‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 87 sur 116 · LS TURCS REVANT VIENNE · texte numérisé non relu

LS TURCS REVANT VIENNE

pousser la force par la force ; mais des séditions en Hongrie cl une nouvelle guerre de la part des Turcs attirés par Louis pour protéger ses projets, arrêtèrent les résultats de cette alliance.

Les Turcs devant Vienne. 1683.

Depuis l’an 1G70 la Hongrie était agitée; elle était mécontente de voir ses institutions méprisées et ses places occupées par des soldats allemands, qu’elle haïssait par-dessus tout. De plus, les protestants se plaignaient de plusieurs persécutions dont les jésuites avaient été les instigateurs. Ces peuples mécontents, ayant rencontré, en 1G78, dans le comte Emmeric de Tœckely, un commandant plein de résolution , se soulevèrent en masse et firent aussitôt alliance avec les Turcs. Le guerrier et ambitieux grand visir, Kara-Mustapha , se disposa donc à entrer en campagne à la tète d’une armée plus forte que toutes celles que les Turcs avaient mises sur pied depuis la prise de Constantinople. Heureusement pour l’Empereur qu’il avait sur les frontières de la Pologne un allié plein de courage, le roi Jean Sobieski, et qu’il trouva les princes allemands fidèles et prompts dans cette occasion , contre leur coutume, à lui envoyer des secours. Il rencontra en outre dans le duc Charles de Lorraine un général habile pour conduire son armée.

Cependant arriva le printemps de Tannée 1685 , avant que les préparatifs ne fussent achevés; tandis que les Turcs, qui n’avaient pas coutume de se mettre en campagne avant Tété , étaient partis cette année avant la fin de l’hiver, et le 12 juin ils traversaient le pont d’Esseck. On se hâta de passer en revue à Presbourg l’armée allemande et impériale, que Ton trouva de vingt-deux mille hommes de pied et onze mille chevaux; mais les Turcs comptaient plus de deux cent mille hommes, qui sans s’arrêter à assiéger des villes en Hongrie, comme on avait espéré , marchèrent droit sur Vienne. La consternation et la confusion régnaient dans la

ville; l’Empereur avec sa cour s'était enfui à Linz. Beaucoup d’habitants l’avaient suivi ; mais les autres, quand le premier moment de terreur fut passé, s’armèrent pour la défense, et la lenteur des Turcs, qui s’amusèrent à piller les lieux et les châteaux environnants, permit au duc de Lorraine de jeter douze mille hommes de garnison dans la ville; alors, comme il ne pouvait avec sa petite troupe se porter à la rencontre de l’armée turque pour lui barrer le passage, il se tint à l’écart et attendit le roi de Pologne.

Le comte Rüdiger de Stahrenberg fut nommé commandant de la place par le conseil de guerre, et il se montra aussi hardi qu’actif à faire tout ce qu’il crut possible pour sa défense. Tout homme qui pouvait travailler ou porter les armes prêta son secours. Le 14 juin , le visir parut avec son innombrable armée devant les murailles : elle couvrait le pays tout autour à six lieues de distance. Deux jours après il ouvrit la tranchée; bien tôt l’artillerie frappa les murs pour faire brèche; on s’efforça surtout de creuser des mines , pour faire sauter en l’air des bastions ou des quartiers de muraille, afin de pouvoir se précipiter ensuite dans cette ville, où les Turcs espéraient trouver un si grand butin. Mais les défenseurs tinrent ferme, et réparaient dans la nuit ce qui avait été renversé. Chaque pas de terrain n’était obtenu qu’après une longue lutte, où Ton voyait une égale opiniâtreté pour la défense et pour l’attaque. Le lieu le plus chaud du combat était au bastion Label autour duquel il n’y avait pas de motte de terre qui n’eût été arrosée de sang ami ou ennemi. Cependant les Turcs gagnèrent peu à peu quelques pas; à la fin d’août, ils étaient logés dans les fossés de la ville; et, le 4 septembre, ils firent sauter une mine sous le bastion le Bourg; la moitié de la ville en fut ébranlé et le bastion fut fendu dans une largeur de plus de cinq toises; la brècheétait assez large pour livrer un assaut, mais l’ennemi fut repoussé. Le lendemain , il revint avec un nouveau courage; la valeur des assiégés l’arrêta encore. Le 10 septembre, une dernière mine sauta sous le même bastion, et la brèche fut si grande qu’un bataillon pouvait y entrer de front. Le danger était extrême, la garnison était tout épuisée

