‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 90 sur 116 · MARIE-THÉRÈSE · texte numérisé non relu

MARIE-THÉRÈSE

doué , ne peut, en beaucoup de circonstances, soutenir la comparaison avec l’autre grand homme cpie nous avons rapproché de lui; si même il parait petit, dans certains circonstances où, dans un temps ordinaire, il eût passé pour très-sage; il ne faut pas non plus s’étonner si les maux qu’a soufferts la patrie lui arrachent des plaintes contre son grand roi. Une intelligence petite et jalouse, ennemie de ce qui vient de l’étranger et toute restreinte, non plus qu’un esprit insolent, enthousiaste de l’antiquité, foulant aux pieds les choses sacrées, ne peuvent ni produire ni conserver la perfection. Et cette considération nous portera bien plutôt à déplorer qu’un génie si extraordinaire n’ait pas été produit dans un temps plus éclairé. — Quand Frédéric-Guillaume 1er mourut, le 21 mai 1740, Frédéric n’avait que vingt-huit ans; mais son esprit essentiellement actif, excité encore par son application aux sciences et par ses relations avec les savants, était formé aux travaux les plus sérieux de l’intelligence. L’étude de l’histoire avait porté sa vue bien au delà des bornes du présent; elle lui avait inspiré de hautes idées de la dignité d’un roi, et son début prouva qu’il ferait des efforts pour les réaliser. On sut bientôt qu’il était résolu à gouverner par lui-même; son activité dans la conduite des affaires, son attention portée surtout sur les petites choses comme sur les grandes, ses veilles, son abstinence des plaisirs, la sévère division de ses heures de manière qu’il n’y en eût pas une seule perdue dans l’oisiveté ; tout en lui était propre à frapper d’étonnement ces hommes de cour qui n’étaient pas habitués à voiries souverains s’imposer de pareils sacrifices, celui même de la santé, pour legouvernement de leurs États. L’impression extraordinaire qu’on en éprouvait est très-bien peinte dans un rapport d’un ambassadeur à sa cour. <i Pour donner une idée exacte du nouveau gouvernement, y dit-il, il suffit de dire que le roi fait absolument tout et que son premier ministre n’a rien à faire , si ce n’est de lui expédier directement les ordres qui lui arrivent, sans qu’il ait aucun compte à rendre. Malheureusement il n’y a personne auprès du roi qui possède toute sa confiance et dont on puisse se servir pour faire avec succès

ET FRÉDÉRIC II

les intrigues nécessaires ; aussi un ambassadeur est-il plus embarrassé ici qu’à toute autre cour ». En effet, l’art apporté de France en Europe et qui empoisonnait toutes les relations des souverains entre eux , l’art de découvrir, avant qu’ils aient été mûris, tous les projets des cours étrangères par des espionnages et des corruptions, ne pouvait être mis en usage auprès de Frédéric II; car il pesait tout en silence dans son âme, et le moment de l’exécution était celui de la manifestation de son projet.

C’est ainsi qu’eut lieu son invasion dans une des provinces autrichiennes à la mort de l’empereur Charles Ier. On remarqua bien des préparatifs ; mais il n’en avait pas beaucoup à faire, parce que l’ordre et l’économie du roi Frédéric-Guillaume avaient laissé à son fils une très-belle armée de quatre-vingt mille hommes et plus de huit millions d’écus au trésor; du reste, tout marcha avec si peu de bruit et si secrètement que personne ne put pénétrer le vrai dessein du jeune roi. Habituellement , avant d’entreprendre une guerre , on s’occupe de trouver des alliés parmi les autres puissances; mais ici Frédéric ne parla à aucun ambassadeur et ne fit alliance avec aucun. Il savait bien que le secours le plus sûr sur lequel on puisse compter, c’est soi-même. Aussi comptait-il sur la célérité de son armée comme sur cette activité qui ne l’abandonna pas de toute sa vie. « Le roi veut-il voyager, raconte l’ambassadeur étranger dont nous avons parlé, il a coutume de n’en instruire ceux qui doivent l’accompagner que quelques heures avant son départ, et il se trouve prêt avant qu’aucune cour, aucun courtisan même puisse le savoir ; les généraux, princes et aides de camp qui l’accompagnent en sont seuls informés. » C’est ainsi que, par sa célérité, il sut multiplier la force de ses États et suppléer au défaut des masses.

