‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 88 sur 116 · NOUVELLE GUERRE AVEC LA FRANCE · texte numérisé non relu

NOUVELLE GUERRE AVEC LA FRANCE

Lorraine, enfin le commandant de Vienne, comte de Stahrcnberg , et quantité de peuple de toute classe sont venus au-devant de moi; chacun me serrait sur son cœur, me baisait, m’appelait son sauveur , et au milieu de la rue s’est élevé un boura de Vive le roi ! Après dîner, lorsque je rentrais à cheval au camp, je fus accompagné jusqu’aux portes par tout le peuple qui levait les mains au ciel. Gloire, honneur et reconnaissance éternelle au Très-Haut qui nous a envoyé une si belle victoire! »

Les Autrichiens avaient tout lieu d’être reconnaissants; car si ce redoutable ennemi ne violait pas et ne massacrait pas tout, comme dans ses autres guerres, du moins il entraînait tout le monde comme esclave. On a calculé qu’il avait enlevé à l’Autriche quatre-vingt-sept mille personnes, dont cinquante mille enfants et vingt-six mille femmes et filles, et parmi ces dernières, seulement deux cent quatre comtesses ou autres femmes nobles.

Toute l’Europe prit grand intérêt à la délivrance de Vienne, excepté Louis XIV qui en fut très-consterné, et à qui aucun de ses ministres n’osait annoncer cette nouvelle. Des écrivains très-dignes de foi prétendent que l’on trouva dans la tente du grand visir une lettre du roi où il donnait le plan du siège tout entier.

La guerre avec les Turcs dura quinze ans, avec quelques interruptions, et finit heureusement pour les armes impériales; ils perdirent depuis lors cette auréole d’épouvante et de gloire militaire qui les précédait partout. Dans l’année 1687, le duc de Lorraine et le prince Eugène de Savoie , plus tard si fameux , leur firent essuyer une défaite complète à Moliacz.

La victoire eut pour résultat de ramener la Hongrie sous la puissance de la maison impériale ; elle rendit même cette dignité héréditaire au lieu qu’elle n’était auparavant qu’élective. Un armistice fut signé avec les Turcs pour vingt-cinq ans à Carlowitz, après la grande victoire du prince Eugène à Zeutha, 1697.

Nouvelle guerre avec la France. 1688—1697.

Le temps que l’Autriche mettait à repousser ce redoutable adversaire au sud-est, Louis XIV l’employait à rassembler de nouvelles forces pour la guerre ; car ses usurpations ne l’avaient pas encore rassasié. Et quand il en jugea le moment opportun, il eut recours à d’insignifiantes chicanes au sujet de l’héritage du prince électeur Charles palatin et de la succession à l’électorat de Cologne après la mort de Maximilien-Henri, sous prétexte qu’il était garant de la constitution d’Allemagne, pour signifier à l’Empereur une nouvelle déclaration de guerre, 1688. Avant même qu’elle ne fût connue, ses armées entrèrent dans les Pays-Bas et recommencèrent de nouvelles dévastations. Au bruit du danger, tout le nord de l’Allemagne, Saxons , Hanovriens , Ilessois , se hâtèrent d’envoyer sur le Rhin de nombreuses armées poulie défendre; et ce zèle était d’autant plus louable que la diète était encore à délibérer à Ratisbonne, s’il y aurait guerre. Pourtant elle se prononça plus énergiquement qu’auparavant; elle décida la guerre déclarée pour l’Allemagne; le ban de l’Empire fut proclamé, et personne ne pouvait plus rester neutre; l’Empereur ajouta même à la publication « que le royaume de France n’était pas considéré simplement comme l’ennemi de l’Empire , mais comme celui de la chrétienté , et était mis sur le même rang que les Turcs. »

La prépondérance de la France et son mépris pour la paix de Nimèguc indisposa contre elle le reste de l’Europe; bientôt l’Angleterre, la Hollande, l’Espagne et plus tard la Savoie, prirent part à la guerre; et le nouveau roi d’Angleterre, Guillaume III, aussi Slathouder des Pays-Bas, dans sa déclaration de guerre, appelait Louis XIV « le perturbateur de la paix et un ennemi commun pour la chrétienté. »

L’Allemagne fut encore alors la triste victime du barbare moyen inventé par Louvois pour conserver à la France l’avantage de la guerre contre tant d’ennemis ; les bords fleuris du Rhin furent changés en de vastes déserts, et

l’imagination recule devant une pareille dévastation. Dès le mois de janvier 1689, la cavalerie du général Mélac, nommément, parcourut tous les environs de Heidelberg, incendia les villes de Rohrbach, Russlock, Wisloch, Kircheim, Eppenheim, Nckachausen cl beaucoup d’autres; en vain les malheureux habitants se jetaient-ils aux pieds des vainqueurs en demandant grâce, ils n’en étaient pas moins dépouillés et chassés dans les campagnes couvertes de neige , où un grand nombre moururent de froid. On mit le feu aux quatre coins de Heidelberg.

