‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 67 sur 116 · AFFAIRES 1>E RELIGION EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

AFFAIRES 1>E RELIGION EN ALLEMAGNE

forces, après avoir tenu une diète à Spire, dans l’hiver de 1545 à 1544, et s’ctre assuré de la coopération de tous les princes allemands, entra dès le commencement du printemps dans le pays même de son ennemi , à la tète d’une très-belle armée. Il conquit d’abord Saint-Dizier, ensuite il marcha droit sur Paris; Épernay, Château-Thierry, étaient déjà pris ; l’armée n’était déjà plus qu’à deux jours de marche de la capitale, et ses habitants s’enfuyaient effrayés, lorsque le roi François Ier lit des propositions de paix. L'Empereur les accepta de suite , parce que les aflàires se compliquaient de plus en plus en Allemagne; et le 22 septembre 1544, la paix fut signée a Crépi. C’est la dernière r ue fit Charles avec le roi de France. Il n’y eut aucun changement dans le fond de la question ; la Bourgogne resta au roi de France elle Milanais à l’Empereur (i).

Affaires de religion en Allemagne jusqu’à la guerre de Schmalkalde , 1534-1546.

En Saxe, dès l’année 1532, l’électeur Jean le Constant avait été remplacé par son lils Jean-Frédéric, prince rempli d’équité et de loyauté ; mais aussi trop réservé et bien différent de l’actif et téméraire Philippe de Hesse , qui marchait toujours à la tèle des princes protestants et était le plus entreprenant d’entre eux.

Non-seulement ces deux princes étaient en contradiction par caractère , mais de plus grandes raisons encore de division étaient survenues parmi les protestants. Dès la dixième année de la réforme il s’était élevé entre eux une discussion au sujet du dogme de la com-

(1) L’auleur a négligé dans ces détails tout ce qui est du succès de nos armes pendant ces guerres ; mais il omet surtout de parler des reproches que les historiens français font à l’Empereur : ils disent . par exemple, que Charles-Qninl avait promis l’invesliluredu duché de Milan à François Ier, pour obtenir le passage par la France en se rendant à Gand ; ils lui reprochent d’avoir ensuite

munion ; Luther entra dans la lice contre Karlstadt d’abord, puis contre le réformateur des Suisses, Ulric Zwingle, avec lequel il eut, en 1529, à Marsbourg, une conférence religieuse qui n’amena aucun résultat. Les deux partis s’accusèrent réciproquement d’èlre dans l’erreur. La lutte fut acharnée, parce que la passion y prit part; la différence d’opinions fut même un obstacle à l’unité , et elle aurait pu facilement entraîner la perte complète de la nouvelle Église, si les catholiques avaient su profiter de cette division.

Mais la dissension était aussi grande parmi eux, puisque, comme nous venons de le voir, les ducs de Bavière s’étaient mis dans la ligue de Schmalkalde; et plus tard, quand ils s’en séparèrent, lorsque le danger semblait plus grand pour la nouvelle Église, les sévères partisans de Luther, sur le conseil de leur chef même, se réconcilièrent pour quelque temps avec les Suisses , par une espèce de concordat, à Wittenberg ; alors les Suisses et plusieurs autres villes de la haute Allemagne entrèrent dans la ligue.

La propagation de la nouvelle doctrine était de jour en jour plus rapide. Des évêques mêmes, ceux de Lubeck, Camin et Schvvérin, entrèrent dans la nouvelle Église, et le vieil électeur de Cologne , Hermann , sur lequel nous donnerons plus bas des détails , prenait sérieusement ses dispositions pour suivre leur exemple.

Pendant ce temps-là , un des plus importants changements s’était fait dans les pays saxons. La moitié de ces provinces, avec les villes de Dresde et de Leipzig, appartenait au duc George , un des plus zélés défenseurs de l’ancienne Église, qui employait toute sa puissance à empêcher l’introduction de la nouvelle doctrine dans ses États. Mais ses deux enfants moururent avant lui; et son frère Henri de

refusé, à peine hors des frontières, d’avoir cherché à débaucher ses alliés , et surtout d’avoir fait assassiner deux de ses ambassadeurs , justifiant ainsi le bon mot de Triboulel qui f lisait comprendre au roi qu’il serait plus fou que lui s'il le laissait passer. Voyez Gaillard , Histoire de François 1er , tom. III.

