‹ Histoire d'Allemagne depuis les temps les plus reculés jusqu'à l ..., Volume 2Chapitre 15 sur 59 · AFFAIRES DE RELIGION £9 ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE RELIGION £9 ALLEMAGNE

intérieure l'avait toujours détourné, à la force des armes, et lui faire décider la question. Son chancelier Granvella parla donc en secret avec le légat du pape , le cardinal Farnèse , de la possibilité d'une guerre contre les protestants ; il lui fit voir qu'une coopération active du pape serait nécessaire, parce que l'empereur était épuisé et que les princes catholiques étaient sans énergie; et le cardinal, dans la joie où il était de voir l'empereur sérieusement résolu , fit les plus belles promesses.

C'est ici un faux pas dans la vie de Charles V ; car en prenant la résolution de décider maintenant avec la pointe de son épée ce qu'il avait tenté si long- temps d'obtenir par des paroles de douceur, de paix et de réconciliation, il tomba dans une grosse erreur; comme si la force d'un mouvement intellectuel pouvait être enchaînée par une force extérieure ! Depuis ce moment, il fut vaincu par cette affreuse époque qu'il avait jusqu'alors semblé maîtriser ; il ne put la contenir. Son génie vieilli devenait de plus en plus sombre £t ennemi de ce qui avait la vie de la jeunesse ; et dans sa mauvaise humeur il voulait rompre avec son épée les nœuds qu'il ne pouvait dénouer. Cet égarement de l'empereur Charles dans les dernières années de sa vie ressemble à une tragédie dans laquelle on voit un cœur généreux succomber sous le poids des charges auxquelles le sort l'a soumis. Cependant ces dernières années sont les plus brillantes de sa vie par ses rapides succès au dehors; mais, précisément dans ces

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succès il perdit le point précis de modération qu'il avait conservé jusque là. Aussi eut-il la douleur de voir les plans ^ju'il avait disposés avec tant de peine détruits sans ressource; de sorte qu'il ne lui resta plus que de réunir toutes ses forces pour se tirer du tourbillon , et sauver l'indépendance de son esprit en se dépouillant de tout l'éclat de la grandeur terrestre. Par cette dernière résolution , sur laquelle nous reviendrons plus tard, l'empereur Charles a mis à couvert sa dignité d'homme et adouci la voix de la postérité.

Mortde Luther, 18 février 1546. — Avant le com- . mencement de cette triste lutte mourut Luther, l'auteur de tout ce grand mouvement. Il avait dissuadé de tout son pouvoir de mêler la force extérieure avec ce qui ne doit avoir son siège que dans l'intérieur de l'âme ; et tant qu'avait vécu cet homme énergique il avait conservé la paix (*). Bien des fois

(*) Luther n'était rien moins qu'un homme modéré ; il suffit d'ouvrir un de ses liyres pour s'en convaincre et pour connaître la fureur de ses déclamations contre ses adversaires, surtout contre le pape, duquel il dit un jour : « Il est plein de tant de diables qu'il en mouche, qu'il en crache, qu'il en... » ( Adver$. Papat., tom. VII ). Mais il faut convenir aussi que ses adversaires lui répondaient presque dans le même langage : les épithètes, démon, gueule de l'enfer, etc., ne lui étaient pas épargnées. — Il était aussi très dur et exigeant avec ses partisans, comme on peut le voir dans les lettres de Calvin à Méfegothon et dans les écrits mêmes du pacifique Mélancthon, quelque soin qu'il prenne d'excuser son maître. Cependant on ne peut lui refuser d'avoir eu plus de modération dans ses principes que dans ses paroles ; il ne voulait aucun emploi delà force pour soutenir sa doctrine, et il eut certainement un beau moment quand il voulut arrêter les anabaptistes et la fureur de guerre des princes réformés. Voy. Gaillard, Hist. Franc. Ier, tom. III, luthéranisme.

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