MAINTIEN DE LA 1*AIX DE RELIGION
pour établir sa domination en Hongrie, la doctrine des protestants se répandait de plus en plus en Allemagne , et la division des esprits s’envenimait tous les jours. Les protestants allèrent même, l’an 1534, jusqu’à déclarer à la chambre impériale qu’ils ne lui obéiraient plus; parce que, contrairement au traité de paix de Nuremberg, elle avait écouté des plaintes et prononcé une sentence contre eux lorsqu’il s’agissait d’une restitution de biens confisqués à l’Église. Ainsi était foulée aux pieds la paix du pays de l’empereur Maximilien. — Un autre sujet de querelle vint encore s’y joindre, c’était pour le Wurtemberg. Nous avons déjà eu occasion de remarquer antérieurement que le duc Ulric de Wurtemberg, vers le temps de la mort de Maximilien et avant l’élection de Charles , avait été chassé de son pays par la ligue de Souabe , à cause d’une querelle qui lui était survenue avec la ville de Reutlingen. La ligue fit cession du pays, d’ailleurs grevé de lourdes charges, à l’empereur Charles, et celui-ci le donna, en 1530, à son frère Ferdinand avec les États autrichiens. Il semblait alors devoir appartenir pour toujours à la maison d’Autriche; mais le duc dépossédé qui parcourait tout l’Empire comme un fugitif et cherchait à gagner des amis, trouva protection près de son parent le duc Philippe de Hesse; Ulric avait déjà reçu la doctrine de Luther, et Philippe conçut dès lors la pensée de le rétablir dans ses États , même par la force des armes. Il leva donc une armée de vingt mille hommes , se jeta à l’improviste dans le Wurtemberg, battit le gouverneur autrichien, près de Lauffen, 1534, et rendit aussitôt le duché à Ulric. On crut que cette invasion allait être le commencement d’une guerre sanglante; mais encore pour cette fois l’orage passa sans éclater. Charles et Ferdinand étaient trop occupés, et sans doute aussi qu’ils sentirent qu’il ne serait pas généreux d’augmenter leur puissance, déjà si grande, avec le bien d’autrui , quoiqu’ils eussent l’apparence du droit. D’un autre côté, les fédérés de la ligue de Smalkalde, qui n’avaient pas pris part à la première expédition du landgrave, mettaient beaucoup d’empressement à terminer cette affaire par un accommodement.
De là la paix de Cadan en Bohème, par laquelle le duc Ulric recouvra ses États à titre de vavasseur d’Autriche; la paix de religion de Nuremberg fut confirmée, et l’électeur de Saxe, avec toute sa famille, reconnut formellement Ferdinand pour roi des Romains; et, afin de sauver au moins la dignité de la suzeraineté impériale, il fut décidé que le landgrave et le duc Ulric feraient à genoux amende honorable pour avoir rompu la paix du pays, à l’Empereur par eux-mêmes en personne, et au roi Ferdinand par un délégué.
Une autre circonstance se présenta, qui semblait extrêmement grave et cependant ne put rompre définitivement la paix ; c’était la guerre des anabaptistes dans Munster, de 1535 à 1555. Les principes de Thomas Munzer, sur la liberté et l’égalité chrétienne et sur la communauté des biens, aussi bien que sur la révélation immédiate à chaque individu, n’avaient pas encore disparu et s’étaient conservés surtout en Hollande dans la secte des anabaptistes. Ils commandaient à leurs sectateurs de faire pénitence et de se faire baptiser de nouveau , afin que la colère de Dieu n’éclatàt pas sur eux. Deux de leurs orateurs enthousiastes , Matthiessen , boulanger de Harlem , et le tailleur Jean Bockhold ou Bockelsohn de Leyde, vinrent en 1533 à Munster, précisément dans le même moment qu’un prédicateur, nommé Rolhmann, y introduisait la doctrine de Luther ; ils le gagnèrent aussi lui au nombre des anabaptistes, chassèrent delà ville les citoyens riches, avec l’aide de la populace et d’autres anabaptistes qui vinrent des pays voisins, établirent de nouveaux magistrats et mirent tous les biens en commun. Chacun devait venir déposer dans un trésor public tout ce qu’il possédait en or, en argent ou en objets de prix; en même temps les églises furent dépouillées de toutes leurs richesses, les tableaux brisés et tous les livres, excepté la Bible, furent brûlés en public. A ce vertige, comme presque toujours chez les gens grossiers , se joignit une licence effrénée dans les mœurs et toutes les passions. Il fut reconnu que la liberté chrétienne autorisait chaque homme à prendre plusieurs femmes, et Jean de Leyde en donna l’exemple en en prenant trois à la fois. Enfin,
un de ses partisans, qui se vantait d’avoir eu une communication divine toute particulière, Jean Dussentschur de Warendorf, le salua comme le roi de toute la terre, qui devait restaurer le trône de David , et vingt-huit apôtres furent envoyés prêcher cette doctrine par tout le monde pour le soumettre au nouveau roi ; mais partout où ils vinrent, ils furent arrêtés comme séditieux et presque tous exécutés.
