PRÉLIMINAIRES DE LA GUEHRË
il est vraisemblable que déjà on lui avait donné comme récompense des espérances sur l'électorat. Quel combat dut-il par conséquent sentir au fond de son âme, quand l'électeur, au moment de son expédition contre l'empereur, lui confia son pa}rs pour le protéger et le lui rendre fidèlement ensuite! Cependant aucune marque extérieure ne découvrit ce combat intérieur, et la sagesse l'emporta sur la vérité; pour ne pas se trahir , il accepta la protection de l'électorat.
L'empereur fit tous ses efforts pour présenter cette guerre comme n'étant pas purement guerre de religion. Dans une proclamation aux principales villes protestantes, Strasbourg, Nuremberg, Augsbourg et Ulm , imprimée à Ratisbonne, il assurait positivement: «Que les préparatifs de sa majesté impériale n'avaient aucunement pour but d'opprimer la religion et la liberté ; mais uniquement de forcer à l'obéissance quelques princes récalcitrants, qui sous le manteau de la religion pensaient entraîner dans leur parti d'autres membres du saint empire , et qui avaient perdu toute considération pour la justice et l'ordre, et pour la dignité impériale. » Mais les bourgeois allemands, avec leur bon sens, sentirent bien qu'une partie de cette proclamation n'était que des mots et de quels dangers lisseraient menacés par la ruine des princes ; ils demeurèrent donc fortement attachés à la ligue des évangélistes. D'ailleurs un événement auquel il ne s'attendait point vint rendre inutile tous ses efforts. A peine avait-il conclu avec
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le pape son alliance, dont le contenu e'tait précisément en opposition avec sa déclaration aux villes de la haute Allemagne, que celui-ci la rendit publique et fît paraître dans tout le pays une bulle dans laquelle il représentait l'entreprise de l'empereur comme une sainte entreprise pour la religion. « La vigne du Seigneur, y disait-il, doit êtte purgée par le fer et le feu des mauvaises plantes que l'hérésie a semées en Allemagne. » Par cette alliance le pape promit un secours de douze mille fantassins italiens et mille cinq cents hommes de cavalerie légère qu'il devait entretenir pendant six mois à ses frais. Eu outre, il donnait deux cent mille couronnes pour la guerre, permettait à l'empereur de jouir pendant le. courant de l'année de la moitié des revenus des biens ecclésiastiques en Espagne, et d y vendre pour cinq cent mille scudi de biens de couvents. De son côté Charles promit de forcer par ses armes tous les rebelles d'Allemagne àl'obéissauce à la chaire de Rome, de faire revivre parmi eux l'ancienne religion et de ne faire sans la permission du saint-père aucune conven* tion qui pût être désavantageuse pour l'Eglise romaine avec ceux qui appartiendraient à la nouvelle hérésie*
Par ce manifeste, la guerre dut prendre , contre l'intention de Charles, un air de guerre de religion, et c'est «e que désirait le pape. Mais alors les pays protestants furent animés d'une inexprimable exaspération , et si les chefs avaient su profiter de ce moment pour entraîner le peuple en masse $ s'ils
avaient su le coaduire , jamais l'empereur n'aurait pu résister avec ses Espagnols et ses Italiens. Car lesaptres princes allemands, même les princes cathorliques, se tenaient tranquilles; iU craignaient de voir l'empereur exeçcer la touie-piUssancç eu AUe-* magpe apr^s avoiç accablé le& protestants.
«uenre cte SefattHald* 4M6— 1547*
Variée des villes de la haute Allemagne parut la première ea caçapagne; c'était une armée d'élite, squs un capitaine distingué, le chevalier Sébastien, Sçbaerllin d# Burteabacbt, dans la dépendance d'Augsbourg , homme habile et expérimenté dan* tout cq quri a rapport à, la guerre et dont la vuo tendait toujours, droit au vrai, but, qui ne voulait point de demi-mesure et visait à F anéantissement de son: ennemi. Il avait lait les campagnes contre les Turcs et les Français et» avait assisté à la bataille de Pavie et à la prise de Rome, sous les ordres dq Bourbon. Latroijpe du duc Ulric de Wurtemberg, commandée par le vaillant Jean de Heydeck, yint aussi se réunir à luûSchœrtlin prit aussitôt pour plai* de guerre de détruire dès le principe la puissance militaire de l'empereur qui se formait; car Charles qui se tenait toujours à Àugsbourg* avait tout au plus huit, à dix mille hommes avec lui et y attendait lçs troupes qu'il avait enrôlées en Allemagne et celles q 'uil tirait de$ Pay$-&t* et de l'Italie.
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Schaertlin se dérigea d'abord sur une des principales villes d'enrôlement de l'empereur, celle de Fuessen, sur le Lech, en Souabe. Mais les bandes à son approche se retirèrent en Bavière, et lorsqu'il était occupe' à les poursuivre arriva un messager de de la ville d'Àugsbourg, au service de laquelle il était particulièrement, avec Tordre de ne pas entrer sur les terres du duc de Bavière, qui était neutre. La maison de Bavière avait menacé .de se joindre à l'empereur s'il ne quittait son territoire; mais si elle eût voulu rester complètement neutre, elle n'aurait pas non plus permis le passage aux troupes de l'empereur. Ce fut donc avec le plus grand dépit que Schaertlin s'arrêta sur le Lech, sans le passer; car il avait dans l'esprit un projet plus grand encore. S'il avait pu chasser promptement les bandes impériales devant lui, il aurait poussé jusqu'à Ratisbonne. Les troupes qui s'y trouvaient étaient encore trop peu nombreuses; l'empereur aurait été vraisemblablement contraint de prendre la fuite, et la haute Allemagne était perdue pour lui. Schaertlin écrivit à ce sujet « que certainement Annibal n'avait pas eu plus de douleur à quitter l'Italie, que lui la Bavière dans un pareil moment.
