GUERRE D8 LA SUCCESSION D ESPAGNE
princesse en contractant celte alliance, avait publiquement renoncé à ses droits sur l'Espagne. La deuxième fille était mariée h l'empereur Léopold , et celle-ci nfavait fait aucune renonciation ; par conséquent ses enfants e'taient les héritiers les plus proches; car leur sœur, qui avait épousé l'électeur de Bavière, Maximilien Emmanuel, avait dû, avant le mariage, renoncer à la succession d'Espagne, quel que fût le cas qui se présentât. Mais la France et la Bavière soutenaient que les renonciations étaient sans valeur j parce que si les princesses pouvaient renoncer pour elles-mêmes, elles ne le pouvaient pas faire pour leurs descendants. Toutes ces puissances s'efforçaient donc d'engager le roi à faire son testament chacune en sa faveur ; mais Charles, voulant conserver à l'Es* pagne son indépendance , nomma pour son héritier le prince électeur de Bavière, Joseph-Ferdinand. Malheureusement ce jeune homme mourut avant le roi, en 1699. Les contestations s'élevèrent donc de nouveau entre les deux maisons d'Autriche et de Bourbon.
Léopold l'eût facilement emporté s'il avait eu à Madrid un envoyé plus adroit ou s'il avait eu lui-même plus de fermeté ; caria reine et l'homme le plusinfluent de la cour, le cardinal Portocarero , archevêque de Tolède , penchaient pour l'Autriche. Mais l'envoyé de Léopold, le comte de Harrach, homme plein d'orgueil et dé causticité et peu courtisan, ne pouvait tenir devant l'habileté de l'ambassadeur de France, le marquis de Harcourt. Celui-ci parvint à gagner t. n. 20
306 gEPTifeME époque, 4648-^4888.
les grands d'Espagne les uns après les autres , et même le cardinal ; puis par le cardinal, le roi. Il fit un testament secret; de sorte qu'à sa mort, le 1er novembre à700, on trouva qu'il avait nommé le petit-fils de Louis XIV > le duc Philippe d'Anjou, comme héritier de la couronne d'Espagne.
L'empereur fut irrité de ce coup inattendu audelà de toute expression , d'autant plus qu'il avait * une grosse faute à se reprocher ; car longtemps avaut il avait été pressé avec instance par la cour d*Eapagne d'y envoyer son fils l'archiduc Charles avec une petite armée ; et comme la guerre avec la France durait encore, il avait différé par irrésolution.
Louis XIV savait bien que malgré le testament de Charles II , son petit-fils ne prendrait point possession de l'Espagne sans qu'il y eût des guerres ; car l'Autriche était trop durement blessée et les autres Aâts d'Europe voyaient avec trop de peinfc la prépondérance delà maison de Bourbon. Guillaume III, roi d'Angleterre et stathouder dés Pays-Bas , qtïi s'arrogeait le droit d'être le conservateur de l'équilibre européen , et à cause de cela était depuis iongtemps l'ennemi de Louis XIV, prince d'ailleurs plein de prudence et d'activité , fit alliance avec l'Autriche au nom de se» deux états 5 et cette alliance étrit d'autant plus terrible que l'Angleterre et la Hollande étaient les deux plus riches états et les deux plus puissants sur mer. C'est pourquoi Lduis hésita quelque temps à recevoir le festamenl du roi d'Espagtte. il rassembla sorç cotiseiWétat, etcfe he fut qu'après
GUERRE DE Là SUCCESSION d'eSPÀG.XE. SÛ7
avofrrèçu son approbation qu'il prit enfin son parti; Il fit proclamer son petit-fils roi d'Espagne et dé* deux Indes , au milieu d'une brillante assemblée de sa cour. Quand il sortit de son cabinet, amenant àoti petit-fils parla main, il dit, suivant l'expressîbii d'un écrivain français , avec l'autorité d\m roi dé l'univers : « Messieurs ^ voilà lé fël d'Eàpagttfe; L* nature Ta créé pour l'étte; le défunt rôl l'a hdrrthiéj le pteuplé lfe désire et moi j'y consens. I
Ce fut en Europe le signal d'une nouvelle et sanglante lutte*
Malheureusement l'Allemagne était divisée; la Prusse, le Hanovre, le Palatinat et bien d'autres Se déclarèrent dès le principe pour l'empereur; tandis que l'électeur de Bavière , Maximilien Emmanuel , en méiîie temps gouverneur des Pays-Bas espagnols ^ était ponr la France; Louis, en considération de fies prétentions à la succession d'Espagne* lui avait promis en secret les Pays-Bas j s'il voulait se déclarer bien positivement pouf lui. Son frète j l'électeur de Cologne, suivit son exemple et reçut les troupes françaises dans son paya , * pour le bien et la conservation de la tranquillité de l'empire d'Allemagne, » comme il le publiait dans Sei proclamations.
