure pour tout imprimé en matière religieuse fut établie, et l’on menaça les récalcitrants de l’Empereur et de l’Empire.
Ligue de Smalkade. 1530. — Les princes protestants se rassemblèrent encore à la fin de cette année à Smalkade et rendirent leur alliance plus solide et plus intime. Quelques-uns d’entre eux auraient volontiers dès lors éclaté et décidé de suite la querelle par les armes; mais,
parmi le plus grand nombre, il y avait encore celte ancienne et religieuse horreur pour une guerre entre frères et cette vénération pour la personne sacrée de l’Empereur, ce sont leurs expressions ; de sorte que ce fut ce sentiment vraiment allemand qui sauva leur ligue du reproche de s’être marquée d’une tache de sang en soulevant sans nécessité une guerre de religion.
Ferdinand, roi de Rome. 1531. — Maintien de la paix de religion.
L’Empereur, en partant d’Augsbourg, s’était mis en route pour Cologne, où il avait donné rendez-vous aux princes électeurs. Là, il leur fit la proposition de choisir pour roi des Romains son frère Ferdinand, à qui il avait déjà cédé ses pays héréditaires d’Autriche , et qui, depuis l’extinction de la maison royale de Bohème et de Hongrie dans la personne de Louis II, mort dans la bataille de Mohacz , en 1526, contre le sultan Soliman II, avait obtenu les couronnes de Bohème et de Hongrie par des droits fondés sur un ancien traité d’héritage, afin qu’il pût maintenir l’Empire dans le bon ordre pendant ses fréquentes absences. Les électeurs y consentirent, et Ferdinand fut couronné à Aix; il n’y eut d’opposition que de la part de l’électeur de Saxe, qui fit présenter une protestation à la diète par son fils, et des ducs de Bavière , depuis longtemps jaloux de la puissance de la maison d’Autriche, qui firent même à cette occasion alliance avec leurs ennemis en matière de religion , les princes de l’alliance de Smalkade.
Le nouveau roi des Romains tenait beaucoup à la conservation de la paix en Allemagne; parce que son nouveau royaume de Hongrie était vivement pressé par les Turcs et qu’il comptait particulièrement sur les secours des princes allemands. Mais les princes protestants refusèrent leur coopération jusqu’à ce qu’on eût établi la paix dans l’Empire et promis de la maintenir. Alors l’Empereur concerta une
nouvelle tentative de réuuion , et elle amena enfin , conformément aux pressantes exhortations de Luther, la paix provisoire de Nuremberg, en 1532. L’Empereur déclara qu’en vertu de sa toute puissance impériale, n il voulait établir une paix générale, d’après laquelle personne ne pourrait être incriminé et condamné pour sa croyance ou toute autre matière religieuse, jusqu’à la tenue prochaine du concile ou des états de l’Empire. »
Alors les secours contre les Turcs arrivèrent promptement et il eut bientôt rassemblé une armée telle qu’on n’en avait pas vu depuis longtemps. Le danger semblait pressant; car le sultan Soliman était parti avec trois cent mille hommes pour attaquer les pays autrichiens sur deux points à la fois , et l’Empereur n’avait que soixante-seize mille hommes à lui opposer. Mais dès les premières tentatives, les Turcs purent voir à quels hommes ils avaient affaire. Ibrahim-Bassa, qui conduisait l’avantgarde, crut que la petite ville de Gunz, en Hongrie, qui lui avait fermé ses portes, lui avait fait affront; qu’elle allait être emportée du premier assaut et qu’elle avait mérité pour cela une sévère punition ; mais son vaillant commandant Jurischlisch repoussa avec avantage toutes ses attaques pendant quinze jours qu’il resta devant ses murs. Alors Soliman réfléchit à ce que pourrait donc lui coûter Vienne, lorsque surtout l’Empereur était en marche pour venir à son secours; et voyant que les princes d’Allemagne, qu’il avait crus en dissension , étaient tous réunis, il fit aussitôt retraite ; ainsi tout le monde fut dans l’étonnement de voir le grand Soliman renoncer si promptement à une expédition qui lui avait coûté trois ans de préparatifs.
L’empereur Charles put alors s’occuper d’autres affaires, et avant tout il se rendit en Italie pour se concerter avec le pape au sujet de la convocation d’un concile œcuménique.
Mais le pape Clément VII ne s’en occupait pas sérieusement et la cour de Rome ne le désirait pas; de sorte que Charles repassa en Espagne sans avoir rien fait.
Tandis que l’Empereur était absent et que le roi Ferdinand employait tous ses moyens