PRÉLIMINAIRES DE LÀ GUERRE
qu'elle est d'accord avec Pintérêt. Mais la lîgue de Schmalkalde n'avait point d'unité dans sa direction non plus que dans son but. Un grand nombre de princes importants ne s'e'taient point rattachés à 1 alliance et allèrent même renforcer l'empereur. Le jeune duc Maurice de Saxe, quoique protestant aussi lui-même , cousin de l'électeur et gendre du landgrave Philippe , était secrètement en intelligence avec l'empereur. Le margrave de Brandebourg, Jean de Gustrin , se sépara de la ligue, et celui de Baireuth, Albert, prit même publiquement du service contre elle. Cependant le duc Maurice était un des hommes les plus remarquables de son temps. Jeune , actif et téméraire , il possédait déjà ce regard perçant de l'âge mûr qui pénètre les rapports des événements entre eux, et assied d'après eux des planrf pour ses desseins. Son extérieur même annonçait un homme accompli : un œil de feu et pénétrant , et dans sa figure brune , on voyait les traits du héros. L'empereur Charles lui-même qui faisait peu de cas des Allemands, surtout de ceux du sud , et n'en estimait aucun particulièrement, apprit bientôt à connaître le jeune ducet tout ce qu'il yavaitdegrand dans sa nature , et il sut le préférer à tous ses autre* courtisans. Maiscequi manqua au duc Mauricecomme à F empereur lui-même , ce fut de n'avoir pas eu autant de profondeur dans les principes que de pénétration et de clarté dans la vue pour saisir tous les rapports des événements temporels. Car cette piété intérieure et calme , cet amour des beaux serir
9S sixième époque. 4520 — 1648.
timents, ce respect sacré pour la vérité et pour la justice qui fout que l'homme sacrifie tout ce qui est terrestre pour les idées éternelles et ne cherche qu'à maîtriser son humanité pour développer son être moral; ces sentiments de l'aine les plus grands, les plus nobles, ne se rencontraient ni dans Charles, ni dans Maurice. Chez eux, l'intelligence dominait le cœur, et la sagesse était la loi vitale. Aussi peu d'hommes peuvent-ils se vanter d'avoir possédé leur confiance; et leur silence a fait de leurs actions autant d'énigmes pour l'histoire.
Maurice voyait dans l'avenir bien plus loin que l'électeur son cousin ; il découvrit de bonne heure qu'il ne pourrait résister dans la lutte contre la prudence et l'adresse de Charles; et c'est de là qu'il conçutla pensée de se faire lui-même le chef de la maison de Saxe. Il pourrait peut-être avancer pour sa justification , qu'il ne restait pas d'autre moyen de la sauver ; mais pour obtenir ce but, sa loyauté et sa véracité durent être mises à de dures épreuves. Il ne se réunit pas à la ligue de Schmalkalde, parce qu'il voulait s'attachera l'empereur jusqu'à ce qu'il eût obtenu son but et qu'il fût temps de marcher indépendant. Quand la ligue se forma, il s'efforça de l'arrêter ; et quand on lui demanda d y prendre part, il refusa et déclara qu'il ne voulait prendre les armes que pour la défense de son pays. Mais déjà il était en secret d'intelligence avec l'empereur ; combien étroitement était-il lié, et sous quelles stipulations? c'est ce qu'on ne peut savoir authenliquement ; malheureusement