‹ Histoire d'Allemagne, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'année 1838;Chapitre 96 sur 116 · JOSEPH II · texte numérisé non relu

JOSEPH II

manquèrent pas d’élever de grandes plaintes ; j de même aussi, dans plusieurs autres circonstances , beaucoup de princes crurent trouver dans l’Empereur une espèce de mépris pour les constitutions de l’Empire. Les appréhensions augmentèrent extrêmement quand on le vit, dans l’année 1783 , ménager un traité d’échange avec le prince électeur palatin de Bavière , d’après lequel ce prince devait abandonner son pays à l’Autriche, et recevoir, en revanche, les Pays-Bas avec le titre de roi d’un nouveau royaume de Bourgogne; de cette façon tout le sud de l’Allemagne aurait appartenu à l’Autriche. Le prince n’en était pas éloigné, et la France et la Russie y étaient consentantes, dans le principe; mais Frédéric II vint encore une fois déconcerter ces plans, et réussit à en détourner la Russie.

Ces mouvements , occasionnés par les efforts de l’empereur Joseph, qui cherchait à donner à ses projets une prompte exécution, firent naître dans la tète du vieux roi de Prusse la pensée de décider les princes allemands à faire entre eux une alliance, pour assurer le maintien de la constitution impériale ; de même que déjà, antérieurement, on avait vu plusieurs membres de l’Empire s’unir pour leur mutuelle défense. Tel devait être l’unique but de l’alliance, du moins d’après la parole même du roi; et elle fut arrêtée , en l’année 1783 , entre la Prusse, la Saxe, le Hanovre , les ducs de Saxe , de Brunswick, de Mecklenbourg, de Deux- Ponts, le landgrave de Hesse et quelques autres princes; bientôt même l’électeur de Mayence s’y joignit encore. Cette alliance fut au fond une démarche moins ennemie que sévère; mais ce n’en était pas moins un reproche sensible fait à la maison d’Autriche au sujet des nouvelles entreprises de l’Empereur; et c’était en même temps une leçon qui l’avertissait que la destination de la maison d’Autriche, parmi les peuples de l’Europe, était de maintenir ce qui existe, uniquement de protéger le droit, de présenter toujours un rempart à l’esprit de conquête et d’être ainsi le tuteur de la liberté commune ; mais que pour peu qu’elle s’écartât de cette voie, elle perdait aussitôt la confiance publique. Du reste, cette alliance n’eut aucun résultat pour l’Allemagne, soit parce que Fré-

déric Il mourut l’année suivante, soit parce que les successeurs de Joseph II revinrent heureusement aux anciens principes de leur maison, la modération et la sagesse; soit enfin parce que, dans les dix dernières années de ce siècle, il se passa en Europe des événements si inouïs, qu’ils firent oublier tout le reste , qui n’était plus que de la futilité en comparaison.

Mort de Frédéric IL 17 août 1786. — Cette alliance des princes fut le dernier acte public du grand Frédéric , qui eut quelque importance; il mourut l’année suivante. Il resta toujours actif et entreprenant malgré sa vieillesse, mais il devint de plus en plus isolé; car tous les anciens compagnons de ses premières années étaient descendus au tombeau avant lui ( Ziethen mourut au mois de janvier de l’année même de sa mort, âgé de quatre-vingtsept ans) ; et d’un autre côté, le grand roi n’avait pas reçu du ciel le don de la paternité, le don par lequel l’homme semble revenir aux premiers sentiments de l’enfance et pour ainsi dire recommencer sa carrière; il ne pouvait se voir rajeuni et revivant dans sa postérité. D’ailleurs il n’avait pas au fond de son âme des sentiments convenables pour cet état, et sa nature était fort imparfaite sous ce rapport.

Son esprit se soutint presque intègre pendant soixante-quatorze ans, quoique son corps fût extrêmement affaibli . Legrand usage qu’il avait fait des fortes épices et des mets préparés à la manière française, avait desséché tous les sucs de sa vie, et une grave hydropisie aggravait de plus en plus son état. 11 devint plus mal dans l’été de 1786, et le 17 août il succomba. 11 fut enterré à Postdam , sous la chaire de l’église.

Quoique la nouvelle de cette mort , arrivée dans un âge si avancé, ne pût surprendre personne, elle causa cependant une émotion générale dans toute l’Europe. — Frédéric laissa à son successeur un royaume bien réglé, peuplé de six millions d’habitants, une forte armée et un trésor bien rempli ; mais le plus beau trésor qu’il laissa fut le souvenir de ses héroïques et valeureuses actions, qui devait devenir plus tard pour son peuple, un cri de réveil et d’encouragement.