Arrêté de ce côté, il forma aussitôt le projet d'empêcher les troupes du pape d'arriver en Allemagne. Jamais on avaitlevé en Italie une armée si bien équipée ; des soldats courageux avec des chefs distingués et tous remplis de zèle contre les protestants. Leur chemin était de traverser le Tyrol ; Schœrtlin voulut
GUERRE DE SCU.MiLKAL.1jK. M
leur couper la route. Il s'avança à marches forcées sur Ehrenberg et s'empara par surprise de ce passage important, le 10 juin. De là il marcha contre Inspruck , et il aurait certainement obtenu son but d'occuper tous les passages, si un nouvel ordre ne lui était survenu de la part des chefs de la ligue , d'évacuer le Tyrol; parce que le roi Ferdinand, à qui ce pays appartenait, n'avait pas encore déclaré la guerre à la ligue de Sihmnlkalde. Ainsi dès le commencement, il parut assez d'incertitude et de peur parmi les ligués, pour qu'un œil pénétrant pût d'avance présager que leurs affaires ne seraient pas heureuses. C'était en effet la plus folle pusillanimité, quand une fois la guerre est inévitable, d'épargner celui qui ne s'est peut-être pas encore déclaré comme ennemi, mais en a du moins pris toutes les apparences. Toutefois, il fallut que le général obéît et laissât ainsi perdre le plus beau moment d'agir.
Pendant ce temps-là, les armées saxonnes et hessoisses s'étaient aussi mises sur pied et marchaient vers la haute Allemagne. Les deux chefs écrivirent le U juillet une lettre à Charles , pour lui dire: «Qu'ils n'étaient point coupables de désobéissance, comme l'empereur voulait les en charger. Mais auraient-ils quelque chose à se reprocher, encore serait-il équitable de les entendre auparavant ; et dans ce cas qu'ils rendraient patent à tous les yeux que l'empereur n'entreprend la guerre que sur les instigations du pape pour étouffer les dogmes des évangélistes et les libertés germaniques. » Cette dernière
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accusation est la plus grave qui ait été faite à l'empereur par ses adversaires, et c'était alors pour la première foisj mais elle fut reçue avidement et répandue par tout le monde. Cette seule parole, si elle eût été crue vraie , aurait renversé tout le zèle de religion des catholiques , qui n'auraient plus osé souhaiter la victoire à l'empereur sur ses adversaires. D'autant plus que sa conduite dans le moment même qu on lui faisait ce reproche , semblait confirmer l'accusation. Quand la lettre des chefs de la ligue lui fut apportée , il ne voulut pas même la recevoir ; mais il y répondit aussitôt par une déclaration du ban contre les princes de Saxe et de Hesse. Il leur reprochait leur désobéissance à sa parole impériale et le dessein « de lui enlever la couronne, le 6ceptre et toute autorité pour s'en revêtir eux-mêmes, et à la fin forcer tout le monde de subir le joug de leur tyrannie. 11 les appelle « rebelles , parjures et traîtres à la patrie, » délie tous leurs sujets des devoirs d'hommage et d'obéissance. Si cette réponse de Charles à leur missive était dure , elle est conforme à la violence dé cette époque. Souvent dans l'exaspération de là lutte chaque parti cherchait à l'emporter sur son adversaire par la causticité des paroles j car l'opinion publique n'était comptée pour rien. L'empereur avait par ce dernier pas violé les lois du pays, d'après lesquelles il ne pouvait pas seul , sans le jugement des princes j mettre un état au ban de l'empire.
Cependant, cette accusation si souvent portée
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Contre lui d'avoir eu dans l'esprit de renverser toute Ja constitution d'Allemagne pour se rendre seul maflre indépendant , était trop forte. Mais on peut bien le ranger, et Phistoire n'a point de doutes à ce sujet, parmi les esprits qui tendent de tous leurs efforts au plus haut degré de gloire et de puissance et qui souvent forcent les anciennes institutions à plier devant eux, quand elles se trouvent en opposition avec celles qu'ils veulent établir. On ne peut fixer en aucune façon jusqu'à quel point il en serait venu avec l'Allemagne , si les circonstances avaient continué de lui être favorables comme elles le furent pendant long- temps; car pour un coeur comme le sien où les désirs n'ont de bornes que celles quHmpote la sagesse, sans aucune limite naturelle, les circonstances seules en sont la mesure. Ces grands génies entreprennent tout ce qui leur paraît avantageux , et rien autre chose ; et l'empereur Charles se gardait bien de tenter ce qu'il ne pouvait achever» U gouvernait un si grand nombre d'états et avait de si puissants adversaires en Europe, qu'il ne pouvait espérer de pouvoir appliquer des soins aussi cowtante et aussi exclusifs que l'eût exigrf l'exécution d'un plan de souveraineté absolue m Allemagne; et certainement il était trop adroit pour F entreprendra kwittleiBeat. Cependant il faisait encore smttr l'orgueilleux empereur et le dominateur de la moitié du globe , en se dégageant des formes du droit dans des circonstances particulières qui demandaient une prompte exécution y de sorte que l'on peut dire que
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la violation des droits de l'empire était plutôt dans
son esprit que dans ses plans.