Le même sort attendait Manhcim, Offenbourg, Kreuznacli, Oppenheim, Bruchsal , Frankenthal, Baden , Rastadt et beaucoup d’autres villes plus petites et villages; et les habitants pillés et maltraités ne pouvaient obtenir la permission de se retirer en Allemagne où ils espéraient trouver quelque protection; mais ils étaient obligés de rentrer sur le territoire français.

Deux villes impériales, Spire et Worms, qui avaient appartenu à l’ancienne Allemagne, furent tourmentées pendant plusieurs mois et de propos délibéré. Après des exactions sans nombre, les citoyens ayant tout souffert, tout sacrifié pendant sept mois, et croyant leurs villes du moins sauvées, reçurent la notification que les intérêts du roi exigeaient que les villes de Worms et de Spire disparussent de la terre; et leurs pauvres habitants, dépouillés de tout, se virent contraints de quitter leurs villes pour aller comme des mendiants demander un asile dans les villes françaises les plus proches. Worms et Spire furent livrés aux flammes et réduits en un monceau de cendres et de décombres. L’amour de l’argent porta même en cette occasion à violer les tombeaux des anciens empereurs saliens dans la cathédrale deSpire; on prit quelques bières en argent qui s’y trouvaient et l’on dispersa sur la terre ces cendres sacrées. Comme on demandait au jeune duc de Créqui , qui commandait cette expédition, pourquoi il usait d’une telle rigueur envers Spire, il répondit : « C est la volonté du roi; j> et il montra un plan sur lequel plus de deux cents villes et villages étaient condamnés au feu. Or de pareilles

cruautés étaient exercées par un peuple qui se donnait pour le plus civilisé du monde , justement à l’époque qu’il appelle son âge d’or, et étaient ordonnées par un roi qui avait la prétention de protéger les arts et les sciences quelque part que ce fût. Car avant de déployer cette avidité de conquêtes, il avait envoyé des cadeaux à soixante savants étrangers, accompagnés de cette lettre de son ministre Colbert:

« Quoique le roi ne soit pas votre maître, il veut être votre bienfaiteur et vous envoie cette lettre comme une preuve de son estime. » Quelque efficace qu’eût été cette conduite pour lui faire des partisans parmi les hommes les plus distingués des autres nations , alors personne n’osa plus ajouter foi à la droiture de ses intentions; et les vœux qu’on avait faits au commencement pour le succès de ses armes, se changèrent en malédictions et imprécations contre le peuple et contre le roi.

Cette mauvaise disposition des esprits et les talents remarquables du vieux duc de Lorraine, rendirent les commencements de cette guerre assez heureux aux armes allemandes; et plusieurs villes fortes sur le Rhin furent reprises aux Français. Mais après la mort du duc, quand le zèle du premier moment se fut refroidi, les avantages revinrent à cet ennemi toujours actif; depuis surtout que le grand général français, le maréchal de Luxembourg, eut remporté sur l’armée allemande une victoire complète à Fleurus , 1690. Cependant, en 1693, un nouveau général allemand , formé à l’école du duc de Lorraine, le prince Louis de Bade, sembla ramener en quelque sorte 1 équilibre par sa sage défense des rives du Néker; il prit a Ileilbronn, avec sa petite armée, une position si avantageuse que l’ennemi n’osait plus rentrer; en Souabe.

Paix de Riswick. 1697. — Toutes les nations belligérantes, enfin fatiguées, se rassemblèrent en congrès à Riswick, petit village avec un château, près de La Haye, en Hollande, pour y traiter de la paix. Celte fois Louis XIV désirait visiblement la paix pour se préparer à une

nouvelle guerre qu’il voyait très-prochaine. On

s’attendait à la mort de Charles II, roi d Espagne; cl comme il n’avait pas d’enfants, Louis voulait obtenir cette couronne pour son propre

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