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l'Europe : elle était comme la puissance destinée à établir des, relations entre tous les peuples, et maintenir entre eux Tordre et l'union j tandis que vis* à*vis de l'Allemagne elle était d'autant plus puissante pour relever l'ancienne dignité et l'ancienne constitution de l'empire allemand/ La gloire et les acquisitions que lui avait apportées xœtte guerre qui vient de finir, semblent tout-à-fait une faveur de la Providence pour confirmer à l'Autriche celte destination* Elle devint en effet plus puissante qu'elle n'eût été avec la couronne d'Espagne; car un tel développement dans la domination, n'est rien moins qu'une-augmentation de force, comme nous l'a appris le règne de Charles V* L'Autriche fut redevable de ce glorieux élan, particulièrement a\i grand génie d'Eugène et à ce prince qu'elle per* dit trop tôt , à l'empereur Joseph I, qui se livra tout entier à cette profonde et grande pensée.
Si l'empereur Charles VI avait eu assez de génie pour reconnaître la place qu'il était appelé à (ton-» ner à l'Autriche et à l'Allemagne dans l'histoire parmi les puissances européennes, place dont il aurait pu prendre possession aussitôt , il aurait pu jeter les fondements d'une paix glorieuse et de longue durée, non seulement pour l'Autriche, mais pour toute l'Allemagne et pour l'Europe. Le vénérable, l'ancien empire d'Allemagne, qu\ avait traversé les siècles, aurait pu alors prendre une nouvelle vie avec une nouvelle forme; si la pensée d'une alliance euro-* péenne, qui baserait son système d'équilibre sur les
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lois éterneliés de la religion et de la morale, et qui s'appuierait ainsi sur une protection intérieure et invisible, ayait été embrassée par toutes les puissances ; etsi Y Autricheetl'Allemagneavaientété établies pour veillera sa conservation. Ces deux puissances, qui ne peuvent avoir aucunes pensées ambitieuses , n'auraient en de force que par une protection équitable pour la conservation pacifique de ce grand tout; et alofs on aurait vu ce système d'équilibre , comme mm puissance invisible , prendre , dans «es temps modernes , la place qu'avait occupée l'empire et la souveraineté des papes au moyen âge* •
ibis le génie de Charles, aussi bien que celui de son siècle, n'était pas capable d'embrasser une aussi grande pensée et moins, encore de l'exécuter. La pensée d'équilibre pour les états devint de plus en jkts matérielle; une estimation exacte des forces physiques, un uesurage des produits des empires et mmé supputation du nombre des sujets et des soldats. Ainsi elle devint un des plus grands maux, qui , «or* tobde la France et particulièrement de Louis XIV* sa répaadèrefit dans l'Europe , et fit que les souve* ; ne cherchèrent plus la sécurité de leur indexe et de leur souveraineté là ou elle gît réel* tament, c'est-à-dire dans l'amour de leurs peuples, ipais dans le grand nombre de leurs soldais sous les armes» Toutes les fois qu'un peuple s'arma, son voi* au» prit aussi les armes, et ce fut presque L'unique cmkhi dea relations entre peuples ; tandis que les l^c^ intellectuelles et morales ne furent comptées
CHARLW VI, SU
pour rien* parce .qu'on ne pouvait les juesyxer. Une pareille erreur devait entraîner avec aile une lourde punition. L'intelligence délaissée abondonna tout cet échafaudage 9 qui avait coûté tant de peines etq*i ne pouvait subsister que par elle ; et ce système d'équilibre» après avoir jeté un moment d'éclat sous Eugène et Guillaume , long-temps chancelant et me- •açant, n'échappant qu'avec peine tantôt aune ruine, tantôt à une antre, finit avant la fin du siècle dans lequel il s'était élevé ; par s'écrouler sur lui-même.
Par suite de ce système et de cette position de la maison d'Autriche , l'Allemagne se trouva mêlée à toutes les guerres de la maison d'Autriche ; en outre elle eut à souffrir de tous les mouvements qui eurent lieu en Europe , sans aucun bénéfice pour elle» jusqu'à ce que ce vieil et chancelant édifice de l'empire* ébranlé par de continuelles secousse^ fut enfin complètement renversé; car dans la yie des peuple* comme dans celle des individus , il n'y* a point de temps d'arrêt; il faut toujours marcher en avant si l'on ne veut reculer, et l'Allemagne venait de refuser de sang-froid l'occasion de s'élever.
