CHABLBS V ET MAURICE DI SAXE
mée, il forcerait tous les états à se soumettre à tous les décrets de l'Eglise. Les protestants étaient extrêmement tourmentés de cette expectative. Ceux qui voyaient l'avenir le plus en noir regardaient le prince Maurice comme le plus grand coupable : il avait trahi la ligue de Schmalkalde , et par lui Jean Frédéric et le landgrave Philippe languissaient encore aujourd'hui dans la captivité. Ceux au contraire qui conservaient encore l'espoir du salut, tournaient leurs regards sur lui comme sur celui qui pouvait seul sauver la nouvelle croyance. — Le moment était venu d'effacer le souvenir du passé et de reconquérir l'opinion en frappant un grand coup. Maurice s'y décida et se servit de l'occasion de la guerre contre Magdebourg pour lever une armée considérable sans exciter de soupçons. Le siège fut à dessein conduit avec lenteur. Enfin , au mois de septembre de Tannée suivante 1551 , il conclut de lui-même une suspension d'armes, et au mois de novembre , un traité fort peu onéreux pour la ville; mais sans licencier pour cela ses troupes. Il envoya secrètement son jeune ami Albert, margrave de Brandebourg-Cultnbach , à la cour du roi de France , Henri II , fils de François Ier, pour le gagner dans son parti ; et il prit à son service le chef des Wurtcmbergeois, Jean de Heydeck, qui avait été mis au ban de l'empire en même temps que Schaertlin. Ces procédés étaient bien remarqués; souvent on en avertissait l'empereur; mais Charles avait la plus grande confiance dans cet homme qu'il croyait avoir fortement
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éprouva et îl répondait: « que, comme il n'avait donne à Maurice non plus qu'au margrave aucun sujet supposable de mécontentement contre lui, mais bien plutôt les plus grandes preuve^ dé bienveillance et de feveur, îl ne pouvait croire à une pareille ingratitude; qull comptait bien que chez eux le fait serait d'accord avec la parole et qu'il ne dégénéreraient pas de Pancienne réputation de loyauté et de fidélité de la nation allemande. * Si l'empereur comptai! sur la fidélité allemande , son jeune ministre Granvella comptait sur lent* simplicité. Il disait a qu'il n'était pas possible qurun gros allemand conçAt un plan et le préparât en secret sans qu'il fût aussitôt découvert et connu dans tous seâ détails. *
Aussi furent-ils tous deux comme frappés cPttri coup de foudre, quand Maurice, au mois de mars 1552, envahit tout-à-coup la Franconie avec son armée, entraînant avec lui les Hessois et toutes les forces du margrave Albert. En même temps, ces deux princes publièrent un manifeste contre Tem* pereut, par lequel ils cherchaient à justifier là guerre qu'ils entreprenaient. Us s'appuyaient sur la captivité du landgrave prolongée indéfiniment, aussi bien que sur les atteintes aux libertés dé l'Allemagne commises par l'empereur. Ils lui reprochaient d'avoir Cônfléle sceau dèFempire à un étranger qui ne connaissait ni là langue ni les droite de l'Allemagne ; de sorte que les Allemands étaient obligés d'apprendre feux-mêmes une langue étrangère pour lui adresser
leurs demandes. Ils disaient qu'il avait, contre sa pro* messe, introduit dans le pays des troupes étrangères qui pillaient et ruinaient les malheureux habitants et les maltraitaient de toute façon ; qu'il n'avait même d'autre pensée que d'imposer à tous et à chacun en particulier une honteuse servitude; que ses menées étaient si visibles que la postérité, si l'on n'arr&alt pas ce torretit envahisseur, aurait de Justes motifs de maudire la torpeur et l'indolence de cette époque, dans laquelle on aurait laissé perdre la liberté de la patrie, son plus précieux trésor.
Bien qu'il y eût de l'exagération dans plusieurs de ces reproches , cependant on en trouve un exprimé sous les traits les plus vifs qui semble être une des plus grandes fautes de Charles dans le gouvernement de l1 Allemagne; c'est le mépris qu'il laissait paraître pour la nation et ses prédilections pour les Espagnols et pour les Flamands. Charles n'a jamais pu trouver de l'amour en Allemagne , parce qu'il n'aimait pas lui-même ; son orgueil ne put jamais descendre plus loin qu^ la complaisance 5 or, la complaisance est plus insupportable â un peuple noble que l'arrogance et la dureté; d'ailleurs le mécontentement des princes de voir un Insolent étranger comme Granvella conduire l'empire, était fondé* Ainsi, c'est moins la conduite de l'empereur que ses dispositions contre les Allemande qui ont attiré sur lui cette guerre humllîahte dé Maurice. Le margrave Albert porte dans son manîferte une accusation qui paraît extraordinaire, mata
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qui cependant fut la cause intime de l'arrogance des étrangers vis-à-vis de notre peuple. Il se plaint de l'historien de la ligue de Schmalkalde, Louis d?Avila; il l'appelle un menteur et un fourbe pour avoir parlé des Allemands comme d'un peuple sauvage et dont on ne connaissait ni le commencement ni l'origine.
L'empereur, dont les actions étaient meilleures cjue né les représentait ce manifeste, se contenta de répondre avec dignité : « Que les accusations des deux princes étaient si puériles et si absurdes qu'elles n'avaient par elles-mêmes aucun fondement, et mettaient assez au jour le trouble de ceux qui les avaient imaginées. »
L'entreprise des princes perdit beaucoup dans l'opinion publique par la conduite du margrave Albert, qui commettait des dévastations dans tout le pays plat avec ses troupes comme avec une bande d'incendiaires et de voleurs. Maurice et le jeune Guillaume de Hesse , qui avaient de meilleurs desseins, furent obligés de se séparer d'avec lui et de Je laisser agir particulièrement. — L'empereur était dans un grand embarras; il manquait de troupes et d'argent et fut réduit à faire commencer des conférences entre Maurice et le roi Ferdinand. Cependant, comme elles n'amenaient aucun résultat , Maurice, qui vit bien le dessein de Charles de gagner du temps, sortit tout d'un coup de Souabe avec son armée et tomba sur le Tjrol qui ne s'attendait à rien moins. Il marcha si rapidement qu'il devança