Altcnbourg , père du duc Maurice, qui devint plus lard électeur, qui se trouvait désormais son héritier, était au contraire attaché de toute son âme aux doctrines de Luther. Quand donc le duc George mourut, au mois d’avril 1559, le premier acte du gouvernement de Henri fut d’introduire la réforme dans tous scs États. Le plus grand nombre de ses sujets s’y soumit, de bon cœur; l’université même de Leipzig fut toute changée , sans une trop grande résistance; les plus zélés théologiens furent chassés du pays , ou privés de leurs fonctions, et leurs places furent données à des partisans de la nouvelle doctrine.

Un semblable changement eut lieu dans le Brandebourg, presque dans le même temps. Le prince Joachim Ier, zélé catholique, eut pour successeur, en 1534, son fils Joachim II, qui avait été élevé par sa mère, princesse du Danemarck, dans les pricipes luthériens. Ce prince, l’an 1539, encouragé par l’exemple de l’évêque de Brandebourg, Mathias Jagow , se soumit à la confession d’Augsbourg et introduisit dans ses Étals une institution ecclésiastique qui se rapportait encore beaucoup à l’ancienne discipline, mais dont les points capitaux étaient cependant tout à fait conformes aux principes de la réforme.

La supériorité qu’avait acquise la nouvelle doctrine dans le nord de l’Allemagne décida le vieux cardinal Albert , archevêque de Mayence et prince de la maison de Brandebourg , à cesser toute résistance pour les évêchés de Magdebourg et de Halbersladt , et à se retirer à Mayence , laissant les protestants établir des églises comme ils l’entendaient dans toutes les campagnes et les villes de ce pays, moyennant de grosses sommes d’argent qu’on lui fit toucher.

Plus les affaires étaient en mauvais état , plus l’Empereur et son frère Ferdinand prenaient à cœur la réunion des partis , et ils provoquaient de temps à autre de nouvelles conférences religieuses : à Haguenau, en 1540, peu après à Worms, en 1541 , où Melanchton et Eck se trouvèrent en présence, et la même année encore à Ratisbonne à laquelle l’Empereur lui-même assista et prit part avec beaucoup de zèle.

Tout fut inutile : la nouvelle doctrine était trop profondément séparée de l’ancienne et en même temps trop d’intérêts s’y rattachaient; de tous côtés, particulièrement du côté des princes, une foule de considérations mondaines venaient à la traverse; et au milieu des mœurs barbares de celle époque, il était impossible d’obtenir un examen calme , sans passion et approfondi, des questions. Comme donc ces tentatives de réunion n’apportaient aucun résultat, ou de très-minimes, l’Empereur eut recours à son moyen habituel de remettre la décision à un concile général et de confirmer pendant ce lemps-là, pour les protestants, la paix de Nuremberg. Ainsi en agit-il à la diète de Ratisbonne, 1541, avant de partir pour Alger; à Spire, en 1542, par l’entremise de Ferdinand et du prince Joachim de Brandebourg, quand il voulut réunir toutes les forces de l’Empire contre les Turcs ; et en 1544, dans la même ville , et dans une deuxième diète très-brillante à laquelle assistèrent les sept princes électeurs en personne, présidée par l’empereur Charles, lorsqu’il préparait contre la France sa dernière expédition que nous avons déjà racontée. Et cependant déjà les protestants avaient cherché l’appui des armes. Le duc Henri de Brunswick, prince aussi zélé catholique qu’inquiet et passionné, était en inimitié avec l’électeur de Saxe et le landgrave de Hesse, particulièrement à cause de la religion ; des deux côtés on publiait les pamphlets les plus acerbes ; car dans ce temps on combattait son ennemi avec toutes les armes que peut fournir la passion. De plus les villes de Brunswick et de Goslar, qui faisaient partie de la ligue de Schmalkalde, avaient demandé protection aux princes protestants contre leur duc qui les opprimait et les pressurait de toute façon ; l’Empereur même et le roi Ferdinand lui avaient déjà reproché sa violence contre elles , mais toujours en vain. A la fin la ligue de Schmalkalde leva en toute hâte une armée , en 1542, tomba sur son duché, en chassa le duc et retint le paysdans sa possession. Leduc Henri courut demander du secours à l’Empereur; mais celui-ci renvoya l’affaire à une diète.

11 fut arrêté à la diète de Worms, 1545, que l’Empereur gouvernerait en attendant les États

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