Du reste il montra dès le commencement de cette guerre de Schmalkalde toute la supériorité de son génie et une grandeur véritablement héroïque. Quoiqu'il ne fût défendu que par quelques guerriers seulement et qu'il fut entouré d'une armée de 70 à 80,000 hommes, la plus belle qui ait été vue depuis long-temps en Europe, il ne réponditau manifeste des princes que par une déclaration qui les mettait au ban de l'empire ; ensuite il partit de Ralisbonne avec sa petite armée pour Landshut , afin de se trouver plus à portée des troupes qui arrivaient d'Italie. Mais de peur que ses partisans n'en fussent effrayés, il déclara en même temps qu'il n'abandonnait pas le sol de F Allemagne et qu'il y resterait toujours vif ou mort. Sa plus sûre garantie était la dissension qui régnait dans le camp des alliés. Schaertlin était venu rejoindre avec son armée les deux princes , déjà si peu d'accord entre eux. Déjà le landgrave Philippe ne partageait qu'à contre-cœur le commandement suprême avec l'électeur par lequel il avait souvent été arrêté dans des entreprises qui demandaient de la célérité; et alors paraissait un troisième guerrier qui possédait plus d'expérience qu'eux deux, sur qui tout le monde portait des yeux d'admiration , et qui devait emporter la plus grande gloire de cette guerre, du moins pouvait-on le craindre. Il semblait presque aussi que l'ancienne rivalité entre les princes et les villes était venue troubler la parfaite intelligence»
GUERRE DE SCHMÀLKALDE. 101
Du moins est-il certain que ce défaut d'intelligence fut la principale raison du mauvais résultat. Quand l'armée fut réunie, Schœrtlin conseilla encore alors de tomber sur l'empereur à Landshut et de le cerner ; mais on ne peut s'accorder et on perdit ainsi le temps le plus précieux. L'empereur au contraire en tira le plus grand parti, il réunit auprès de lui toutes ses troupes auxiliaires d'Espagne et d'Italie et celles levées en Allemagne; et quand il se sentit assez fort, il remonta le Danube jusqu'à Ingolstadt. Là , il se renferma dans un camp bien* retranché; car il n'osait pas encore combattre en rase campagne , jusqu'à ce qu'il ait fait sa jonction avec le comte de Buren qui lui amenait un corps de troupes considérable des Pays-Bas. Les ligués, qui l'avaient suivi à Ingolstadt, se résolurent enfin à tirer le canon sur son camp avant qu'il fût entièrement achevé, pour voirsi on ne pourrait pas l'attirer à une bataille. C'était à la fin d'août au point du jour. Ils serangèrent donc en demilune etoccupèrent toutes les hauteurs de derrière avec de l'artillerie. Les troupes brûlaient d'en venir aux mains, et un assaut hardi, rapidement conduit au moment favorable, aurait facilement donné aux alliés une complète victoire. Car l'empereur était de beaucoup inférieur en force et son camp n était entouré que d'un simple fossé. L'idée d'un pareil assaut n'échappa pas aux alliés ; le landgrave Philippe, suivant quelques récits , Schaertlin suivant d'autres, l'exprima au moment où le feu des douze grosses bouches d'artillerie forçait les arquebusiers espagnols
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de rentrer dans le camp d'où ils avaient voulu sortir. Mais F irrésolution et le désaccord des généraux sus-* pendirent encore cette fois cette décision qui devait être subite. L'empereur qui excitait le courage des siens avec le plus grand sang-froid et n'était effrayé d'aucun danger, profita du temps pour achever sa fortification ; et alors il pat considérer en toute sécurité les ennemis s'épuiser à tirer sur son camp. Depuis ce temps Schiertlin i comme il le dit luimême, ne put avoir de cœur à cette entreprise; car il ne voyait point qu'on s'appliquât à faire sérieusement la guerre.
Pendant cinq jours les princes canonnèrent le camp impérial sans obtenir de résultat; et quand ils apprirent que le général Buren arrivait des Pays- Bas et avait passé le Rhin 9 il* levèrent tout d'un coup le siège pour marcher à sa rencontre. L'empereur pouvait à peine en croire ses yeux \ quand il vit une si nombreuse armée se retirer a i nsi sans avoir rien fait j alors il sortit lui-même à cheval hors de son camp avec le duc d'Âlbe pour observer leur marche*
Cependant les fédérés ne purent empêcher la réunion du comte de Buren avec l'empereur, qui depuis ce nouveau renfort commença à marcher en avant , s'empara successivement de tontes les villes du Danube et se vendit enfin maître de tout le cours du fleuve. Quand ensuite il vient menacer Àugsbourg, les citoyen* se hâtèrent de rappeler de l'armée de la ligue leur général Scbaertlin pour venir k leur secours,
GUERR* DB SCHMALKALDB. 103
L'hiver arrivait, on manquait de provisions et d'argent j dans l'armécde la ligue se montraient le découragement et la pusillanimité , parce que les généraux ne savaient inspirer aucune confiance. Les Souabes, plus que les autres encore , étaient ennuyés de la guerre, parce que c'étaient eux qui en portaient tout le poids, et que depuis six semaines les armées étaient en présence. Alors les princes envoyèrent une dépêche à l'empereur, demandant la paix ou du moins une suspension d'armes, afin de pouvoir en traiter. C'était avouer tout haut sa faiblesse, la rendre publique et s'avouer vaincu sans combattre. L'empereur^ plein de joie, fit lire cet écrit devant toute l'armée rangée en bataille ; et pour toute réponse le margrave de Bandebourg fit savoir aux princes : a qu'il ne connaissait d'autres chemins pour conduire à la paix que de se soumettre à la discrétion de l'empereur, l'électeur et le landgrave eux-mêmes avec tous leurs partisans, leur armée f leur territoire et leurs sujets. »
Sur une pareille réponse, les princes ligués se séparèrent à Giengen , le dernier jour de novembre , et rentrèrent dans leur pays.
Leduc Maurice et l'électeur. — Un message pressant appelait l'électeur de Saxe dans son pays, en lui annonçant que le duc Maurice s'en était emparé jusqu'aux plus petits villages^ Car l'empereur avait chargé son frère Ferdinand, comme roi de Bohême, d'exécuter* d'accord avec le duc Maurice, la sentence du to» 9 ontfe l'électeur ) et telle était deyemie h *\*
tuation des affaires qu'il semblait que l'électnrat était perdu pour toujours, si Maurice n'eu avait pas pris lui-même possession. Telle au moins la présenta Maurice , quand il convoqua les états du pays pour obtenir leur consentement ; car il n'aurait pu entreprendre une si importante opération sans leur participation. Remploya tous les artifices de la rhétorique pour donner à sa conduite et à ses désirs une apparence de droit. Mais l'arrivée subite de Ferdinand avec ses cavaliers hongrois qu'il avait amenés de Bohême, eut encore plus de puissance. L'épouvante marchait partout devant ces hordes sauvages et on regardait comme un bonheur de pouvoir se rendre aux guerriers saxons de Maurice. Bientôt tout Félectorat, excepté Witlenberg, Eisenach et Gol ha furent entre les mains du duc. Cependant la voix du peuple condamnait son entreprise. On le regardait comme un traître à la croyance évangélique, 'et dans les chaires et dans les écrits des protestants, il était l'objet de reproches très amers.
Alors l'électeur revint plein de dépit : c'était au mois de décembre 15^6. Il n'eut pas de peine à reconquérir son territoire et même à enlever une partie de celui du duc, après avoir surpris à Rochlitz et fait prisonnier le margrave Albert, envoyé par l'empereur au secours de son ami. Maurice ne pouvait non plus recevoir aucun secours de Bohême , parce que les états refusèrent d'entrer en campagne contre leurs coreligionnaires saxons, et d'ailleurs le roi Ferdinand avait qtielqpes inquiétudes pour spn
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propre pays. On y était même presque venu à une re'volte ouverte , à tel point que le duc Maurice ne conservait presque plus de son territoire que les villes de Dresde, Pirna, Zwiclau et Leipzig, et n'avait plus d'espérance que dans l'empereur Charles.
