PRÉLIMINAIRES BB LA GUERRE
il avait dit aux princes que sa doctrine était étrangère à leurs armes , et par conséquent il vit avec peine, dans les dernières années de sa vie, qu'on multipliait les précautions , que la division se tranchait , et il n'en augurait rien de bon ; le sort ce* pendant lui évita de voir éclater ces funestes discor-^ des. Il était malade depuis plusieurs années , et étant" parti pour TEisleben au commencement de Pannéè 1546, afin d'y vider un différend du comte de Mansfeld , il y mourut le 15 février à l'âge de 63 ans, eh protestant encore, dans ses dernières prières, qu'il avait vécu et mourait dans la ferme croyance du Christ, le Sauveur du monde. Son corps fut conduit en grande pompe à Wittenberg et placé dans le caveau de la chapelle du château.
frrélrmiuaires delà guerre*
Au moment de la diète de Ratisbonne, 1546, où' les protestants sollicitèrent pour la dernière fois a une paix durable , des droits égaux pour les évangélistes comme pour les catholiques et un concile équitable de la nation allemande, » l'empereur avait déjà enrôlé des troupes et conclu son alliance avec le pape. Il avait décidé, de concert avec lui , de prendre contre Hermann, archevêque de Cologne, les' mesures les plus extrêmes , et en effet ce vieillard fut déposé de son électorat en toutes formes. Cette '
88 sixième époque. 4520—1648.
conduite effraya les confédérés de Schmalkalde. Ils firent donc demander à l'empereur quels desseins il avait pour de tels préparatifs. Celui-ci répondit en peu de mots : « que tous ceux qui se soumettraient à l'obéissance trouveraient toujours en lui , comme auparavant , des intentions bienveillantes, bonnes et paternelles ; mais que tous ceux qui voudraient lui faire opposition pouvaient s'attendre à être traités par lui avec toute la sévérité nécessaire. » Et, peu après, quand le message qui annonçait la conclusion de l'alliance avec le pape fut arrivé, il déclara publiquement, le 25 juin • «que puisque tant de diètes n'avaient pu produire aucun résultat , ils pouvaient bien attendre avec patience la résolution qu'il prendrait au sujet delà religion , de la paix et du droit.» Cette déclaration montrait manifestement l'intention de l'empereur d'avoir recours à la force , et les membres de la ligue de Schmalkalde se préparèrent en toute hâte à la défense. Mais le trop grand contraste qui existait entre les deux principaux membres ne faisait point espérer des suites bien éclatantes pour eux.
L'électeur de Saxe, qui était attaché à sa croyance de toute son âme et que rien d'extérieur à elle ne pçuvait ébranler, ne voulait admettre aucun calcul politique pour son alliance , et s'appuyait uniquement sur la conviction « que Dieu n'abandonnerait; pas son Evangile. » 11 avait déjà antérieurement refusé l'alliance des rois d'Angleterre et de France; pgree qu'il les. regardait tous deux CQJume iudign^
l'KEUMlfcÀlIUS DU L\ GUERRE. 80
de défendre des doctrines qui lui semblaient pures. Il crut même qu'il ne pouvait s'allier avec les Suisses, parce qu'ils s'éloignaient de sa croyance dans leur doctrine sur l'Eucharistie; car des contestations sur l'Eucharistie avaient éclaté avec une nouvelle énergie pendant même la vie de Luther. L'électeur, dont les idées étaient fort restreintes, ne pressentait point les plans de Charles-Quint , depuis long-temps médités contre lui ; et même il conservait toujours au fond de son âme, pour l'ancien et beau nom de l'empereur, cette vénération si digne d'éloge qu'on ne trouve qu'en Allemagne. Et si son chancelier, l'habile Bruck, à qui il confiait tout, n'avait su mieux que son maître lui-même concilier, les maximes de la politique avec la sévérité de ses principes religieux , la ligue aurait eu encore beaucoup plus à en souffrir.
Philippe de Hesse ne manquait non plus ni d'attachement ni de zèle pour sa croyance; mais bien d'autres motifs agissaient sur son âme et le dirigeaient entièrement. Il fut poussé dès le principe par une brûlante ambition, et si la combinaison des événements ne l'avait durement et constamment écarté du trône, il aurait pris une place remarquable parmi les amis et les généraux de l'empereur. Maïs se trouvant alors placé par le sort à la tête du parti contraire , son génie audacieux recherchait tous les expédients 1rs plus hostiles à Fempereurs ; et il avait pour cela un regard infiniment plus clairvoyant qvie celui de Pçiccteur de§3xc. Voloij-
90 sixième époque. 1520—1648.
tiers il eût pris les armes dans maintes circonstances antérieures et favorables , afin d'obtenir pour lui et ses coreligionnaires certains droits qu'ils ne purent obtenir de l'empereur que pour un temps limite. Nous savons aussi comment déjà deux fois il avait témérairement ose des coups de main hasardeux pour Ulric de Wurtemberg et contre le duc de Bnurswick ; mais alors toutes les fois qu'il s'agissait de grandes entreprises, il se trouvait arrêté par Télecteur, qui craignait toujours de manquer à la légalité ; de sorte qu'il fallait un danger commun pour contenir dans l'union deux esprits si différents et hiémé si opposés. Cependant cette divergence d*opinîoh devait nécessairement produire du trouble an moment décisif.
C'était là le côté faible de la ligue de Schmalkalde ; autrement 7 sous une bonne et sage direction concertée j elle était assez puissante pour obtenir un succès complet dans une légitime défense contre l'empereur. Et dans ce cas les moyens et les idées de l'électeur de Saxe auraient été bien plus honorables; car ainsi le parti protestant aurait pu défendre sa liberté de croyance avec avantage et légitimement, les armes à la main, sans aucun appel aux étrangers , eux qui furent toujours si funestes à l'Allemagne ; en conservant à la majesté impériale tout le respect qui lui est dû , aussi long-temps du moins qu'elle n'aurait pas franchi les barrières du droit ; sans avoir recours aux déshonnétes artifices de cette politique qui n'honore la vérité qu'autant