352 SEPTIÈME ÉPOQV

Guerre de la succession d’Autriche. 1740—1748.

Première guerre en Silésie. 1740 — 1742. — L’empereur Charles VI était mort le 20 octobre 1740, et le 13 décembre de la même année Frédéric 11 entrait en Silésie. En même temps que son armée paraissait dans ce pays, son ambassadeur présentait à la cour de Vienne une demande d’accommodement. Frédéric offrait à la reine de Hongrie, si elle voulait faire un abandon à l’amiable des principautés de la Silésie, son assistance pour la soumission des autres provinces et sa voix pour son mari , François-Étienne de Toscane, au collège électoral ; mais ses propositions furent rejetées à Vienne. Le peu de troupes autrichiennes qui se trouvaient en Silésie furent bientôt chassées ; les places fortes seules firent quelque résistance et elles furent assiégées. Le printemps qui approchait devait décider si ce pays, si facilement conquis, serait aussi conservé en présence d’une armée autrichienne. Le feldmaréchal de Neuperg, général formé à l’école d’Eugène, conduisait l’expédition chargée de reconquérir la Silésie ; et les jeunes soldats prussiens, qui ne connaissaient encore que les exercices de la guerre sans avoir éprouvé ses rigueurs, se trouvaient en face de guerriers qui certainement devaient être rangés parmi les meilleurs de l’Europe. Mais les premiers essais des armes prussiennes les couvrirent de gloire. Dans la nuit du 9 mars, le prince héritier de Dessau escalada et emporta d’assaut la citadelle de Glogau; et le 10 avril, le roi avec son principal corps d’armée tomba , près de Wolwitz , sur les Autrichiens qui ne l’attendaient pas. Toutefois ils eurent le temps de se ranger. La bataille se donna à deux heures de l’après-midi. Elle fut longtemps indécise, parce que la cavalerie autrichienne combattit avec la plus grande valeur ; elle força l’aile droite des Prussiens à se replier sur le centre, poussa jusqu’aux batteries, dont elle enleva les canonniers de dessus les pièces et les tourna contre les Prussiens eux-mêmes. Le roi, qui alors pour la première fois voyait dans la guerre ce qu’elle

a de terrible, perdait déjà courage; mais l’habile feld -maréchal Schwérin, qui regardait tout avec sang-froid et comptait toujours sur la variété des chances de la guerre, lui persuada de se retirer sur le corps d’armée que commandait le duc de Ilolslein Beck ; afin , disait-il, de pouvoir avec lui soutenir la retraite en cas de besoin. Après avoir longtemps hésité, le roi se décida enfin quand il vit le jour tomber ; il partit avec toute sa suite et se dirigea vers la petite ville d’Oppeln. 11 la croyait occupée par les Prussiens, mais ils avaient été chassés la veille , et quand au qui vive? ils eurent répondu Prussiens, ils furent salués d’une décharge à travers les barreaux ; alors le roi se hâta de gagner la petite ville de Lœven : il dut à l’obscurité de n’ètre pas pris. Il avait à peine quitté le champ de bataille que déjà la fortune avait changé en faveur des Prussiens. Le feld-maréchal Schwérin l’avait forcée de se déclarer pour son roi par une attaque habile sur le flanc de l’ennemi , soutenue d’un feu nourri comme les Autrichiens n’étaient pas accoutumés d’en essuyer. Le roi reçut cette heureuse nouvelle le matin à Lœwen et se hâta d’aller porter ses félicitations à son général et à ses guerriers.

Une victoire si sanglante et si chèrement achetée attira les yeux de tous les contemporains sur le jeune roi; et cette entreprise fut alors approuvée, comme par la décision du sort , à cause du succès; car les hommes n’ont guère d’autre moyen de juger les événements. Frédéric eût-il été malheureux, mille voix se seraient élevées pour le blâmer et le mépriser comme un fou dont les entreprises n’étaient point méditées et point mesurées sur ses forces ; car tel a été le jugement porté sur le prince de Bavière, Charles-Albert, qui se leva comme Frédéric et voulut saisir une couronne royale ou même impériale. Et dans le fait, la force qui ose tenter l’extraordinaire sur le grand théâtre du monde n’est éprouvée que par l’exécution.

Coalition de la France, la Prusse, l’Espagne, la Bavière et la Saxe contre l’Autriche. — Le peu de succès des armes autrichiennes en Silésie encouragea le gouvernement français à profiter du moment pour arriver au démembre-

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