L'empereur punit les villes de la haute Allemagne. — Charles , pendant ce temps-là , était occupé à souniettre les villes protestantes du sud de l'Allemagne. Ce n'était pas une entreprise facile ; car ces villes étaient très fortes , comme généralement dans ce temps-là. Chacune d'elles aurait pu résister long-temps, et pendant ce temps-là les princes du nord faire des préparatifs pour une nouvelle campagne. Cependant on eût dit que la peur leur avait enlevé à toutes leur sagesse ordinaire ; partout où l'empereur se présentait , les villes se soumettaient : Bopfingen , Nordlingen , Dunkelsbuhl et Rothenbourg, lui ouvrirent leurs portes sans tirer l'épée. La puissante Ulm envoya des députés qui , à genoux en plein champ , demandèrent grâce en langue espagnole (ce qui fut, avec raison, très mal vu de la part des confédérés), et paya 100,000 florins d'or comme amende. Francfort en paya 80,000, Memmingen 50,000; les villes plus petites payèrent proportionnellement , et enfin arriva le tour d'Augsbourg. Cette ville avait les plus belles murailles, 200 pièces d'artillerie et une bourgeoisie nombreuse et guerrière; elle pouvait, çn tenant ferme, réveiller le courage <Je toute la
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ligue ; mais les gens riches de la ville rie tôttlaiefrt pas voir le danger de si près. Un d'eux,» Àntoîftè Fogger, se glissa dans le camp de l'empereur et eh rapporta £our conditions que la villef paierait 150,000 florins d'or> qu'elle recevrait nne garnison espagnole et chasserait le brave Schaertlin. Geltii^ employa dé nouveau tonte la force de *0tt éloquence pour réveiller leur ckrarage ; il étt appela iflétoe à leur traité avec lui , d'après leqtlêl ils fie poutaîétft pa» k congédier. Alors i fef le supplièrent* avec lartnèa, dé se retirer j il partit donc le cœur plein d'amertume et se rendit en Suisse 5 et lêa Espagriofe prirent possession de la ville.
Deux princes dans la haute Allefriaghe, outre le» villes, avaient pria part h la guerre : UWc, comte de Witlenberg, et Frédéric, éleetétir palatiri. Ce dernier ^ cependant, n'était patf rtfembrë de la ligue de Sctehalhaldejet il s'était Ctftfteèté, ëotafôrftréïtiëtft k tro traité testamentaire, d'eatéye* Ifàk èènrts dàYaliers et shc «tente fantâSsiné antiHâires* iïct due de Wnttemberg. D'ailleurs il était ntf ateidenfstricé de l'empereur; ils avaient été élevés ënSèftible à Bruxelles,* et par conséquent- il n'eiré patf âèpehië à obtenir son pardon. Le duc Ulric, au contraire, fut obligé de faire amende honorable, à gefctfùx avec son ckmseil* de livrer ses plus fortes places avec toute sèn artillerie et de payer 800,000 florins, après avoir promis à l'empereur obéissance en tout.
Ainsi la ligue de Schmalkalde étaitprésqné anéantie fian^lahaWe Allemagne, et l'empereur prft tfttésitâft
&VSIUUE Ut SG»MAUUV*Br IOT
la résolution de ne dobnet aucun repos à son armée qu'il n'eût aussi terminé cette affaire dans le Nord. Le roi Ferdinand et le duc Maurice l'attendaient sur lEger, presque comme chassés de leurs domaines. Il se joignit à eux, le 15 avril* et ils célébrèrent ensemble la fête de Pâques; ensuite ils repartirent en toute hâte, et dès le 22 avril Guniet était sur l'Elbe * dafcs les environs de Meiseen*
Bataille de Hublberg. 24 avril 1647*
Long-temps l'électeur n'avait pu croire <]ué Charles lui-même s'avançait centre lui ; mais c|ummI il le vit , il se hâta de couper le pont près de Mets* son y et de faire descendre son armée sur la rive droite pour élre à portée de Wittenbergf sa capitale. Il pouvait y trouver tous les mojeus d'ube longue et vigoureuse résistance. L'eftipérenrj au contraire, ne cherchait qu'à attaquer l'ennemi, afin de terminer proifipternent là guerre. Il s'avança donc aussitôt jusqu'à la rire gauche de l'Elbe, presque en face de l'électeur, cherchant un gué pour passer le fleuve* L'électeur avait fait halte auprès de la petite ville de Muhlberg- De* le aoir même de son arrivée f l'empereur lui-même était allé fort tardf avec son frère et le duc Maurice f sur le bord du fleuve , sans pouvoir trouver un lieu favorable pour passer^ car l'Elbe avait 1& trw ceftt jm cfo
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large et la rive opposée était plus haute que celle où il était. Mais le duc d'Albe amena un jeune paysan à qui les Saxons avaient enlevé deux chevaux, et qui, pour se venger, voulait ainsi servir leurs ennemis ; il assurait donc pouvoir leur montrer un gué dans ce fleuve, Maurice lui promit 100 couronnes et deux autres chevaux. Le surlendemain, à la faveur d'un épais brouillard, quelques milliers d'arquebusiers espagnols cherchèrent à gagner l'autre rive, à travers le gué ; puis un certain nombre d'entre eux, après s'être déchargés de leurs équipages, se mettent à la nage, le sabre entre les dents, conquèrent quelques bateaux et les amènent à l'empereur . On les chargea aussitôt d'arquebusiers qui faisaient feu sur les Saxons de l'autre rive, tandis que la cavalerie passait par le gué; chaque cavalier avait un fantassin en croupe. Ensuite passa l'empereur lui-même dont le paysan conduisait le cheval par la bride ; puis le roi Ferdinand, le duc Maurice et le duc d'Albe, général de l'empereur, traversèrent aussi eux-mêmes.