Du reste, les vingt dernières années du règne de Charles VI, sauf quelques petites^xceptioos, furent un temps de repos, L'empereur se consacra surtout à l'administration intérieure de ses grandes et belles provinces, et ce fut pour elle un bienfait après unp époque si orageuse. — Comme il n'avait point d'hér ritier, il avait fait un testament ou une pragmatiquesanction d'après laquelle toutes ses vastes paittS*
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sions devaient échoir à sa fille , Marie-Thérèse ; son grand désir était de la voir solennellement reconnue de tous les états importants de l'Europe, afin d'être lui-même rassuré contre la division de sa grande monarchie. Ce fut le grand souci de sa vie, et s'il parvint, après nombre de tentatives repoussées, à établir son projet, s'il fit confirmer sa pragmatique* sanction, ce ne fut rien d'important; puisque cette pragmatique ne servit qu'à faire connaître l'abus qu'on ferait du nouveau système politique , et d'ailleurs ne garantit point sa succession à sa fille contre les attaques de ceux qui prétendaient faire valoir leurs droits les armes à la main.
L'empereur soutint une guerre de 1733 à 1735 , en faveur d'Auguste III de Saxe, qui avait été élu roi de Pologne, contre la France qui voulait élever à sa place , sur ce trône, Stanislas Lekzinski, beaupère de Louis XV. Cette guerre ne fut pas heureuse pour l'Autriche et l'Allemagne. Par le traité de paix qui suivit, Auguste III resta bien à la vérité roi de Pologne , mais pour cela l'Allemagne fut obligée de* sacrifiera l'avidité de son voisin une nouvelle province : la Lorraine fut cédée à Stanislas, et par lui revint à la France ; et François-Etienne , alors duc de Lorraine, fut fait grand-duc de Toscane. L'armée autrichienne n'eut guère plus de succès contre les Turcs, et, lors de la paix, en 1739, il fallut rendre l'importante place de Belgrade que le prince Eugène avait conquise et qui servait de boulevard de ce côté-là.
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Marie-Thérèse et Frédéric II de Prusse.
L'empereur Charles VI mourut le 26 octobre 1740, et sa fille, Marie-Thérèse, se saisit du gouvernement dans tous ses états, en conséquence de la pragmatique-sanction. Mais aussitôt après arriva à Vienne un envoyé de l'électeur deBavière , apportant une déclaration de son maître > par laquelle il disait : « que l'électeur ne pouvait reconnaître la jeune reine comme héritière et successeur de son père; parce que la maison de Bavière avait des droits légitimes à l'héritage de l'Autriche. » 11 fondait ses prétentions sur sa descendance de la fille aînée de Ferdinand I, dont là postérité devait rentrer dans ses droits aujourd'hui qu'il n'y avait plus d'enfants mates dans la maison d'Autriche. Ce droit évidemment ne pouvait être valable qu'au cas où l'empereur n'aurait pas laissé même de filles ; mais puisqu'il en avait une, ses droits devaient passer avant tous autres qui ne viendraient que par les femmes.
Cependant les jurisconsultes de Bavière prétendirent justifier les prétentions de leur maître par plus d'une bonne raison ; mais ce qui porta surtout l'électeur à cette démarche, ce fut que la France lui promit en secret son assistance pour le démembrement de l'héritage d'Autriche.