Commencement de la guerre. 1701. Le prince Eugène. — L'empereur Léopoldse hâta d'envoyer en Italie une armée pour prendre possession des lieux appartenant à l'Espagne, le Milanais et leroyatfme de Naples, et il en donna le commandement cm prince français Eugène de Savoie , un dea premiers
308 septième époque. 1648—1858.
généraux et des premiers hommes d'état de son temps et même de toute l'histoire. Il tenait à la maison de Savoie par une ligne collatérale et fut d'abord destiné à l'était ecclésiastique. Mais son génie qui le portait à l'étude de l'histoire et de ses grandes leçons, le lança dans les affaires, dans un genre de vie où l'homme peut éprouver ses forces et , s'il est avide de gloire, apercevoir les lauriers qui l'attendent. À peine âgé de vingt ans, il offrit ses services à Louis XIV; mais ce monarque, qui n'en fit pas grand cas à cause de sa petite taille, le renvoya, en lui conseillant de rester dans l'état ecclésiastique. Eugène alors se tourna vers l'Autriche ou la guerre des Turcs lui offrait une voie toute frayée; et il s'y distingua si bien que l'empereur, après la délivrance de Vienne, 1683, où il avait vaillamment combattu , lui donna un régiment de cavalerie à commander* Le duc Charles de Lorraine reconnut dès lors en lui un héros et annonça à l'avance ce qu'il serait un jour pour la maison d'Autriche. Léopold le nomma feldmaréchal, en 1693. Le roi de France alors aurait bien voulu l'attirer à son service. Il lui fit proposer le gouvernement de la Champagne et le bâton de maréchal de France. Eugène répondit aux envoyés : « Dites h votre roi que je suis feld-maréchal de l'empire et que j'estime autant cette dignité que le bâtonde maréchal de France. » — Eugène était grand comme général; puisque son esprit embrassait à la fois les plus grandes affaires avec tous leurs détails, s'occupait d'un plan de bataille et des plus minu-
GUERRE DE Là SUCCESSION d'eSPÀGHE. 809
tieux besoins de son armée , et que son œil d'aigle savait avec la plus grande promptitude saisir le moment favorable ou les fautes de son adversaire. Mais il n'était pas moins grand comme citoyen, puisqu'il préférait de beaucoup les arts de la paix à une brillante réputation que la guerre seule peut donner, et qu'il était si modeste qu'il se faisait l'égal de tout le monde ; volontiers même il se mettait au-dessous s'il le fallait. — Eugène était petit, et si vous l'eussiez rencontre' enveloppé dans son manteau, se promenant dans les rues du camp , vous auriez eu bien de la peine à reconnaître en lui le héros qu'admirait le monde; à moins que son œil de feu n'eût brillé à travers l'obscurité.
Au mois de mars 1701, Eugène passa en Italie avec une année impériale et dix mille hommes auxiliaires , tant Prussiens que Hanovriens. Les troupes se réunirent à Rovérédo pour gravir les montagnes. Mais de l'autre côté tous les passages étaient occupés par les Français , et il semblait impossible de descendre. Cependant le général sut entraîner ses soldats enthousiasmés pour lui , leur fit parcourir la distance de six milles (environ dix lieues) à travers les rochers et les précipices; et avant que l'ennemi l'eût pressenti il avait fait passer son armée pardessus des montagnes effroyables et se trouvait le long de l'Adige, dans la plaine de Vérone. Par deux victoires, à Carpi et à Chiari, Eugène chassa les Français d'une partie de la haute Italie , et il y prit ses quartiers d'hiver.
