GUERRE DE LA SUCCESSION D ESPAGNE. " SUS
profiter du resté du temps ; ils prirent Tournay et marchèrent sur Mons. Le maréchal de Villars voulait couvrir cette ville, et avait pris une bonne position en avant de Mons, à Malplaquet. Mais les deux généraux victorieux l'y attaquèrent sans balancer , le 11 septembre, et le classèrent après un sanglant combat, le plus sanglant de toute la guerre. Eugène lui-même, au commencement de l'action, fut effleuré à la tête d'un coup de feu, mais il se contenta d'attacher son mouchoir autour de sa tête, et conduisit son aile en avant. Après cette bataille , Mons fut emporté.
Une nouvelle campagne était perdue, et Louis XIV fut obligé de demander de nouveau la paix. Il accordait tout ce -qu'on demandait; seulement, afin de ne pas être obligé d'envoyer une armée qui aidât à chasser d'Espagne Philippe, son petit- fils, il promettait de l'argent aux puissances alliées pour qu'elles pussent arriver à ce but. Mais alors Louis put apprendre par lui-même ce qu'il avait ai bien fait sentir aux autres , combien il est dur, quand on est dans le malheur , d'être traité avec insolence par son vainqueur. Il put voir encore, combien sa duplicité dans les traités antérieurs avait aliéné la confiance des autres peuples de l'Europe: on lui répondit que tant que Philippe V sera en Espagne , on ne pourra croire aux promesses de son cabinet ; et que s'il voulait penser sérieusement à un traité de paix, il fallait commencer par satisfaire à toutes les exigences des puissances alliées, et remplir
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toutes les conditions dans l'intervalle de deux mois. Âpres une réponse si dure, la guerre recommença et Eugène et Marlborough prirent encore plusieurs placés sur la frontière de France. On reçut ans» de l'Espagne la nouvelle que le comte de Stahrenberg, général de Charles, avait, battu complètement l'armée de Philippe , et que, le 28 septembre 17iO, Charles avait fait son entrée en grande pompe dans Madrid.
Louis XIV, déjà vieux et malade, était réduit à la dernière extrémité et semblait n'avoir plus aucune ressource. Il lui fallait donc après tant de guerres ^ tan t de sacrifices d'hommes et d'argent, voir tomber tout d'un coup tout cet échafaudage élevé pour la grandeur de son nom et. de son empire, et même retrancher sur le territoire qu'il avait reçu. La mauvaise fortune nef paraît à personne plus. dure qu'à celui qui croyait avOtt saisi le faîte cle la grandeur. — Mais les adversaires avaient eux-mêmes perdu cette modération qui seule peut arrêter juste à temps ; leur bonne fortuné les rendit insolents, et leur fit perdre une bonne partie des fruits de leurs victoires. Trois événements favorables tirèrent tout d'un coup la France de cette grande extrémité et lui procurèrent une paix plus supportable. Le discrédit du duc de Marlborough, les victoires des partisans français en Espagne> et la mort de l'empereur Joseph (*).
(*) On pourrait ajouter les victoires des Français , dont l'auteur ne parle pas, entre autre» celle remportée à Dcnain par ViHars, en 1712. N T.
GUERRE DE LA SUCCtWKttf d'ïSPAGIIE. OT7
En Angleterre, où les amis de Marlborough avaient jusque là gouverné le pays,' il se forma secrètement pendant son absence un parti contraire qui , pour donner une plus grande force à son opposition, prit le nom de torys ou partisans du roi , tandis que Wautre s'appelait whigs ou partisans du peuple. Anne se montra peu reconnaissante pour Marlborough et pour ses grandes actions, et sa femme, qui jusque là avait régné sur Pesprit de la reine, fut dépossédée par lady Masham, qui eut l'adresse de se substituer à sa place. En 1714, on créa un nouveau parlement de torys, et de là cette tendance à la paix de la part de l'Angleterre j tandis qu'elle avait tant d'ardeur pour la guerre avec Marlborough. Il conserva encore quelque temps le commandement en chef, mais avec de grandes restrictions ; encore lui fut-il bientôt tout-à-fait arraehé.
