‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 8 sur 116 · INSTITUTIONS MILITAIRES. — ARMES · texte numérisé non relu

INSTITUTIONS MILITAIRES. — ARMES

Quand un grand danger menaçait le peuple, ou quand on avait décidé une grande expédition à faire sur le pays ennemi, tous les hommeslibres étaient appelés aux armes; c’étaitlà le ban de l'armée. Ils se levaient sous les bannières du dieu de la nation , que les prêtres portaient en avant. Les princes ou juges de chaque district étaient aussi les chefs à la guerre; les concitoyens d’un même endroit, les parents combattaient à côté les uns des autres; et quand l’expédition était une migration préméditée, ou lorsqu’un ennemi redoutable forçait tout le monde de quitter sa demeure, ils avaient avec eux leurs femmes et leurs enfants. Ainsi chaque combattant voyait réuni autour de lui tout ce qui pouvait enflammer son courage, ses parents, ses alliés, ses amis, et derrière les rangs les femmes et les enfants, dont il entendait les cris. Ceux qui étaient blessés revenaient vers leurs femmes cl leurs mères, qui exami-

1 liaient et comptaient les blessures de sangfroid. On raconte comment ces femmes plus d’une fois ont rétabli la bataille qui chancelait soit par leurs pressantes remontrances dans la crainte de l’esclavage , soit en ramenant ellesmêmes ceux qui se sauvaient avec leurs armes.

Outre le ban, il y avait une deuxième manière de lever des troupes ; on convoquait lesvolontaires, les compagnons d’armes, c’est-à-dire la suite d’un chef. C’étaient des jeunes gens avides de combats , qui se rassemblaient autour d’un chef renommé et éprouvé, et juraient de vivre et mourir avec lui. Parmi ces jeunes gens, régnait une grande émulation pour arriver à la première place; car il y avait différents degrés. C'est là que dans la suite on allait étudier l’art de la guerre; peut-être aussi, faut-il y voir l'origine des différents degrés par lesquels il fallait passer dans la chevalerie : page, écuyer, chevalier. La réputation d'un grand chef ne rcs-

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tait pas renfermée parmi son peuple; mais le bruit de sa valeur et celle de sa suite, quand elle s’était fait remarquer, sc répandait aussi parmi les peuples voisins; on lui demandait son aide, on lui envoyait des députés, on lui faisait des cadeaux, souvent même il arrêtait la guerre par la seule crainte de son nom. Dans le combat, c’était une honte pour un chef de sc laisser surpasser en valeur, et pour le guerrier de sa suite de ne pas égaler son chef; mais la tache était pour le reste de la vie, s’il l’abandonnait sur le champ de bataille, lorsqu’il vivait encore : et telle était la fidélité de ces guerriers qu’on aurait peine à en trouver un exemple. Le devoir le plus sacré pour eux, c’était de défendre leur chef, de maintenir et d’établir leur réputation par des actions d’éclat. Quand le peuple auquel ils appartenaient était trop longtemps en paix, le plus souvent ces jeunes audacieux passaient d’ eux-mêmes avec leur chef chez ceux de leurs voisins qui étaient en guerre. L’oisiveté leur était insoutenable; dans les dangers, ils trouvaient de la gloire, et le butin était la récompense de leur valeur. Chaque guerrier de la suite demandait à son chef un cheval de bataille et une lance. Ainsi ce n’était que par la guerre et le butin qu’il pouvait se faire une nombreuse troupe.

Tel est le tableau que nous fait Tacite de leurs institutions militaires. Mais il écrivait, il faut en convenir, dans un temps où la durée de l’état de guerre et l’expérience auraient bien pu avoir apporté déjà quelque perfectionnement.

Originairement sans doute, les liens des gens de la suite avec leur chef n’étaient obligatoires que pour une expédition particulière, et

(1) Ces deux mots tiennent à la constitution militaire des Allemands, surtout des Prussiens.

Chez eux , tous les citoyens passent sous les drapeaux, depuis 21 ans jusqu’à 24 ans. Il n’y a pas de remplaçants comme chez nous ; pendant ces trois ans , ils sont formés au maniement des armes et à tous les exercices. Us sont instruits par des sous-officiers qui sont continuellement sous les drapeaux, en font leur métier et sont peu estimés ; d’ailleurs, comme ils ne peuvent jamais parvenir au grade d’officier , il n’y a que les gens «pii ne peuvent se faire une condilion honorable qui songent à rechercher des grades inférieurs , qu’ils conservent toute leur vie.

cessaient avec celle guerre; car il n’est pas vraisemblable que ces peuples, si jaloux de leur liberté, aient établi que des chefs particuliers se feraient continuellement escorter par un semblable bataillon , comme par une garde du corps. Mais les dangers de la guerre étant devenus continuels, comme il paraissait désirable, nécessaire même d’être prêt contre toute attaque, les suites demeurèrent sur le pied de guerre et formèrent l’élite de l’armée. Dans le temps de la migration des peuples, des royaumes ont été fondés par la seule suite d’un chef; et de leur association , sont sorties naturellement les lois sur lesquelles ont été fondés ces nouveaux Étals, celles de la féodalité.