ÎM0 swifanB époque, 1 648— 1858.
L'Aiglelerp , U| HoUapde et l'qnpka d'All«magDe prennent p*rU la guerre. 1702. » Hajlborough.
I)è$ l'automne de 17Q1 fut signée VaUiance e^tre l'Angleterre, les états-généraux et l'empereur. Le$ puissqpççs mariâmes stipulèrent que leurs conquêtes fjaas }ps, Inde?! espagup^es deviendraient leur pro- Pf i^té ^ ef; prpiuir^nt à Fpmpereur, par compeqsar |iqflj $ç Vaider à conquérir les Pays-B^ espagnols ^ JYfilan , Ngples et |a Sicile. Le peuple anglais n'aurait pps pris wio part si active à la guerre , si Louis rç'aya\\ eji lqfplle impudence de le molester. L'Angle-? terre venait de chasser du trône la maison des StuarlSj % causp de spp zèle pour la religion catholique, et l'oyait donué à Guillaume d'Orange. Louis reçut le$ §^arts exilés, lps protégea etj en 1701, h la mort dç Jacqweç II (qui mourut à Saint-Germain), il VfGQnnpt serç Gis Jacques III comme roi de la Çif anjie-fy elagne ; le bruit se répandit même que le; prjncç çleyqif effectuer un débarquement ep Angleterre ^ \§ tête 4\>ne armée française. Une pareille prçtçnlipq de la part d'un ennemi , de vouloir dispo&ër çU $9$ trône, irrita tellement l'Angleterre quq \c parleipent accorda qu roi Guillaume quarante paille hoipmes $u lieu de dix mille qu'il avait de-
Guillaume mit à la tête de son armée lç comte qui ^evirçtplus lard Je duc cleMarlbprough. Une s'était point trompé dans son choix ; Marlboi pugh qui s'était
instruit à l'école deTureoue , pe le cédait à aucun général de 3on temps, La nature l'avait ftit pour cemmander ; grand, beau, vigoureux. Il avait une ©on* tenance si imposante et un esprit si supérieur, que les plus superbes s'humiliaient malgré eux devant lui. Quant aux qualités personnelles il était bien au*dçssous d'Eugène ; il n'avait pas sa bonne foi, son 4wç noble qui prisait plus les grandes pensées et les grands projets que son propre intérêt} auaû q-t-il été qcçu*é d'avoir trçp cherché k k\r* du lucre.
Marlborougb paç#i dap&le$P^ys-ïtos> en 470â, pour prépare le commandement de Farinée holkn* daise et anglaise , dont le but immédiat était de forcée les Français dév ^cuer le duché de Cologne* Ga fut dansée lu&ueiuois que mourut le roi Guillaume? mm çôsmft te reine 4nne qui \\jâ ?UW&la suivit fidèUhr meut \e$ mèf/o^ pbw*, b* gw^ ^ poutii^ua sara auem
L'empire gerniABÛque crut ffll'il W pe**v*it difift Feç à pff^ïidrapai?t & cette gutfrçe de vengeanee Quatre açtq fl&neiwi ^cbwmé, quand nn étranger était se pw^ rçuucé. S^ 4éol*ratioi% de guerre suivit doue, k'$ Qctabre 1702 , ç| à la ftn de cette déclaration <** lisait : « La France n'a rien négligé de ttitts les flao^eh^ propres ^ hpmilfejr et accabler entièrement }a nation aileiupnçle, afin d'obtenir d'étant plus faci* lenpeût la souveraineté universelle qu eUe poursuit d^pui^ lon^-temps avec tant de zèle* * La conduit* $e rçteçl^uç de Bavière exigeait d'ailleurs une dé* terminfttiqn de la p$rt des autres inetnbres de l'em-
pire ; car, comme il tenait fortement pour laFrance, il avait réuni une force militaire imposante, et le 3 septembre il était tombé tout d'un coup sur Ulm , ville libre de l'empire, et en avait pris possession. Cet acte dut mécontenter les autres états.