C'était un dimanche matin , l'électeur était au service divin, à Muhlberg, quand on lui apporta la nouvelle que l'ennemi passait le fleuve, et, peu après, qu'il était tout proche ; il ne voulut pas encore le croire ni interrompre le service de Dieu, Enfin , quand il fut terminé, il n'avait plus que le temps de suivre son armée qui se retirait en toute hâte ; il donna ordre à l'infanterie de forcer sa marche pour gagner Wittenberg, et & la cavalerie de retarder
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l'ennemi par des escarmouches; rartillerie était déjà partie devant pour Wittenberg. Les impériaux poursuivirent les Saxons avec tant de célérité qu'ils les atteignirent dans les landes de Loch au ; et bien qu'ils n'eussent pas leur artillerie et qu'une partie de l'infanterie fût restée en arrière , l'empereur n'en donna pas moins Tordre de l'attaque, d'après le conseil du duc d'Albe. Les cavaliers espagnols et napolitains attaquèrent avec violence : Maurice combattait lui-même parmi les premiers rangs. La cavalerie saxonne fut mise en désordre et rejetée sur l'infanterie qui s'était rangée en bataille en toute hâte sur la lisière d'un bois. L'électeur donnait ses ordres de sa voiture, parce qu'il ne pouvait pas monter à cheval; l'empereur, au contraire, ne laissa pas voir ce jour-là qu'il était malade; mais il montait un cheval andaloux , tenant une lance à la main droite, revêtu d'un casque et d'une cuirasse dorés du plus grand éclat et l'œil brillant du feu de la guerre. La cavalerie impériale , avec ce cri terrible Hispania! Hispania! enfonça l'infanterie saxonne; la fuite fut générale ; le désordre et l'effroi étaient partout ; les fuyards furent massacrés sur toute la plaine et couvraient de leurs corps une longue étendue de terrain , depuis Kossdorf jusqu'à Falkembourg et Baiersdorf. Un des fils de l'électeur fut atteint par l'ennemi ; il se défendit avec courage et tua encore un ennemi au moment où il tombait de son cheval, frappé de deux grands coups de sabre. Il fut heureusement sauvé par un cavalier saxon qui sauta
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aussitôt par terre; mais son père n'échappa pas. Il avait quitte sa voiture pour fuir e^ montait un grps cheval frison; mais il fut rejoint parla cavalerie légère, et tandis qu'il faisait face tout autour de lui, il fut frappé parup Hongrois d1un coup de sabre dans la joue gauche; le sang lui couvrit tout le visage, et cependant il ne voulait pas 96 rendre. Dans ce moment uq cavalier du prince Maurice, Thiion de Trodt, passe à traverses Hongrois et lui crie en allemand dq sauver sa vie ; il se rendit à lui, parce qu'il ét^it allemand , et comme témoignage de sa reddition il tira deux anneaux de son doigt, qu'il lui donna. Le cavalier le conduisit au duc d'Albe , et celui-ei, sur la demande réitérée du prince, à l'empereur quf était à cheval au milieu de {a plaine. Jean-Frédéric, racqiite^t- on , sanglotait profondément et disait, les yeux tourné* vers le oiel i « Mon Dieu , aie pitié de moi , me voilà pi»i*sennter ! » Sa vue devait toucher tous ceux qui l'entouraient; le sang coulait de sa figure et couvrait toute sa cuirasse. Il descendit de cheval avec laide du duo d'Albe, et i\ voulait se mettre à genoux devant l'empereur et en même temps tirer son ga»tclet pour lui prendre la main droite, suivant icp roceurs des Allemands ; mais l'empereur ne te souffrit pas et se détourna d'un air sévère. « Généreux et clément empereur l * s'écria l'électeur. —* • Je suis donc maintenant votre empereur très cléqnent; ce n'est pas ainsi que vous me nommiez depuis longtemps. » — « Je suis le prisonnier de votre majesté impériale, continua l'électeur, et je demande qu'on
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respecte eu moi la dignité de prince. » — • Bien, on ]a respectera comme vous le méritez, » dit l'entpe* reur eu finissant Alors l'électeur fut conduit danç le camp par le duc d'Albe , avee le duc Ernest de Brunswick-Lunéville qui ayait aus$i été fait prisonnier.
Ainsi se termina cette journée ai heureuse pour l'empereur, et il écrivit à ce sujet dans le style dp iGésar : a Je suis venu, j'ai vu et Dieu a vaincu. »
Après deux jours de repos , il marcha sur Torgau , qui se rendit aussitôt, et de là sur Wittenberg, la capitale du pajrç. Elle était défendue par une forte ej; bonne garnison, ; sps citoyens étaient pleins de courage , et si elle l'avait retenu long-temps , Charles se serait peut être vu obligé d'abandonner la Saxe sans avoir achevé son œuvre; car il n'avait pas de préparatifs pour une longue campagne. Alorjs il eut recoiyrs, dans son impatience, à un expédient qui dépassait encore les bornes de son droit et était contraire aux constitutions de empire : il lit dire par un hérault à la princesse, femme de l'électeur, et à ses enfants , que si la ville ne se rendait pas, il allait leur envoyer la tête de rélecteur. Et ayant reçu un refus , il fit condamner le malheureux prince à mort par un tribunal de guerre } ce qui ne pouvait se foire légalement que dans une assemblée de princes. Probablement il ne songeait pas sérieusement à l'exécution et ne voulait qu'effrayer ceux qui étaient dans la ville. Mais comme la violation du droit était dans la forme du juge-
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ment et qu'elle ne l'avait pas arrêté, il était à craindre de la sévérité de l'empereur, qui ne faisait jamais un pas pour reculer, qu'il n'en vînt à l'exécution, s'il ne réussissait pas comme moyen d'effroi. L'électeur, qui avait paru faible dans la prospérité, montra alors tout le courage héroïque d'une âme énergique. Sa condamnation à mort lui fut annoncée pendant qu'il, était à faire une partie d'échecs avec le duc Ernest de Lunebourg.il répondit avec calme: « Je ne puis croire que l'empereur veuille en agir de la sorte avec moi ; mais si sa majesté impériale la définitivement résolu , je désire qu'on me le fasse connaître positivement, afin que je puisse fixer ce qui revient à ma femme et à mes enfants.