L’évêque de Munster et Philippe , landgrave de Hesse, marchèrent contre la ville et l’assiégèrent. La disette qui s’y fit sentir de jour en jour plus forte, refroidit bientôt le zèle du peuple. Le nouveau roi voulut s'affermir par la terreur et décapita même de sa propre main une de ses femmes sur la place du marché ; parce qu’elle avait dit qu’elle ne pouvait croire que Dieu eût condamné une si grande foule de peuple à mourir de faim , tandis que le roi était dans l’abondance. Mais à la fin , quand déjà en effet un grand nombre des habitants étaient morts de faim, deux bourgeois introduisirent de nuit l’armée de l’archevêque dans la ville, le 25 juin 1555. Après un combat sanglant, Jean deLeyde, avec Knipperdolling, son exécuteur, et son chancelier Krechting , furent faits prisonniers et conduits en spectacle dans plusieurs villes d’Allemagne ; ensuite on les déchira avec des tenailles rouges , et on les tua en les perçant au cœur avec un poignard ardent. Leurs corps furent mis dans une cage de fer et suspendus au haut de la tour de l’église de Saint-Lambert, sur la place; le culte catholique fut ensuite rétabli dans la ville.
Guerres contre les corsaires d’Afrique. — Charles et François Ier.
L’Empereur avait entrepris sur ces entrefaites une guerre qui lui fit le plus grand honneur. Un corsaire, Haradin Barberousse, un des hommes les plus audacieux et les plus extraordinaires de son temps, né de parents obscurs dans l’ilc de Lesbos, s’était solidement établi sur la côte nord d’Afrique. Il avait attiré
à lui une foule de Maures chassés d’Espagne par le roi Ferdinand le Catholique, qui brûlaient du désir de la vengeance, et troublait avec eux toutes les mers de l’Europe. Sa cruauté et son audace en firent l'effroi de tous les habitants des côtes; Alger et Tunis étaient en sa puissance, et même le sultan turc Soliman, avait confié à cet entreprenant matelot toute sa puissance maritime, pour qu’il s’en servît contre les chrétiens. Des milliers de prisonniers languissaient déjà dans l’esclavage à Alger et à Tunis. L’empereur Charles crut qu’en sa qualité de protecteur de toute la chrétienté , il ne pouvait pas souffrir de pareilles cruautés; d’autant plus que l’ancien roi de Tunis, Hascen, chassé de ses États, était venu demander sa protection. Il partit donc avec une armée de trente mille hommes, plus huit cent Allemands sous les ordres du comte Max d’Eberslin et cinq cents vaisseaux. Doria commandait la flotte, et l’Empereur lui-même avec le marquis de Vaston , commandait l’armée de terre. Ce fut dans l’été de 1555 qu’on vint débarquer à Tunis; la citadelle de Golète, qui défendait le port, fut emportée d’assaut; toute l’artillerie fut prise et deux mille Turcs massacrés. Bientôt l’armée de Haradiu Barberousse , qui était dans la plaine sous les murs de Tunis, fut elle-même battue et mise en fuite, et la ville conquise; les esclaves chrétiens qu’on avait trouvés renfermés dans la citadelle y contribuèrent de toutes leurs forces, et Charles eut enfin la joie inexprimable de sauver vingt-deux mille de ces malheureux pris sur tous les peuples de l’Europe, de recevoir les témoignages de leur reconnaissance et de les rendre à la liberté et à leurs parents qui les avaient si longtemps pleurés comme morts. Il avoua lui-même que ce fut un des plus beaux jours de sa vie. Sa réputation se répandit partout, et en effet il la méritait par la constance et le courage dont il avait fait preuve dans celte expédition périlleuse; c’est ainsi qu’il prouva par son exemple, que ces barbares corsaires des côtes africaines pouvaient être enchaînés quand on le voulait sérieusement et énergiquement. 11 rétablit àTunis le roi Hascen, lui défendit d’acheter des esclaves chrétiens, et retint la citadelle de Golète eu son pouvoir,