‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 66 sur 116 · CHARLES EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

CHARLES EN AFRIQUE

comme garantie de son obéissance. Ilaradin s’élail enfui à Alger, et Charles résolut d’aller l’y poursuivre l’année suivante.

Une nouvelle guerre avec le roi de France empêcha l’exécution de son dessein. Ce prince renouvela ses prétentions sur le Milanais à la mort du duc , François Sforcc ; et pour s’assurer un chemin libre en Italie, il s’empara tout d’un coup par la force des armes du duché de Savoie, dont le duc l’avait mécontenté. Charles vit la nécessité de la guerre et résolut d’en transporter le théâtre dans le sud de la France. Ne tirant donc aucun profit de l’instruction que lui avait donnée sa première expédition si malheureuse, sous le duc de Bourbon, il osa la renouveler en 1536 , pénétra jusque devant Marseille et assiégea la ville. Mais elle était trop bien fortifiée, et tout le pays ayant été ravagé par les Français eux-mêmes, la disette et les maladies forcèrent le roi , au bout de deux mois, à faire retraite avec une perte d’une partie de l’artillerie et des bagages.

Ensuite de cette expédition eut lieu à Nice une suspension d’armes pour dix ans, par l’entremise du pape, en 1538 ; et bientôt après les deux rivaux eurent une entrevue à Aigues- Mortes, à l’embouchure du Rhône; ce fut le roi de France qui en fit la proposition. Le conseil de l’Empereur crut qu’il n’était pas sans danger de se rendre sur le sol de la France; mais le projet plut d’autant mieux à Charles qu’il était extraordinaire. Quand il arriva dans le port , le roi s’avança lui-même à son vaisseau pour le recevoir , et le conduisit à terre. Un festin royal y avait été préparé, ainsi qu’une grande fête qui se prolongea fort avant dans la nuit. Le lendemain malin, ce fut le Dauphin luimême qui présenta à l’Empereur l’eau pour se laver et la serviette; des deux côtés on rivalisait de civilité et de témoignages d’amitié. Ce n’était point une hypocrisie , tous les deux désiraient une paix durable; et l’année suivante, 1539, François donna une nouvelle preuve de ses bonnes intentions. La ville de Gand , en Flandre , s’était soulevée contre Charles à l’occasion de nouvelles impositions et avait offert au roi de France de se mettre sous sa protection ; mais le roi en fit aussitôt instruire l’Empereur et lui proposa en même

temps de traverser la France, depuis l’Espagne, pour abréger sa route et arriver plus vite en Flandre. Charles accepta sans méfiance; partout il fut reçu avec de grandes fêtes; entrait-il dans une ville, on venait audevant de lui apporter les clefs de la ville; à Fontainebleau où était le roi, il fut retenu par des fêtes magnifiques pendant quinze jours, et pendant six jours à Paris.

La révolte de Gand fut bientôt apaisée, et pendant que l’Empereur y était encore, vinrent des nouvelles fort pressantes qui l’engagèrent à venir en Allemagne, où sa présence était nécessaire pour réprimer le désordre qui augmentait tous les jours.

Il accéda à leurs désirs et se rendit en 1541 à la diète de Ratisbonne. Nous raconterons plus bas et sans interruption comment alors et plusieurs années après encore, pour réunir les partis, il eut constamment recours à des voies de douceur et d’accommodement, à des éclaircissements réciproques entre les deux partis ; comment il employâtes écrits, les discussions publiques et toute son éloquence; comment enfin le maintien de l’union dans l’Allemagne fut la pensée fondamentale de son gouvernement, et d’ailleurs une nécessité de son règne, dans la crainte des Turcs qui menaçaient d’un côté et des Français d’un autre, avec qui sans cesse de nouvelles guerres éclataient. Ici nous allons encore jeter un coup d’œil sur quelques événements du dehors, qui nous conduiront jusqu’au temps où Charles fut obligé de se consacrer tout entier à l’Allemagne.

Expédition de Charles-Quinl contre Alger, 1541. — Delà diète de Ratisbonne, Charles passa en Italie, et de là partit pour l’expédition qu’il avait déjà résolue à l’avance. Son grand génie, qui visait toujours à quelque chose d’extraordinaire, crut que l’abaissement des corsaires d’Afrique était un but digne de lui; d’autant plus que Barberousse l’avait excité à la vengeance par de nouvelles dévastations sur les côtes d’Espagne. Cette expédition ne commença pas sous d’heureux auspices ; la saison pour la navigation sur la Méditerranée était déjà trop orageuse, et l’habile marin, Adrien Doria, ne pronostiquait rien de bon. Mais Charles n’aimait pas reculer et l’expédition eut lieu. Le

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SIXIÈME ÉPOQUE. Î520 — ll>48.