par les combats, les maladies et les travaux de tous les jours : le duc de Stahrenberg avait envoyé courrier sur courrier au duc de Lorraine. Enfin le 11 , quand toute la ville était dans la stupeur et dans l’attente d’un assaut, elle s’aperçut au mouvement qui se fit remarquer dans le camp ennemi que le secours était proche. A cinq heures du soir l’armée chrétienne était sur la montagne de Kalen , et elle fit connaître sa présence par une salve d’artillerie. Le prince Jean Sobieski était arrivé à la tète d’une vaillante armée : les électeurs de Saxe et de Bavière, le prince de Waldeck avec les troupes du cercle de Franconie, le duc de Saxe-Lauenbourg, le margrave de Bade et de Baireulh, le landgrave de Hesse, les princes d’Anhalt et quantité d’autres princes et seigneurs allemands avaient amené avec eux des troupes fraîches. Alors Charles de Lorraine put oser marcher contre l’ennemi , quoique il n’eût encore que quarante-six mille hommes.

Le 12 septembre au matin, l’armée chrétienne descendit de la montagne de Kalen en ordre de bataille. Le village de Naussdorf, situé sur le Danube, fut attaqué par les troupes impériales et les Saxons qui occupaient l’aile gauche, et emporté après une opiniâtre résistance. Cependant, sur le midi, le roi de Pologne étant descendu dans la plaine avec l’aile droite, attaque les innombrables bataillons de cavalerie turque à la tète de sa cavalerie polonaise; il se jette au milieu de l’ennemi avec toute la fureur d’un ouragan , et répand la confusion dans les rangs ennemis ; mais son courage l’emporte trop loin, il est entouré avec les siens, et va peut-être être accablé par le nombre. Alors il crie au secours, les cavaliers allemands qui l’avaient suivi arrivent au galop sur l’ennemi, délivrent le roi et bientôt les Turcs sont mis en fuite de tous côtés.

Mais tous ces combats ne devaient être que des avant-scènes de la grande bataille qui devait décider du sort de la guerre. Car on voyait toujours le camp des Turcs, qui s’étendait à perte de vue, couvert de milliers de tentes, et leur artillerie tirait toujours sur la ville. Le général en chef tenait un consc"l de guerre pour savoir s’il devait livrer la bataille le jour même ou attendre au lendemain pour laisser à

ses troupes le temps de se reposer , quand on vint lui annoncer que l’ennemi semblait être en pleine fuite ; et c’était la réalité. Une terreur panique les avait pris; ils fuyaient en désordre abandonnant leur camp et leurs bagages : bientôt même ceux qui attaquaient la ville furent entraînés dans la fuite avec toute l’armée.

Le butin trouvé dans le camp fut immense. On l’élève à quinze millions et la seule tente du visir à quatre cent mille écus. On trouva aussi dans la cassette de la guerre deux millions. Le roi de Pologne reçut pour sa part quatre millions de florins; et dans une lettre à sa femme où il lui parle de cela et du bonheur d’avoir délivré Vienne , il s’exprime ainsi : « Tout le camp ennemi avec toute son artillerie et toutes ses énormes richesses est tombé dans nos mains. Nous chassons devant nous une armée de chameaux , de mulets et de Turcs prisonniers; je suis devenu l’héritier du grand visir. L’étendard qu’il avait coutume de faire porter devant lui, et la bannière de Mahomet dont le sultan avait honoré cette campagne, les tentes, les chariots, les bagages, dans tout j’ai une part; on a pris des cuisiniers dont quelques-uns valent à eux seuls des millions d’écus. Quant à ce qui appartient aux divers objets de luxe et d’agrément trouvés dans sa tente, comme sont, entre autres choses extraordinaires , ses bains, ses jardins, ses fontaines d’eau jaillissante, et toute espèce d’animaux rares, il serait trop long d’en donner la description. — J’étais ce matin dans la ville et j’ai trouvé qu’elle n’aurait pu tenir cinq jours de plus. — Jamais il n’a été possible à des yeux d’homme de voir un si grand bouleversement fait en si peu de temps, que celui des tas de pierres et de rochers lancés dans l’air en éclats par la mine. — J’ai eu longtemps à combattre avec le visir jusqu’à ce que l’aile gauche vînt à mon secours. Mais après la bataille je me suis vu entouré de l’électeur de Bavière, du prince de Waldeck et de beaucoup d’autres princes qui m’embrassaient et me baisaient. Les généraux me portaient par les mains et par les pieds, et les colonels à la tête de leurs régiments, à pied comme à cheval, me saluaient en criant: Vive notre brave roi!...

» Aujourd’hui l’électeur de Saxe, le duc de

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