Avant que ce différend n'en vînt à être vidé les armes à la main 7 il s'éleva contre Marie-Thérèse un autre ennemi encore bien plus inattendu ; c'était t. ii, 22
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le jeune roi de Prusse, Frédéric II, qui, monté sur le trône dans la même année 1740, de Jeta tout d'un coup avec son armée en Silésie et s'en empara. Qfutett déclaration, qu'il fit publier en même temps, il finançait de& prétentions sur plusieurs principauté de Silésie, «avoir i sur celles de Jcagerndorf > Uef vafo9 Btieg et Wohlaû j quant au premier pays , ; U faisait remanier ces droite à un fait antérieur à la guerre de trente aps, au temps où le margrave d« Bra^debouig-Jgçgerndorf fut mis au ban de l'empire çt dépossédé de sa principauté par l'empereur Fer*-, diuand II> pour avoir fait alliance avec tes Bohémiens révoltés. Le roi 4$ Privée prétendait, que. quand bi*n même la mise du prince au bande Ternipifë #ût été légitime, encore #' aurait-il pu que s&* quedtrerJa prinOipâUté, sans l'arracher à $es parente, qui u ayai^ot pris aucune part au cri^e, Pour Jes principautés de lâegnitz, Brieget Wohlau, Frédéric (aidait r$*£pntër ses droits encore bien plus haut; savoir à un testament du duc Frédéric de I4eg^ nitz en faveur de Jpaçhim U de Brandebourg, eft l'apnée 1507. •*— Mais quel travail s'opérait dans l'âme de ce jeune roi ? quelle pensée le poussait ? qu'est-ce qui lui mit les armes à la main la première année de son règne et lui fit saisir l'occasion de renouveler d'anciens droits qui, s'il n'avait; paru lui-même dans le monde, seraient. restés éternellement dans l'oubli ? Il nous le découvre luimême en peu de mots. Après avoitf raconté dans Vhiatohe de la maison de Brandebourg l'élévation
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de la Prusse en royaume par Frédéric If il s'exprime ainsi à ce sujet ; « C'est un véritable app& que le roi Frédéric a jeté h tous ses successei^s; car il semble leur dire X Je vous ai acquis u$ titre , c'est à vous de vous en rendre digne? j j^ jeté les bases de votre grandeur , c'estjà vous d'actever l'ouvrage. » Cea seuls mots sont pour nous ]§ clef qui nous ouvre les secrets de toute la conduit^, de Frédéric. Toutes les idées qu'on remarqua. dang Charlemagne etenfireotun conquérant, toutes çelief qui entraînèrent Gustave-Adolphe dans des couh bats où il trouva la mort, vivaient dans lame de Frédéric. Ainsi donc cette pensée^ qui poussait lç grand électeur de Prussç à faire de ses états urçfl puissance indépendante .et qui prît rang parmi Je» plus grandes de l'Europe, était chez Frédéric JI u^ passion qui le dévorait. Il sç regardait comme i$? vihciblement destiné à élever son peuple au i#gg que la force de son esprit lui faisait voir camuse possible,, à changer, en un mot^ le titre de roi en $#9 puissance royale. Frédéric avait reçu de 1? uatWS une âme hardie et entreprenante, qui se trouvait gér née dans une petite enceinte et qui ayaû besoin d'i^ plus vaste champ ; aussi sous le rapport :de L^ctlvit^ Frédéric ne le céderait en rien aux plus gjwds g& nies de l'histoire; il n'est persqnng qui plup q»p h» ait dominé sap siècle , personne qui* qçjnu^Jiiij £* ait été le type. Du reste c'est le caractère ,4» è*w4 homme d'être l'expressioç de §pii çpqgpe., $m ïifêj fléter, comme un brillant miroir, $#$& biggh JUp
imperfections et les petitesses que les vertus. Il ne faut donc pas s'étonner si Frédéric , malgré ce caractère et cette grande âme dont il était doué , ne peut, en beaucoup de circonstances, soutenir la comparaison avec l'autre grand homme que nous ayons rapproché de lui; si même il paraît petit, dans certaines circonstances où , dans un temps ordinaire, il eût passé pour très sage ; il ne faut pas non plus s'étonner si les maux qu'a soufferts la patrie lui arrachent des plaintes contré son grand roi. Une intelligence petite et jalouse, ennemie de ce qui vient de l'étranger et toute restreinte, non plus qu'un esprit insolent, enthousiaste de l'antiquité , foulant aux pieds les choses sacrées, ne peuvent ni produire ni conserver la perfection. Et cette considération nous portera bien plutôt à déplorer qu'un génie si extraordinaire n'ait pas été produit dans un temps plus éclairé. — Quand Frédéric-Guillaume I mourut, le 21 mai 1740, Frédéric n'avait que vingthuit ans; mais son esprit essentiellement actif, excité encore par son application aux sciences et par ses relations avec les savants , était formé aux travaux les plus sérieux de l'intelligence. L'étude de rhistoire avait porté sa vue bien au-delà des bornes du présent; elle lui avait inspiré de hautes idées de la dignité d'un roi , et son début prouva qu'il ferait des efforts pour les réaliser. On sut bientôt qu'il était résolu h gouverner par lui-même ; son activité dans la conduite des affaires , son attention portée surtout sur les petites choses comme sur les