Les ducs dé Brunswick eux-mêmes , toujours en mauvaises dispositions pour l'électeur de Hanovre , étaient allés jusqu'à faire des levées d'hommes pour la France ; et n'ayant pas voulu profiter des avertissements de toute espèce qui leur furent donnés , ils furent désarmés par force, en 1702, par l'électeur de Hanovre, et contraints de se soumettre à la volonté de Pempire et de l'empereur.
Du reste, il n'y eut cette année aucune entreprise remarquable, soit sur le Rhin par le général de l'empire, Louis de Bade , soit en Italie par Eugène : il était trop faible pour entreprendre quoi que ce fût, et des deux côtés on ne chercha qu'à s'éprouver les uns les autres par des escarmouches.
Les Bavarois dans le Tyrol. 1703. — L'année suivante fut riche en faitsmilitaires ; Marlborough l'employa à conquérir les places fortes des frontières des Pays-Bas et prit Bonn, Tongern, Huy, Limbourg et Gueldres.
La fortune ne fut pas aussi favorable dans le sud de l'Allemagne ; là , les Français , commandés par Vilkrs, avaient réussi à passer le Rhin et à faire leur jonction avec le ducde Bavière. ÀIots ceprinceforma le plan d'entrer en Tyrol et de faire la conquête de ce pays si bien situé pour lui. Il s'y porta donc avec
GUERRE DE LÀ SUCCBSSIÔJf b'eSPAGXIE. M3
seize mille de ses meilleures troupes ; tandis que Willars gardait son propre royaume. A la faveur d'un incendie qui eut lieu dans Kufstein, l'électeur s'empara de cette importante forteresse et de plusieurs autres places, entre autres Inspruck , profitant du premier moment d'épouvante. Ensuite les Bavarois voulurent escalader le Brenner pour s'ouvrir un chemin en Italie; mais là les attendaient les braves Tyroliens de tout temps si dévoués, corps et biens, pour leui> patrie; ils étaient alors renforcés d'un bon nombre de soldats autrichiens , commandés par le vaillant Martin Sterzing. Postés sur les rochers escarpés qui èordent les deux côtés du passage , ils lançaient des arbres et des rochers sur les ennemis qui défilaient en bas. Les Bavarois ne purent donc continuer, il fallut reculer'. C'est alors qu'un arquebusier tyrolien se mit en embuscade dans une fondrière et attendit l'électeur ; mais il tua à sa place le comte d'Arco, trompé par son riche habillement. Dans sa retraite l'armée bavaroise eut beaucoup à souffrir, et ce ne fut qu'avec la moitié de ceux qui s'y étaient engagés que l'électeur put après deux mois rentrer dans ses états.
En compensation, il prit pendant l'hiver de cette même année les riches villes d'Augsbourg et de Passau , la principale forteresse d'Autriche , et les Français de leur côté avaient pris sur le Khin les importantes places de Brissac et de Landau.
Bataille de Hochstet. 1704. — Pour réparer de pareilles pertes , les puissances coalisées voulurent
114 wvitiu *k«ul lUa^lMi.
remporter des sueeès plus grandi encore , Tanné* mirante, avec toutes leurs forées réunies, et décidèrent que les trois généraux Marlberough , Eugène et Louis de Bade feraient ensemble la guerre dans le md de l'Allemagne. Le général Stahrçnberg devait rester en Italie pour la continuer sur le pied de dér fentlve. Les trop généraux se réunirent à Hèilhronu, sur le Nécker } Marlhoreugb et le margrave de Bade se replièrent vers le Danube, tandis que Eugène poussait vers le Rhin. Les Bavarois avaient postç une partie de leur armée dans les montagnes de Sehellen, près deDonawerth, dans une position awn~ tageuje dVi ils gênaient beaucoup le passage sur le Danube j mais ils y furent attaqués et malgré une vigoureuse résistance mis en fuite : leur camp tomba an pouvoir de l'ennemi.