I* mort de l'empereur Joseph, arrivée en 4711, 47 avril, ne contribua pas peu à faire pencher vers la paix. H mourut de la petite- vérole à l'âge de 33 ara ; il a été vanté par l'histoire comme ua prinoe actif . et prompt? et de beaucoup supérieur à son père et à son frère. Son esprit était capable des plus grandes pensées ; et c'est son regard pénétrant qui lui- fit trouver Eugène, à qui il donna toute sa confiance. Gomme l'empereur était mort sans héritiera, aa succession échut à son frère Charles. Ici te présentait encore cette question sur l'équilibre des puissances de l'Europe , cownfc du temps de Cbariçs-Quint* £sl*il prudent, que cet empereur Charles, $'H est
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élu par le» Allemands sous le nom de Charles VI, règne sur la moitié de l'Europe, comme Charles V, et que la maison d'Autriche soit si puissante? Car Charles VI eût possédé la même domination que Charles V, s'il eût réuni toute l'Autriche à la monarchie espagnole. Une telle puissance parut redoutable aux autres états , surtout aux états maritimes, et ils crurent devoir, en demandant l'élection de Charles comme empereur, lui contester ensuite une partie de la succession d'Espagne. Il fut donc couronné à Francfort, le 22 décembre 1711.
Charles ?I. 1711—1740.
Charles n'avait plus rien en Espagne. Battu plusieurs fois par l'habile Vendôme> général français, il avait été dépouillé peu à peu de tout le terrain qu'il occupait De sorte que Philippe Y avait reconquis tout son royaume.
Paix d'Utrecht. 1713. — Pendant ce temps-là, l'Angleterre avait entamé des conférences particulières avec la France, et déjà les conditions courantes de la paix étaient signées ; de sorte que les alliés, furent obligés de s'accommoder de conditions fort peu avantageuses , tant la conduite de l'Angleterre à leur égard fut peu honorable. Utrecht lut choisi pour le lieu des assemblées.
Sur le point capital, la succession d'Espagne, on
PàlX D UTRECHT lï Dt mASTi»» W9
fut bientôt d'accord malgré les protestations de Vemr pereur. Philippe V devait avoir l'Espagne et les Indes, et Charles le reste ; en mène temps Philippe devait renoncer à tous ses droits à la couronne de France j afin que jamais les deux couronnes de France et d'Espagne ne pussent être réunies sur la même tête»
La France abandonnaàrAngleterrelabaied'Hudson et la Nouvelle-Ecosse, et fit en outre démolir les fortifications de Dunkerque. Elle céda au Portugal des possessions au sud de Y Amérique ; à la Prusse, la Gueldre espagnole et les principautés de Neuchàtél et de Vaiengin. La France reconnut aussi son prince comme roi. La Savoie obtint d'importantes forteresses sur la frontière de France , et comme elle pouvait aussi faire valoir deà droits à la couronne d'Espagne , elle reçut en compensation le royaume de Sicile. La Hollande , qui avait été la plus fidèle dans l'alliance, et qui , antérieurement, avait refusé les propositions les plus avantageuses de faire sa paix particulière avec la France , ne reçut alors que très peu de chose, fut obligée dé rendre les plus fortes places conquises, et ne garda qu'une ligne de places faibles qui lui furent de peu d'utilité.
L'Espagne abandonna aussi à l'Angleterre la placé forte de Gibraltar et l'île de Minorqué; de sorte que ce fut F Angleterre qui tira le plus grand profitde cette guerre.
Paix de Radstadt et de Bade. 1714. — L'empereur et l'empire , abandonnés de leurs alliés , furent
obligés de traiter seule m de continuer sei*fe la guerre. Les propositions que leur faisait la France étaient des plus honteuses. Louis demandait , sanp doote pour ae montrer généreux envers son alliée l'électeur de Ba vière^ son entière réintégration dans ces étate et de plus la cession de* comté* de Bwgau et de Nollenbourg, et de l'île de Sardaigne à titre de royaume : récompense d'un royaume pfour otluâ qui avait été le fidèle aWié d'un ennemi de T empire. Souscrira à de pareilles conditions e$t éké se déshonores* , et k gueiTe recommença , mais -arec quelles chances ? Eugène, tombé de si haut, n'ayant plus avec lui qu'une poignée de soldats impériaux , fut plus d'une fols hors d'état de défendre les frontières du Rhin contre toute la puissance de la France dont les armées étaient commandées par Villars. Les cercles limitrophes furent de nouveau pillés , et les importantes place* de Landau et de Fribourg furent conquises.