L'histoire ne dit pas que le duc Maurice eût pris la parole auprès de l'empereur dans cette occasion; tandis que l'électeur de Brandebourg arriva aussitôt dans le camp impérial et s'efforça avec le plus grand zèle de prévenir ce malheur par un accommodement. 11 y réussit à la vérité, mais sous les plus dures conditions pour le prince Jean-Frédéric. Il lui fallut renoncer pour lui et ses descendants à la dignité électorale et à la propriété du territoire, qui passèrent au duc Maurice. Ses places fortes de Wittenberg et de Gotha furent livrées à l'empereur et l'ancien électeur lui-même dut rester son prisonnier aussi long-temps qu'il lui plairait de le garder ; Charles aurait même pu, s'il l'eût jugé à propos, l'envoyer en Espagne sous la garde de l'infant don Philippe. Maurice devait fournir à l'entretien nécessaire pour
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lui et sa maison, et on fixa pour cela les revenus des villes d'Eisnach, Gotha, Weimar et Iéna. On voulait aussi que l'électeur déchu s'engageât par avance à accepter tout ce que le concilede Trente et la toutepuissance impériale pourraient régler sur la religion ; mais sous ce rapport il était immuable ; l'empereur fut obligé de céder, et les Espagnols eux-mêmes trouvèrent honorable une pareille fermeté de l'électeur.
Quand on connut dans Wittenberg que la ville allait être livrée à l'empereur, quoiqu'on lui eût garanti le libre usage de la confession d'Àugsbourg, il y eut de grands mouvements. Les bourgeois voulaient se défendre jusqu'au dernier homme» ne pouvant croire à la promesse d'une liberté de religion de la part des Espagnols, qui avaient montré trop de cruauté dans le pays. Mais l'électeur leur défendit de tenter toute résistance, les assurant que l'empereur tiendrait fidèlement sa parole. Ensuite la garnison saxonne sortit de la ville, et on y vit flotter quatre étendards impériaux. H y eut bientôt entre la ville, et le camp des relations très fréquentes, et la défiance disparut de plus en plus. Les Saxons furent témoins, à leur grande admiration, des égards qu'on avait pour leur ancien maître, qu'ils voyaient dans la tente du duc d'Albe, servi par les premiers d'Espagne. La femme de l'électeur parut elle-même en habit de deuil avec ses enfants devant l'empereur, conduite par les enfants du roi des Romains, et se prosterna devant lui ; l'empereur la releva avec amitié, la con«r t. it. 8
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sola dans son malheur et lui accorda que l'électeur pasfât huit jours dans sa famille, au château de WUtenbergé Bien plus, il alla lui-même dans la tille et rendit à la princesse sa visite. L'impression que fit sa grandeur d'âme, sa force et sa douceur, extirpèrent en partie cette antipathie que le pays avait conçue contre lui ; et de son côté, il prit des idées plus favorables sur le nord de l'Allemagne que celles que lui avaient inspirées les ennemis des nouvelles doctrines* « Il en est donc tout autrement des pays évangélistes et des gens évangélistes, que je ne l'avais pensé, n disait-il alors. Et quand il apprit qu'à son arrivée le culte divin de Luther avait cessé: «t tVoit vient cela , dit-il j si c'est en notre nom qu'on a cessé le service de Dieu, nous n'en sommes pas con* tent! Nous n'avons pas changé la religion dans la haute Allemagne* comment le ferions-nous ici? » Il visita aussi la chapelle du château, et il y vit le tombeau de Luther. Quelques-uns des assistants, on dit le duc d'Albe, lui conseillèrent « de déterrer cet hérétique et de foire brûler ses os , » mais Charles répondit! «Laisse^le en repos; il a déjà trouvé son juge; je fais la guerre aux vivants et non pas aux morts*>)
L'empereur avait fc&efc de liberté d'esprit pour aMlever au-dessus des mouvements des passions du temps. Pourquoi fatit*il quechefclui, des considérations politiquéâ aient souvent obsôurci les lumières de lit simple Vérité ! Car comment concilier cette indulgence pour le parti protestant avec l'alliance
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qu*ll avait conclue avec le pape. Maurice, le nouvel électeur, se montra aussi lui très porte pour les Wittenbergeois: « Vous avez été si fidèles à votre prince, mon cousin, que je veux vous en savoir bon gré toute ma vie, » disait-il , en prenant congé des principaux citoyens de la ville.
L'empereur et Philippe de Hisse.
Le même jour que Charles entrait dans Wittenberg, son ancien rival, François I**, roi de France, était porté au tombeau; comme si la fortune avait voulu aplanir à la fois tous les obstacles à ses projets. De Wittenberg il marcha sur Halle, pour attaquer le deuxième chef de la Hgue de Schmalkalde,le landgrave de Hesse, et celui-ci ne vit d'espérance de salut que dansPindulgence de l'empereur, alors tout* puissant; il employa donc tous les moyens pou* î'obteùir paf l'entremise de son gendre le prince Maurice et du margrave de Brandebourg.
Tous les deux s'employèrent le plus activement possible pour lui, et Charles dit enfin par k bouche de son chancelier Granvella: a Que si le landgrave venait lui-même se rendre à discrétion et s'il signait toutes les conditions qu'il lui proposerait, il ne lui enlèverait pas son territoire , qu'il lut laisserait la -vie sauve et la liberté. » Ainsi du moins le comprirent ses médiateurs, et ils s'engagèrent avec le landgrave
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sur leur parole d'honneur, d'aller se remettre prisonniers entre les mains de ses enfants, si Charles ne le renvoyait pas en liberté. Sur leur parole, Philippe vint à Halle, le 18 juin, et le jour suivant il fut conduit devant l'empereur. Ce prince était assis sur un trône; autour de lui étaient rangés une foule de grands, Allemands, Italiens, Espagnols, et parmi eux le duc Henri de Brunswick, le prisonnier du landgrave, qu'il avait été contraint démettre alors en liberté et qui venaitse repaître de son humiliation. Le landgrave se mit à genoux au pied du trône, les yeux fixés par terre, et son chancelierGuntherode à genoux derrière lui, lut à haute voix l'amende honorable à l'empereur. Elle était faite en termes très humbles, et un témoin oculaire raconte que, dans le trouble où l'excès de la honte jeta le landgrave, qui se trouvait dans une si dure position, au milieu d'une pareille assemblée , un petit rire se montra sur son visage, comme si la nature manquait de ressources contre un sentiment si poignant. Mais ce rire n'échappa pas à l'empereur, et le menaçant avec son doigt, il lui dit dans son langage flamand, car il parlait mal l'allemand : Wol, ick soll di lachen lehren (Bon, je t'apprendrai à rire). Alors le chancelier de l'empereur lut la réponse: «Bien que le landgrave ait, comme il le reconnaît lui-même, mérité la plus sévère punition, cependant l'empereur veut bien, dans sa bonté et en considération de Tinter cession qui a eu lieu en sa faveur, lui faire grâcef lever le ban prononcé contre lui et lui laisser la vie
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qu'il avait mérité Je perdre. » Après la lecture de cette réponse, le landgrave voulait se tenir debout en qualité de prince libre ; mais l'empereur ne lui en ayant point donné le signal et lui ayant même refusé une promesse claire et solennelle du pardon, il se leva de lui-même et se retira.