Après ce combat, les puissances alliées firent faire des propositions de paix à. l'électeur, lui offrant de grands avantage», s'il voulait abandonner l'*l-r liance des Français. Il chanoelait déjà et était sur le point designer le traité de réconciliation quand un courrier lui annonça que le maréchal de Tallard était en route avec une nouvelle armée pour venir à son secours. Le maréchal arriva , maiq à sa suite le prince Eugène qui se réunit à Marlborough. Ces deux grands généraux se débarrassèrent du vieux et intraitable priuce de Bade, en l'occupant au siège dlngolstadt , pour qu'il ne dérangeât point leurs projets ppur )q bataille y e| le général anglais Raccorda iactfefnçnt avec le modeste Eugèue qui n'bé-
gueaes.de X.A sucqpjwji nm\Qfz. %\k
sita pa§ à sacrifier sa propre gloire au suceèa de l'entreprise.
Le 12 apûtj le? deqx généraux , françaU et bf v$bi rois^ se trouvèrent en face du vilipge de ïfaçbitet, et le 13 eut lieu la bataille. Les eqnemis avstîfpt l'avantage du nombre et de la position, car il^ét^çfc très biep coq verts par un marais. ^arlboratyghj ^ la tête de l'aile droite composée d'Aaglais et de ÇJes-s; sois? fut opposé aux Français, çt Eugène ayep Failft gaucjie aux Bavarois. La bataille fut des plusaçhfir-. nées , çl plusieurs fois les assaillants, furent repoussé^ par le terrible feu de l'artillerie. Enfin lç duc pyo^ fita d'un moment de désordre pour se jeter $uy les Français e\ les mettre en fuite. Alors l'électeur fut obligé de se retirer s^ussi lui avec ses troupe Vingt-huit bataillons et douze escadrons français, eg-; sayèrent cependant de se défendre dan? le village <fa Blenheim ; mais ils furent enfermés et forcésde s$ ren4re prisonniers. C'était une grande victoire ^ vingt mille hommes, Français et Bavarois, étaient restéspui* ]ç cl^mp de bataille , quinze piille prisonniers parmi lesquels le maréchal lui-même avec ses fils et huit çenÇ dix-huit de ses officiers. Le butin du vainqueur était aussi immense : la cassette de guerre toute pleine , cent dix-sept canon , vingt-qualre obus et trois cents drapeaux, cinq mille voitures, trpis mille six cents tentes et deux ponts de bûteaux. Depuis ce temps le nopa de Marlborough fut célébré dans toptçs les charbons d'Allemagne , et l'empereur le npminu prince de l'e;npire.
846 septième époque. 4648—1838.
L'électeur de Bavière se vit forcé de passer le Rhin avec les Français ; ses états furent occupes par les troupes impériales et sa femme n'eut pour son entretien que la ville de Munich et son revenu. Telle fut pour ce prince la triste fin de la campagne de 1704.
L'année suivante, 1705 , l'empereur Léopold mourut d'une h ydrôpisie de poitrine , peu regretté par ses sujets, parce qu'il n'avait point cette affabilité par laquelle les princes gagnent si facilement les cœurs de ceux qui les entourent. Mais ce qui le rendait surtout insupportable , c'était sa religion étroite, à tel point qu'elle le plaçait tout-à-fait sous la dépendance de la volonté des ecclésiastiques, et qu'elle dégénérait en intolérance envers ceux qui ne pensaient pas comme lui. Du reste il était très consciencieux et très compatissant pour les pauvres ; il poussa même jusqu'à la faiblesse cette dernière qualité et tomba souvent dans de grossiers abus. Léopold n'aurait pas dû naître dans des temps aussi difficiles et surtout antagoniste d'un Louis XIV. Il eut pour successeur son fils Joseph.
Joseph Ie'. 1705-1711.
On douta un moment si Joseph poursuivrait avec autant de zèle cette guerre en faveur de son frère ( il était passé eh Espagne dès l'an 1704 et avait
GUERRE DE Là SUCCESSION d'eSPÀGNK. 317
été reconnu pour roi en Aragon , Catalogne et dans le royaume de Valence). Cependant le nouvel empereur ne tarda pas à déclarer sa résolution de continuer la guerre avec zèle et il tint parole.