Mort de Joseph II, le 20 février 1790. Léopold IL 1790 — 1792. — L’empereur Joseph s’était engagé, en 1788, dans une guerre contre les Turcs, qui ne lui rapporta pas tous les avantages qu’il s’était promis. Son armée souffrit des pertes considérables, surtout par la maladie, et bien qu’il s’y fût rendu en personne, ses armes ne furent pas heureuses; il manquait du sang-froid, du calme nécessaire à un grand général.

Dans ce même temps la Hongrie commença à donner tout haut des marques de mécontentement , parce que Joseph traitait le peuple qui l’avait sauvé, lui et sa mère, sans aucune considération pour ses droits, ses mœurs %t son langage. Mais dans les Pays-Bas il y eut une révolte ouverte; le clergé, le peuple, la noblesse , les villes, tous voyaient, dans les réformes trop précipitées de l’Empereur, des attaques contre leurs anciens privilèges. Ils prirent les armes, et, le 22 octobre 1789, les provinces du Brabant se déclarèrent indépendantes, dans une assemblée à Bréda. Presque toutes les villes prirent le parti des révoltés , qui avaient à leur tète un avocat, Van der Ps'oot; et les employés autrichiens se virent forcés de prendre la fuite. C’était un avantcoureur des grands événements qui se préparaient en même temps en France. L’empereur Joseph mourut au milieu de ces agitations , dans sa quarante-neuvième année , le 20 février 1790. Il avait été fort ébranlé par les fatigues qu’il éprouva dans la guerre des Turcs; mais il fut encore plus accablé par la douleur de voir tant de projets manqués et la colère des peuples soulevée contre lui.

Comme il n’avait point laissé d’enfants, son frère Pierre-Léopold, jusqu’alors grand-duc de Toscane, lui succéda dans les Etats héréditaires d'Autriche. La tâche qui lui était imposée n’était rien moins que facile; car de tous les côtés régnait le mécontentement ou la révolte , partout il y avait des levées de boucliers ou des guerres. Il fallait la plus sage modération pour conduire heureusement le gouvernail à travers une pareille tourmente; mais Léopold possédait ce calme et celle sagesse. Les plus dangereuses innovations de son. prédécesseur furent écailécs, la Hongrie fui pacifiée, les Pays-Bas

furent apaisés tant par la force des armes que par la confirmation de leurs droits et de leur constitution; enfin, l’année suivante, on fit aussi la paix avec les Turcs. Le 30 septembre 1790, l’héritier de la maison d’Autriche fut choisi pour empereur d’Allemagne, sous le nom de Léopold IL 11 ne régna que deux ans, jusqu’au 1er mars 1792, et ce court règne finit au moment que commençait en Europe une époque pleine de difficultés et d’embarras.

La Révolution française.

Cet esprit d’analyse qui pénétrait partout pour examiner et décomposer; cet esprit à la fois pointilleux et tranchant apporté dans les sciences, dans les arts, dans les rapports de la vie, et dans les idées, tant sur la constitution même des États que sur les droits des gouvernants , des gouvernés et des hommes en général; l’exemple du roi Frédéric et celui de l’empereur Joseph, qui venaient de quitter le trône, étaient bien propres à donner l’impulsion aux peuples, et à leur faire regarder ce qu’il y a de plus solidement établi comme pouvant changer, ce qu’il y a de plus vénérable à cause de son ancienneté et de l’habitude comme pouvant passer. Et de même que la pensée la plus merveilleuse, comme on en peut trouver tant d’exemples dans l’histoire, n’a souvent d’autre raison de son exécution que d’avoir été une fois conçue et exprimée; ainsi, à la fin du dix-huitième siècle, la pensée humaine ne trouva pas de repos, jusqu’à ce que ce qui existait fût renversé , que tout le vieux fût détruit et qu’elle se vit entourée d’un énorme monceau de ruines , avec lesquelles elle devait élever de nouveaux édifices. Mais bâtir est plus difficile que de renverser.

Le plus grand coup donné à l’ébranlement général vint de l’extérieur, de la nouvelle partie du monde, connue à peine depuis trois cents ans. Les colonies anglaises du nord de l’Amérique se soulevèrent contrôla domination

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