Il dîna le soir avec l'électeur Maurice et le margrave de Brandebourg chez le duc d'Albe. Après le repas, il voulut se retirer ; mais le duc lui déclara qu'il était son prisonnier; il en fut tout surpris et ses deux médiateurs, qui s'étaient engagés pour sa liberté ne Pétaient pas moins. Us s'adressèrent à l'empereur même, lui représentèrentqu'ils avaient donnéleurparole de prince comme caution de sa liberté; mais l'empereur nia avoir dit qu'il le renverrait libre de toute captivité, en avouant toutefois l'intention de ne pas lui imposer une prison perpétuelle. On comprend en effet que ses conseillers purent promettre plus qu'il n'avait dans l'esprit d'accorder ; ou même encore qu'une méprise pût se glisser dans la correspondance du chancelier Granvella qu'on traduisait en allemand, et celle des deux électeurs qu'on traduisait en espagnol et en français. Cependant il aurait été plus honorable de remplir auprès du landgrave la parole des deux médiateurs. Mais d'un autre côté l'empereur tenait beaucoup à garder prisonniers les chefs de la ligue de Schmalkalde, jusqu'à ce qu'il eût achevé en Allemagne tous les règlements qu'il voulait y faire pour la religion ; car il croyait toujours & la possibilité 4 u»e réunion des partisf et ces dw*
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princes -en étaient devenus les deux plus violents adversaires. Et Charles, ne savait pas que la loyauté et la générosité conviennent mieux à un roi et conduisent mieux au but que les calculs déloyaux ; car si une fois on les admet pour règle, souvent l'homme rusé se trouve lui-même pris au piège par un plus rusé que lui. Le duc Maurice, qui ne pouvait pas remplir son engagement et qui passait pour un parjure à l'égard du landgrave, se crut sans doute alors dégagé des devoirs de la reconnaissance et de la sincérité par rapport à l'empereur, qui interprétait si arbitrairement sa parole et celle de son conseil; et il pensa dès lors peut-être, qu'il ne devait y avoir dans leurs relations que de la sagesse. Or, sous ce rapport, il ne le cédait en rien à l'empereut.
L'électeur déposé et le landgrave Furent donc obligés de suivre la cour et le camp de l'empereur partout où il se rendait* Toutes les places fortes hessoises furent rasées, même Cassel et Ziegenhain, toute l'artillerie fut emmenée et les états fureht condamnés à payer 150,000 florins d'or pour amende, t/empereur Charles suivait dans ses traités avec ses adversaires, les principes des Romains dans le temps qu'ils visaient à la souveraineté du monde entier. Car de même que ceux-ci avec les Carthaginois et lçs rois de Macédoine et de Syrie, avaient exigé de grosses sommes d'argeht, l'extradition de leurs vaisseaux de guêtre, de leurs machines de guerre, de leurs éléphants ; ainsi, Charles en usa avec ses adversaires, qu'il désarma en les forçant à raser leurs
places fortes, à livrer leur grosse artillerie, qui dans ce temps était rare et ne pouvait que difficilement se remplacer, et enfin en se faisant compter de grosses sommes pour ses nouvelles entreprises.
Par tous ses traites avec les villes de la haute Allemagne , avec le duc de Wurtemberg , l'électeur et le landgrave , il tira peut-être plus de cinq cents pièces d'artillerie qu'il fit conduire en Italie , en Espagne et dans les Pays-Bas. Les garnisons espagnoles , qu'il laissa partout où il était possible d'en établir, surtout dans les villes de la haute Allemagne 1 excitèrent le plus grand mécontentement. L'orgueil de ces fiers étrangers, qui d'ailleurs étaient encore animés par la haine de religion , était insoutenable. Et l'on n'avait pas oublié que l'empereur, dans la stipulation qu'il avait consentie lors de son élection, trait promis de n'amener aucune troupe étrangère dans l'empire*
L'Intérim.