Du reste, pendant cette année 1705, il n'y eut rien de bien important dans toute la campagne. Eugène fut envoyé en Italie pour réorganiser Farmée qui était dans le plus grand désordre , et il ne put rien faire de plus celte année. Marlborough était aussi retourné dans les Pays-Bas, et il fut luimême occupé tout le temps à rassembler des troupes fraîches. Cependant l'oppression qu'imposaient en Bavière les employés autrichiens et l'occupation du pays y excitèrent une terrible révolte. On voulait forcer la jeunesse, à prendre service pour Y Autriche et une pareille violence souleva ce peuple fort et indépendant. Il courut aux armes, délivra cette jeunesse enrôlée, Surprit les troupes autrichiennes isolées , et bientôt plus de vingt mille hommes enthousiasmés par les premiers succès se trouvèrent sous les ordres d'un jeune étudiant Mainl. Alors ils purent entreprendre le siège de Braunau et de Schasrding et forcer tous les petits châteaux à se rendre. Les Autrichiens furent donc obligés de traiter avec eux et de signer une suspension d'armes, non comme avec des révoltés , mais comme avec un en* nemi qui défend son indépendance. Du reste ils profitèrent de cette trêve pour faire venir des cercles voisins une petite armée impériale , avec l'aide de laquelle ils parvinrent à mettre en fuite cette foule
518 sfepTiàHE époque. 1618— 18S8.
de paysans , reprirent leurs villes les unes après les autres , et rétablirent Tordre. Suivirent de nombreuses actions dé sévérité qui excitèrent encore davantage l'animosiié des deux peuples voisins. L'électeur lui-même , qui était considéré comme un ennemi de l'empire et comme le moteur de cette ré1tolte, fut déclaré proscrit en toute forme et son éwt hn fief dévolu à l'empire. L'empereur rendit à l'é— lecteur palatih , sur ses instantes demandes , le haui ratatinât que sa maison avait perdu dans la guerre fle trente ans, fet qui était passé à la Bavière* et feu outre Son ancienne place au conseil de$ électeurs
Les princes qui avaient toujours réfusé leur con- Sèntétiient à l'érection de Mectorat de Hahovt-e, y fcfccëdèrént alors enfin; il fut généralement reconnu *l Pélécteiïr palatin résigna fcà fonction de grand tWfebrier au nouvel électeur.
Batailles près de Ramillies et de Turin. 1706. fc^La France avait résolu, pour la campagne suivante > de tourner ses forces principales (contre les ftijs^Bàs; afin de trouver, s'il était possible, dans la *4 die Hollande les moyens de continuer la guefré. fe armée qu'elle mit en campagne fut dohfc la plus ferfle tftt'ellé eût encore mise sur pied dans cette gtte*¥e; mais son général, le maréchal dé Villeroî , n^ftait pas un homme à opposer à Paudacieux Maïifeorough. Poussé par une aveugle confiance $ il quitta *fcs positions près de Louyain pour aller attaquer VmneMli d*ôs la plaine de Ramillies , le Î2 maï>
GUEfcBB M Là SUCCESSION &'fiS**MB. S10
C'était ce que désirait Marlborough. Il s'était mis à couvert derrière un marais et des fossés pleins d'eau ç de sorte que, quand Fennemi voulait approcher ea nombre , il ne pouvait conserver son ordre de bataille, resserré qu'il était par des fosses; tandis que Marlborough, protégé par la nature du terraih, pouvait porter toutes ses forces sur un seul peint et Fenfoncer» Avant la bataille Un officier français avait dit : « Si l'armée qui est devant nous est asset vaillante pour nous résister > nous n'avons plus à pa* raître devant l'ennemi. * Cependant ils fureét battus; car aucune valeur ne peut réparer lés fautes d'un général. Ils perdirent vingt mille hommes» quatre-vingts drapeaux , les timbaUes et les étendards de la garde royale, et l'armée fut plus de deux mois avant de pouvoir se reformer* Le vainqueur parcourut le Brabant et la Flandre, prit toutes les villes du pays et leur fit prêter serment à Charles III , comme à leur maître légitime 5 à Bruxelles on tint un conseil-d'état au nom du nouveau roi.