Nous voyons dans ces deux espèces d’institutions militaires le typede toutes les formes qu’on rencontre dans les Étals actuels d’Allemagne. Encore aujourd’hui le premier besoin du peuple est le droit de porter ses armes; et l’homme ne peut se le laisser enlever sans renoncer à la plus sacrée de ses prérogatives; car s’il veut abandonner entièrement à l’état militaire ces vertus qui le constituent essentiellement , le courage et le mépris de la mort , il tombera lui-même dans la mollesse et la servitude.

Tout homme doit donc être guerrier , et dans les dangers de la patrie , ne pas craindre d’abandonner sa profession , de quitter sa charrue, de s’armer et de marcher contre l’ennemi. C’est là le ban ( licerbann ) de nos aïeux ; et c’est aujourd’hui notre landwehr et notre landslurm (î). Mais il faut aussi des hommes qui fassent de l’art militaire leur occupation spéciale, qui, par un exercice continuel, puissent le porter à sa perfection et servir de modèles et de maîtres aux autres , qui enfin forment

Après ces trois ans, le citoyen passe dans la landwehr jusqu’à l’âge de 52 ans. 11 rentre dans ses foyers et se livre à sa profession ; mais tous les deux ans, il est tenu à un service d’au moins six semaines ou deux mois hors de chez lui, et il doit être toujours prêt pour le premier signal, en cas de guerre.

A 32 ans , il entre dans la deuxième classe de la landwehr jusqu’à 40 ans. Les citoyens de cette classe sont exempts des exercices et ne sont appelés qu’après la première. Les hommes de 40 à 60 ans forment la landsturm. Ils ne sortent jamais des frontières, et ne sont convoqués que quand la patrie est en danger.

INTRODUCTION

u no troupe toujours prèle pour le cas (l’une attaque imprévue. Les principales armes des anciens Germains étaient le bouclier, et une espèce de lance appelée framée, qui était armée d’une pointe de fer courte, étroite et trèsaiguë. Elle était si facile à manier, qu’en cas de besoin ils combattaient avec celte arme de près comme de loin ; quelques écrivains parlent aussi d’une longue et lourde lance. Pour combattre de près ils avaient encore des haches d’arme, dont on a trouvé un grand nombre enfoui sous terre, et la massue ordinaire. A peine quelques-uns portaient cuirasses, à cause de la rareté du fer; très-peu portaient des casques, un petit nombre seulement avaient des épées. Les boucliers étaient de bois ou d’osier. Si donc ils ont fait de si grandes choses avec de si mauvais instruments , c’est que chez eux les bras et le courage valaient plus que les armes.

Leurs chevaux n’étaient remarquables, ni par leur beauté, ni par leur vitesse; mais par leur force à supporter la fatigue; et les Germains savaient si bien les dresser, que souvent leur cavalerie a mis en fuite celle des Gaulois et des Romains, toute bien armée et bien montée qu’elle fût.

Ils en faisaient même peu de cas , parce qu’ils trouvaient trop mou et indigne d’un homme de se servir de selles; pour eux, ils étaient assis à nu sur leurs chevaux. Mais la plus grande force de leurs escadrons était dans les piétons qu’ils avaient avec eux. Ils plaçaient les plus agiles et les plus vigoureux de leurs jeunes gens , mêlés avec les cavaliers , aux premières lignes. Les cavaliers se choisissaient eux-mêmes leurs compagnons ; de sorte que chez eux les sentiments de l’amitié, les sentiments du cœur, avaient toujours un grand rôle dans les batailles. Ils étaient à côté l’un de l’au-

tre dans le tumulte du combat et se portaient mutuellement secours dans le danger. Le cavalier était-il renversé de cheval , il était aussitôt entouré de piétons qui le défendaient. Fallaitil faire un mouvement rapide de côté ou même en arrière, ces piétons s’accrochaient avec autant d’adresse que de légèreté à la crinière des chevaux et ils les suivaient au galop.

Leur ordre de bataille le plus souvent était en pointe, alin de pouvoir promptement faire une trouée dans les rangs ennemis. Avant la bataille ils entonnaient l’hymne de guerre, qui exhaltait les belles actions de leurs aïeux et la gloire de la patrie. Des instruments de guerre, des cornes d’airain ou de bœufs sauvages , de grosses t imballes , avec le bruit des boucliers heurtés les uns contre les autres, faisaient un bruit terrible et excitaient de plus en plus leur courage. Pendant la marche contre l’ennemi, ce chant devenait un cri de fureur et de sang qu’on appelait la barrit; d’abord grondant sourdement, puis plus fort et plus plein , c’était un rugissement au moment du choc. Le général réglait ses craintes et ses espérances sur la barrit, suivant qu’elle avait été plus forte ou plus languissante. Souvent même pour rendre ce son plus affreux , ils tenaient leurs boucliers creux devant leur bouche. Ces cris de guerre, la taille gigantesque des Germains, leur regard farouche, inspiraient une telle frayeur aux Romains qu’ils ne pouvaient que difficilement s’y habituer.

Laisser son bouclier dans la mêlée était une honte ineffaçable. Celui qui s’était ainsi déshonoré ne pouvait plus assister aux cérémonies du culte ni paraître dans une assemblée ; de sorte que quantité de guerriers, qui avaient pu échapper heureusement au combat, ne pouvant soutenir une vie si triste, se donnaient eux-mêmes la mort.

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