Il devenait de plus en plus visible que la paix en matière de religioti ne sortirait point encore du concile de Trente/ Les protestants refusaient après comme avant de reconnaître ses droits, et insistaient au contraire pour un concile « dans lequel le pape n'aurait pas la préaidenoe , où les théologiens protestants donneraient leiir voix avec les évéques et à coté d'eux , et ou l'on soumettrait à un nouvel examen Iç* décrets qu'on venait de porter. »
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Le parti du pape au contraire ne voulut jamais condescendre à ces prétentions , bien que les princes d'Allemagne, même catholiques, demandassent avec beaucoup d'instance que les états qui avaient assisté à la confession d'Âugsbourg fussent admis dans le concile. Les cardinaux voyaient même d'un mauvais œil que le concile se tînt à Trente , et ils s'efforçaient de tout leur pouvoir de le faire transporter dans l'intérieur de l'Italie ; car ils craignaient que leconcile, dans le cas où le pape Paul III qui était déjà fort âgé viendrait à mourir pendant qu'il était assemblé, ne voulût se charger de l'élection du nouveau pape contrairement aux droits du collège des cardinaux 9 et qu'il ne fût protégé par Pempereur Charles. Enfin, une maladie vint seconder leurs désirs; on la crut dangereuse ; on répandit que c'était ia peste, cependant il n'y eut qu'un évéque qui mourût du pourpre ; et sous ce prétexte, le 9 mars 1547, le concile fut transporté de Trente à Bologne. L'empereur, à cette nouvelle , s'emporta de la plus grande colère; mais le pape approuva la démarche de ses légats, et la division qui existait déjà entre lui et l'empereur, parce que ce prince n'avait pas tout de suite profité de sa victoire pour extirper le protestantisme d'Allemagne, devint d'autant plus prononcée. L'empereur dit au nonce du pape en propres termes : « Qu'on ne pouvait pas exiger des protestants qui étaient prêts à se soumettre au concile de se rendre à Bologne ou de fixer leur attention sur ce qui allait s'y conclure , çt cjue les #utrçs pavaient pas besoin de ce i^ouye^u
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motif pour refuser leur adhésion ; que si on ne voulait pas à Rome lui donner un concile , qu'il saurait bien en trouver un qui satisferait tout le monde et qui réformerait tout ce qu'il y avait à réformer ; que le pape était un vieillard incapable qui voulait ruiner l'Église de fond en comble. » Telle fut la manière acerbe dont s'exprima Charles contre sa coutume, et nous pouvons y voir une nouvelle preuve du zèle qu'il apportait à la paix de l'Eglise. Les évéques, de leur côté, prièrent aussi le pape avec instance de renvoyer le concile à Trente ; maisleur voix fut aussi elle-même long-temps sans fruit. En conséquence , Charles s'efforça de rétablir par lui-même l'ordre dans les affaires de la religion dans une diète d'Àugsbourg de 1548 ; et, dans ce but, il provoqua de nouvelles conférences pour lesquelles on choisit du côté des catholiques deux hommes modérés, l'évêque de Nauembourg, Jules Sflug, et le grand-vicairedeMayence, Michel Helding; et, du côté des protestants , le prédicateur de la cour de ' Brandebourg, Jean Àgricola de Berlin. Ils s'y livrèrent avec la plus grande activité et rédigèrent un plan de réunion qu'ils proposèrent à l'empereur ; mais Agricola, par le désir du rétablissement de la paix, était sorti , dans quelques points essentiels, des premiers principes de sa croyance. Il avait à la vérité maintenu pour son parti le mariage des ecclésiastiques et la communion sous les deux espèces ; mais seulement jusqu'à ce que le concile eût donné
»fle décision à çp suj§t, Pour le reste , il avait w
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connu la puissance du pape , la tuasse et surtout l'Église et le symbole de foi catholiques. On dirait donc s'attendre à de grandes contradictions» Cependant^ comme l'électeur de Brandebourg et le palatin promirent de l'accepter , albrs Charles crut pouvoir en faire un écrit dô conciliation qui fut appelé l'Intérim'* Il convoqua les états pour le 15 mai 9 et leur fit donner lecture de cet écrit dont le titre était : a Déclaration de sa majesté royale et impériale qui détermine quelle doit être la religion dans le saint empire romain jusqu'à la tenue d'un concile général.» Aussitôt après la lecture, avant que personne n ait eu le temps d'exprimer une Opinion 9 l'électeur de Mayence se leva et remercia l'empereur au nom des états , de sa peine , de son travail , de son application et de son amour pour le bien de la patrie j et comme personne n'osa contredire, l'empereur crut que le consentement était donné* Mais il vit bientôt combien il s'était abusé. Les théologiens protestants s'élevèrent presque unanimement contre VIntérim\ et ce qui est plus frap^ pant, les catholiques s'élevèrent aussi eux-mêmes . contre lui* Car si l'empereur avait pu réussi* à faire admettre V Intérim, la réunion parfaite des partis devenait une conséquence presque nécessaire. Ainsi la résistance des catholiques était dono purement une déclaration qu'ils ne pouvaient accepter eomme bon uu règlement en matière de religion, qui Venait de lui comme laïque* * Quand Charles annoncerait l'Evangita , dit à ce siyet un prélat distingué f ou ne
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pourrait approuver cette action venant de lui comme laïque. »
Ainsi , Perapereur, qui alla passer deux ans dans les Pays-Bas au sortir de la diète d'Augabourç f eut toujours comme avant à entendre parler de nouvelles plaintes qui lui venaient d'Allemagne; son Intérim n'avait été reçu que pour l'apparence en quelques lieux , et des deux côtés on en parlait avec beaucoup d'aigreur ; l'électeur Maurice lui-même ne le reçut pas dans sas étals* Los villes de Constance, Brème et Magdebourg se déclarèrent particulièrement avec force contre lui et refusèrent formellement de se soumettre à Tordre de l'empereur. Il prononça contre elles le ban de l'empire et les deux premières alors rentrèrent dans l'obéissance. Mais Magdebourg s'opimâtra et l'électeur Maurioe reçut à une nouvelle diète d'Augabourg, en 1550, Tordre de mettre à exécution le ban prononcé contre la ville. Use mit en marche avec son armée au commencement de l'automne de cette même année , et commença le siège.
Dans cette même diète , Charles sonda les esprits pour voir s'il ne pourrait pas faire donner à son fils Philippe 9 qu'il avait fait venir d'Espagne, le titre de roi des Romains, Mats , ni son frère Ferdinand et son fils Maximilien , ni les électeurs ne voulurent y consentir; et ce n était pas l'orgueil de Phi' lippe | son air sombre et rebutant qui pouvaient Ici gagner les cœurs des Allemands, Son père fut dorçc obligé de le renvoyer en Espagne f et Philippe j
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retourna d autant plus volontiers qu'il aimait les Espagnols par-dessus tous les autres peuples.
Quant à l'empereur, la diète terminée, il se rendit d'Augsbourg à Inspruck. Le nouveau pape Jules III avait renvoyé le concile de Bologne à Trente, et Charles voulait se trouver dans le voisinage.
Charles V et Maurice de Saxe.
Le nouvel électeur de Saxe avait mûri dans son âme un grand plan contre l'empereur à la vérité il nous est impossible d'exposer les raisons intimes qui l'y portaient , car la pensée de ce grand homme est restée, dans beaucoup de circonstances, une énigme pour l'histoire ; cependant on en peut donner deux qui semblent avoir dû agir sur lui avec beaucoup de force : 1° la dure captivité de son beau-père le landgrave de Hesse , envers lequel il se croyait toujours obligé d'acquitter sa parole et la garantie qu'il avait donnée pour sa liberté , tandis qu'aucunes prières , aucunes représentations n'étaient reçues par l'empereur; et 2° la fâcheuse position des protestants en Allemagne. Car on croyait que l'empereur avait pris d'avance une décision; qu'il n'attendait que les conclusions du concile de Trente pour les donner comme lois de l'empire ; et que, comme il faisait attaquer Magdebourg par les armes à cause de Vin*
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