CHARLES EN AFRIQUE
ipander sa protection. Il partit donc avec une armée de trente mille hommes, plus huit cents Allemands sou s les ordres du comte Max d'Eberstin et cinq cents vaisseaux. Doria commandait la flotte, et l'empereur lui-même avec le marquis de Vaston, commandait l'armée de terre. Ce fut dans l'été 1535 qu'on vint débarquer à Tunis; la citadelle de Golète, qui défendait le port, fut emportée d'assaut; toute l'artillerie fut prise et deux mille Turcs massacrés. Bientôt l'armée de Haradin Barberousse , qui était dans la plaine sous les murs de Tunis, fut elle-même battue et mise en fuite , et la ville conquise ; les esclaves chrétiens qu'on avait trouvés renfermés dans la citadelle j contribuèrent de toutes leurs forces, et Charles eut enfin la joie inexprimable de sauver vingt-deux mille de ces malheureux pris sur tous les peuples de l'Europe, de recevoir les témoignages de leur reconnaissance et de les rendre à la liberté et à leur parents qui les avaient si long-temps pleures comme morts. 11 avoua lui-même que ce fut un des plus beaux jours de sa vie. Sa réputation se répandit partout, et en effet il la méritait par la constance et le courage dont il avait donné la preuve dans cette expédition périlleuse ; c'est ainsji qu'il prouva par son exemple, que ces barbares corsaires des côtes africaines pouvaient être enchaînés quand on le voulait sérieusement et énergiquement. Il rétablit à Tunisie roi Hascen , lui défendit d'acheter des esclaves chrétiens, et retint la citadelle de Golète en son pouvoir, comme garantie de son obéissance. Haradin s'était
iQ SIXIEME ÉPOQUE. 15$0 — 4648.
enfui à Alger, et Charles résolût d'aller Vy poursuivre l'année suivante.
Une nouvelle guerre avec le roi de France empêcha l'exécution de son dessein. Ce prince renouvela ses prétentions sur le Milanais à la mort de son duc, François Sforce ; et pour s'assurer un chemin libre en Italie, il s'empara tout d uit coup par là force des armes du duché de Savoie, dont le duc Savait mécontenté. Charles vitlat nécessité de là guerre et résolut d'en transporter le théStrë darts le sud de la France. Ne tirant donc stucun profit de l'instruction que lui avait donnée sa première? expédition si malheureuse, sous le duc de Bfourbon, il osa la reriduveler en 1536, pénétra jusque devant Marseille et assiégea la ville. Mais elle était trop bien fortifiée, et tout le pays ayant été ravagé par lés Français eux-mêmes, la disette et les maladies forcèrent le roi, art bout de deux mois, à faire retraite avec rirte perte d'une partie de l'artillerie et des bagages.
En suite de cette expédition eut lieu à Nice une suspension tfarmes pour dix ans, par Feutrerhise du pape, en 4*538; et bientôt après les deux rivaux eurent une entrevue à Aiguës-Mortes, à l'embouchure' 4iï Rhrn ; ce fut le roi de Ftàùcé qui en fit la proposition. Le conseil de l'empereur crtit qu'il n'était pas sans danger de se rendre sur le sol de France; niais Tè projet plut d'autant niîerïx à Charles qu'il était extraordinaire. Quand il arriva dans le port, lé rôi s'avança lui-même à son vaisseau pour le recevoir, et le conduisit à terfe. Un festin royal y avait
CHÀRLFS EN AFRIQUE. 74
été prépaie, ainsi qu'une grande fête qui se prolon-» gea fort avant dans la nuit. Le lendemain matin, ce fut le Dauphin lui-même qui présenta à l'empereur l'eau pour se laver et la serviette; des deux côtés on. rivalisait Je civilité et de témoignages d'amitié. Ce n'était £oirithypoerisiè> tousles deux désiraient une* paix durable; et l'année suivante, 158*9 , François donna une nouvelle preuve dé ses bonnes intentions» La ville dé Gond, en Flandre, s'était soulevée contre Charles à l'occasion de nouvelles impositions et àVait offert au roi de France de se mettre éous sa protection; mais le roi en fit aussitôt instruire l'empereur et lui proposa en même temps de traverser k France, depuis l'Èspagnfe, pour abréger sa route et arriver plus vite en Flandre. Gharles accepta sans méfiance ; partout il fut reçu avec de grandes fêtes; entrait-il dans une ville, on venait au-devant de lui apporter les clefs de la ville; à Fontainebleau où était le roi , il fut retenu par des fêtes magnifiques pendant quinze jours, et pendant six jours à Paris.
La révolté de Gand fut bientôt apaisée , et peu-' datotque rempèrdur y était encore, vinrent des nouvelles fort pressantes qui l'engagèrent à venir èri* Allemagne, où sa pf éfeénce était nécessaire pour ré-> prîttDfr le dékordt-e qui augmentait tottè les jours. *
H tfccérfà à letors désirs et se rendit -en iS2i k là cfiète de Ratisbontoe. Nous raconterons plus bas ei saris interruption comment alors et plusieurs années âpres encore, pour réunir les partis, il eut constamment recours à des voies de douceur et d'accommodé-
72 sixième ÉroQUEé 1520—1648.
ment, à des éclaircissements réciproquesentre les deux partis ; comment il employa les écrits, les discussions publiques et toute son éloquence ; comment enfin le maintien de l'union dans l'Allemagne fut la pensée fondamentale de son gouvernement, et d'ail* leurs une nécessité de son règne, dans la crainte des Turcs qui menaçaient d'un côté et des Français d'un autre, avec qui sans cesse de nouvelles guerres éclataient. Ici nous allons encore jeter un coup d'œil sur quelques événements du dehors, qui nous conduiront jusqu'au temps où Charles fut obligé de se consacrer tout entier à l'Allemagne.
Expédition de Charles-Quint contre Alger, 1541. —De la diète de Ratisbon ne, Charles passa en Italie, et de là partit pour l'expédition qu'il avait déjà ré-, solue à l'avance. Son grand génie , qui visait toujours à quelque chose d'extraordinaire , crut que rabaissement des corsaires d'Afrique était un but digne de lui; d'autant plus que Barberousse l'avait excité à la vengeance par de nouvelles dévastations sur les côtes d'Espagne. Cette expédition ne commença pas sous d'heureux auspices ; la saison pour la navigation sur la Méditerranée était déjà trop orageuse, et l' habile marin, André Doria, ne pronostiquait rien de bon. Mais Charles n'aimait pas reculer et l'expédia tion eut lieu* Le 20 octobre 1541 la flotte atteignit la hauteur d'Alger et l'armée opéra le débarquement. Mais dès le soir, avant que Partillerie, les bagages et les provisions fussent débarqués , une terrible tempête s'éleva , arracha les vaissçgux de leurs ancres ,