Le prince Eugène i en Italie, ne voulut pas non plus laisser passer cette année sans action d'éclat. Il osa une expédition des plus audacieuses que l'o* trouve dans les annales de la guerre. A la tête de vingt-quatre mille Allemands au plus, il se mit en marche , gravissant les montagnes , traversant le? fleuves, au milieu d'un cercle de villes occupées par l'ennemi, pour arriver au secours du duc de Savoie, qui se trouvait très vivement pressé et dont la capi-
310 septième époque. 1648—1858.
taie était assiégée. L'expédition réussit au grand étonnement de tout le monde ; Eugène se joignit au duc et se hâta avec lui de venir délivrer Turin. Quoique son année fût bien plus faible et composée de différentes espèces de troupes , il osa , le 7 septembre à . quatre heures du matin, attaquer les lignes françaises* Ils furent reçus par une effroyable décharge d'artillerie, qui pourtant n'empêcha pas ses troupes de marcher en avant. Le prince de Dessau, connu plus tard sous le nom du vieux Dessau , conduisit ses Prussiens sur l'ai le gauche, droit aux retranchements ; alors il fut imité par les Wurtembergeois et les Palatins qui attaquèrent le centre , et ceux de Gotha à l'aile droite, en même temps que le comte de Daun faisait une sortie avec les troupes de la citadelle. Le combat fut acharné ; deux attaques des Allemands furent repoussées. Enfin après deux heures de tentatives les Prussiens les premiers arrivèrent sur le rempart et furent bientôt suivis de tous les autres; la confusion fut d'autant plus grande parmi les ennemis qu'ils furent pris à dos par la garnison sortie de Turin et que leurs deux généraux , le duc d'Orléans et le comte Marsin, furent emporta blessés du champ de bataille. Marsin fut pris et mourut le jour suivant h Turin. Cinq mille morts et un plus grand nombre de blessés couvrirent le champ de bataille. Le reste s'enfuit vers la France par dessus les montagnes , dans un tel désordre que de cette armée de quatre-vingt mille hommes il ne resta pas de corps qui eût avec lui seize mille hommes ; les
GtftftRB DE LA SUCCUSIOW dWAGM* 891
grandes provisions rassemblées pour le Àiége, cent treize pièces d'artillerie , quatre-vingts barils de poudre et une quantité de boulets , tout tomba entre les mains du vainqueur. Les suites de la bataille offrirent encore plus d'avantages que toute cette capture. Les Français perdirent bientôt leurs places en Italie les unes après les autres , et furent réduits à conclure une capitulation générale d'après laquelle ils évacuaient l'Italie et promettaient de n'y envoyer aucune armée de toute la guerre. La conduite d'Eugène fut si glorieuse dan? cette campagne que son nom en brilla d'un nouvel éclat par toute l'Europe. L'empereur lui fit présent d'une épée précieuse et le nomma gouverneur général du Milanais.
Dans l'année 1707, la France perdit encore une troisième portion de la succession d'Espagne, le royaume de Naples, qui tomba au pouvoir de l'empereur. Les deux grandes batailles de l'année précédente lui avaient déjà conquis la Lombardie et les Pays-Bas. Naples, où il n'y avait que quelques troupes, fut bientôt prise, et la France perdit ainsi son dernier pied-à-terre en Italie ; et, dans les Pays- Bas, il ne restait plus à Marlbçrough une seule place à prendre. La seule compensation qu'eut Louis XIV, fut dans le haut Rhin, où il profita de l'engourdissement de l'armée impériale. Le vieux feld-maréchal, Louis de Bade, qui mourut en 1707, fut remplacé par le margrave deBaireuth, qui n'était guère plus actif et qui, par son irrésolution , laissa les Français passer le Rhin auprès de Strasbourg et exercer tes
plu» cruelles dévastations dans k Franeonie et la Souabe* On à calculé que dans l'espace de deux mois , ils avaient par leurs incendies causé des ptertes pour plus dé 9 millions de florins. Le margrave de Raireuth ne tarda pas ensuite à donner sa démission du commandement eu chef, à la grande satisfaction de tous 9 et il fut remplacé par un homme yfes actif, 1 électeur Georges- Louis de Hanovre; mais le mauvais état de l'armée impériale l'empêcha encore de rien entreprendre de remarquable; il lui fallut se contenter de forcer les Français à repasser le llhin par le manque de ressources pour leur entretien T et de les empêcher de passer sur la rive droite Tannée suivante.