20 octobre 1541 la flotlc atteignit la hauteur d’Alger et l’armée opéra le débarquement. Mais dès le soir, avant que l’artillerie , les bagages et les provisions fussent débarqués, une terrible tempête s’éleva , arracha les vaisseaux de leurs ancres, les jeta sur la côte ou les poussa en pleine mer; et une pluie effroyable tomba avec une telle abondance que les guerriers débarqués sur le continent passèrent toute la nuit dans l’eau jusqu’à la cheville du pied, et que, pour nôtre pas entraînés par la tempête, ils furent obligés d’enfoncer leurs lances en terre et de s’y cramponner. Alors il n’y avait plus à songer à la conquête d’Alger, sans artillerie et sans-provisions pour l’armée, mais seulement à sa propre conservation; car le jour suivant la cavalerie légère des Turcs se mit à la poursuite de l’armée déjà accablée de fatigues.

Dans ce danger, Charles prouva qu’il était grand à la guerre comme partout. Pendant trois jours d’un voyage le plus pénible au milieu de l’eau et de la boue, il conduisit son armée, sans cesse harcelée par l’ennemi , tout le long de la côte, jusqu’à la baie de Metafuz , où s’était rassemblée une partie des débris de sa flotte. Il ne se distinguait pas d’un simple soldat et partageait avec eux les plus dures privations et les plus grandes fatigues; mais aussi il réussit à soutenir le courage de ses soldats et à ramener heureusement les débris de son armée. Il mit à la voile pour l’Italie et passa même de là en Espagne.

Quatrième guerre contre François Ier.

1542 — 1544. — Le roi de France avait profité de l’absence de Charles, pendant qu’il était à Alger , pour se mettre de nouveau en état de faire la guerre. Toutes ses tentatives d’alliance avec l’Empereur n’avaient pu lui faire oublier le duché de Milan; il crut donc que le temps était venu d’en faire encore une fois la conquête, et il renouvela son alliance avec les Turcs. Ainsi tandis que Charles était à se reposer de ses fatigues, tout épuisé par les pertes de l’expédition d’Alger, François entra en campagne; mais l’incapacité de ses généraux opposée à toute l’expérience des généraux espagnols, aussi bien que la disette et les maladies, firent que cinq armées ne purent rien

faire dans la première campagne et furent obligées de rentrer dans le plus triste état.

L’année suivante, 1543, Charles se rendit en Italie, et de là de l’autre côté des Alpes, dans le bas Rhin, où le duc de Clèves avait fait alliance avec François 1er; et ce prince, qui depuis peu commençait à favoriser les doctrines de Luther, devait être le premier à sentir l’autorité impériale. L’apparition de Charles dans ces contrées fut tout à fait inattendue. On disait parmi le peuple, qu’à son retour d’Alger il avait essuyé un naufrage dans lequel il avait péri ; et dans cette croyance ils regardaient la nouvelle de son arrivée comme une fable. La petite ville de Duren, sur une sommation qu’il lui fit de se rendre, répondit : « qu’elle ne le craignait guère , parce qu’il était depuis longtemps la pâture dés poissons.» Mais les Espagnols ayant emporté la ville d’assaut malgré tous les obstacles, et l’ayant livrée aux flammes , alors l’épouvante et l’effroi se répandirent par tout le pays. On disait que le roi amenait avec lui une espèce d’hommes noirs et sauvages, qui avaient de grands oncles aux doigts avec lesquels ils escaladaient les murailles les plus inexpugnables, et de grandes dents avec lesquelles ils déchiraient tout. Ce que l’on racontait des prodiges du nouveau monde cl de ses habitants, était très-propre, dans cette époque si féconde en merveilles, à donner croyance à ces récits. D’ailleurs les troupes de Charles étaient en grande partie de vieux guerriers qui avaient noirci au soleil et au grand air, qu’aucun danger n’ effrayait, et qui , quand ils montaient à l’assaut , enfonçaient leurs glaives ou leurs lances dans les fentes des murs pour s’élever et escalader ainsi le rempart. L’épouvante qui marchait devant lui eut bientôt soumis tout le pays et toutes les villes ; le duc de Clèves fut obligé de venir demander grâce à genoux et il ne l’obtint que sous la condition qu’il n’abandonnerait pas la foi catholique; que ce qu’il avait changé il le remettrait sur l’ancien pied, et qu’il ne se laisserait entraîner dans aucune alliance contre l’Empereur.

11 n’y eut dans cette année rien de remarquable contre la France; mais l’année suivante, Charles ayant rassemblé de plus grandes

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