Enfin, Eugène et Villars se réunirent, en novembre 1713, dans le château dé Radstadt, et commencèrent des conférences de paix. Ces deux grands généraux » qui plus d'une fois s'étaient mesurés sur le champ de bataille > voulurent tous les deux avoir l'honneur d'être des pacificateurs. Après de grandes «difficultés vaincues et plu$ d'une, rupture eaustfe par l'orgueil de Louiç, ils signèrent enfin la paix, le 7 mars 171à. L'empereur reçut les Pays-Bas e§pagoolt, le Afilanajs, 1a Sardaigne, Mantoue et les : ports de Toscane* kaFrwce rendit, .rowtepjea coa-
faix d'utrecht SX DE UJTàm. VU
quêtes quelle avait faites sur le Rhin jusqu'à Landau* JjaBavière et Cologne furent rayées du ban l'empire, et toutes leurs dépendances et dignités leur furent restituées.
C'étaient là les conditions principales de la paix} mais il y eut encore beaucoup d'autres points rel&r tifs à l'empire germanique spécialement > qui fureot signés le 7 septembre 1714, à Baden, dans l'Argovifi, par les commissaires de la paix.
Ainsi , un grand ouragan venait de paaaer sur ace têtes. Cependant la grande guerre du nord, qui ébranlait l'autre partie de l'Europe, le nord «t l'eat^ durait encore. A la vérité, elle ne fut que très pw âençible à l'Allemagne ; mais le nord de l'Europe fitt toujours inquiet, jusqu'à la mort du roi de Suède;, Charles XII, en décembre- 171& Alors elle eub/ua moment de calme pour se reposer. Louis XIV était mort auparavant, en< 1715 (*)., ■'
< Suite du règne de Charles VL — Nous avons r*-
(*) U est facile de remarquer que l'auteur ne pardonne pus à tyui» $ty d'avoir humilié l'empire d'Allemagne; tandis qu'un Français. lui sera toujours reconnaissant du grand éclat qu'il a-jeté sur notre nation. Sans doute on peut lui Kprodur de l'orgueil et de l'ambitiea, mais il eut te gntodes vertus, un grand génie el une grande voloniA Si à Ja; fia de goa jtàgaqil eut des revers dans la guerre, s'il commit des fautes en politique par présomption et par zèle pour la cause catholique, H eut l'habileté de les réparer dais fe traité oVUtraht (ll.de la Hode, JKrt. d« U*tt mv). SI la gttettro apporta de grands maux sur la. France et sur l'Europe, l'essor qu'A deqpa au commerce, aux arts, aux sciences, à la civilisation, en fut une belle - compensation et fit que le siècle de Louis XIV, quoi qu'on en dise, a été 1a t4«t Wte époque 44 l'hùtoire modem* . 1&T» *»
SSI septième étoQUB, 4648—1856.
conté avec détail cette dernière et importante guerre ; parce que la France y perdit sa supériorité , et que l'Autriche et l'Allemagne y trouvèrent le moment favorable de reprendre leur ancienne place dans l'histoire du monde* Comme il était à craindre , depuis que Louis XIV avait manifesté des vues de conquêtes, qu'un état livré à lui seul- ne pût résister à toute la puissance de la France, le roi Guillaume d'Angleterre s'attacha uniquement à mettre une barrière à cette ambition qui se faisait voir , en opposant les alliances de plusieurs contre un seul; afin que, dans l'avenir, les seules lois de la justice et de l'équité pussent gouverner les peuples cotre eux, H fut donc le fondateur de ce nouveau système politique de l'équilibre européen, et fut un grand homme, puisque avec de petits moyens il a fait de grandes choses ; car dans la réalité, il a été le bouclier de l'Europe. Il fondait surtout son espérance pour le maintien de la paix et de la sécurité sur son alliance avec l'Autriche; alliance, pour mç servir de l'expression de l'époque, du plus indépendant protestantisme avec lé plus légitime catholicisme. Cette alliance a en effet donné une nouvelle forme à toutes les relations des différents états européens entre eux. Mais un des effets les plus apparents a été de faire régner parmi les peuples des principes de tolérance , de oonsidéiation réciproque et d'eslime mutuelle ; et c'est aussi par là que la première moitié du dix-huitième siècle se fait remarquer, malgré bien des faiblesses. L'Autriche retrouvait donc ainsi sa place vis-à-vis de