Une expédition que le prince Eugène, dans la même année 1707, à la demande des puissances ma* r&imes, eut à conduire d'Italie sur le sud de la France pour prendre Toulon , ne réussit pas mieux que les tentatives qu'avait faites Charles-Quint quel* quesanoées avant ; et dans le même temps aussi , le roi Louis eut la joie de voir son petit -fils, Philippe V, de nouveau maître de presque toute l'Espagtofe. L'archiduc Charles avait eu l'année précédente un heureux âaoment en Espagne : son armée, composée principalement de Portugais auxiliaires , avait réussi à prendre la capitale > Madrid, et l'y avait proclamé roi de toute l'Espagne ; mais sa propre indolence, la division de ses généraux, la haine des Castillans contre lui et les Aragonais , de même que oontre te$ Anglais et les Portugais et bien d'autre*
GUBUKI DE Là SUCCJ&SSIÛj* dWà^Ê, ggg
raisons lui firent perdre peu à peu ses conquêtes ; d* sorte que dans Tannée 1707 il ne lui restait plus que la Catalogne»
Cependant Louis XIV avait déjà fait de si grandes pertes dans cette guerre, et son pays était si épuisé qu'il était visible qu'il désirait la paix et qu'il faisait taire son vieil orgueil pour essayer de l'acheter méma au prix de grands sacrifices; mais ses adversaires songèrent cette fois à le punir de ses anciennes fiertés. C'étaient surtout Eugène et Marlborourgh qui en détournaient l'Angleterre et l'Autriche ; ils ne son-, geaientqu a préparer de plus grandes humiliations au roi Louis XIV qu'ils baissaient du fond du cœur, et Us y réussirent.
Bataille d'Oudenarde et de Malplaquet. £70$- 1709* — Ces deux généraux se réunirent encore une fois dans les P^ys-Bas pour livrer bataille, après qu'Eugène eût tout réglé en Italie; et ainsi réunis ils firent essuyer, près d'Oudenarde, une grande défaite aux ducs de Bourgogne et de Vendôme, 11 juin 1708. Liai division des deux chefs fut la cause de leur malheur. Après cette victoire Eugène attaqua audarcieusement la citadelle de Lille, qui passait pour imprenable, et s'en empara.
Les malheurs de cette campagne furent d'autant plus durs pour la France qu elle fut suivie d'un hf ~ ver extraordinairement froid, de 1708 à 1709, et de bien d'autres maux causés par la rigueur de cet hitver, dont on ne trouve pas d'autres exemples dans l'histoire. Le froid fut si grand que les hêtes m*~
vages gelaient au milieu des foréls et les oiseau* dans l'air } les arbres fruitiers, les ceps de vigne, tout fut gelé} et le peuple, déjà accablé par la guerre, fut jeté dans un profond désespoir par ce fléau de la nature : les cris des malheureux déchiraient les coeurs, et Von ne voyait aucune ressource pour la prochaine campagne. Alors le roi \ découragé fut obligé de se résigner à faire de nouvelles propositions de paix : il déclara donc qu'il renonçait à l'Espagne, àPInde; au Milanais et aux Pays-Bas, si seulement on voulait laisser à Philippe V Naples et la Sicile. Mais les deux généraux qui parurent dans ces conférences de paix à La Haye, répondirentjbrt brièvement que la maison d'Autriche ne devait pas perdre un seul village de toute la succession d'Espagne ; et quand cette dure exigence fut accordée, on demanda encore des concessions d'une partie du territoire français : « que l'Alsace fût rendue et qu'une ligne de places fortes sur les Pays-Bas et la Savoie fût abandonnée pour la sécurité de ces pays contre les artifices de la France. » Les envoyés français accordèrent tout successivement ; ils ne refusèrent qu'une seule des prétentions de l'ennemi , et qui , dans le fait , était déshonorante : c'était que Louis , au cas où son petit-fils ne voudrait pas évacuer de bon gré l'Espagne , aidât lui-même à Yen chasser par la force des armes. Il ne voulut jamais se couvrir d'une telle honte et la guerre recommença.
Déjà une partie de l'été s'était passée dans les conférence. Eugène et Marlborough se hâtèrent de